Articles tagués : vishnou

Bayon

Le Bayon, au centre du complexe d’Angkor Thom. C’est un temple montagne édifié par Jayavarman VII au 12e. Ce n’est pas un temple bouddhique mais un complexe religieux recelant toutes les divinités importantes du Cambodge. On y trouve au cœur le Bouddha mais aussi les dieux hindous Shiva et Vishnou, ainsi que les mânes des anciens rois, protecteurs éminents de l’Empire khmer. Le temple figure le mont Méru avec les tours centrales aux sourires figés comme sommet (45 m de haut), les murs qui les entourent qui sont la terre et les douves et bassins qui sont les océans. Nous y entrons par la porte est. Là encore, des bas-reliefs représentant une bataille navale où l’on peut voir les guerriers morts flottant parmi les poissons, dévorés par des crocodiles, tandis qu’au-dessus d’eux les marins restent impassibles. Les tours sont très érodées.

Au Baphuon, un grand Bouddha couché.

La doyenne du groupe, bien en chair et maladroite, se prend le pied dans une racine et chute. Elle se fait une plaie ouverte au bras gauche ; rien de grave, mais infectable. Nous avons trois médecins dans le groupe mais le guide, qui est culturel et pas formé à l’accompagnement dit « de moyenne montagne » comme les voyages d’aventures, n’a pas de trousse de secours, ni aucune compétence en secourisme. Avec les moyens des autres, lavage, désinfection et pansements sont effectués sur place, mais il faut recoudre la plaie ou poser des steri-strips. Personne n’en a. Le guide local appelé Sip réquisitionne une moto, contre cinq dollars à payer « pour boire », afin de conduire Abuela jusqu’au bus. Elle va attendre ainsi que des soins plus appropriés lui soit prodigués. Il faudra trouver une pharmacie avec le matériel nécessaire, ce qui sera fait avant le déjeuner.

Le temple Phimeanakas date du 10e et nous entrons par l’est. Mais, passée une tour visage, c’est très vite une terrasse, celle des éléphants, puis celle du roi lépreux, du 12e – et l’heure du déjeuner.

Déjeuner que nous prenons dans un restaurant pour touristes qui débite les tables à la chaîne. Sitôt parti, sitôt occupé. Un banc de lycéens parlant anglais envahit les autres tables avec leur prof. Notre prof d’anglais parle avec eux, ils viennent du lycée international de Dubaï et sont de toutes les nationalités d’expatriés, même des Français.

Catégories : cambodge, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Musée de la sculpture cham de Da Nang

Dans un bâtiment bas au mur jaune construit par les Français, le seul musée cham du monde inauguré en 1919, une collection près de 2000 objets dont 500 exposés, statues et bas-reliefs de la culture Champa. Il y a notamment des restes archéologiques du sanctuaire de My Son, à environ 40 km du centre de la ville de Da Nang. La galerie expose 18 objets de trois groupes différents, celui de la tour principale, celui de la tour secondaire et le groupe d’objets décoratifs à l’avant et sur le mur de la tour. On peut voir les statues de Shiva, Ganesh, la naissance de Brahma.

La salle Tra Kieu montre plus de 43 œuvres des VIIe au XIIe siècle, dont un piédestal des danseurs. La danse des apsaras qui ondulent avec grâce montre leur qualité céleste, jaillies du barattage de la mer de lait. Elles portent une fine tunique qui passe entre leurs jambes et sur leurs épaules, laissant deviner leur paire de seins affermis par la danse.

Un Vishnou du 10e siècle est assis nu en tailleur sous treize têtes de serpent a quatre bas portant chacun un symbole : une massue, une roue, une conque et un lotus. Il sourit sereinement, son col et sa poitrine couverts de colliers. Un autre du 7e siècle, trouvé à Quang Ngai illustre la création de l’univers. Vishnou médite couché sur le serpent Ananta à sept têtes. Quand il s’éveille, un lotus bourgeonne depuis son nombril. La terre est formée des pétales de ce lotus et Brahma, assis sur elle, entreprend son travail de création. Cette gésine sur la pierre est belle à méditer. Brahma est lui aussi en statues. Il porte quatre têtes, symbole des quatre directions de l’univers. Il est assis sur le cygne Hamsa et d’une main tient une épée, de l’autre un trident. Il porte un double collier qui souligne ses pectoraux accentués de travailleur, et un pagne brodé de fleurs.

Un Yaksa, esprit de nature du 6e siècle, est lui aussi assis en tailleur mais les mains sur les hanches, encadrant son nombril en fleur de lotus. Son expression est plus sérieuse que sereine, même un brin austère comme s’il faisait la morale à qui le regarde. Une Laksmi se présente tout en triangle, bien posée sur la terre avec ses jambes croisées et ses bras qui tombent sur ses cuisses. Ses colliers et sa ceinture soulignent ses deux seins pommés nourriciers tandis qu’un linge pend vers son vagin caché. Elle a la face mild and grateful selon la notice.

Un Bouddha couché sur un Bouddha assis, un Ganesh trompeur qui semble sourire, placide, des danseuses qui s’écartèlent en frise sous les monuments, et une bodhisattva Tara de la fin du 9e siècle aux longues oreilles, taille de guêpe et mamelles énormes, la longue jupe cachant sexe et jambes. C’est un « trésor national » ainsi qu’il est mentionné sur l’étiquette. Une statue d’Avalokiteshvara au « sourire Bayon » – étiré – montre un torse lisse et fluet de très jeune homme et le chignon caractéristique de la déité. Il est ceint d’un pagne au double nœud de l’art khmer du 11e et 12e siècle. Des joueurs de polo du 10e siècle attirent toujours les guides des touristes anglo-saxon ; ils veulent leur montrer que leur sport favori a été inventé en Asie du sud-est et pas par les Anglais en Inde au XIXe. Plus loin, deux guerriers se tiennent mutuellement par la cuisse, forme de lutte ou d’érotisme.

Dong Duong était un centre bouddhiste champa à une vingtaine de kilomètres de My Son. Il a été érigé sur ordre du roi Indravarman II en 875. C’est un complexe de temples et de grandes salles d’assemblée orienté est-ouest. Une stèle montre qu’il a été dédié à Laksmindra Lokesvara, une forme du bodhisattva Avalokiteshvara. L’ensemble a été fouillé par Henri Parmentier et Charles Carpeaux à l’automne 1902. Il a été depuis complètement détruit par l’érosion et par les guerres. Les seuls restes sont au musée sous la forme de statues de gardiens ou de déités de style local cham, notamment un grand Bouddha au visage hiératique, vêtu d’une tunique lamée qui laisse le sein droit nu. Et sur les photos que Parmentier a pris la précaution de prendre in situ.

En reprenant la route, nous longeons la belle plage de sable blanc de la ville, après le pont du dragon et le musée. Le dragon ondule en jaune d’or, tout en métal écailleux sur les superstructures du pont, comme s’il surgissait de l’eau qui coule en-dessous. Nous sommes sur la mer de Chine. Quelques enfants sortent du bain sur la plage, mais peu d’adultes dans l’eau ; quelques-uns déambulent en slip sur le sable ou font des exercices mains sur la tête, comme s’ils étaient sous la menace d’un fusil.

Catégories : Vietnam, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Des temples, monastères et pension du Népal

Nous partons au soleil, les nuages ont filé pendant la nuit. Le temps change très vite. Nous apercevons en rose la chaîne des Himalaya et les terrasses se drapent à nouveau d’écharpes de brume. Quelques photos sont tentées car nous avons envie de capturer dans nos boites un peu de la magie de cet instant, pour nous le remémorer sur nos murs ou dans nos albums, plus tard, des années plus tard (comme aujourd’hui), nostalgiques de la jeunesse et de la sensation.

nepal trek

Nous passons dans Cipangau, moins animé qu’hier soir. Lily et Christine ont avoué avoir fait des rêves mystiques. Est-ce la proximité du bois magique ? Le spectre effrayant ? La sensualité des danseurs ? Le froid pénétrant de cette nuit ? « La mer s’ouvrait jusqu’à une grotte » et Christine y a entendu « la voix de Dieu ». Hum ! La psychanalyste n’en dit rien…

ado nepal bairajogini

Les paysages sont plus riants sous le soleil. Les fermes et les villages, aux gosses innombrables, nous font signe. Les enfants nous examinent avec curiosité, cette attention qui flatte et donne envie de communiquer, par le geste ou le sourire. Ils restent en groupe autour de nous, trouvant assurance dans leur nombre et dans la chaleur des frères. J’opère une saisissante photo d’une petite bande sur la crête. Christine est fatiguée, Lily définitive, Michel calmé, Christophe pressé, et Elle émerveillée. Moi, ça va. Le pays est rempli de beauté, le soleil brille en ce début de matinée, rendant plus vaste le paysage, la lumière plus transparente à cette altitude, les corps plus déliés, les peaux des enfants plus rayonnantes, comme les sourires des femmes.

gamins nepal

Nous traversons la Bagmati deux fois sur des ponts suspendus, au grand dam des filles qui n’aiment pas que le chemin bouge sous leurs pieds. Pharphaing : c’est une ville sale où l’on déjeune sur le « terrain de foot » entre les merdes humaines ou canines et les gosses loqueteux qui se démènent pieds nus avec une boule de chiffon. Nous visitons ensuite le monastère Ninchapa aux couleurs vives tout frais repeintes. Des moines en robe bordeaux, assis derrière leurs bancs le long des murs, psalmodient les feuillets du rituel. Le ton monocorde des voix est très prenant mais finit par assoupir. Aussi, tous les deux feuillets environ, l’un d’eux saisit la clochette, un autre les cymbales, un troisième la trompe, et l’ensemble réveille brutalement l’assistance par un bruit discordant (c’est du moins l’impression que nous en avons). Puis la psalmodie reprend, rythmée par le tambour lancinant.

nepal pharpaing

Tara consulte près de là un vieux baba dans sa cage vermillon. Il porte cheveux longs et barbe blanche comme l’idée qu’on s’en fait. Puis nous visitons trois monastères et deux temples dans la foulée. Les moinillons sont rigolards et curieux. Au temple de Vishnou Seshnarayan sont dessinés les pieds de Vishnou et là s’élève la vache sacrée Dhinu. Le temple contient un bassin avec des statues du dieu soleil du 12ème siècle. Au temple de Shiva erre un sâdhu et s’élève une statue de Shiva tout nu, sexe apparent, contre lequel les femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant viennent se frotter selon la tradition. Les nôtres s’en gardent bien !

nepal temple pharpaing

La Royal Boarding Secondary School s’élève un peu plus loin. Elle est entourée d’un beau jardin où Tara négocie de pouvoir camper, au lieu du terrain vague et merdeux d’en face. Le directeur très posé, très british dans son intonation comme dans sa componction, nous accueille et parle en anglais. À notre surprise, il nous demande de traduire en anglais les cartes de vœux qu’il a reçu de François Mitterrand, alors Président de la République française, et nous montre sa photo dédicacée. Il nous laisse ensuite sa carte à chacun, Dhruba Bahadur Shrestha, « Head Master », Secondary Boarding School, Tribhuvan Adarsha M. Vidyalaya, Phurping, Kathmandu, Nepal.

carte school headmaster nepal

À l’heure de la prière nous entendons les monastères bouddhistes tibétains : bom ! bom ! bom !bom ! poing ! poing ! tooooon ! Et reprend la psalmodie automatique. « Cela » prie. Puis la grotte de Gurakhnat : Padmasambhava – le moine qui a introduit le bouddhisme au Tibet – y aurait médité. Puis le temple de Bajrajogini avec un nœud en poils de yack sur la tête de Bouddha, et « l’astamandal », le nœud des huit déesses mères qui ressemble à une suite de neutrons entourés d’électrons. Puis un temple aux 21 Tara, 21 poupées dorées en vitrine. La religion y est naïve, populaire, les rites répétitifs et simples, les objets de culte criards. Tout le précieux est sous vitrine. On ne touche pas avec ses pattes sales ! Certes, la philosophie bouddhiste est autre chose, une grande pensée humaine. Mais il faut de tout pour faire une religion, de la superstition pour gens simples aux plus hauts concepts philosophiques. Chacun doit y trouver à croire, selon ses capacités et selon ses besoins. Le rite simpliste va au paysan, la réflexion aux sages. Ainsi peut-on interpréter ce que nous voyons, qui est un peu décevant pour les idées que l’on s’en faisait. Leçon du pays : ne jamais se faire d’illusions mais vivre ce qui vient. Je soumets ce raisonnement à « Dominique », mais il me regarde d’un air bovin.

Catégories : Népal, Religions, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,