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Au service secret de Sa Majesté de Peter Hunt

Bond à part, c’est le seul film où James, le héros zéro (07), est incarné par un Australien de 29 ans inculte, mais musclé taille mannequin (George Lazenby). Le plus jeune des Bond, mais pas le meilleur, bien que le film soit bon. Il s’agit en effet, pour cette réalisation qui reprend le onzième roman de Ian Fleming, de sauver une fois encore le monde du SPECTRE, en la personne d’un immonde Blofeld qui le menace d’une guerre biologique. Son « virus Omega » stériliserait les plantes et les animaux, peut-être plus tard les humains si « l’ONU » (c’était encore la mode du « Machin ») ne cédait pas.

Ernst Stavro Blofeld (Telly Savalas), au nom levantin et au faciès louche, se veut « comte » de Bleuchamp, ce qui fait mieux en société que celui que la naissance lui a donné. Il sollicite pour cela le Centre héraldique de Londres, qu’il soudoie largement, afin de se faire confirmer son titre, (faux) documents à l’appui. Le MI6 traque le SPECTRE depuis plusieurs films, et Bond a été chargé de le retrouver mais il n’y arrive pas au bout de deux ans. Il faut dire qu’il a la belle vie, suites de luxe, champagne millésimé Krug 1957, Aston Martin DBS et jeu au casino.

Sur une route au sud du Portugal, il est doublé par une Mercury Cougar XR-7, péniche américaine sport conduite par une jeune et belle fille nommée Tracy (Diana Rigg). Elle fonce jusqu’au bord de la mer et s’élance toute habillée dans les vagues en vue clairement de mourir. Bond, qui aime les belles et jeunes filles, la sauve de la noyade. Il est vite entrepris par deux sbires obtus, dont un gros Noir qui cogne fort, et fait de son mieux pour s’en sortir. La belle reprends ses esprits et fuit dans son auto. Le soir, au casino du grand hôtel, Bond la rencontre au casino, où elle joue seins au balcon sans avoir les moyens de payer sa perte, et lui sauve une nouvelle fois la mise. Il apprend qu’elle est en fait comtesse Di Vicenzo et fille unique du parrain corse, alors la plus grosse mafia du continent. Les sbires de l’après-midi l’attendent dans sa chambre, mais Bond s’en débarrasse. Il va ensuite dans celle de la fille, qui lui a donné rendez-vous, et ils font l’amour. Au matin, elle n’est plus dans le lit.

En quittant l’hôtel après avoir réglé sa note, James Bond est menacé d’un pistolet pour suivre les sbires, qui ne le lâchent pas. Ils l’emmènent au père, Marc-Ange Draco (Gabriele Ferzetti), qui lui propose d’épouser sa fille, dépressive et indomptable. « Il lui faut un mâle », dit-il avec un superbe machisme d’époque. En ado rebelle, Tracy refuse le cadeau de son père ; quant à Bond, malgré le chèque promis de 1 million de £, il préfère sa « liberté » d’homme d’action, avec à nouveau un superbe machisme d’époque. Le plus drôle est qu’ils vont se marier à la fin, se promettre de faire ensemble « trois garçons et trois filles », avant que le drame inévitable (pour la suite des romans comme des films) ne se produise.

Bond propose plutôt à Draco de lui fournir des renseignements sur l’endroit où se terre Blofeld, et le mafieux accepte ; Tracy se fera à Bond, elle est déjà attirée par son côté plus fonceur qu’intello. Lors de son anniversaire – 50 ans – organisé lors d’une fête des taureaux au Portugal, où les jeunes lestes défient les taurillons dans une arène, Draco est sommé par Tracy de donner les renseignements sans aucune condition de mariage. Draco livre alors à Bond le nom d’un avocat de Berne, avec qui Blofeld a eu des relations. James Bond, avec l’aide de l’agent Campbell (Bernard Horsfall), va cambrioler en pleine journée le coffre de l’avocat et photocopie les documents concernant Blofeld. Dont une lettre sollicitant le Centre héraldique.

M du MI6 (Bernard Lee) s’entend avec sir Hilary Bray (George Baker), auquel le Bond du film ressemble un peu, en moins sportif. C’est auprès de lui que James Bond apprend la devise de sa famille comtale : « le monde ne suffit pas ». Il prend le rôle de sir Hilary pour aller rencontrer Blofeld et examiner les documents à l’appui de sa demande. Il est conduit à plus de 2900 m d’altitude au Piz Gloria, piton perché privatisé et gardé par une milice armée, dès sa descente du train de Berne. C’est Irma Bunt (Ilse Steppat), une Suissesse allemande à l’accent à couper au couteau, qui commande l’opération, en Mercedes noire comme les nazis. Blofeld est un « scientifique » censé mettre au point un traitement des allergies par hypnose. Il en profite pour concocter ses virus dangereux, tout comme aujourd’hui un vulgaire labo chinois.

Bond/Hilary est bien accueilli et logé dans une suite où il doit appuyer sur un bouton pour faire ouvrir la porte ; il n’a aucune liberté d’aller et venir. Il est convié à l’apéritif dans une volière de jeunes filles de toutes nationalités, douze comme les apôtres, chargées de porter la Bonne parole à travers le monde, venues là pour se désensibiliser de leurs allergies. L’Anglaise Ruby (Angela Scoular) en a une contre les poulets, ses parents possédant un élevage qui, depuis l’enfance, lui sort par les yeux. Grâce à la suggestion hypnotique, et quelques médicaments, le professeur Blofeld réussit à lui faire remanger du poulet, aimer l’odeur des poulets, désirer caresser les poulets… En attendant, elle entreprend Bond, déguisé en Écossais avec kilt, en lui écrivant au bâton de rouge à lèvres son numéro de chambre sur la cuisse nue. Ce qui lui « donne des raideurs », comme il l’avoue à la kapo Bunt. Plus tard, dans la chambre de la fille qui l’a invité à la baiser, on découvre, alors qu’il l’enlève, que « c’est vrai ce qu’on dit sur les kilts ». Bond a trouvé comment court-circuiter le mécanisme électrique de la porte avec un coupe-papier, et peut entrer et sortir à son gré. Il se fera une seconde jeune fille très demandeuse, mais trouvera Bunt à la place.

Blofeld, alias Balthazar Comte de Bleuchamp, a découvert que le faux Hilary n’était pas insensible aux jeunes filles, comme tout Anglais bien né devrait l’être – dont le vrai Hilary – et qu’il a mal situé les pierres tombales des Bleuchamp en Suisse. Enquête faite, favorisée par la capture et la torture de l’agent du MI6 qui a escaladé la paroi pour prendre contact avec Bond, le faux sir H est maîtrisé et emprisonné dans le local technique du téléphérique. Blofeld lui a révélé ses plans, menacer le monde d’une vaste épidémie, dont les donzelles seront en toute innocence, les vecteurs grâce à un spray cosmétique, contenu dans leur « cadeau » de Noël avant de les relâcher dans la nature. Un message transmis par radio leur intimera l’ordre de le diffuser, après leur conditionnement hypnotique.

Bond utilise les câbles du téléphérique pour sortir de son local, puis emprunte des skis et une tenue pour descendre tout schuss vers le bas. Hélas, il a été vu par les gardes et est poursuivi par une horde armée. Il en élimine quelques-uns dans les arbres, puis dans le précipice, avant de rejoindre le village où une fête de Noël rassemble une foule joyeuse et avinée. Il est poursuivi par la Bunt et ses sbires en vestes orange, mais rencontre Tracy, venue se griser en Mercury. Elle l’emmène dans une folle course pour échapper à la Mercedes noire bourrée de méchants, et s’immisce sur une piste de stock-cars sur glace, qu’elle perturbe suffisamment pour pouvoir s’échapper. Tout se termine à la nuit dans une grange, sous une tempête de neige. La comtesse accepte d’épouser Bond. Au matin, tout recommence, descente à ski des sbires, menés cette fois par Blofeld. Il déclenche par un tir de fusée une avalanche qui ensevelit une bonne part de ses hommes, mais aussi Bond et la fille. Celle-ci est récupérée inconsciente tandis que Bond est réputé mort.

Fausse joie, Bond est vivant, et décidé à reprendre Tracy. Le MI6 « a des ordres », il ne fera rien. Bond décide alors de privatiser sa croisade. A l’aide de Draco, qui veut récupérer sa fille unique, il affrète trois hélicoptères bourrés d’hommes armés pour prendre d’assaut la base d’altitude de Blofeld et la faire sauter. Tracy a été reprise saine et sauve par son père en hélico. Le chef s’enfuit en bobsleigh et Bond le suit, tandis que le Piz explose. Blofeld est arrêté net par une branche d’arbre en pleine gorge, et laissé pour mort.

Fausse joie, on le voit à la fin au Portugal conduire une grosse Mercedes 600 à moteur V8 qui dépasse l’Aston Martin de Bond, après son mariage avec Tracy. La Bunt tire. Ugly end. Une tension efficace de fin, comme tout le long du film, qui préfère cette fois l’action aux gadgets.

DVD Au service secret de Sa Majesté (On Her Majesty’s Secret Service), Peter Hunt, 1969, avec George Lazenby, Diana Rigg, Geoffrey Cheshire, Virginia North, Yuri Borienko, MGM Ultimate édition 2008 avec DVD de bonus, doublé anglais, français, 2h16, €10,15, Blu-ray €16,96

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Stéphane Béguinot, Le clan du Grey Watch

Les lieux ? L’Écosse, sur la côte ouest donnant sur l’Irlande. L’époque ? Incertaine, dans les brumes de la légende, mais avant le siècle 19 de notre ère tant manquent toutes les inventions techniques de la modernité. Les héros ? Ils sont trois, comme les trois enfants turbulents de l’auteur, deux filles, un garçon, le petit dernier. Leur âge ? L’adolescence, mais la prime, ce qui fait qu’ils peuvent avoir entre 14 et 17 ans. L’histoire ? Une chevauchée d’heroic fantasy qui voit s’affronter les clans celtes, entre ceux qui veulent le pouvoir et ceux qui ne comprennent pas ce qui leur arrive.

Nous sommes à l’âge des chevaux, des charrettes, du tri à l’arc et des épées. Whisky, chardon, cornemuse et fantômes, ces traits d’Écosse, sont recyclés comme le kilt, les châteaux et les fêtes. Le lecteur est transposé dans l’univers d’un conteur en verve d’imagination et d’action, expert en celtitude et en paternité, quelque part entre les potions potaches à la Harry Potter et la menace maléfiques du Seigneur des anneaux. Nous avons des fantômes, des kiltômes et des kiltish, allez vous y retrouver !

L’auteur prend un grand et malin plaisir à faire rebondir les histoires, légères et échevelées, sur une trame de quête adolescente. Un chapitre terminé, le lecteur a hâte de découvrir le suivant. Et il y en a 19. Écrits avec humour et sens du théâtre.

Comme le veut cet univers onirique, les personnages sont tous dignes, beaux et bien armés, aimés de leurs parents et fratrie, même les méchants, ou presque. Ils restent animés de cet esprit d’équipe et de chevalerie que veut la tradition. La nôtre, celle d’Europe, encore plus la tradition celtique dont l’auteur est féru. Il joue lui-même fort bien de la cornemuse et ne répugne pas à porter le kilt, dont il a fait déposer un modèle exclusif pour sa famille. Il dit en effet descendre d’un ancêtre écossais. Nous sommes quelque part dans l’aventure merveilleuse des scouts, filles et garçons mêlés en tout bien tout honneur. Curieusement, ils se vouvoient, ce qui fait suranné – quoique que cela subsiste dans quelques familles d’aujourd’hui. Les catholiques de tradition tiennent par exemple à tenir à distance tout sentiment avant qu’il soit socialement autorisé. C’est le cas de nos jeunes héros, qui devront patienter pour enfiler chaussure à leur pied. Tout se terminera évidemment par le mariage… Mais pas avant de s’être éprouvé, contenu, apprivoisé !

Autant dire que ce roman d’aventure est une suite de leçons de morale pratique et de sentiments guidés par des adultes avisés. Les jurons ne vont jamais plus loin que le « maudit soit le venin femelle des orties » ou « vous êtes un vilain et méritez un gage ». Et nul ne perd la vie dans un combat car la Justice doit passer. L’esprit positif y règne autant que les BA (bonnes actions), l’enthousiasme compte autant que le savoir-faire, et le courage n’est pas la moindre des vertus exigées. C’est un peu forcer la barque mais je me suis laissé dire que les enfants de l’auteur, premiers auditeurs de ces histoires contées à la veillée, ont eu à cœur de prendre pour modèle le héros à chacun dédié : la fille aînée Eimhir, la cadette Eithne, le benjamin Uilleam. Ils n’ont pas encore l’âge requis pour se fondre dans leurs tuniques, mais c’est une question de temps.

Chacun est affublé du prénom qui va à son tempérament. Eimhir, l’aînée indomptable et libre, était la femme du héros irlandais Cuchulain, son prénom signifierait « prompte » en gaélique. Eithne, la seconde, avisée et sage, épouse du dieu suprême Lug, signifierait « la graine ». Le dernier, Uilleam, est Guillaume en notre bon françois et signifie en germanique « protection de la volonté » – un prénom qui oblige un garçon. Ce ne sont pas les prénoms des vrais enfants qui, selon un réseau social, seraient plutôt Caroline, Gwenaëlle et Aymeric. Mais l’imaginaire est roi !

Anachronique et achronique, tumultueux et discipliné, ce long roman de kilt et de claymore est vivace comme la bruyère des landes, vif comme le whisky des îles et vivifiant comme l’écume sur les rocs. Une excellente lecture de vacances pour vos enfants de 7 à 14 ans, qui les captivera autant que la série Harry Potter.

Lisez-le aussi pour votre plaisir (il durera) – et pourquoi pas à haute voix – surtout avec un bon whisky de l’île de Skye (en cas de pluie). Prévoyez une infusion de cynorrhodon pleine de vitamines (et rouge comme le Crimson) pour les enfants ! Cela changera utilement les petits de la télé et des jeux vidéo, l’espace des semaines de vacances et cela confortera l’auteur, qui prépare la suite de ce premier roman.

Stéphane Béguinot, Le clan du Grey Watch – Les aventures des MacClyde, 2010, édition Ex Aequo, 572 pages, €23.75 

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