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Bons baisers de Russie de Terence Young

Le film mythique de la guerre froide, en pleines années 60. L’organisation d’extorsion de fonds SPECTRE a vu son dirigeant éliminé, le Dr No, dans l’épisode précédent. Son successeur, adepte des chats blancs, décide de venger l’organisation. Rien de mieux qu’un champion d’échecs (russe) pour faire échec au meilleur agent occidental (anglais) : James Bond (Sean Connery). D’où un plan machiavélique qui veut prendre le sur-mâle à son point faible : les filles.

Le SPECTRE n’est ni de l’Est, ni de l’Ouest, mais fait ses affaires au plus offrant. Il veut mettre la main sur un décodeur soviétique tout récent, le Lektor, pour appâter le MI6 et lui faire envoyer Bond pour le récupérer. L’ex-directrice du contre-espionnage soviétique SMERSH, la colonelle Rosa Klebb (Lotte Lenya), est passée récemment au SPECTRE, qui lui offre davantage de proies pour ses instincts sadiques et lesbiens. Elle dirigeait le département opérations et exécutions, et fait de même au SPECTRE. Elle est mise sous les ordres de Tov Kronsteen (Vladek Sheybal), champion du monde d’échecs après avoir une fois de plus mis en déroute un adversaire, le canadien MacAdams. Pour ce maniaque de l’ordre du monde et de la raison glacée, son plan est infaillible ; il ne peut que réussir, chaque événement suscitant une adaptation immédiate – comme aux échecs.

Mais le Grand jeu n’est pas un jeu, sous-estimer son adversaire est létal, et confondre désir sexuel et abandon de toute conscience professionnelle une erreur. Si la jolie soviétique Tatiana Romanova (Daniela Bianchi) est embauchée par Klebb, que la naïve croit être encore du SMERSH, elle ne va pas faire tourner la tête de James Bond, qui en a vu d’autres dans son lit et préfère à tout sa liberté pour l’action. Klebb lui a donné pour instructions de séduire le MI6 par la proposition de leur livrer le Lektor depuis le consulat soviétique d’Istanbul où elle travaille, à condition que ce soit Bond lui-même qui vienne la chercher pour la faire passer à l’Ouest avec le matériel, un coffret de la taille d’une machine à écrire et pesant environ 10 kg. Elle doit ensuite séduire Bond pour qu’il ne se méfie pas, et que le tueur du SPECTRE Red Grant (Robert Shaw), tueur professionnel, puisse accomplir la vengeance.

M (Bernard Lee) envoie donc Bond, toutes affaires cessantes, en Turquie pour cette mission « facile et agréable » de coucher avec une jeune femme pour rapporter le décodeur vital pour le Renseignement. Q (Desmond Llewelyn) livre un attaché-case spécial qui explose au gaz lacrymogène s’il n’est pas ouvert d’une certaine façon, contient un poignard dans la doublure, des cartouches de fusil à lunette, le fusil lui-même ramassé dans sa crosse avec lentille de vision nocturne, et deux fois 25 souverains d’or (une pièce d’or de 7,99 g anglaise, l’une des plus répandue au monde, qui cote environ 900 € aujourd’hui).

A Istanbul, ville encore laïque kémaliste à l’époque, vivante et non soumise aux fous d’Allah et aux pointes de missiles des mosquées, Bond est pris en charge par une Rolls envoyée par le chef de la branche MI6, Ali Kerim Bey (Pedro Armendáriz), qui a mis ses innombrables fils à tous les postes de confiance du bureau. La Rolls est suivie d’une Citroën 11 noire, du service secret bulgare, qui fait office de sous-traitant pour le KGB. Istanbul, comme toutes les villes frontières (Vienne, Genève, Trieste) est un nid d’espions. Chacun écoute et suit tout le monde, et le SPECTRE s’y trouve comme un poisson dans l’eau. Le grand blond au regard glacé Red Grant suit les Bulgares qui suivent Bond. Il protège sa mission, qui consiste à laisser Bond être contacté sans encombre par Tatiana. Il tue ainsi un agent, ce qui rompt la trêve avec les Turcs, et les conduit à faire sauter le bureau d’Ali Kerim Bey. Il était heureusement sur le divan à ce moment-là, entreprenant une belle fille. Les soviétiques mandatent le tueur redoutable Krilenku (Fred Haggerty) pour traquer Kerim et Bond jusque dans un camp de gitans, où ils se sont mis au vert. Sensuelle danse du ventre nu d’une jeune fille (Lisa Guiraut), suivi d’une lutte entre deux femelles pour le même mâle, le fils du chef (ce pourquoi le film a été interdit an 1964 en France « aux moins de 12 ans »). Kerim, blessé, décide de tuer Krilenku et le réussit de nuit grâce au fusil de Bond.

Tatiana s’introduit dans la suite de Bond à son hôtel, pourtant à micros cachés derrière les tableaux. Elle lui propose les plans du consulat pour voler le Lektor – et couche avec lui, filmée par le SPECTRE derrière une glace sans tain de la chambre. L’opération de vol est spectaculaire, avec de grosses explosions au consulat, qui le fait évacuer, tandis que Bond profite de la panique pour voler le Lektor et entraîner Tatiana dans les souterrains, les fameuses citernes de Constantin qui forment le sous-sol du centre-ville (en fait datant de Justinien). Humour tout britannique : la pendule du consulat retarde d’une minute, mais l’employé s’insurge lorsque Bond lui fait une remarque : « une pendule soviétique ne retarde jamais ! » (pas plus que les avions ne s’écrasent, que les trains déraillent, et que des crimes se commettent – l’URSS est le paradis sur terre, Staline l’a décrété et tout le monde est prié de le croire). Mais le retard se voit nettement avec les talkies-walkies soviétiques utilisé par Krilenku : ils font cinquante centimètres de haut…

Une fois en possession du Lektor, Bond s’échappe avec Tatiana à bord du train de luxe Paris-Constantinople, occasion de rejouer Le crime de l’Orient-Express, roman policier cru 1934 de la chère Agatha, mis en film par Sydney Lumet en 1974. Grant, qui a suivi Bond, tue l’agent russe qui suit Bond, puis Kerim Bey qui l’a arrêté. Il tue ensuite l’agent du MI6 qui attendait Bond à l’escale de Zagreb et prend sa place sous le nom de capitaine Nash. Son attitude, sa manie d’appeler Bond « mon vieux » comme s’ils avaient été au collège ensemble, son inculture gastronomique de commander un chianti rouge avec une sole, mettent Bond en alerte. Mais il ne se méfie pas assez.

Tatiana, droguée par une pilule dans son vin, est laissée comme un sac accessoire dans le compartiment d’à côté tandis que les deux hommes préparent sur la carte le passage de la frontière Yougoslave. Grant se saisit d’un pistolet de cheville pour assommer Bond, lui ôter son Walther PPK, son étui à cigarettes, sa liasse de billets. Il le tient en respect lorsqu’il se réveille avec le pistolet de Bond muni de son silencieux et lui livre toute l’histoire, vantardise constante chez les tueurs qui croient avoir gagné. Il appartient au SPECTRE, il a été mandaté pour le tuer et pour prendre le Lektor afin de le vendre au plus offrant. Bond l’appâte avec les 50 souverains d’or de sa mallette, puis lui suggère de trouver les 50 autres dans la mallette standard du MI6 que Grant a volé à l’agent. Lorsqu’il l‘ouvre, le gaz lacrymogène explose au nez de Grant, ce qui permet à Bond de se ruer dessus. Grosse bagarre, habituelle dans les films de James Bond. L’agent du MI6 parvient à étrangler le sbire du SPECTRE avec sa propre arme, un fil d’acier tiré de sa montre, en le blessant d’abord au poignard dissimulé dans une mallette du service. Finalement, tous les gadgets de Q auront servi durant la mission.

Un camion sur la voie, feignant la panne, bloque le train à vapeur, qui s’arrête, le temps de le dégager. Le camion devait récupérer Grant après sa mission. Bond s’en empare, après avoir maîtrisé le conducteur et soutenu Tatiana somnolente jusque dans la benne remplie de fleurs. Le SPECTRE, prévenu on ne sait comment, l’attaque en petit hélicoptère à coup de grenades, mais le lanceur n’est pas doué et Bond parvient à le descendre grâce au fusil de sa mallette ; la grenade dégoupillée que l’autre s’apprêtait à lancer explose et l’hélico s’écrase en flammes. Le camion conduit à un canot automobile qui permet de quitter la Yougoslavie pour Venise. Le chauffeur est emmené, puis délié et jeté à l’eau pour nager jusqu’à la côte qui s’éloigne. Mais le SPECTRE, toujours lui, tente de bloquer les fugitifs avec trois canots armés jusqu’aux dents. Les fûts d’essence du canot fuyard sont percés, Bond les détache et, à l’aide d’un pistolet à fusées, enflamme le carburant répandu sur la mer, faisant rôtir ses poursuivants.

A Venise, ouf, mission terminée ! Sauf que la Klebb, mauvaise comme une teigne depuis qu’elle a craint comme numéro 3 d’être éliminée pour l’échec de la mission par le numéro 1, se déguise en femme de chambre pour tenter de s’emparer du Lektor. C’est Tatiana qui sauve Bond, tenu en respect par un pistolet puis par un dard empoisonné (style « parapluie bulgare »). Bond la contre avec une chaise, ce qui permet à la Romanova de récupérer le pistolet de Klebb et de la descendre avec. Happy end sur les canaux vénitiens, avec bons baisers échangés et film compromettant de la coucherie d’Istanbul jeté dans la lagune.

Trop de clopes, trop de machisme avec filles réduites à leur seul (joli) corps, trop peu de préoccupations écologiques pour notre époque. Mais un grand film d’hier, qui a ravi des cohortes d’adolescents et qui se revoit avec grand plaisir aujourd’hui. De l’action, de l’humour, des valeurs. Au moment où l’histoire reproduit le culte de la force et les impérialismes, revoir les services secrets en action est réconfortant.

Et la scène initiale du film, qui fait tuer James Bond par Red Grant dans un parc la nuit, est devenue culte.

DVD Bons baisers de Russie (From Russia with Love), Terence Young, 1963, avec Sean Connery,‎ Daniela Bianchi, Lotte Lenya, Pedro Armendáriz, Robert Shaw, MGM studios 2007, doublé anglais, français, 1h50,€8,24, Blu-ray €12,30, 4K Ultra HD €19,99

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Jean-Philippe Bozek, Paul et Suzanne 1800-1931

C’est une histoire vraie, une histoire d’entreprises au pluriel, une analyse de l’esprit d’entreprendre. Nous sommes dans les grandes familles du Nord de la France qui aiment la sociabilité et l’ingénierie. Ces deux penchants font les bonnes entreprises : de la technique et du commercial.

Jean-Philippe Bozek, lui-même entrepreneur et coach de dirigeants, montre que la psychologie plus que la comptabilité influence leur façon d’entreprendre. Il ne s’agit pas de finance, qui n’est qu’un outil, mais de volonté : d’innover, d’entretenir de bonnes relations clientèle, de soigner ses ouvriers qui travaillent bien, de s’adapter au marché. C’est un tempérament. Il faut être un homme complet, pas seulement une tête bien pleine. Les exemples des grands-pères fascinés par la technique mais qui n’ont pas su écouter la demande sont éclairants.

Dans cette épopée en trois tomes, fondée sur les archives familiales et les témoignages des vivants, Les aïeux décrivent l’aventure de la famille Dubrule et Mamet au XIXe siècle. L’actuel Paul Dubrule (tous les fils aînés portent ce prénom), né le 6 juillet 1934 à Tourcoing, est coprésident Fondateur du Groupe Accor. On le voit, de la ferronnerie à l’hôtellerie, de l’industrie lourde aux services, la famille a su s’adapter.

La Révolution délivre des normes contraignantes et des droits seigneuriaux, la révolution industrielle anglaise donne l’exemple technique des machines, la demande sous Napoléon 1er offre un marché. L’ancêtre Paulus crée un atelier de fonderie, armes, outils agricoles,matériels de transport hippotractés. Son fils Paul, devenu ingénieur Arts et métiers (l’école portait alors un autre nom), inventa de nouvelles machines textiles.

Ce fut un grand succès, porté par l’essor de la société notamment sous Napoléon III, et de l’armée. La guerre 14-18 va détruire les usines du Nord, les Boches du Kaiser agissant comme les barbares de Poutine avec une volonté vengeresse. L’auteur passe sur la reconstruction et saute directement des ruines de 1918 à la prospérité 1925. On aurait aimé en savoir plus sur la façon de remettre en état, les financements, les initiatives. De même après « la crise de 29 », qui a au fond assez peu touché la France, sauf par contrecoup.

Le livre est illustré de documents d’époque, cartes postales anciennes, affiches d’événements, lettres, photos de famille. Il se lit avec intérêt.

Paul Dubrule, né en 1905, épouse Suzanne Mamet, née en 1912 et l’épouse en 1931. Auparavant, il a accompli un rêve : voyager dans l’Orient-Express, de Paris à Istanbul ; il en gardera un souvenir émerveillé. Car l’entreprise signifie aussi s’ouvrir au monde, être attentif aux changements. Dès son mariage, le couple génère quatre enfants, dont un petit Paul, destiné à prendre la suite. Ce sera l’objet du tome suivant.

Jean-Philippe Bozek, Paul et Suzanne, histoire de la famille Dubrule-Mamet, tome 1 Les aïeux, 1800-1931, 2023 éditions Place des entrepreneurs, 248 pages, €25,00

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Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Le crime de l’Orient-Express de Sydney Lumet

Un grand film du début des années 1970 qui reprend un grand roman d’Agatha Christie qui utilise le grand fait-divers du kidnapping du bébé Lindbergh et se passe dans les années 1930 dans ce grand paquebot de luxe qu’est le train à vapeur Londres-Istanbul : l’Orient-Express. Avec une brochette de grands acteurs et actrices de ces années-là. En bref un « grand » moment de cinéma.

Unité d’action, unité de temps, unité de lieu, la tragédie se noue comme au théâtre et comme dans Mort sur le Nil de John Guillermin, tiré lui aussi d’un roman d’Agatha Christie. Le train spécial de la Compagnie internationale des Wagons-lits met deux jours et demi pour relier l’orient laïcisé d’Atatürk à la capitale de l’univers, Londres, via Paris, Lausanne, Milan, Venise, Belgrade et Sofia. Le pullman qui débarquera ses passagers à Calais pour l’Angleterre est art déco avec boiseries en teck et verrerie Lalique. La locomotive à vapeur a quelques difficultés en hiver, à cause de la neige ou du manque de combustible, tel en 1929 où il se retrouve bloqué par la neige en Thrace orientale à 130 km d’Istanbul dans le froid, entouré des hurlements des loups – ce qui va inspirer Agatha Christie et lui donner le temps de développer son intrigue.

Le grand Hercule Poirot (Albert Finney) est en effet de retour de Syrie et, visitant Istanbul, se voit rappelé à Londres par télégramme. Le moyen le plus rapide en 1935 de rentrer direct est le train et la rencontre heureuse du directeur de la ligne et ami Monsieur Blanchet (Martin Balsam) lui offre une occasion. Il est casé dans une couchette avant qu’un nouveau wagon ne soit ajouté à la première étape et qu’il obtienne ainsi une cabine. Le salon-restaurant est le moment de faire connaissance des passagers du pullman de première classe. Il regroupe douze personnes hautes en couleurs dont l’actrice américaine impérieuse Harriett (Lauren Bacall), la sombre princesse Dragomiroff (Wendy Hiller) flanquée de sa femme de chambre en dragon allemand Hildegarde (Rachel Roberts), le colonel viril retour des Indes Arbuthnot (Sean Connery), Greta la missionnaire coincée à l’accent abominable qui a trouvé Jésus entouré de bébés noirs alors qu’elle était « dans le gazon sur le jardin » (Ingrid Bergman), le joli couple hongrois Andrenyi (Vanessa Redgrave et Michael York), enfin le riche yankee Radchett amateur de poteries orientales qui se sent menacé de mort depuis quelque temps (Richard Widmark), flanqué d’Hector son secrétaire complexé fils à maman échappé de psychose (Anthony Perkins) et de son majordome Beddoes (John Gielgud). Sans compter le conducteur Pierre (Jean-Pierre Cassel), un vendeur de voitures au sourire métallique (Denis Quilley), un enquêteur Pinkerton (Colin Blakely) et le bon docteur Constantine (George Coulouris).

Durant la nuit agitée par des mouvements dans le couloir, des bruits dans les cabines et quelques allées et venues qui empêchent le maniaque Poirot de bien dormir, Ratchett est assassiné de douze coups de poignard. Il est découvert au matin par Beddoes qui lui apporte son remontant alcoolisé après lui avoir porté sa valériane pour dormir le soir précédent. Le directeur est embêté, consulte Poirot qu’il connait bien et, comme le train est arrêté en rase campagne par une coulée de neige, lui demande de faire toute la lumière pour éviter aux passagers d’être incommodés et retardés par la police yougoslave sur le territoire duquel le crime a été commis.

Hercule commence alors ses douze travaux en interrogeant un par un les douze protagonistes du lieu clos. Tout le ramène à une histoire vieille de cinq ans, l’enlèvement de la petite Daisy Armstrong aux Etats-Unis, retrouvée morte après rançon, ce qui a entraîné le suicide de son père, le décès en couche de sa mère devenue dépressive enceinte d’un bébé mort-né, enfin de la bonne accusée de négligence qui s’était suicidée – cinq morts pour rien ! Un homme reconnu coupable a été grillé sur la chaise électrique pour ce vol d’enfant suivi d’un meurtre abominable mais le commanditaire est resté introuvable, lesté des 200 000 $. Il s’avère très vite que Ratchett était cet homme. Dès lors, Poirot découvre que tous les passagers ont chacun un lien avec cette affaire.

S’agit-il du crime d’un étranger au train qui a profité de la neige pour s’enfuir ? Ou d’un crime collectif réalisé par douze jurés qui se sont instaurés vengeurs ? La première hypothèse est celle du vendeur de voitures, ex-chauffeur de maître, qui se méfie des mafiosos de la mafia dont Ratchett, selon ses dires, faisait partie. La seconde est celle des petites cellules grises du détective, mais qui comprend fort bien le pourquoi du crime. Il va donc laisser le directeur de la ligne et les passagers choisir ; la vérité n’est pas la morale et un détective n’est pas un juge. La veste supplémentaire de conducteur de train, trop grande pour Pierre, retrouvée avec un bouton manquant tombé devant le cadavre, ainsi que le poignard maculé du sang de la victime, sont des preuves suffisantes pour la police yougoslave.

Ce qui compte est moins de savoir qui est coupable que comment tout cela s’est passé. La découverte de la double vie de chacun des passagers fournit plusieurs moments d’anthologie où le talent d’acteur de Poirot et de ses interlocuteurs et trices atteint à l’excellence. La Dragomiroff et l’Arbuthnot sont exceptionnels, tout comme la Greta « attardée » et le Beddoes à l’ironie serve décapante. Ils sont servis par une Agatha Christie toujours en verve dans la caricature de ses contemporains en représentation.

Deux heures de charme qui mettent sur le grill les aristos et grands bourgeois dans un tchou-tchou qu’affectionne la reine du crime, reflet de la technique optimiste de son temps. Une époque où l’Amérique était vue comme brutale et avide de fric alors que l’Europe restait un havre de bon vivre et de justice. Moment d’équilibre miraculeux avant la prochaine guerre qui allait ruiner définitivement le continent.

DVD Le crime de l’Orient-Express (Murder on the Orient Express), Sydney Lumet, 1974, Albert Finney, Lauren Bacall, Vanessa Redgrave, Richard Widmark, Martin Balsam, Ingrid Bergman, StudioCanal 2008, 2h05, €10.83 blu-ray €12.99

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