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Leçons de Nietzsche aux socialistes

Il ne s’agit pas de ce que pensait Nietzsche des socialistes de son temps, mais des leçons que la philosophie nietzschéenne offre aux socialistes d’aujourd’hui. Nietzsche fait de la force de vie en chacun des êtres l’origine de la volonté. Pour lui, la politique est un instinct qui part de l’énergie pour aller au rationnel, en passant par les émotions. Or, sans vitalité propre, on attend des autres ou de « la Morale » un commandement de faire. Là où la volonté fait défaut, la foi survient qui fait marcher au pas cadencé des églises et des partis. Qui ne sait pas être soi-même, se maîtriser pour être un maître, qui ne sait pas vouloir – aspire à ce qu’un autre veuille pour lui. C’est le danger du socialisme embrigadé…

« La foi est toujours plus demandée, le besoin de foi est le plus urgent, lorsque manque la volonté : car la volonté étant la passion du commandement, elle est le signe distinctif de la maîtrise et de la force. Ce qui signifie que, moins quelqu’un sait commander, plus il aspire violemment à quelqu’un qui ordonne, qui commande avec sévérité, à un dieu, un prince, un État, un médecin, on confesseur, un dogme, une conscience de parti. » 347

Quant à « la Morale », elle donne bonne conscience à ceux qui censurent et qui punissent, mais elle ne change ni les choses ni les êtres. Trois générations de redressement soviétique l’ont montré abondamment, aucun homme « nouveau » n’est né… sauf le bureaucrate obtus, l’apparatchik sadique et le gardien de camp égalitaire. Vouloir changer l’autre vous change, et pas toujours en mieux ! Qu’est-il donc préférable ? Plutôt que de blâmer, donnez l’exemple. C’est votre lumière, socialistes, qui éclairera ceux qui cherchent la voie. Cessez d’enduire de moraline tous les actes des autres, dans l’éternel ressentiment qui se contente d’être contre, de « réagir » : proposez du positif ! Proposez une alternative crédible et tentante, une voie vers la lumière ! Tous ceux qui sévissent et punissent plutôt que de créer et d’enthousiasmer sont des aigris, des mécontents, des esclaves de leur sinistrose – des faibles qui ne méritent pas les suffrages.

« Ne pensons plus autant à punir, à blâmer et à vouloir rendre meilleur ! Nous arriverons rarement à changer quelqu’un individuellement ; et si nous y parvenions, peut-être sans nous en apercevoir, aurions-nous fait autre chose encore ? – Nous aussi, nous aurions été changés par l’autre ! Tâchons plutôt que notre influence sur ce qui est à venir contrebalance la sienne et l’emporte sur elle ! Ne luttons pas en combat direct ! – et toute punition, tout blâme, toute volonté de rendre meilleur est cela. Élevons-nous au contraire nous-mêmes d’autant plus haut ! Donnons à notre exemple des couleurs toujours plus lumineuses ! Obscurcissons l’autre par notre lumière ! Non ! A cause de lui nous ne voulons pas devenir plus obscurs nous-mêmes, comme tous ceux qui punissent, comme tous les mécontents. Mettons-nous plutôt à l’écart ! Regardons ailleurs ! » 321

Certes, il est plus facile de critiquer ceux qui font que de faire soi-même. Cette attitude réactive est paresse, amour de la souffrance. Souffrir donne bonne conscience : voyez comme je suis vertueux parce que je suis malheureux ! Seule la souffrance des autres mobiliserait la volonté : or c’est là du négatif, une attitude « réactionnaire » qui se contente de réagir à ce qui survient sans avoir rien prévu, ni bâti pour l’avenir… Pourquoi se construire une chimère ? Pour mieux se sentir un héros en combattant les moulins ? Mieux vaut prendre à bras le corps les réalités telles qu’elles se présentent ! Il est tellement plus facile de se créer son propre ennemi, comme ces poupées vaudou qu’il suffit de piquer d’épingles pour se sentir vengé… C’est là manque de vigueur. Socialistes, vous n’êtes rien sans les autres, votre Sarko vaudou, vous manquez de force – alors que vous devriez (selon vos discours enflés) être ce dynamisme en marche vers l’avenir !

« Quand je songe au désir de faire quelque chose, tel qu’il chatouille et stimule sans cesse des milliers de jeunes Européens dont aucun ne supporte l’ennui, pas plus qu’il ne se supporte soi-même, – je me rends compte qu’il doit y avoir en eux un désir de souffrir d’une façon quelconque afin de tirer de leur souffrance une raison probante pour agir, pour faire de grandes choses. La détresse est nécessaire ! De là les criailleries des politiciens, de là les prétendues ‘détresses’ de toutes les classes imaginables, aussi nombreuses que fausses, imaginaires, exagérées, et l’aveugle empressement à y croire. Ce que réclame cette jeune génération, c’est que ce soit du dehors que lui vienne et se manifeste – non pas le bonheur – mais le malheur ; et leur imagination s’occupe déjà d’avance à en faire un monstre, afin d’avoir ensuite un monstre à combattre. Si ces êtres avides de détresse sentaient en eux la force de se faire du bien à eux-mêmes, pour eux-mêmes, ils s’entendraient aussi à se créer, en eux-mêmes, une détresse propre et personnelle. Leurs inventions pourraient alors être plus subtiles, et leurs satisfactions résonner comme une musique de qualité ; tandis que maintenant ils remplissent le monde de leurs cris de détresse et, par conséquent, trop souvent, en premier lieu, de leur sentiment de détresse ! Ils ne savent rien faire d’eux-mêmes – c’est pourquoi ils crayonnent au mur le malheur des autres : ils ont toujours besoin des autres ! Et toujours d’autres autres ! – Pardonnez-moi, mes amis, j’ai osé crayonner au mur mon bonheur. » 56

Quel avenir ? L’apitoiement sur lépludémunis ? sur ceukisouffr ? Se lamenter c’est surtout ne rien faire. Tandis que l’avenir est l’épanouissement de l’homme, sans les carcans économiques et sociaux qui l’inhibent et le rabaissent dans sa condition servile. Nietzsche exalte la vitalité parce qu’il veut un homme énergique complet, l’idéal grec antique, « le bonheur d’Homère » pour tous. On a cru un matin que les socialistes français voulaient incarner cette utopie d’avenir… mais quand on les regarde et les écoute, bof !

« Avoir des sens subtils et un goût raffiné ; être habitué aux choses de l’esprit les plus choisies et les meilleures, comme à la nourriture la plus vraie et la plus naturelle ; jouir d’une âme forte, intrépide et audacieuse ; traverser la vie d’un œil tranquille et d’un pas ferme, être toujours prêts à l’extrême comme à une fête, plein du désir de mondes et de mers inexplorées, d’hommes et de dieux inconnus ; écouter toute musique joyeuse comme si, à l’entendre, des hommes braves, soldats et marins, se permettaient un court repos et une courte joie, et dans la profonde jouissance du moment seraient vaincus par les larmes, et par toute la pourpre mélancolie du bonheur, qui donc ne désirerait pas que tout ceci fut son partage, son état ! Ce fut le bonheur d’Homère ! » 302

Au lieu qu’être socialiste aujourd’hui, dans le parti de Martine Aubry, c’est aller au pas, bien discipliné, obéissant aux ordres, sans élever la voix. Le Parti a toujours raison, le Parti seul sait, le Parti veut le Bien donc connaît seul la Vérité dans l’obscurité du Secrétariat et les fumées des Congrès. Dans le Parti, seul le tout petit noyau dirigeant sait ce qu’il y a à savoir, surtout pas les autres, les militants, les godillots qui vont à la soupe électorale et qui ont besoin de l’onction centrale. Cette allure-là rend lourd… Le socialisme se montre comme l’organe de ceux qui vont au pas, le ventre empli de pommes de terre et l’esprit au ras des sondages. Bien loin des ailes qu’on rêverait pour l’homme.

« Aller au pas – quelle existence !

Cette allure-là rend allemand et lourd.

J’ai dit au vent de m’emmener,

L’oiseau m’a appris à planer.

Vers le midi, j’ai passé sur la mer. » Appendice

Frédéric Nietzsche, Le Gai Savoir, 1887, Folio 1989, 384 pages, €7.41

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Réfléchir sur le nucléaire

Les glapissements millénaristes des prêcheurs d’Apocalypse empêchent de penser. Ils incitent à voter contre leur parti au niveau national, tant l’immaturité politique et la naïveté sociale y règnent. Le nucléaire est dangereux ? Certes – mais vivre aussi est dangereux. La cigarette fait plus de morts que les rayonnements chaque année, et bien plus de CO². Mais de cela, les zécolos-politiques ne disent rien.

Reste qu’il faut penser le nucléaire puisque le risque existe et qu’il se multiplie. Three Miles Island était un coup de semonce en 1979. Tchernobyl le désastre de tout un système, socialiste soviétique, comme quoi le « tout État » ne protège en rien des catastrophes industrielles, contrairement à ce qu’on entend ici ou là. Les ingénieurs ne sont pas meilleurs dans la fonction publique, on peut même soupçonner qu’étant moins payés, ne restent que ceux qui ne peuvent être appelés ailleurs pour leurs talents… Fukushima montre que, dans un pays très développé, nanti d’un État puissant, où l’énergie est décentralisée (au fond, tout le rêve des zécolos français), une catastrophe peut se produire et se développer. Ce n’est pas le tremblement de terre mais le tsunami par conséquence qui a submergé les sécurités. Un tel enchaînement de causes est exceptionnel, il n’arrive guère statistiquement qu’une fois par siècle. C’est ainsi que règnent les probabilités, à 99% de chances de ne pas courir le risque. Mais l’année où cela vous arrive, vous êtes à 100% dedans.

Alors faut-il « sortir » du nucléaire ? Bien sûr il le faudra, comme du charbon, du pétrole et des autres énergies fossiles. Pourquoi ? Parce que la planète est limitée et que ses réserves sont pour un siècle en minerai d’uranium, pas plus. La question est de sortir quand et comment.

Les naïfs réclament « tout, tout de suite ». Ils agissent en gamin de deux ans qui trépigne quand son désir n’est pas satisfait sur le champ. Mais est-ce socialement, économiquement, politiquement possible ? C’est là où divergent les  zécolos mystiques des zécolos qui pèsent et qui pensent. Les premiers sont hélas en France bien trop nombreux. Ils recyclent depuis un millénaire les utopies d’un autre monde hors du monde, celui des errants gyrovagues qui prêchent l’Apocalypse pour l’an prochain, les simplets de la croisade « des enfants » qui dit leur immaturité, croyant n’importe quel « berger » à grande gueule et gros bâton, chef de secte qui attire autour de lui les donzelles et les jouvenceaux pour mieux en jouir.

Sortir quand ? La société n’est pas révocable par décret. Les gens vivent, travaillent, consomment, élèvent des enfants. Que faire pour assurer la transition la meilleure pour tout le monde entre énergie nucléaire et énergies soutenables ?

1. Déjà, s’assurer que ce qui existe, et qui ne va pas disparaître dans les deux ans qui viennent, est sécurisé autant qu’on peut raisonnablement le prévoir. D’où audits, travaux éventuels, surveillance indépendante des intérêts économiques.

2. Ensuite convaincre les États-nations sourcilleux sur leur souveraineté, qu’une « ingérence » neutre, internationale, transparente, est la meilleure des choses pour le monde entier. Parce qu’une catastrophe dans un pays n’arrête pas ses effets aux frontières (comme un fonctionnaire imbécile l’avait affirmé en France après Tchernobyl).

3. Enfin débattre démocratiquement non pas de l’Apocalypse (personne n’est pour) mais de la gestion de transition.

a. Abandonner le nucléaire veut dire accepter plus de CO² un long moment, le temps que les énergies alternatives soient techniquement au point et industriellement répandues.

b. Abandonner les centrales nucléaires veut dire accepter un prix de l’électricité plus fort et qui grimpera plus vite que le reste des prix pendant des décennies.

c. Abandonner la filière nucléaire veut dire promouvoir les recherches sur les énergies soutenables et réorienter la formation des ingénieurs en forçant la main et en tordant l’esprit des grandes écoles françaises, volontiers formées en castes.

Établir la vigilance interne, activer la diplomatie externe, discuter des changements de comportements sociaux : tout cela est politique.

Où sont donc les réponses politiques des zécolos sur ces sujets ? Que des « grands travaux » à la socialiste sur l’isolement des logements ? Certes il faut le faire, mais avant tout convaincre les gens de les payer. Et pour cela leur assurer un travail… qui dépend de l’énergie disponible à prix raisonnable pour produire. On ne crée pas des emplois par décret, sinon dans les régimes socialistes soviétiques. Tout changement du modèle de prix d’une denrée vitale comme l’énergie a des conséquences sur toute la société, pourquoi les zécolos n’en parlent-ils pas autrement qu’en laissant se profiler un austère retour au moyen-âge avec panier bio, troc et maison en terre battue ?

Cherchez « programme des écologistes » sur Google, vous obtiendrez 843 000 résultats avec en tête une petite avancée Cohn-Bendit sur la pêche au Parlement européen, un forum Yahoo sur « c’est quoi  un programme écologiste » (où les réponses sont édifiantes de néant), et des projets cantonaux pour les élections qui se gardent bien d’évoquer les problèmes généraux de société.

On aimerait les entendre les zécolos, par exemple sur les embouteillages générés périodiquement par les grèves imbéciles des cheminots dont l’emploi est garanti à vie, comme la retraite, et qui débrayent au moindre prétexte contre l’État-patron. Comme si l’État n’était ni vous, ni moi, ni les politiques élus, mais un vaste club d’exploiteurs qu’il s’agit de faire « plier » au mépris de la pollution générée, du CO² et autres désagréments sociaux. La grève est un outil : bien utilisée elle est une arme de combat efficace. Usée n’importe comment par n’importe quel chefaillon de nœud ferroviaire, elle n’est plus que réaction de gamin de deux ans qui veut tout, tout de suite, na ! Le mauvais ouvrier n’a jamais que de mauvais outils. Mais que disent les zécolos sur cette pollution générée par le syndicalisme mal organisé ? – RIEN.

Ce pourquoi, en France, les zécolos sonnent comme les zozos – qu’y puis-je ? Alors que l’écologie canal scientifique est un savoir qui devrait irriguer tous les partis. Il s’agit de vivre ensemble, non pas contre ni au-dessus, mais dans la nature dont nous sommes partie. Vaste programme qui demande d’autres gens que ces immatures qui ne sortent de leurs trous qu’à chaque catastrophe pour prêcher la fin du monde.

Fatih Birol, interview de l’économiste chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans Le Monde du 2 avril 2011, p.5

Exemple de « Programme » des écologistes pour les élections cantonales en Savoie 2011

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