Nietzsche et la religion selon Camus

Dans L’Homme révolté, Camus analyse Nietzsche sous l’angle du nihilisme. Bien avant d’être prophète, le philosophe au marteau est clinicien. Comme pour Marx et pour Freud, la méthode critique reste la grandeur de l’œuvre. Toute prophétie se fige vite en dogme et dégénère en religion, alors que la méthode garde tout son pouvoir de lucidité sur le présent. A propos de Nietzsche, dit Camus, « le caractère provisoire, méthodique, stratégique en un mot, de sa pensée ne peut être mis en doute ».

Nietzsche a détruit toutes les idoles, il en a fait sa méthode. La lucidité d’Apollon brûle d’un trait de feu tout ce qui camoufle la mort de « Dieu », ce terme pris comme Absolu signifiant. Ce monde-ci n’a ni sens ni fin. Il poursuit sa marche aveugle, poussé par cet élan de se perpétuer et de se reproduire qui, des étoiles aux êtres vivants, est une « volonté » de puissance. Le terme français de volonté est probablement trop directif pour traduire le Wille zur  allemand : il n’y a pas d’intention dans ce vouloir, mais un élan impersonnel, la marque même du vital. D’où vient la vie ? Pourquoi cet élan ? Là est peut-être le divin, mais celui d’Héraclite, le « jeu » du monde, indifférent à la destinée de chaque être. Dieu est inutile, puisqu’il ne « veut » rien, puisqu’il n’a pas de fin dernière.

Sans unité ni finalité, le monde tel qu’il est ne peut être jugé. Sa valeur réside en lui-même, en la vie qui pousse. Tout jugement sur ce monde est donc jugement contre la vie. On compare ce qui est ici et maintenant à ce qui devrait être ou pourrait être, ailleurs ou dans l’avenir. Cela peut être le Paradis, la cité de Dieu, les idées éternelles, l’impératif moral ou la marche inexorable de l’Histoire, l’Etat réalisant l’Être… Tout ce fatras métaphysique, irréel, qui situe le vrai ailleurs que dans ce monde-ci, Nietzsche l’appelle « Dieu ». Il se révolte radicalement contre. La morale même, comme commandement socratique ou chrétien, institue un homme-reflet qui asservit l’homme réel. C’est vrai de toute religion, superstition ou utopie politique.

Voir ce qui se fait, vivre ce qui s’offre, est au contraire la sagesse. C’est le mouvement même de la science, la curiosité de l’exploration et l’élan de la démocratie. S’évader dans l’idéalisme, s’asservir à une Morale, une Doctrine, aux Puissants, est le contraire de la liberté : un esclavage aveugle ou – pire – consenti. Il est ainsi des hommes qui ont peur de la liberté et préfèrent se débarrasser de toute responsabilité par l’obéissance sans conscience. « C’est pas moi, c’est la volonté de Dieu, les conventions morales, la ligne du parti, les ordres des chefs ! »

Nietzsche n’a pas « tué » Dieu, ni même son idée, il l’a trouvé mort dans son époque. Dès lors, comment édifier une philosophie du « bien » vivre sans référence au-delà de la vie ? En éradiquant d’abord tous les oripeaux de l’idée, car comment bâtir sur des fondations branlantes ? « S’il attaque le christianisme, en particulier, c’est en tant que morale, écrit Camus. Il laisse toujours intacts la personne de Jésus d’une part et, d’autre part, les aspects cyniques de l’Eglise. On sait qu’il admirait en connaisseur les Jésuites. ‘Au fond, écrit-il, seul le Dieu moral est réfuté.’ »

Jésus n’est pas un révolté mais un acceptant. Il prend le monde tel qu’il est, refusant d’ajouter à son malheur. Pour cela, il consent à souffrir du mal qu’il contient. « Le royaume des cieux est immédiatement à notre portée. Il n’est qu’une disposition intérieure qui nous permet de mettre nos actes en rapport avec ces principes et qui peut nous donner la béatitude immédiate. Non pas la foi, mais les œuvres, voilà selon Nietzsche le message du Christ. A partir de là, l’histoire du christianisme n’est qu’une longue trahison de ce message. Le Nouveau Testament est déjà corrompu et, de Paul aux Conciles, le service de la foi fait oublier les œuvres. » L’idée du jugement est étrangère au Christ, qui est donc contre la morale fouettarde des châtiments et récompenses qu’a créé son Église. « De la bonne Nouvelle au Jugement dernier, l’humanité n’a pas d’autre tâche que de se conformer aux fins expressément morales d’un récit écrit à l’avance. » Imposant un sens imaginaire à la vie, le christianisme d’Eglise empêche de découvrir son vrai sens (qui est de ne pas en avoir). D’où les résistances successives envers Copernic, Galilée, Darwin, la république, le divorce, la pilule, le célibat des prêtres…

« Le même raisonnement dresse Nietzsche devant le socialisme et toutes les formes de l’humanitarisme. (Ils maintiennent) une croyance à la finalité de l’histoire qui trahit la vie et la nature, qui substitue des fins idéales aux fins réelles, et contribue à énerver les volontés et les imaginations. » Camus appelle ‘socialisme’ celui de Marx et des autoritaires, pas celui de la Commune qui crée en marchant, ni celui des syndicalistes proudhoniens qui n’a rien de messianique. L’esprit libre détruira ces fausses valeurs en dénonçant les illusions sur lesquelles elles reposent. Le bouddhisme parle du voile de Maya qui masque le réel.

Mais l’intelligence lucide, une fois décapé le socle du réel, ne peut justifier à elle seule la vie et son élan. L’absence de loi n’est pas la liberté car le chaos est une servitude : « si rien n’est vrai, rien n’est permis », traduit Camus. A l’homme donc, adulte, lucide et responsable, d’instaurer ses propres limites, de créer ses propres valeurs. Le monde est tragique, son mouvement est innocent, il faut aimer le devenir. « La liberté coïncide avec l’héroïsme », l’élan de la vie qui déborde crée une œuvre et les enfants. Il n’y a ni bien ni mal, mais l’innocence du devenir que chacun doit chevaucher à son rythme.

« Le monde est divin parce que le monde est gratuit. C’est pourquoi l’art seul, par son égale gratuité, est capable de l’appréhender. » La religion de Nietzsche est en l’homme même : en l’élan qui le pousse à vivre, en ses passions qui le canalisent, en son intelligence lucide et organisatrice. La noblesse que l’on conquiert vaut bien mieux que celle qui nous est concédée par héritage ou grâce divine. Le créateur est artiste. Ici et maintenant.

Albert Camus, L’Homme révolté, 1951, Folio, 240 pages, 7.41€

Catégories : Albert Camus, Frédéric Nietzsche, Livres, Philosophie, Religions | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

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10 réflexions sur “Nietzsche et la religion selon Camus

  1. judem

    « au présent (pour l’avenir, laissons-le aux suivants » : l’unité du présent est donc celui d’une vie humaine plutôt que du présent instantané, sans quoi il n’est pas possible par exemple de concevoir l’intérêt de travailler pour avoir une meilleure situation …

  2. judem

    La pensée indienne inclut à peu près tout.
    La perse aussi est fondamentale pour établir la filiation d’une partie de la pensée occidentale.
    Cela dit, les grecs antiques ont tout de même atteint un niveau de pensée remarquable que l’humanité n’a commencé à retrouver qu’à partir du 19ème …

  3. « L’important réside dans les améliorations que nous pouvons tenter d’apporter, au présent » (pour l’avenir, laissons-le aux suivants… Nous leur avons déjà trop pavé le terrain de bonnes intentions perverses !)
    Oui, c’est ce que dit Camus – et Nietzsche. Je me fais l’interprète de ce qu’interprète Camus de Nietzsche qui, lui-même, évoque Héraclite et la pensée indienne… C’est dire si tout est lié, tout est déformé, tout est sans cesse réactualisé. mais c’est ainsi que fonctionne la culture : chacun est toujours seul face aux créateurs.

  4. judem

    J’utilise juste des analogies, qui ont bien sûr leurs limites, auxquelles je suis plus habitué.

    « Ce qui agit les règles » : il n’est pas possible de trancher toutes les questions relatives au fonctionnement d’un système un minimum intéressant tout en faisant partie du système (résultat mathématique). Au bout du compte, nous ne pouvons accéder qu’aux relations entre objets (que nous déduisons en faisant et observant interagir les objets entre eux). Pour obtenir plus d’information, il faudrait pouvoir être en dehors du système. Un peu comme un personnage de jeu vidéo qui pourrait se télécharger dans un robot évoluant dans notre réalité et qui pourrait à partir de là constater que les mécanismes du jeu vidéo duquel il vient correspondent à des mouvements d’électrons dans des transistors en silicium et que tout cela est orchestré par un programme développé par une équipe d’humains. Nous ne pouvons (a-priori) pas sortir de notre monde, à supposer qu’il y en ait d’autres, et nous ne pouvons donc pas trancher de manière définitive la question de « ce qui agit les règles ». Pour rester au niveau des jeux vidéos, les plus intéressants sont ceux où le monde évolue le plus par lui-même, les autres deviennent vite lassants en terme d’observation et d’interaction. Ce qui me fait penser que, même s’il y avait (cette hypothèse étant par ailleurs inutile) un ou des joueurs-programmeurs « au-dessus » de notre monde (appelons les « Dieu » par exemple), quel serait leur intérêt à voir une bande de cloportes se comporter comme des esclaves demeurés et répétitifs (stade le plus courant chez les « religieux ») ? N’est-il pas plus intéressant d’être surpris par ce que produit la liberté de ses créations ?

    L’informatique au sens large ne permet pas plus de tout expliquer que les autres théories. Mais, ce que je trouve intéressant, est que l’on sait déjà que, théoriquement, quelques règles simples (« simple » est mal choisi pour parler de la physique quantique) suffisent à tout engendrer, et ce d’autant plus efficacement si ces règles tournent avec du « hasard ». C’est quelque chose qui n’était pas forcément aussi évident ne serait-ce qu’il y a quelques décennies. Après, cela n’explique pas les « règles minimales » en elles-mêmes et cela ne prouve pas que le problème se réduise à ça. Et les émergences, ne pouvant se réduire au comportement des parties, amènent en quelque sorte autant de niveaux d' »indépendance explicative ».

    Je suis d’accord avec l’importance du « plus » même si la définition/formalisation ne me satisfait pas. Personnellement, je conçois plus ça comme un doigt d’honneur face à l’absurde, une sorte de tension vers l’infini, l’infini étant par essence l’expression des multiples et de la liberté potentielle voire effective, au contraire de la trahison « asservissante » d’une certaine métaphysique religieuse (tous les « spirituels » ne sont cependant pas à mettre dans le même panier).

    Pour en revenir au coeur du sujet, sommes-nous d’accord sur le fait que nous choisissons/créons des éléments tels que le sens, la valeur ou le jugement, mais que cela ne veuille pas pour autant dire que tout se vaut et que rien ne peut-être comparé ? Par exemple, pour en revenir au beau, notion qui me paraît plus simple que les autres, un piano permettant de créer des mélodies plus complexes qu’un tambour. Quid en outre de la possibilité d’une éthique avec un fond minimum universel ? Enfin, considérez-vous que, peu importe quelque finalité idéale/ultime ou le caractère éphémère de nos existences/constructions, l’important réside dans les améliorations que nous pouvons tenter d’apporter, au présent mais aussi pour le générations à venir ?

    Sur l’entraide et l’évolution, il y a du chemin à faire en économie …

  5. Nietzsche met aussi en garde contre la Science comme nouvelle croyance. L’esprit humain est limité, aussi lorsqu’il croit prendre son instrument imparfait pour l’ultima ratio de l’univers, il se fourre le doigt dans l’oeil (je traduis). Reste que la science (avec un petit s) fait partie des instruments de cet élan de la puissance, d’exploration du monde pour mieux le comprendre et le maîtriser. Cela dans le but d’être toujours « plus ».
    Quand vous évoquez les « règles » de la physique, vous ne dites rien de ce qui « agit » les règles. Il ne suffit pas de poser les éléments pour qu’ils se mettent en mouvement. Faire l’hypothèse que tout s’essaye sans cesse à interagir sur tout et que « survit ce qui survit » n’explique rien du tout. C’est une échappatoire pour dire qu’on ne sait pas (encore ?).
    Nietzsche, comme Camus, n’est pas un scientifique mais un philosophe, il cherche un sens à la vie pour accomplir une vie bonne (et pas pour en faire un système comme Dieu). Pour lui, le « sens » de la vie est qu’il n’y en a qu’en ce monde; et qu’en ce monde, tout est énergie; donc que la vie est une énergie en puissance qui cherche à émerger de l’entropie, à se maintenir contre l’inerte et à transmettre son message (ADN + art quand il s’agit de l’humanité). Ni la Science (comme les positivistes), ni l’Art (comme Malraux), ni l’État (comme Hegel), ne doivent être une religion. L’être vivant est libre puisqu’il dispose de sa propre énergie vitale; il peut devenir conquérant, grand savant, peintre ou littérateur : il est en cela un « artiste », pas un dieu qui définit le monde mais un créateur qui manifeste sa propre vie. La somme des artistes individuels fait ce qu’une société retient comme sa culture.
    En ce sens, la mémétique me semble une réduction scientiste de la culture. L’homme a peut-être une bite mais il n’est pas un bit flashant en binaire sur la carte aux microprocesseurs. Je suis amusé d’observer combien la mode scientifique du temps applique à tout ce qui existe son instrument du moment : on expliquait tout par l’électricité au XIXe, puis tout par la thermodynamique au début XXe, maintenant tout est informatique, essais-erreurs, oui-non, darwinisme socio-culturel à la mode du capitalisme sauvage… Or Darwin n’a jamais dit que la société était la loi de la jungle mais qu’il existait aussi une pression de sélection pour l’entraide. C’est Herbert Spencer qui a traduit cela en termes de lutte des classes. D’où la confusion qui s’entretient entre ce que les créateurs ont vraiment dit et ce que la mode du temps leur fait dire, si bien qu’on ne sait plus où l’on en est.

  6. judem

    C’est uniquement pour faire court, désolé.

    La physique est mathématique, une des meilleures introductions sur le sujet étant http://books.google.com/books?id=E1k-SRvzrM8C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false .

    Mécanique est utilisé ici dans le sens « dérouler un mécanisme ». Le hasard est présent dans le mécanisme dès le niveau quantique et suffit à engendrer tout le reste (ce n’est pas tout à fait aussi simple en fait). Le chaos est une version « faible » du hasard pur et le terme est généralement utilisé par les scientifiques qui étudient l’émergence d’ordre dans le désordre au moins apparent présent dans divers systèmes, notamment ceux régis par des équations différentielles non linéaires par exemple (courant en physique et à la base de nombreux phénomènes biologiques).

    « survit ce qui survit » : prenez par exemple le « jeu de la vie » (Conway), un exemple pédagogique illustrant le fait que des règles ultra-simples permettent d’engendrer toutes les formes, et même tous les mouvements (résultat démontré), possibles et imaginables, tout étant contenu ici dans les conditions initiales. Dans la réalité, c’est plus complexe car le hasard « agit » à chaque instant et il est nécessaire d’utiliser des notions telles que « environnement » et « sélection ». En fait, il n’y a pas besoin de sens, il y a juste des émergences (la théorie de l’émergence est d’ailleurs une réponse tant au réductionnisme qu’au vitalisme). Ce que je veux dire c’est que rien ne nous empêchera de créer un jour des jeux où des consciences de soi émergeront (en fait, il faudra sûrement des architectures électroniques-informatiques différentes, sans nécessairement, je pense, passer au stade biologique) mais, pour contrôler leur optimisation, nous n’aurons guère d’autre choix que de les exécuter en parallèle (ce qui est informatiquement possible) et de porter notre attention de manière sélective sur la variété des mondes résultants (cf. algorithmes génétiques en ingénierie). A l’intérieur de chaque monde, survivra ce qui survivra, et ce de manière difficilement prévisible. Au niveau de l’évolution des espèces, nous constatons ainsi a-posteriori les résultats d’un système trop complexe pour être prédit, même si nous pouvons jouer aux apprenti-sorciers (terme non négatif pour moi).

    Comme « fonction de jugement », on peut, pour commencer, considérer la complexité (cf. par exemple les notions vulgarisées par Delahaye plutôt que celles moins adéquate de Kolmogorov).

    Au niveau de la culture, connaissez-vous la mémétique ?

    Est-ce cela précise un peu mon propos ? Le problème est que chaque concept, pour être rigoureux et non simplificateur (donc trompeur), nécessite de longs développements.

  7. Difficile de vous suivre tant vous additionnez les mots (hasard n’est pas chaos, mécanique n’est pas mathématique…) dans une sorte de flou qui fait très artistique mais se prête difficilement au débat critique. Néanmoins, essayons sur le point de fond.
    Quand vous dites « survit ce qui survit », je ne vois pas en quoi cela explique quoi que ce soit. C’est une tautologie qui ne dit pas pourquoi le lotus émerge de la boue au travers de la mare pour aller s’épanouir à la lumière; ni pourquoi l’arbre amazonien pousse tout droit jusqu’à émerger à la canopée puis étendre ses branches enfin pour capter le plus de lumière possible…
    Le terme « élan » vous paraît peut-être trop métaphysique, pourquoi pas, il est en tout cas plus neutre que celui de « volonté » qui fait par trop divine. Il s’agit de se perpétuer, sans vouloir, dans un mouvement certes impersonnel mais bien réel. Même dans le « jeu » il s’agit de gagner.
    Mais sans unité ni finalité, le monde tel qu’il se présente à nos yeux ne peut être jugé en morale, puisque toute morale exige un référent hors de son univers pour le jauger. Il s’agit donc d’accepter le mouvement, cette force qui pousse et ne veut rien, sinon aller toujours de l’avant, dans une sorte d’innocence du devenir.
    Ce pourquoi « la culture » n’est pas l’art mais ce qui reste des oeuvres des artistes. Les individus passent, expriment leur élan, mais la société lentement les filtre pour n’en garder que ce qui lui parle encore.

  8. judem

    Non, je ne suis pas un lettré, juste un « jeune » (moins de 40 ans) scientifique (comme tant d’autres) qui s’intéresse depuis longtemps à certaines questions que l’on peut étiqueter comme étant « philosophiques ».

    Revenons sur la note. Concrètement, toute construction ou toute action ne peut faire mieux que chercher à réaliser un moindre pire. Ce qui complique le tout est qu’il n y a pas d’unicité a-priori, ni a-posteriori d’ailleurs comme la politique l’illustre si bien au quotidien, du moindre pire. A partir de là, tout peut être déconstruit et rien, absolument rien, ne peut résister bien longtemps à une analyse un tant soit peu approfondie. Cependant, si la méthode critique est utile, je préfère juger une pensée aux « constructions » qu’elle propose plutôt qu’aux fondations qu’elle ronge.

    Je trouve le terme de « jeu » bien choisi, même si ce point de vue peut paraître bien cruel et pour le moins cynique. Par contre les notions telles que celles de l' »élan » me semblent empreinte d’un résidu de pensée « magique ». De fait, la réalité me semble plus proche de « survit ce qui survit ». Il suffit à la base d’avoir une quantité suffisante de hasard/chaos et l’ordre en émerge de manière purement mécanique/mathématique. Cependant, l’inutilité d’un concept, « Dieu » par exemple, n’induit pas l’absence de toute existence/réalité qui puisse y être en relation. De fait, tout ce qui existe est à proprement parler inutile.

    En ce qui concerne les comparaisons avec des concepts « idéaux », c’est difficilement évitable, même et surtout dans une démarche scientifique. Et la comparaison laisse des possibilités de « jugement ». Par ailleurs, la science ne se contente pas de « voir et vivre », elle essaie en permanence d’anticiper, de prévoir, d’influencer et de modifier (ou plutôt de jouer avec les degrés et marges de liberté disponibles). En ce qui concerne la valeur, un point de départ peut être la question du beau. Qui de l’éphémère papillon ou du quasi-éternel caillou qui dérive dans l’espace a plus de valeur ? Personnellement, je ne pense pas que cela soit si subjectif que cela. La notion de complexité me paraît à même de nous aider à commencer une approche plus scientifique de cette question. De là à parvenir à des notions telles que l’éthique (plutôt que de bien ou de morale), il y a un cap colossal à franchir. Dans tous les cas, le pluralisme est plus proche de la réalité que l’universalisme, mais cela ne veut pas dire que tout se vaut !

    Se pose alors une question fondamentale : celle de la valeur de la culture. L’art créateur oui, mais le fait de tracer de nouveaux chemins tout en faisant vivre ceux qui nous ont précédé (pas les mêmes suivant nos goûts) me paraît plus élevé, non ?

  9. Seriez-vous philosophe ? Enseignant en quelque université spécialisée ?

  10. judem

    Concentré de philosophie. Je reviens commenter d’ici quelques temps.

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