Le tour de Notre-Dame

La cathédrale Notre-Dame est plus qu’un lieu de culte catholique, elle est un symbole, l’incarnation d’un imaginaire dans l’histoire longue, ce qui fait toute société selon l’anthropologue Maurice Godelier.  Le tweet raciste de l’inculte nomade diversitaire de l’UNEF nommée Hafsa montre que « faire société » n’est pas l’objectif de tous dans notre pays. Or Notre-Dame est le cœur de la France. Pour le comprendre, il faut en faire le tour.

Depuis son parvis sont calculées les distances de tous les lieux du pays. Le point zéro des routes est ici, sur l’île où vogue Notre-Dame comme une nef renversée. Car cette église est un vaisseau échoué, ses deux tours comme un château arrière, sa flèche (aujourd’hui détruite) comme un beaupré haubané d’arches fines, tendant les mâts de sa toiture. Elle vogue à la rencontre du soleil et de Jérusalem, lieu de la naissance du Christ. Ce vaisseau de ligne est la foi qui passe et qui protège.

Elle recèle un trésor : celui ramené par Saint-Louis des croisades, « la » Couronne d’épines qui a martyrisé Jésus, attestée par les récits des pèlerins au 4ème siècle et négociée par le roi Louis en 1239. Chaque premier vendredi du mois et le Vendredi Saint, elle est présentée à la vénération des fidèles. L’accompagnent un clou de la Passion et un fragment du bois de la « vraie » Croix, découverte par Hélène, impératrice devenue Sainte, à Jérusalem en 326. L’authenticité de ces reliques est rien moins que prouvée mais cela n’importe pas aux croyants.

La cathédrale par le quai Saint-Michel surgit au-dessus des éventaires des bouquinistes comme une élévation de la culture, une sorte de temple qui justifie le savoir et la philosophie. Sa façade ouest fait face au soleil de l’après-midi. Elle est carrée, claire, apollinienne. Elle est force sereine, même la nuit. Sa façade est un visage : ses deux yeux sont les tours de 69 m de haut, son nez la rosace de la Vierge, son sourire les trois portails en demi-lune comme des dents. Elle présente sa puissance aux vents venus du large comme aux Vikings et autres ennemis venus par la Seine. Sur son île, elle trône comme la Foi, le Savoir et la Sagesse. Elle est la France éternelle dont l’esprit survit sous d’autres aspects.

Elle a été bâtie en ce beau treizième siècle de réchauffement climatique, d’essor démographique et de formidable optimisme des hommes. Un lieu de culte gaulois, puis romain, existait sur cette partie de l’île – des vestiges datant de Tibère (+14 et +37) ont été découverts. Une basilique mérovingienne les avait remplacés vers le 5ème siècle. Mais c’est le mouvement gothique qui a incité l’évêque Maurice de Sully à lancer ce projet en 1160. La première pierre a été posée en 1163 il y a presque mille ans. La consécration du maître-autel a eu lieu en 1182 et la cathédrale a été déclarée achevée en 1345 – jusqu’aux restaurations du 19ème siècle après les déprédations révolutionnaires.

Louis VII a fait un don en 1180, mais la cathédrale n’a pas été un « chantier royal » ; elle a été financée par les bourgeois de la ville et par le peuple. Comme aujourd’hui où les dons, même défiscalisés à 60 ou 75%, seront les principaux financements du chantier, « l’Etat » n’apportant que peu au pot, hors les impôts qu’il ne prélèvera pas (il est donc faux de dire que la défiscalisation appartient au budget de l’Etat : il ne donne rien, il ne ponctionne pas).

Le vaisseau doit être contourné pour l’examiner sous tous ses angles. Son portail sud, bâti en 1257 au-dessus du petit jardin du presbytère, est lumineux, au centre exact de ses 127,5 m de longueur. Au centre du portail Saint-Etienne trône de part et d’autre des portes la rosace des Vierges sages et des Vierges folles, thème issu de l’évangéliste Matthieu: « Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases » (25:3-4). Celles qui sont prêtes dans l’Au-delà entrent dans la salle des noces avec l’Epoux ; les autres sont laissées à la porte. La leçon de morale est que fou est celui ou folle est celle qui méprise la sagesse, qui ne craint pas le Seigneur, qui ne respecte pas sa volonté ni les commandements de Dieu.

Sur le pont de l’Archevêché, des peintres du dimanche composaient jusqu’à l’incendie des Notre-Dame d’amateurs. Ils tentaient ainsi de s’approprier cet élan et cette beauté qui, partout, font vivre.

Côté est, la flèche gracile prévue à l’origine mais installée en bois au 19ème siècle par Viollet-le-Duc a brûlé et s’est effondrée ce lundi soir 2019. Elle pointait comme une aiguille aimantée vers la lointaine Ville sainte qui sert de méridien zéro. Elle pesait quand même 750 tonnes : faut-il la reconstruire en bois à l’identique ? Ou en matériaux contemporains ? Ce qui compte est le symbole, pas la lettre, et « conserver » la restauration 19ème ne me semble pas forcément le meilleur. Ce chevet respire par la verdure du square Jean XXIII, espace dégagé par les travaux du baron Haussmann sous Napoléon III. Un ange de l’ère romantique frissonne au coin de la fontaine.

La façade nord est sombre et froide, coincée par l’étroite rue du Cloître Notre-Dame. Elle est toute hérissée de contreforts qui dardent leurs gargouilles monstrueuses. L’ennemi est bien l’obscurité, le gel, l’obscurantisme. La barbarie vient de ces endroits sombres d’où ressurgissent toutes les terreurs, les non-dits, l’informulé. Le retour vers le parvis est un soulagement. Toute religion, en nos pays tempérés, semble liée d’une façon ou d’une autre au soleil : à sa chaleur qui apaise, à ses facultés germinatives, à sa lumière qui chasse les fantômes.

Il y a la queue à la tour nord. 387 marches à monter et une vue sur tout Paris. Le tout Paris médiéval car depuis, la ville s’est trop étendue pour la saisir d’un regard. Même la tour Eiffel n’y suffit plus. Mais il faut se remettre dans les conditions du 13ème siècle pour mesurer le tranquille orgueil de qui pouvait contempler toute la ville capitale du royaume d’Occident d’un seul coup d’œil. La Foi, le Savoir et la Sagesse dominaient le monde alentour comme l’esprit humain dominait le corps. Ce temps d’optimisme, nous l’avons perdu.

Est-ce pour cela que 11 millions de visiteurs viennent ici chaque année ? Sont-ils en pèlerinage pour implorer cette source de vitalité ? Est-ce pour cela que courent encore ces petits Scouts de France dont la chemise bleu de ciel est un rappel du manteau bleu de la Vierge ?

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3 réflexions sur “Le tour de Notre-Dame

  1. Kerleac

    Alors innovons et ne conservons pas. NDdP mérite peut-être une flèche, mais pas tarabiscotée, comme mangée par les souris. Ou alors conservons… maintenons cette tradition de changements, de reconstructions perpétuels puisque c’est ce qu’elle a toujours connu. Un peu comme si les cathédrales étaient aussi faites pour brûler puis être rebâties: ce ne serait pas la première ni la première fois. Je trouverais dommage qu’on ne reconstruise pas au meilleur coût en se servant du reliquat pour venir en aide aux autres églises qui en ont bien besoin. Faut-il faire comme s’il n’y avait jamais eu d’incendie, effacer les stigmates et tout refaire à la cheville près, chut! chut! pour satisfaire nos névroses? Faire comme si on pouvait oblitérer ce qui nous chagrine plutôt que trouver un nouvel élan. Qu’adorons-nous? Un symbole qui nous réconforte, nous rend fiers de nous, avec une petite pointe de nostalgie et une grosse dose d’orgueil? Il n’y a que Nous qui savont si bien fluctuer sans jamais couler. Puis NDdP est un symbole dont nous les Français sommes dépositaires, sans oublier cette couronne d’épines en ronce véritable sauvée du feu, ouf. Il y a du y avoir un sacré dindon de la farce à l’époque, et un autre qui rit encore de son bon tour. On n’est pas loin du veau d’or, et bien loin en revanche de la foi magnifiée par la pierre. Notre époque serait bien malheureuse de ne pas savoir à son tour réinterpréter cette nef sacrée.

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  2. C’est un point de vue. Mais il n’y a jamais eu « d’original » de Notre-Dame, seulement des chantiers plus ou moins entrepris jusqu’au terme. C’est ainsi que les flèches qui devaient couronner les deux tours ouest n’ont jamais été construites; il avait été question d’en poser de provisoires en bois il y a quelques années pour donner une idée, mais cela a été abandonné. La flèche avait été prévue dès l’origine, montée en 1260 elle a été démontée au XVIIIe siècle avant d’être remise au XIXe par Viollet-le-Duc. Elle donne un mât à ce grand vaisseau de pierre, ce qui est plutôt symbolique et assez esthétique. Mais chaque époque a sa conception des choses. La nôtre est plutôt à « conserver », pas à innover.

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  3. Kerleac

    Dieu nous garde de cette flèche, ce rostre inutilement ornementé qui n’était pas beau. On comprend qu’elle était destinée à élever la nef, à lui faire perdre un peu de son horizontalité et, paradoxalement, à la faire paraître davantage comme un vaisseau prêt à s’élancer vers le ciel. Mais non. Décidément, j’en ai toujours voulu à cette flèche aigüe un peu maniérée de dépareiller l’ensemble, d’écraser de sa hauteur maigrelette les deux tours majestueuses avec lesquelles elle n’avait aucune unité de style. On aurait dit un énarque freluquet qui n’aurait rien compris au reste mais voulait à tout prix imposer ses vues. Je contemple ND apaisé en me disant que je la vois comme les Parisiens, rois et peuple, ont pu la voir pendant 500 ans. Elle est redevenue nef gothique en unisson avec les autres nefs gothiques du pays. C’est celle du roman que tout le monde s’arrache, mais que personne ne lira car c’est un pavé quand même moins facile à se coltiner qu’un Disney, mais ça, bien peu qui se lamentent aujourd’hui s’en rendent compte ; que c’est un pavé, et que la cathédrale actuelle est de nouveau bien plus conforme à l’original je veux dire. D’ailleurs j’en soupçonne certain.es d’être davantage attaché.es aux bondieuseries sulpiciennes qu’à la vérité de l’esprit d’origine. Si flèche il doit y avoir, et il y en aura une hélas ! (ça semble bien parti, à voir les torrents de larmes déversés, comme si le navire avait besoin de ça pour flotter, misère !) je vous en prie Mesdames et Messieurs les architectes, rappelez-vous que ce sont les tours qui donnent sa verticalité à NDdP.

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