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Bill James, Le Big boss

Un scandale : Maddy, dite NOON parce qu’elle n’aimait pas son prénom, est une adolescente de 13 ans qui vient d’être tuée par balles lors d’un règlement de compte entre bandes de narcotrafiquants. Elle passait simplement dans la rue les seins au balcon, comme sur la photo de couverture. Elle tenait bien serré contre elle un sac plein de pilules et de fric – car elle était dealeuse, approvisionnant les vendeurs depuis un grossiste. Fille de rien, vivant auprès d’une mère indigente dans une cité pourrie, elle n’avait trouvé que cela pour s’en sortir. Elle avait déserté l’école dès ses 10 ans, mais les « services sociaux » n’avaient rien fait.

L’enquête commence. Elle établit que trois malfrats attendaient deux rivaux dans une rue, et qu’ils ont tous ouverte le feu. Deux ont été blessés, un de chaque bord. Un tireur à la kalachnikov a mal visé, la gamine ayant surgi entre les bandes. Sauf que ce n’est aucune des balles tirées entre les rivaux qui l’ont atteintes, mais un tir groupé de précision venu d’une ruelle perpendiculaire. A qui ce crime d’enfant profite-t-il ? Pas aux grossistes en drogue, dont le business exige une certaine respectabilité et la paix dans la rue, d’autant qu’ils exploitent sans vergogne des enfants pour livrer la came car ils sont insoupçonnables. Pas à la bande rivale, qui ne peut avoir l’objectif de s’implanter dans le quartier en terrorisant les messagers, les dealers et les consommateurs. Alors qui ? On le saura très vite.

Car Maddy, 13 ans, tout le monde s’en fout, une fois l’émotion socialement correcte exprimée. Les dealers se préoccupent de ce qu’il faut faire pour assurer leur business en paix ; les flics se préoccupent de ce qu’il faut faire pour contrôler les bandes. Chacun se déchire entre soi, dans les procédures et les rivalités d’ego, sans plus se préoccuper des dommages collatéraux, eussent-ils 13 ans.

Allan James Tucker dit Bill James, est un journaliste gallois devenu écrivain, mort en 2023 à 93 ans. Il publie dès 1985 les enquêtes du superintendant Collin Harpur et de son patron Desmond Iles. Ce sont ces deux-là qui sont chargés d’investigations sur la fusillade et la mort de Maddy. Autant le premier est prudent et avisé, autant le second est puant et retors – on lui flanquerait volontiers son poing dans la gueule à maintes occasions. Iles l’Adjoint veut dézinguer le chef de la police Mark Lane, au bord de la dépression, et refuse son idée d’infiltrer un policier dans la bande principale de Shade. Un autre est déjà mort il y a quelques mois. Pourtant, le sergent pressenti par Lane connaît bien la rue et les bandes.

De son côté, Shade, grand patron de la drogue qui a réussi en quelques années et s’est payé un presbytère comme résidence, qu’il a garni de quelques tableaux de (petits) maîtres, paye suffisamment son indic dans la police pour que ce genre de fusillade n’arrive pas. Que s’est-il donc passé ? Son associé Alfred, qui vit dans un phare aménagé, mène sa barque de son côté ; il est plus intelligent et a des idées, mais Shade finit par s’en méfier. Comment cela va-t-il se résoudre ? Et saura-t-on enfin qui a tiré sur la gamine ? Et pourquoi ? Je vous livre un secret : oui, on le saura.

Un roman policier un peu lourd, aux dialogues qui se perdent parfois au détriment de l’action. Intéressant mais pas remarquable.

Bill James, Le Big boss (Top Banana), 1996, Rivages noir 2016, 3343 pages, occasion €2,04, e-book Kindle €9,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Richard Price, Ville noire ville blanche

Voici un thriller psychologique venu d’un Noir américain qui va conforter les partisans de la police de proximité ! Le cadre est en effet la banlieue de New York, la ville des inégalités, et le quartier noir d’Armstrong appelé Freedomtown, côtoyant le quartier blanc de Gannon. La « ville de la liberté » est le surnom dérisoire donné par ses habitants au ghetto dans lequel ils sont parqués. De là viennent en effet la majorité des délinquants, trafiquants de drogue, petits voleurs à la tire, agresseurs de passants. La police n’hésite alors pas à boucler le quartier pour faire pression sur la majorité silencieuse afin qu’elle livre les malfrats. Mais fait-on de même en quartier blanc ?

Richard Price est moins connu pour ses romans (épais et de bonne facture) que pour ses scénarios de film. Il a ainsi écrit entre autres ‘Mad Dog and Glory’ avec Robert de Niro. Ce roman policier noir écrit par un Noir sur les inégalités sociales et policières de Dempsey, dans la périphérie de la Grosse pomme, dit toute l’Amérique : principes d’égalité affichés mais réalité des rapports de force. Selon que vous êtes Noir ou Blanc, vous ne serez pas traités pareil.

Brenda, une jeune femme blanche travaillant dans le social pour le quartier noir, est un soir d’été étouffant recueillie aux urgences choquée et les mains déchirées. Le flic de proximité Lorenzo doit lui arracher sa déposition, mais il n’est pas satisfait : « ça ne colle pas ». Elle dit qu’un Noir vêtu d’une capuche l’a tabassée et jetée hors de sa voiture, et qu’il s’est enfui avec. Sauf que son sac à main est retrouvé dehors : l’aurait-elle pris par réflexe ? Sauf qu’elle avoue que son fils de quatre ans, Cody, dormait sur la banquette arrière : où est passé le gosse ?

Les flics s’agitent, le FBI est pressenti, les huiles s’inquiètent. Le quartier noir est passé au peigne fin, les dealers inquiétés, les mauvais coucheurs envoyés en prison. On arrête un jeune d’après le portrait robot : s’il n’a pas piqué la tire, il a au moins fait autre chose de répréhensible. Le quartier gronde, la chaleur monte, les gamins demi-nus grouillent comme des mouches autour des reporters arrivés en masse comme sur une merde… C’est bien le sentiment des habitants de Freedomland que d’être considéré comme moins que rien. Les leaders officiels, pasteurs, imams, militants, association de recherche de disparus, en profitent pour faire mousser leur business. Plus le temps passe, plus la situation échappe aux protagonistes. Brenda a-t-elle dit la vérité ? Jesse la journaliste collée à ses basques cherche-t-elle l’information ou sa gloire personnelle ? Lorenzo le flic de proximité est-il trop mou avec les délinquants ?

Nous découvrons les vies méritantes des gens du quartier, les existences ternes de ceux qui ont un emploi de médiation, les destinées ratées des dealers et maris violents. Les gosses battus poussent en bandes, le fric facile inhibe toute loi, la recherche de l’illusion prime tout effort quotidien. Car prendre de la drogue, fourguer du recel ou de la came ou croire découvrir le grand amour – sont des illusions très américaines. La réalité sordide du quartier noir englue ses habitants. Brenda la Blanche n’y échappe pas…

Que le nombre de pages ne vous rebute pas, elles se lisent bien. Il y a foule de personnages mais la tension monte et l’enquête progresse par à-coups, bien découpée en longues séquences. Un livre à lire dans le train, en avion, lors de longs voyages. Ne bouquinez surtout pas quatre ou cinq pages seulement avant de faire autre chose, vous perdriez le fil ! Ce livre se boit à longs traits comme l’eau pétillante les jours de canicule. Et il fait réfléchir sur la police de proximité d’autant plus vantée en France qu’elle n’a jamais encore été vraiment appliquée.

Richard Price, Ville noire ville blanche (Freedomland), 1998, 10-18 2010, 621 pages, €9.69 

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Nouvelles d’hiver de Tahiti

[Eh oui… c’est que nous sommes en hiver dans l’hémisphère sud en juillet-août ! Mais pas au Japon contrairement a ce qu’affirmait Cécile Duflot à la télé, DEA de géographie dit-on…]

Vous fumez ? Alors il vaut mieux pour votre santé ne plus le faire mais surtout n’allez pas à la mairie de Faa’a car qui osera fumer dans cet hôtel de ville devra s’acquitter d’une amende de 53 698 FCP [ou XPF dans la dénomination change standard], soit 452€. Avis aux amateurs !

Bis le cannabis : 3500 pieds de paka saisis par 110 gendarmes. Il semble que les trafiquants présumés s’étaient organisés en « coopérative ». Ils revendaient les plans à des grossistes qui eux-mêmes alimentaient une bonne partie des gros dealers de Tahiti.

Motoro signifie « pénétrer nuitamment chez une femme » (dans sa maison, voire dans son corps…). Récemment deux frères « violeurs d’une jeune femme de 24 ans » ont été condamnés par le Tribunal à des peines de prison. « Dans le quartier de Bora Bora, ce sont les rois du motoro. Leur réputation est désastreuse, ces deux-là s’introduisent nus chez les femmes pour aller les toucher ».

Il existe beaucoup de coutumes à Rurutu (Australes), mais celle-ci vient des îles Cook. De la naissance à l’âge de 6 ans on laisse pousser la chevelure de l’aîné masculin de la fratrie sans jamais la couper. Le jour de ses 6 ans, on fait 6 tresses et chacune doit être coupée par un représentant de six branches de la famille. De nombreux cadeaux et enveloppes s’accumulent pour l’enfant. Tandis que les six tresses sont coupées, prières, allocutions et chants se succèdent tandis que les restes de la chevelure sont disposés tresse par tresse sur un coussin. Elles seront conservées. Tout se termine par un repas et un gâteau d’anniversaire. Cette coutume se perpétue de génération en génération. Son origine remonte à l’introduction de la religion chrétienne. Les missionnaires avaient exigé que le roi, en signe de soumission, coupe sa chevelure qui était fort longue. Le roi avait accepté et tous l’avaient suivi dans cette voie.

Passez de bonnes vacances [d’été], revenez en bonne forme à la rentrée. Iaorana [salut !]

Hiata de Papeete

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