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Bourse en avril

La situation globale reste favorable parce que la bourse américaine commande et qu’elle va bien. Moins qu’avant, d’où la forte hésitation de l’automne, mais pas si mal, d’où le rebond depuis. Les dernières Minutes du comité fédéral des marchés (FOMC) déclarent une pause dans les actions de politique monétaire de la Banque centrale américaine. L’opinion des gouverneurs sur la croissance passe de Forte à Solide, ce qui est moins optimiste mais encore soutenu.

L’inflation américaine reste sous les 2% avec un quasi plein emploi et 3.9% de chômeurs seulement. La croissance se tient, bien qu’inférieure à ce qu’elle était au dernier trimestre de l’année 2018. La consommation croit un peu avec les hausses de salaires tandis que les entreprises profitent toujours des impôts qui ont baissés grâce à Trump. Seul l’investissement immobilier résidentiel décline, mais n’est-ce pas sain au vu du niveau de l’endettement privé des citoyens américains ?

La création de monnaie favorable au crédit ne sera pas limitée et la taille du bilan de la Réserve fédérale ne sera pas réduite pour le moment. Donc ni hausse de taux attendue, ni retour sur le marché des achats fédéraux précédents.

Tout irait donc bien s’il n’existait le reste du monde, ce boulet pour les Américains, et s’il n’existait également le Trump, ce trublion pour le monde.

Car l’éléphant dans un magasin de porcelaine continue à sévir. Après avoir joué des matamores avec les Coréens du nord pour un « deal » ridicule où n’a rien obtenu de concret ; après avoir roulé des mécaniques pour relocaliser les usines tournevis du bon côté de la frontière avec le Mexique et juré de bâtir un mur (d’à peine 200 km) sans que le Congrès veuille lui avancer les fonds ; après avoir trompeté, tempêté, menacé l’ennemi principal – la Chine – le voilà qui se tourne, faute de mieux, contre ses alliés. Car la Chine résiste, pas l’Europe, qui s’effrite et doit bientôt voter, tandis que les Anglais clament qu’ils la quittent tout en refusant de le faire depuis trois ans. Le Boeing 737 Max est cloué au sol ? Attaquons Airbus ! Une bonne amende antisubventions, selon la loi territoriale américaine, ferait du bien à l’ego.

Tout va mieux côté chinois, donc soulagement ; tout va aller mal côté européen et la guerre commerciale va toucher les proches alliés, mais c’est tout bénéfice pour les spéculateurs du nord-est et les bouseux du centre-ouest : aux Etats-Unis, seuls comptent les bénéfices et on ne les obtient que le Colt à la main et la Bible juridique dans l’autre. La Turquie, alliée de l’OTAN, se tourne vers la Russie, cet ennemi juré du Département d’Etat ? Trump n’a pas le même ennemi : il est pour lui chinois et, au contraire de son Administration, il aime bien les Russes, même s’il a été « blanchi » officiellement de toute collusion avec leurs hackers pour être élu. Trump a ralenti le commerce mondial avec ses droits de douane ? Touché les exportations et fait monter les prix ? Que lui importe puisque le marché américain est très peu ouvert au reste du monde et presque autosuffisant.

Donc tout va bien pour la bourse américaine malgré le ralentissement de la croissance mondiale, l’escalade des tensions commerciales, la hausse des dettes publiques et privées, le ralentissement accentué en Chine et les risques politiques dans de nombreux pays. Si la bourse américaine va bien, les bourses du reste du monde n’iront pas trop mal car la planète finance est globale. Il reste probablement plusieurs mois de hausse des marchés actions.

Si l’on observe un graphique du SP 500 (indice Standard & Poors des 500 plus grandes valeurs de la bourse américaine), nous semblons nous situer à la fin de la phase de correction qui devrait précéder la dernière vague de hausse du cycle. Le schéma graphique de la période récente ressemble à la correction de fin 2015 et début 2016 – avant la grande hausse 2017-2018. Commence aujourd’hui une phase plus dangereuse car plus spéculative, mais aussi plus rapide et plus brutale peut-être.

Se terminera-t-elle à l’automne 2019 (les mois d’octobre sont meurtriers) ou courant 2020 ? Difficile de le savoir pour le moment : 2020 sera l’année où Trump joue sa réélection, avec toutes les outrances possibles d’un tel clown – mais représentatif d’un Américain réel sur deux. D’ici la fin de cette année auront lieu le Brexit et les élections au Parlement européen, Macron devra montrer qu’il baisse autant les impôts qu’il le dit, mais aussi la dépense publique pour compenser – faute de quoi la dette dépassera les 100 % du PIB comme en Italie, et Merkel sera remplacée par AKK à échéance dans deux ans.

Il y a donc des risques – il y a toujours des risques. Mais les autres actifs ne rapportent rien ou peu, seules les actions ont un rendement compatible avec l’évolution de l’économie et supérieur à la hausse des prix.

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Jean-François Gayraud, Le nouveau capitalisme criminel

jean francois gayraud le nouveau capitalisme criminel
Docteur en droit pénal, diplômé de Science Po et commissaire divisionnaire de la police nationale, l’auteur traque le crime dans la géopolitique – ce qui est judicieux au vu de la mondialisation. Son dernier livre au titre assez démagogique pour attirer les mélenchonistes, est assez révélateur de l’effarement démocratique de cet observateur de réalités.

Il dit vrai, fourmille d’anecdotes utiles à connaître, rappelle les faits trop souvent passés sous silence par une presse complaisante aux puissances de finance. Mais il n’est ni journaliste, ni chercheur, son livre se présente comme un rapport sous forme d’inventaire avec essai de typologies, mais sans fil conducteur autre qu’un vague marxisme, mâtiné de nietzschéisme mal compris, arrêté à la « race des seigneurs » des années 1950 (et en contradiction flagrante avec les financiers voyous cités, qui invoquent « Jésus »… p.269). « Une morale d’esclaves est essentiellement une morale de l’utilité » (Par-delà le bien et le mal) : n’est-ce pas cette cupidité que l’auteur reproche comme Nietzsche aux financiers ? Son livre amalgame des faits sans liens évidents autres que survenant ces trente dernières années, tels que les actions des yakuza japonais, les profits de la mafia albanaise après la chute du soviétisme, le narcotrafic et le blanchiment par les banques de l’argent des mafias.

Mais l’intérêt d’un tel recueil de faits n’est ni dans son titre, ni dans la théorie nébuleuse d’une « lutte des classes » planétaire entre capitaux « nomades » et règlementation des « États ». Il est dans la description minutieuse et assez neuve du trading à haute fréquence. Les algorithmes automatiques de passation d’ordres de bourse à la microseconde permettent de « voir en avant » du marché en testant les carnets d’ordres à l’achat et à la vente. Il s’agit d’une prédation d’initié, permise par les gros moyens, les gros matériels informatiques et les grosses pressions sur la location d’emplacement tout proches de serveurs boursiers.

Malgré un usage complaisant du jargon américain des marchés livré au lecteur sans traduction, le manque de définitions claires des concepts traités, et nombre de répétitions dues à une rédaction « par fiches », ce livre est à lire pour comprendre notre nouveau monde, né dans les années 2000. Les subprimes sont presque des jouets pour traders débutants, dans ce grand casino des ordres automatiques. Pas moins de 130 pages sont consacrées à ce virus incontrôlable et mafieux qu’est devenu le trading : « Les traders de haute fréquence jouent sur le différentiel temporel pour mener leurs opérations (latency arbitrage). Ce processus a deux conséquences. Il revient (…) à imposer une forme de taxe invisible sur les investisseurs. Ensuite, il crée un marché à deux vitesses avec d’un côté les insiders ou initiés du trading de haute fréquence (banques d’investissement, courtiers hedge funds) et de l’autre les non-initiés (outsiders). Par ailleurs, les Bourses vendent à prix d’or des milliards d’informations sur les acteurs du marché, procurant ainsi aux traders de haute fréquence un avantage concurrentiel dont on doit questionner l’équité » p.253.

jean francois gayraud photo
Après une trentaine d’années dans la finance et écœuré peu à peu de ses dérives, je l’analysais fin 2009 dans un blog aujourd’hui arrêté, « le grand secret est celui-là : entre les analystes à long terme et les traders du day trading, il n’y a plus rien. » L’algorithmique a accentué depuis ce phénomène, l’absence de preuves juridiques et l’absence de culpabilité manifestée par les simples « amendes » exigées des banques a ouvert le terrain de chasse comme jamais auparavant. Les opportunités et les incitations à la fraude sont telles que la tentation est inévitable ; avec l’impunité, le système devient, selon l’auteur, « criminogène ».

La liberté sans règles permet tous les comportements, or la règle paraît impossible avec la haute fréquence, trop rapide à surveiller et trop complexe à comprendre, même a posteriori. D’autant plus que les banques sont devenues « trop grosses pour faire faillite », menaçant les dépôts et l’emploi, voire même « trop grosses pour mener à la prison », tant la confiance est nécessaire au système financier. Ce pourquoi les règlementations post-2008 ont-elles accouchées, aux États-Unis comme en Europe, de souris. Ne faudrait-il pas interdire cet outil nocif pour la liquidité du marché (puisque les investisseurs traditionnels fuient cette escroquerie) comme pour le financement des entreprises (puisque ces dernières hésitent à entrer dans un casino incontrôlable) ?

C’est bien beau de le dire, encore faudrait-il un consensus, puisqu’il suffit qu’un seul État le permette pour que l’activité se poursuive… grâce aux « États non-coopératifs », appelés en France « paradis fiscaux », qui permettent surtout l’opacité des transactions. L’auteur montre combien encadrer serait raisonnable, mais combien convaincre est avant tout crucial, tant les intérêts croisés et l’entre-soi scolaire et social inhibent les politiciens face aux financiers. Peut-être un krach mondial, engendré par les robots-traders en délire, sera-t-il nécessaire pour que l’humain « débranche » la machine et que l’opinion puisse démocratiquement faire entendre sa voix aux politiciens ?

Malgré ses quelques faiblesses, ce livre est à lire pour comprendre le possible « krach » prochain, mais surtout les mécanismes de la bourse d’aujourd’hui. Encore que ce parasitisme des traders n’est-il aussi criant que parce que manquent les investissements réels du grand cycle d’innovation : Warren Buffet, deuxième fortune américaine, a toujours eu la spéculation en horreur et n’a jamais investi que sur le long terme (plus de 10 ans), dans des sociétés dont il avait étudié et compris le modèle économique. Quant à la première fortune, Bill Gates, il a créé une entreprise bien réelle et à succès.

Jean-François Gayraud, Le nouveau capitalisme criminel, 2014, Odile Jacob, 361 pages, €24.90 format Kindle €19.99
Biographie de Jean-François Gayraud sur Diploweb
Entretien sur France 24
Sur France Culture, les Enjeux internationaux, le Bien commun, les Carnets de l’économie
Intervention devant la commission spéciale du Parlement européen sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux le 19 juin 2012

Voir aussi l’aspect pratique de l’optimisation fiscale des particuliers dans Gestion de fortune‘ (2009)

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