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Éclairer les sondages

Un sondage peut-il faire le printemps ? On a beaucoup glosé, chez les journaleux, sur « le » sondage qui place pour une fois Sarkozy devant Hollande au premier tour… dans 40 jours. SOFRES serait confirmé par IFOP le lendemain. Rappelons qu’un sondage n’est pas une élection et que 1638 personnes, même triées selon la méthode des quotas, ne font pas 43,2 millions d’électeurs

L’opinion publique est une cristallisation de la diversité des opinions privées en « courant ». D’un côté, l’opinion est soumise à la contrainte sociale, culturelle et historique. Elle est convenue, stéréotypée, elle recherche le semblable. De l’autre, chaque opinion est relativement libre, non-conformiste, originale, issue de l’histoire personnelle affective, familiale, sociale, éducative et professionnelle de l’individu. C’est le propre de la raison grecque que d’avoir fait émerger l’individu pensant ; c’est le propre de la politique grecque que d’avoir fait se rencontrer les individus-citoyens sur une agora pour en débattre de façon démocratique. Via les Lumières, nous sommes héritiers de cette « libération » du biologique, du social et du dévots. Ces clans, traditions et religions qui restent si prégnantes dans d’autres « civilisations » visent à empêcher chacun de se faire par lui-même une opinion éclairée. Publique, l’opinion assure la cohésion de groupe nécessaire à tout projet politique. Privées, les opinions préparent les changements lents de la société.

La gageure des sondeurs est de transformer l’opinion individuelle, recueillie en expression personnelle de face à face, en une opinion commune censée représenter au mieux l’état du sentiment public. Pour schématiser la France entière, la méthode est de recourir à un échantillon statistique représentatif de la population. Cet échantillon ne doit pas être trop grand pour des raisons d’efficacité (trop de temps et trop de coût), mais pas trop petit non plus sous peine de ne plus signifier grand-chose (notamment pour les proportions faibles). La loi statistique de Laplace-Gauss permet d’estimer avec, par exemple, une probabilité de 95 chances sur 100 que les réponses se situent dans un intervalle d’écart peu significatif (écart-type), dit « de confiance ». Pour réduire de moitié l’intervalle de confiance, il faut multiplier par quatre la taille de l’échantillon. Plus la fréquence relative observée de la réponse est faible, moins la donnée est précise. C’est l’une des raisons pour lesquelles le vote Le Pen a été sous-estimé en 2002 et le vote Mélenchon mal situé fin 2011.

Est utilisée le plus souvent la méthode des quotas qui est un modèle réduit de la population en âge de voter à partir des grandes variables que sont le sexe, l’âge, la situation matrimoniale, la catégorie socioprofessionnelle, la préférence politique, le niveau d’instruction, le revenu, la religion, la commune habitée, etc. Il ne s’agit donc pas d’interrogations au hasard de personnes dans la rue, par téléphone ou Internet, ni d’une seule région, ni de gens qui se connaissent entre eux. Les limites de cette méthode sont connues : elles exigent un recensement récent et fiable de la population ce qui, malgré les progrès de l’INSEE, n’est jamais qu’approximation. Surtout que le recensement général est abandonné car trop cher, au profit d’estimations par sondages de population. Le calcul des chances qu’a un individu d’appartenir à l’échantillon est impossible à préciser, on le met donc arbitrairement dans des « cases » préétablies ; le contrôle scientifique des instituts d’enquêtes est difficile, chacun ayant sa méthode d’interrogation, ses approximations statistiques pour catégoriser l’échantillon et ses « recettes » empiriques de redressement des sous ou surévaluations connues.

Le questionnaire soumis à l’échantillon sondé doit être examiné avec attention.

  • Un sondage qui soumet la préférence pour le candidat à la Présidentielle à des choix de « couples » : Carla/Nicolas, François/Valérie induit une idée reçue de monarchisme, de pipolisation et même de staracadémisation. Ce « point de vue » (images du monde ?) est biaisé – car le vote est pour un décideur sur un projet politique, pas sur une future dynastie destinée à assurer un héritier…
  • Plus la question est compliquée, moins la réponse sera claire.
  • Moins l’alternative est nette (oui ou non), moins le résultat sera « estimable » (au sens statistique). Notamment les alternatives négatives « n’avez-vous pas déjà… » : en bonne logique on peut répondre « oui, je n’ai pas déjà » ou « non, je n’ai jamais » – ce qui est inexploitable.
  • Plus le questionnaire est long, plus la tendance est de répondre vite sur la fin.
  • Plus les mots sont évaluatifs (pire, meilleur, plus apte…), moins la réplique sera fiable.
  • Certaines questions suggèrent même la réponse dans leur formulation : « ne pensez-vous pas que M. X est le meilleur pour… ».
  • Quant aux questions dites « ouvertes » pour ne pas enfermer les réponses dans la seule alternative oui ou non, elles intimident, elles engendrent incompréhension ou réplique maladroite, envie de « faire plaisir » à celui qui pose la question… bref, elles biaisent sérieusement les résultats quand la population n’est pas homogène !

Le principe de tout sondeur devrait être de partir de l’idée cynique que tout questionné est borné, changeant et de mauvaise humeur. Cet ours mal léché, on l’ennuie avec ces questions perso un peu intellos. La possibilité de se voir répondre n’importe quoi, même du ton le plus froid, ne doit jamais être négligée. Il faut donc être clair, utiliser un langage approprié à la population enquêtée en évitant le jargon, les poncifs, le technocratique, les mots-valise, la résonance affective ou polémique, etc. Rien n’est simple quand tout se complique, dessinait Sempé… Depuis une cinquantaine d’années que les sondages se sont acclimatés en France, les méthodes se sont affinées et sont devenues professionnelles. Mais la course au résultat, notamment lorsque la politique est en jeu, fait souvent aller trop vite.

Il faut notamment remettre en cause de façon régulière les méthodes de « redressement ». Il s’agit de vérifier, par des échantillons superposés, que les taux de réponses reçues par catégorie statistique ne varient pas trop. Éventuellement de « corriger » les écarts trop grands par des coefficients testés. Les personnes aux deux extrémités de l’échelle sociale sont moins facilement joignables et répugnent plus que les autres à répondre, par exemple. Les personnes âgées sont plus méfiantes envers les questions. Les habitants des villes, très sollicités par les démarcheurs en tous genres, se mettent aux abonnés absents. Les électeurs portés à voter autrement que politiquement correct ont soit tendance à en rajouter « pour emmerder le monde », soit à minimiser leurs préférences pour cacher leurs convictions intimes. Les réponses par Internet sont hautement fantaisistes, attirant les geeks qui se foutent de la politique. Et cela change selon les époques ! Ainsi, le vote Le Pen apparaissait-il comme « honteux » en 2002, mais beaucoup moins en 2012 où il s’est normalisé. Une sous-évaluation il y a 5 ans peut devenir une surévaluation aujourd’hui si les statisticiens ne surveillent pas attentivement le phénomène.

Sonder est un métier, interpréter les sondages aussi. Plus une science se veut opératoire, plus elle doit avoir conscience de ses limites. Les chiffres bruts ne sont jamais à prendre au premier degré, surtout lorsqu’on est loin de l’élection. Et encore moins anticiper le second tour alors que le premier n’est pas encore passé ! Les tendances importent, les évolutions au fil du temps qui dégagent des courants. Mais il faut surtout observer les sous-catégories où les variations se partagent. Si le résultat électoral ne compte ni les abstentions ni les votes blanc, il ne faut jamais oublier les « non réponses » ou les « indifférents » dans les enquêtes. Moins les gens répondent, moins le sondage doit être pris au sérieux.

En bref, la méthode du sondage est empirique ; elle n’a rien de scientifiquement prédictif. Elle est manipulée par ce qu’on attend comme réponse, utilisée comme propagande par les gagnants. C’est curieux comme Bayrou, Le Pen ou Mélenchon affectent de mépriser les sondages quand ils ne leur sont pas favorables… et s’empressent de les valoriser quand la tendance se raffermit pour eux !

Mais c’est bien ça la politique : la mauvaise foi, la caricature, la calomnie. De quoi se méfier encore et toujours des politiciens, de quelque bord qu’ils soient, et leur opposer encore et toujours des contrepouvoirs.

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Politique sans DSK

Le héros socialiste, expert économique mondialiste et sauveur d’une France craintive à bout de souffle a masqué les courants souterrains de la prochaine présidentielle. Il a tant fait rêver en rose, ou se positionner en bleu, brun ou vert, que les enjeux en ont été occultés. Sa disparition subite, digne de l’acte manqué freudien, met en lumière tout ce qui demeurait caché : rejet massif de la droite de gouvernement, dédain des extrêmes, tentation du centre.

Le rejet de Nicolas Sarkozy est tel qu’il aurait fait voter Strauss-Kahn sans que l’électeur adhère vraiment à sa politique. Une enquête réalisée pour Canal+ par la méthode sérieuse du face-à-face, du 29 avril au 2 mai 2011 au domicile d’un échantillon représentatif de 1000 personnes, montre que seuls 17% des Français sur six jugent le bilan de Nicolas Sarkozy positif. Les 76% de jugements négatifs sont au-delà des précédents : 43% des Français jugeaient favorablement le bilan de Valéry Giscard d’Estaing en 1980, 56% celui de François Mitterrand en 1987 et 49% celui de Jacques Chirac en 2000. Même les électeurs Sarkozy du 1er tour 2007 sont partagés, 47% jugent le bilan positif contre 47% négatif.

En cause, la crise mais surtout une attitude. Nicolas Sarkozy n’apparaît pas légitime dans la fonction présidentielle. Même dans le domaine régalien, où il a le moins démérité, il apparaît grande gueule puis capitulard, hésitant à avancer quand les puissants froncent les sourcils. La reculade sur la régulation financière au G20, le désastre sur l’environnement à Copenhague, la négociation avec les Russes en Géorgie, l’absence de vision long terme en Libye ou en Afghanistan… Le bilan de Nicolas Sarkozy sur la place de la France dans le monde n’est estimé positif que pour 36% des sondés.

Mais le président du pouvoir d’achat cause plus qu’il n’agit : 89% des sondés jugent négative son action, 80% ne voient aucun bénéfice sur l’emploi, 76% trouvent ses réformes fiscales dans le mauvais sens. Le financement des retraites est mal jugé par 71%, la politique d’immigration mauvaise à 69%, la justice à 67%. La crise économique et financière a fait l’objet de discours musclés… qui ont accouchés de souris : 63% des sondés jugent sa gestion négative. De même la sécurité, mauvaise pour 61%, et l’environnement, mal géré pour 59%.

Sur tous ces sujets, Dominique Strauss-Kahn était crédité de pouvoir mieux faire. Lui hors jeu, pour qui voter ? Une enquête par téléphone des 20 et 21 mai 2011 pour Le Nouvel Observateur et i>Télé auprès d’un échantillon représentatif de 1013 personnes, montre que François Hollande est pour l’instant le favori. Il bénéficie du soutien des plus de 65 ans (28%) et des électeurs 2007 de François Bayrou en 2007 (29%).

La droite est dans les choux, responsable d’avoir peu fait pour contrer la crise, et pas pour le plus grand nombre. Nicolas Sarkozy obtiendrait moins de 25% des intentions de vote au premier tour. Il réalise ses meilleurs scores parmi les plus âgés (40% d’intentions de vote chez les 65 ans et plus face à Martine Aubry), les commerçants, artisans et chefs d’entreprises (33%) : toutes les catégories que guigne Marine Le Pen. On note une nette déperdition de l’électorat Sarkozy 2007 de premier tour : 38% n’ont plus l’intention de voter pour lui en 2012.

Marine Le Pen ne tire pas profit de l’affaire DSK, mais serait au second tour si Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou Laurent Fabius se présentaient. Elle est première chez les ouvriers (32%), les employés (25%) et les femmes au foyer (29%). Mélenchon ne décolle pas, non plus que l’extrême gauche.

Mais ce qui sort est le centre. Les Français sentent bien que la crise est profonde et touche tous les pays développés. De quoi remettre en cause le mode de vie confortable où l’énergie est peu chère, les salaires en hausse, les retraites décentes. Or l’incertitude est la norme dans l’histoire, pas la protection. Les pays émergents eux-mêmes ne sont pas à l’abri d’accidents économiques ou sociaux (l’inflation en Chine, les menées islamistes en Inde, la déstabilisation du Pakistan, les révoltes au Nigeria, le cartel de la drogue au Mexique…). Une position mesurée sur tous ces sujets, de l’union européenne à la mondialisation, de la transition nucléaire à la productivité est nécessaire. Les candidats non idéologiques, pragmatiques, à l’écoute non seulement des votants mais du monde, emportent les suffrages.

Ce pourquoi Strauss-Kahn faisait rêver, lui qui était loin du gauchisme. Ce pourquoi Martine Aubry, trop rigide et considérée à tort ou à raison comme d’esprit archaïque époque Mitterrand, est moins désirée que François Hollande, bien que femme. L’électorat Modem se reporterait à 70% sur Hollande contre 52% sur Aubry au second tour, selon le sondage. Nous ne sommes cependant qu’à un an des élections, tout peut se modifier d’ici là.

Chez les écolos, Nicolas Hulot (entre 8% et 12%) arriverait à regrouper davantage qu’Eva Joly (7%) et certainement plus que Cécile Dufflot si elle se présentait. Les centristes déclarés (François Bayrou, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin) parviennent dans ce sondage autour de 15 à 20% s’ils s’additionnent. Jean-Louis Borloo est le mieux placé, entre 7 et 9.5% selon les hypothèses. Il devance à chaque fois François Bayrou, entre 5 à 8% des intentions de vote, usé par trop d’années de présence mi chèvre mi chou dans le paysage. Dominique de Villepin n’est pas désiré, à 3-4% seulement.

Rejet de la droite, désir du centre pour conduire la politique française, le parti Socialiste paraît bien placé s’il sait ouvrir le gouvernement aux centristes et aux écologistes non radicaux. Le fera-t-il ? Ce serait rejouer à gauche ce qu’a réussi Nicolas Sarkozy en 2007. Le léninisme de combat des apparatchiks, dont maints exemples sont donnés à qui sait le lire, me font penser qu’il s’agit là d’impensable. Seul DSK aurait pu, lui qui avait un pied en dehors du parti, jusqu’à chercher à se créer des inféodés dans la presse. Même Ségolène Royal n’a pas osé avec François Bayrou en 2007, ce qui est sa principale erreur politique. Je ne vois ni Martine Aubry, ni François Hollande, appeler un Jean-Louis Borloo ou un Français Bayrou dans un gouvernement de gauche… Il y a tant de « camarades méritants » à récompenser !

Le « centrisme » Hollande paraît donc bien une illusion. C’est en tout cas une tactique qu’il devrait développer pour rester dans le sens de l’opinion française.

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L’aberration Libération sur un sondage

Libé est un journal de gôch ! Qu’on se le dise et qu’on se le répète. Peu lu, mais par des convaincus bobos tombés dans mai 68 quand ils étaient petits, il veut voir l’avenir radieux à chaque lendemain qui vient. Hier est paru le numéro spécial Tonton, exigeant « le droit d’inventer ». Inventer : l’espérance sans cesse déçue sait faire – mais pas l’inventaire. En témoigne ce sondage sidérant publié et commenté en pages 3 à 5 pour la prochaine présidentielle.

Rappelons qu’elle n’est que dans un an et que toute prévision de vote ne peut être qu’aléatoire. On ne connaît même pas l’ensemble des candidats, et surtout pas celui de gauche… Mais le militantisme n’en a que faire. Il n’y en a que pour Dominique Strauss-Kahn. Héritier de Mitterrand, « nommé ministre à 40 ans » par Dieu lui-même, DSK est « né de gauche » et ne peut évoluer autrement. Rocard en témoigne qui le dit le meilleur. Il porterait haut les couleurs sociale-démocrates que le parti socialiste aurait acceptées du bout des lèvres, trois ans auparavant. N’ayons pas peur des mots : « Il y a une opportunité historique pour que la France saisisse l’occasion et serve de cristallisateur à une économie mondiale écologiquement compatible » – dixit Michel Rocard.

Est-ce pour cette propagande à grosse ficelle (quel que soit l’intérêt du candidat DSK – s’il se déclare un jour) que le sondage effectué par la société Viavoice est aussi « léger » ? Il n’a pas été réalisé par internet (comme le fameux du Parisien sur Marine Le Pen en février) mais par téléphone. Mais le lecteur qui connaît un tant soit peu la cuisine sociologique se demande comment on peut extraire des réponses aussi nettes de données aussi réduites et de réponses aussi vagues.

Il a déjà fallu 14 jours pour réaliser les questionnaires, ce qui montre l’ampleur de la tâche. Sur un « échantillon représentatif de la population de 18 ans et plus, méthode des quotas » de 2680 personne… seulement 800 ont répondu, se déclarant formellement « de gauche ». Ils ont seuls été interrogés interminablement sur leurs « valeurs ». De quoi enfoncer nombre de portes ouvertes : fallait-il sonder autant pour ça ? Gageons d’ailleurs que le chiffre rond de » 800 est trop beau pour être vrai et qu’il doit s’agir de 782 ou de 804. Remarquons en passant que seul 29.8% de l’échantillon a répondu. Ce qui veut dire soit que les 70.2% restant se considèrent de droite ou au moins hors de « la gauche » officielle, soit qu’ils sont indifférents à la politique et ne souhaitent pas qu’on les interroge à ce sujet !

En déduire alors quelque chose d’utilisable est une œuvre d’art. Surtout quand le lecteur effaré découvre que sur les 800 répondants aux convictions de gauche, 4% « souhaitent la victoire à l’élection présidentielle » de Nicolas Sarkozy et 6% de Marine Le Pen ! Qui connaît la technique reconnaît aussitôt là la « cuisine » des redressements statistiques que chaque organisme de sondage concocte au doigt mouillé, pour « ajuster » les réponses du maigre échantillon de répondants à la toise de l’échantillon « représentatif ». Certes, plus l’on veut affiner, plus il faut multiplier les appels, et ça coûte cher. Libé n’a pas de sous, il fait donc des sondages au rabais. Pourquoi pas, mais une simple mise en garde sur les données s’imposerait auprès des lecteurs.

Il n’en est rien. Malgré le très faible nombre de personnes « sondées » ici au regard des quelques 17 millions qui avaient porté leur voix sur Ségolène Royal en 2007, ne voilà-t-il pas que Viavoice détermine « trois familles » de gauche en 2011 ? Il y aurait 51% pour la gauche régulatrice, libérale mais sociale-démocrate, voulant conserver un rôle de garde-fou à l’État. 29% serait la gauche défensive, effrayée par les coups de la mondialisation, de l’immigration, des délocalisations. 20% resterait à la gauche alternative, plutôt anticapitaliste et écolo. Pourquoi pas, le tableau paraît assez sympa. Mais n’est-ce pas une trop belle copie pour la technique employée ?

Rien ne sonne mieux aux oreilles de l’espérance que ce qu’elle rêve d’entendre. En 2009, le même Viavoice ne dénombrait pas moins dans la même enquête 5 familles de gauche, « d’importance à peu près égales ». Comment, en 2 ans seulement, voici la gauche recomposée et rassemblée ? En 5 ans on comprendrait (la crise est passée par là, Nicolas Sarkozy aussi) mais en 2 ans, est-ce bien raisonnable ? La classification 2009 laisse d’ailleurs rêveur : interventionniste, sociale-libérale, anticonsumériste, antilibérale et écologiste antisystème. Hop ! Voilà les trois dernières catégories fusionnées en une seule deux ans après, ce qui ne fait plus que 20% du total de gauche affirmé… De qui se moque-t-on ?

La grosse ficelle est là : il s’agit de démontrer par les chiffres, selon des extrapolations tirées par les cheveux, que la gauche est « plus homogène que jamais ». Avec DSK en opérateur de synthèse – comme Mitterrand dont on fête justement (ô hasard !) les trente ans de prise de pouvoir le même jour. Tonton dont le plus fameux mérite affirmé dans l’analyse se résume à cet oxymore : « il parlait déjà à une gauche avide de changement et de protection ». Bien vu Madame Michu ! Pourquoi Giscard a-t-il donc échoué, lui qui prônait « le changement sans le risque » ? Et pourquoi pas le prochain slogan à la Chirac : « je ferai tout pour ne rien faire » ?

Affirmer tout et son contraire sur de minces chiffres récoltés par une enquête low cost vaut-il mieux que la méthode Coué ? On se dit que si la gauche gagne 2012, Libé deviendra la Pravda du régime, comme feu Le Matin de Paris sous Tonton… Les candidats, tout comme ceux qui s’intéressent à la politique autrement qu’en dévots déjà sur les genoux, ignorerons cette propagande. Elle a tout de la copie Science Po et pas grand chose de la technique scientifique du sondage.

Libération du 10 mai 2011, pages 3 à 5, avec interview (intéressante) de Michel Rocard pages 10 et 11.

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