Articles tagués : maurice denis

Marmots à Marmottan

marmottant expo 2016 l art et l enfant affiche

Jusqu’au 3 juillet 2016, l’exposition L’Art et l’enfant, chefs-d’œuvre de la peinture française présente près de 75 œuvres provenant de musées et de collections particulières sur le thème de l’enfant (filles et garçons), du XIVe au XXe siècle. Sept sections chronologiques couvrent les thèmes.

Enfant-Dieu, enfant-roi, enfant-héritier, le petit ou la petite ne sont que des maillons d’une lignée jusqu’au siècle de Rousseau qui réhabilite l’attachement en raison des progrès de la médecine qui réduit la mortalité infantile. On se préoccupe alors d’allaitement maternel plutôt que de nourrice, d’éducation plutôt que de liberté, de jeux plutôt que de travail.

Avec les révolutions, Gavroche envahit la peinture, enfant martyr comme Bara, enfant des barricades, jeune clairon ou tambour. La préoccupation sociale s’occupe aussi de montrer petits miséreux ou bourgeois, vendeurs de violettes aux vêtements déchirés ou adultes en réduction comme papa ou maman. Le siècle industrieux enivré de grandes idées sur l’Humanité croit même à la « page blanche » sur laquelle la société et les parents peuvent tout écrire. L’Église, l’hygiénisme médical et l’État vont embrigader l’enfance dans les carcans de la morale et de la discipline. L’enfant qui était l’avenir de la lignée devient l’avenir du pays avant d’être le miroir du couple – ou de l’artiste.

À l’aube du XXe siècle, le dessin d’enfant rencontre les avant-gardes et les dessins de bohèmes en herbe comme Maurice Denis et Jean Lurçat sont présentés pour la première fois au public. Quand l’infantilisme saisit l’art « moderne » pour explorer décidément toutes les impasses contre « l’asphyxiante culture ».

freres le nain enfants avec une cage a oiseau et un chat bpk berlin

Les œuvres sont le reflet de la société dans laquelle elles sont nées. Le statut de l’enfant a évolué avec les mœurs et les pratiques. C’est donc moins le portrait que les scènes de genre qui sont privilégiées dans cette exposition, aboutissant au statut à part entière de l’enfant que le XXe siècle magnifiera au-delà de tout raisonnable – jusqu’à l’infantilisme de caricature.

Encore qu’il faille nuancer fortement les propos des « chers professeurs » qui commentent le catalogue sur les âges farouches : la représentation picturale n’est pas la vie réelle et si les scènes peintes jusqu’à la fin du XIXe siècle paraissent souvent empruntées, c’est qu’elles avaient le but symbolique d’éterniser le statut social. Le sentiment, c’est autre chose, il restait dans l’intime, les parents en avaient un peu honte en public. Il n’est d’ailleurs que de se souvenir du siècle bourgeois, qui a duré jusqu’en mai 1968 : si l’on pouvait vivre en slip dans le jardin clos, pas question de sortir dans la rue sans être habillé des pieds à la tête, col boutonné et veste de rigueur. Il fallait se montrer sous un jour « respectable ».

L’enfant est longtemps représenté comme accessoire : fils de Dieu (Philippe de Champaigne, Louis XIV offrant sa couronne et son sceptre à la Vierge tenant l’Enfant, v.1650), de roi (Henri Testelin, Louis XIV roi de France et de Navarre, 1648) ou de paysan (frères Le Nain, Enfants avec une cage à oiseaux et un chat, v.1646). D’enfant-lignée qui va prendre la suite des adultes dans les années futures, le juvénile est peu à peu valorisé pour lui-même, préservé comme « innocent » jusqu’à la cucuterie (Pierre Mignard, Louis-Marie de Bourbon, v.1681) ou abandonné dans les insurrections (Philippe-Auguste Jeanron, Les petits patriotes, 1830) ou dans les rues jusqu’à l’indécence (Fernand Palez, Un martyr, le marchand de violettes, 1885).fernand palez un martyr le marchand de violettes muses beaux arts paris

Il y a de la quête d’identité dans la représentation de l’enfant, de la sensualité sauvage à la discipline (Jean-François Millet, La précaution maternelle, v.1855), puis la célébration des rôles sociaux en ces petits en situation (Eva Gonzalès, Enfant de troupe ou Le clairon, 1870), jusqu’à s’intéresser à l’enfance comme « race » à part (Félix Vallotton, Le ballon, 1899), vivant par tous les sens hors de raison (Pablo Picasso, Le peintre et l’enfant, 1969), jusqu’au culte de la jeunesse éternelle et du spontanéisme immature revendiqué aujourd’hui. Même les adultes se veulent désormais « mignons » et androgynes comme l’enfant mythique, légers et joueurs comme lui, vivant au seul présent sans se préoccuper ni du passé, ni des autres, ni du futur.

philippe auguste jeanron les petits patriotes musee beaux arts caen

Une expo bien classique, à vocation édifiante, qui a le mérite de présenter des œuvres rarement sorties de leurs cimaises ou des alcôves privées. Mais n’attendez aucune révolution du regard : il est bien formaté par l’université.

Musée Marmottant, 2, rue Louis-Boilly 75016 Paris, ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, plein tarif 11€, tarif réduit 6.50€

Billetterie en ligne à la Fnac

Musée Marmottant présentation

Exposition L’art et l’enfant jusqu’au 3 juillet 2016, (très) courte vidéo de présentation

Catégories : Art | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Perros-Guirec

Cette petite ville balnéaire de la côte nord de la Bretagne est célèbre depuis deux siècles pour son chaos de rochers en granit rose. Ses quelques sept ou huit mille habitants doublent à la belle saison, lorsque les familles et le troisième âge débarquent pour se promener, jouir du sable, grimper aux rochers, et déguster ses crustacés dans les innombrables restaurants de l’endroit. Le Sentier des douaniers court le long de la côte, sur les landes de Ploumanac’h. Perros vient du breton ‘penn’ qui veut dire cap, et de ‘roz’ qui veut dire colline vers la mer. Quant à Guirec, c’est un saint moine venu d’Angleterre évangéliser les Bretons en débarquant à Ploumanac’h.

La plage de Trestraou, pleine de soleil, permet de jouer le soir au casino ou de voir en saison les expositions au palais des congrès. On y embarque pour visiter les Sept-Îles, remplies d’oiseaux. C’est fou ce que ces fous de Bassan sont agiles, tandis que criaillent les goélands !

La plage battue des vents à Trestrignel a le charme sauvage des rochers encaissés, jusqu’à la pointe du Château. Mais c’est la plage de Saint-Guirec, au bourg de Ploumanac’h, qui intéresse le touriste. C’est là en effet, à l’orée de la promenade dans le chaos de rocs arrondis par les millénaires et les vagues, que s’élève l’oratoire au saint Guirec.

Mais ne contribuez pas à détruire un peu plus la statue de bois, œuvre du sculpteur Yves Hernot en 1904 et déjà restaurée en 1938 ! Une vieille coutume voulait en effet que les jeunes filles piquent une épingle dans le nez du saint : si elle tient, voici un bon présage de mariage.

Dans la ville, le bassin du Linkin est devenu une aire d’activités nautiques. Ce sont les scolaires qui en jouissent durant les mois de travail, et les touristes enfants durant l’été. On peut louer de petits bateaux pour naviguer sur cette mer miniature.

Non loin de là se dresse le musée de l’Histoire et des traditions de Basse-Bretagne, dans la bâtisse qui servait de Capitainerie du Port. Il a été inauguré en 1989 par Pierre-Jakez Hélias, auteur du ‘Cheval d’Orgueil’. Des moulages en cire rappellent surtout le temps de la Révolution, où les paysans et leurs seigneurs entendaient toujours croire en Dieu alors que la République laïque méprisait ce genre de superstition.

Mais c’était là le prétexte idéologique pour condamner ces « arriérés » bretons : la vraie raison était la levée en masse, décrétée depuis Paris sans aucune considération pour les paysans par des bourgeois oisifs ou des artisans des faubourgs ruinés. par la révolution. Les gens des campagnes n’ont pas accepté qu’on ignore leur avis car ils devaient planter, sarcler et récolter pour nourrir leur famille. Ce n’est certes pas « la République » qui allait donner à manger aux enfants ! La paroisse de Perros-Guirec, enclavée dans l’évêché de Tréguier faisait partie du doyenné de Lannion relevant de l’évêché de Dol – et c’était bien compliqué.

Mais la révolte prenait toutes les formes. Depuis la levée des fourches jusqu’aux actes de résistance des femmes ravitaillant les maquis d’ajoncs.

De l’obstiné parler breton jusqu’aux messes en pleine mer, données par les curés réfractaires.

Le visiteur curieux peut visiter aussi la maison du peintre Maurice Denis, nabi et impressionniste, voir le moulin de la Lande du Crac’h de 1727 en granit rose et qui tourne avec le vent, ou encore le parc des sculptures en granit entre la Clarté et Ploumanach. On sera même étonné de trouver ici une église Saint-Jacques, car la ville était (mais oui !) lieu de passage pour la route vers Compostelle. Elle drainait les pèlerins venus de Grande-Bretagne.

Catégories : Bretagne, Mer et marins, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,