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De Bamako à Djoliba sur le Niger

647 km de Bamako à Mopti, telle sera la mise en bouche. Le lendemain matin de notre arrivée, M. se précipite dans le hall bien avant l’heure du rendez-vous. Elle souhaite faire connaissance avec le chauffeur et le guide. – Tu me rejoindras ? – OK, je serai dans le hall dans un quart d’heure. Quelques minutes après, elle tape à la porte. – Déjà de retour ? Il n’y a personne ? – J’ai vu le chauffeur, je suis allée le saluer et me présenter et il m’a répondu : je ne serre pas la main des femmes. Cela commence bien, tu te rends compte, quel individu ! – Bof, cela s’arrangera peut-être au fur et à mesure que nous nous connaîtrons mieux ? Nous constaterons rapidement qu’il maintiendra sa position !

Parcours très spectaculaire. Une fois quitté le périmètre de la capitale malienne, la circulation devient très vite clairsemée. Le long du « goudron » miroitant qui court à travers les espaces broussailleux et surchauffés de la savane à la saison sèche, d’abord plantés d’arbres dans la région de Ségou et de San, puis se transforme peu à peu en steppe à mesure que l’on remonte vers Mopti.

« De tout temps, Ségou avait été la ville paresseuse qui se traîne sur la rive droite du fleuve. Caressée par le vent d’Est de janvier, écrasée dans le soleil de mai ou embourbée sous les pluies d’août, c’était toujours Ségou, l’antique capitale, sur le vieux fleuve. Des piroguiers de marbre noir, les mêmes qu’à l’époque de Biton Coulibaly, les mêmes qu’aujourd’hui, glissaient le long des rives sur des esquifs longs et frêles comme des patins… Cité de la tolérance où des personnages mythiques locaux fraternisaient avec ceux des Foulbé islamisés ou non, des Bozo, des Somono ou des Marka… » Amadou Hampaté Bâ.

Le chauffeur arrête soudainement notre petit car, se saisit d’un rouleau et sort de la voiture. Il étale son tapis de prière sur le sol et commence à prier. Ainsi, durant tout le trajet, il arrêtera le véhicule n’importe où pour s’adonner à heure fixe à ses obligations cultuelles. Nous comprenons mieux pourquoi il refusait de serrer la main des femmes. Il a laissé son épouse voilée et ses enfants mineurs à Bamako. Madame ne sort jamais de la maison, ne fait jamais les courses à l’extérieur. S’il est présent, il se charge des achats pour toute sa famille y compris vêtements sinon ce sont ses frères qui se chargent de « préserver » Madame.

Après avoir traversé une plaine large et cultivée, voici Ségou, blottie dans la verdure des caïlcédrats et des manguiers, capitale des anciens royaumes bambara. Les maisons de Ségou ont une coloration brique grâce au sol de la région riche en argile rouge. A l’ouest de la ville, Ségoukoro fut la capitale du puissant royaume bambara fondé par Biton Koulibaly qui était chef d’une association de jeunes : le « Ton ». Avec l’introduction du fusil à pierre, le Ton devint une armée redoutable composée d’hommes libres et d’esclaves qui firent la conquête des régions de l’actuel Mali comprises entre le fleuve Sénégal et Tombouctou. A 10 km le tombeau de l’ancien roi qui régna 40 ans et mourut en 1755.

On quitte Ségou pour atteindre Bla, grand village agricole à l’intersection de la route vers Moéti et celle conduisant à Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso). La région est riche, les greniers nombreux. La savane est arborée, coupée de champs de mil, d’arachides, de pastèques et de calebasses. C’est la présence du pôdo qui favorise ce développement. Le Pôdo c’est l’immense cuvette du delta du Niger avec ses marigots, affluents et défluents qui la parcourent en tous sens dénommée ainsi par le Bozo.

Au centre, c’est le domaine des pêcheurs Bozo et Sorko, sur la rive nord les cultivateurs Songhaï, de chaque côté les éleveurs Peul et au sud les agriculteurs Minianka et Bambara. Voici que se profile San, nous sommes encore à 241 km de Mopti. San est un des plus grands centres d’échanges commerciaux de la région. Situé à la naissance du Pôdo, sur le Baní, aux portes du monde agricole et d’une zone d’élevage, le marché du lundi, de grande ampleur, concrétise cette polyvalence. Vous y trouverez calebasses, poissons, céréales, cola, bétail, vêtements, produits d’importation, produits de la brousse sans ordre apparent à nos yeux mais obéissant à des règles ancestrales bien établies. Pauvre en argile rouge, le sol de la région donne une teinte grise aux cases et à la grande mosquée aux minarets hérissés de pieux de bois.

Djoliba, sur le fleuve Niger. Nous embarquons sur notre pirogue pour deux jours de navigation. Sur ses rives diverses activités tel l’usinage de briques en banco. Sur le fleuve nous croisons de longues barques surchargées de gens et de produits, ces barcasses mettront une semaine au mieux pour rallier Tombouctou depuis Mopti. Des pêcheurs à l’épervier nous saluent.

Des campements bozo nous arrivent les cris des enfants pour qui tout déplacement sur le fleuve est une distraction. Des hippopotames au milieu du lit du fleuve sont soigneusement évités par nos accompagnateurs. Un pêcheur présente ses nyro (capitaines) à Ali notre cuisinier depuis la rive. Ali fait arrêter la pirogue, descend pour inspecter les poissons, débattre du prix, le marché est conclu. Ce soir nous mangerons des « capitaines » au dîner.

Hiata de Tahiti

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Hiata au Mali

Vaste terre africaine d’1,2 million de km² peuplé de plus de 13 million d’habitants, capitale Bamako, aucun accès à l’Océan, le Mali est composé de dunes de sable au nord, de savanes au sud, de paysages variés, de villages pleins de vie, de marchés colorés, de mosquées en banco de style soudanais et d’un grand fleuve : le Niger.

Pays enclavé, il a des frontières avec l’Algérie au nord-est, le Niger au sud-est, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et la Guinée au sud, le Sénégal et la Mauritanie à l’ouest.

Ce n’est pas mon premier pays noir et dès mon arrivée sur la terre africaine, je retrouve l’odeur de l’Afrique que le vent fait voyager à travers pluies et poussière au gré des saisons.

Les Maliens sont les descendants des plus grands empires africains, des hommes et des femmes dignes. Les ethnies qui peuplent ce vaste pays sont à 48% Mandingues. Les Bambara à l’ouest autour et à Bamako ; les Songhaï à l’est ; les Soninké à l’ouest (Kayes) ; les Sénoufo (Sikasso) dans la zone frontière du Burkina et de la Côte d’Ivoire ; les Dogon au nord-est sur le plateau de Bandiagara ; les Peul dans la cuvette du Macina ; les Maures et Touaregs au Sahara. Il y a également les Malinkés, Sarakollé, Bozo et Somono, Khassouké, Toucouleur. Si la langue officielle est restée le français, le bambara conquiert une place importante au milieu des langues mandé : bambara, malinké et dyula ; des langues voltaïques : dogon et sénoufo ; songhaï, hassanya et tamasheq demeurent vivants dans ces communautés. La religion dominante est l’Islam teinté d’animisme à 90%, l’animisme est pratiqué par 9% de la population, les Chrétiens ne sont que 1%.

Le Mali est un pays de musiques, chaque ethnie a la sienne : Ami Koïta dite la griotte raffinée ; Habib Koïte ; Toumari Diabate virtuose de la kora ; Oumou Sangare chanteuse engagée pour les droits des femmes notamment ; Salif Keita ; Boubacar Traore ; Ali Farka Toure, l’artiste-cultivateur ; Rokia Traoré ; Amadou et Mariam ; Tinariwen pour la musique touareg.

Les griots sont des musiciens ambulants, professionnels, qui vont de villages en villages chanter les louanges d’un lignage et de ses descendants. Ils font partie d’une caste. Paria et respecté pour ses connaissances, à l’occasion d’une fête on ne peut refuser sa présence car les suites seraient dommageables pour le maître de maison ! A l’entrée de la concession, bien droit, accompagné ou non de sa kora, il récite la saga ou une partie, bien planté devant le maître de maison. Certains griots sont attachés à la religion musulmane et récitent les louanges des marabouts ou des saints.

La société africaine ne ressemble pas à l’européenne. La communauté est organisée hiérarchiquement. Dans la concession vit la famille dans des cases ; le chef de famille est un monarque absolu ! Les « Vieux » sont des personnes respectées pour leur savoir et leur sagesse. Le travailleur donne sa paie à sa mère qui lui rend une partie pour son argent de poche, prend ce qui lui est nécessaire pour entretenir la maisonnée et reverse le reste au chef de famille.

En Afrique on pratique la tontine, sorte de caisse d’épargne entre famille, amis, voisins. Les membres de la famille mettent en commun une somme d’argent et chacun à son tour en empochera la totalité. Torti, le banquier italien du 17e siècle ne pensait certainement pas que son « invention » se retrouverait en Afrique où cette entraide est fondamentale.

Hiata de Tahiti

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Quand le Mali était visitable…

On ne peut plus aller au Mali. Les 4 463 Français inscrits au consulat au 31 janvier 2011 sont désormais beaucoup moins. Selon le site du Ministère des Affaires étrangères, « Compte tenu de l’instabilité de la situation sécuritaire qui prévaut actuellement dans le pays et notamment à Bamako, il est conseillé à nos compatriotes dont la présence n’est pas indispensable, de quitter provisoirement le pays. »

Même dans la capitale, où sévissent de faux policiers ou des vrais corrompus : « A Bamako, la plus grande prudence est recommandée tard la nuit et à proximité des bars et discothèques, en particulier à l’égard des chauffeurs de taxi. »

Car le pays est sous-développé, pauvre et corrompu. Il est pays source, pays de transit et destination de trafic humain. Femmes et enfants sont soumis à la prostitution pour les deux sexes, ou à l’exploitation : domestique pour les filles, mines pour les garçons. Les mines de sel de Taoudenni sont particulièrement redoutables aux adolescents de l’ethnie Songhaï, dit-on. Selon la CIA, le gouvernement malien a identifié 198 victimes sur ces dernières années, dont 152 enfants obligés à se prostituer… mais il n’a mis en cause que 3 flagrants délits et emprisonné seulement 2 trafiquants !

Le coup d’État militaire d’officiers subalternes, il y a quelques semaines, n’a fait que précipiter la déliquescence de cet État pourtant indépendant depuis le 22 septembre 1960. Sa devise : « un peuple, un but, une foi », n’a pas grand sens et tout d’un vœu pieu. Le Mali est en effet écartelé entre les Maures, les Kountas et les Touaregs au nord et les ethnies du sud. Les coutumes et modes de vie des nomades du désert sahélien (10% de la population) et des agriculteurs des bords du fleuve Niger, dont les Bambaras, Malinkés, Soninkés, Peuls et Dogons entre autres (80% de la population), sont peu compatibles.

Le pays produit surtout du coton et des fruits pour exporter (bananes, mangues et oranges), et des céréales diverses pour sa consommation, mil, sorgho, riz, maïs, fonio et blé. Les habitants font beaucoup d’enfants, leur taux de fécondité est l’un des plus élevé au monde (6.54 enfants par femme). Cet état de fait entretient la pauvreté et l’émigration, empêchant tout développement. L’alphabétisation reste faible (26% en 2010 selon l’UNESCO) surtout chez les femmes, réduites à la cuisine, aux gosses et à satisfaire le mari. Seuls les naïfs s’en étonneront : l’islam garde 90% de la population sous son emprise. Évidemment, le taux de participation aux élections ne rassemble qu’à peine un tiers des électeurs, puisque le Coran est la seule Constitution. Même si le Premier ministre était une femme, jusqu’au récent coup d’État…

Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) sévit dans le nord. Issu de l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, il n’est qu’à peine combattu par l’Algérie, probablement pour que l’armée, en agitant la menace d’un retour à la guerre civile, conserve son emprise sur le pouvoir civil à Alger. AQMI voit dans ce Mali faible et divisé un terrain d’action favorable à sa croisade religieuse. Le Mali se situe en effet dans l’entre-deux géographique et stratégique, espace sahélo-saharien et Afrique subsaharienne. Il est en outre entouré de sept voisins. Toute avancée de l’islam radical en ce pays agirait comme un coin pour fendre le continent et inoculer l’agitation islamiste au cœur des pays noirs, chrétiens ou animistes.

Les Occidentaux qui se hasardent dans la région payent un lourd tribut, la liste des assassinats et enlèvements s’allonge de mois en mois :

  1. assassinat de quatre touristes français à Aleg (Mauritanie) le 24 décembre 2007
  2. enlèvement de deux diplomates canadiens à 40 km de Niamey le 14 décembre 2008
  3. enlèvement de 4 touristes européens aux confins malo-nigériens le 22 janvier 2009 et assassinat de l’un d’entre eux le 31 mai
  4. assassinat d’un ressortissant américain le 23 juin à Nouakchott
  5. attentat suicide contre l’ambassade de France en Mauritanie le 8 août
  6. enlèvement d’un ressortissant français dans les environs de Ménaka (est du Mali) dans la nuit du 25 au 26 novembre (libéré le 23 février)
  7. enlèvement de 3 ressortissants espagnols puis de 2 Italiens en Mauritanie fin 2009
  8. enlèvement d’un ressortissant français au Niger le 20 avril 2010, exécuté par ses ravisseurs dans le nord du Mali
  9. enlèvement de 5 ressortissants français, un ressortissant togolais et un ressortissant malgache dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010 à Arlit au Niger (une ressortissante française, le ressortissant togolais et le ressortissant malgache ont été libérés le 25 janvier 2011, les autres étant toujours retenus au nord du Mali)
  10. explosion devant l’ambassade de France à Bamako le 5 janvier 2011
  11. enlèvement Le 7 janvier 2011 de deux ressortissants français à Niamey exécutés le lendemain…

L’ancien empire du Mali, fondé par le légendaire Soundiata Keïta au XIIIe siècle, est bien loin. Depuis, les empires éphémères n’ont cessé de se succéder : empire du Ghana, empire du Mali, empire songhaï, royaume bambara de Ségou et empire peul du Macina, jusqu’à la fédération coloniale appelée « Soudan » français. Les coups d’État militaires sont monnaie courante, le premier président républicain a été renversé en 1968 par les officiers conduits par Moussa Traoré qui s’est empressé d’instaurer une dictature. Il est à son tour renversé par le général Amadou Toumani Touré, dernier président élu en 2002 (après avoir quitté l’armée).

C’est ce dernier qui vient d’être renversé à son tour début 2012 par un quarteron de lieutenants… La « démocratie » civile aura duré vingt ans, courte période durant laquelle il était possible de visiter ce pays africain attachant. Hiata de Tahiti, lorsqu’elle n’était pas encore à Tahiti, l’a fait, principalement au sud. Elle va vous livrer ses impressions en quelques notes vivantes, colorées de photos dont ce billet vous présente l’avant-goût.

[Argoul]

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