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La tête de l’emploi

L’emploi est le casse-tête du président. Lui qui a « fait » HEC, la grande école de commerce française que le monde nous envie, aimerait bien agir pour qu’il y ait plus de travailleurs qui travaillent, plus d’entreprises qui créent des emplois. Mais comment faire ?

Déjà en défaisant ce qu’il a malencontreusement fait… Trop d’impôt tue non seulement l’impôt, mais aussi l’emploi, car l’investissement ne repart pas tant que la demande ne s’élève pas. Or c’est par l’entreprise que tout commence, puisque le modèle soviétique du tout État a lamentablement échoué – même si les grondeurs de la gôch morââl ne s’en sont pas aperçu.

2013 1990 recettes fiscales % pib france

Faut-il redistribuer du pouvoir d’achat ? Ce qui fut fait vaguement en 2015 montre que les consommateurs se précipitent sur les importations : mais pourquoi donc la France est-elle incapable de fabriquer des berlines BMW mais de moyennes Renault), des smartphone Apple (mais de la banalité Archos) ou des ordinateurs Dell (après le flop Thomson) ? Des décennies d’incurie d’État, de réglementation précautionneuses effrénées, d’administration tatillonne, de fiscalité valsant sans cesse, d’application aux salaires bruts de cotisations qui devraient faire partie de l’impôt national – mais à condition qu’il soit à la source, comme les cotisations – font que les entreprises hésitent à investir en France. Plutôt créer une filiale ailleurs, dont les coûts sont moindres et les règlementations plus stables.

2014 specialisation sectorielle france

Faut-il encourager la recherche publique ? Ce que font les États-Unis avec leurs programmes militaires au sens large, qui vont de l’espace aux puces électroniques en passant par les services de transmission et les technologies de productivité. Ces programmes de recherche publique se diffusent dans les entreprises via la technologie. La France n’a jamais su sur quel pied danser depuis de Gaulle, qui était pratiquement le seul à avoir compris comment fonctionnait le capitalisme régalien américain.

2013 barrieres administratives a creation de societes

Faut-il encourager l’initiative et la prise en main des gens par eux-mêmes ? C’est un peu tard et sans aucun lien pourtant avec l’éducation et la formation, qui devraient former les esprits à être libres et responsables… La formation, parlons-en, macquée aux syndicats, qu’ils soient patronaux ou politisés, est réservée à une élite cooptée par le choix syndical – très peu représentatif des salariés, d’ailleurs. D’autre part, à la racine, comment l’école élitiste matheuse française pourrait-elle inciter quiconque à créer son entreprise ? Elle prépare plutôt à une carrière terne et confortable de fonctionnaire, bien formaté scolaire, répétant ce qu’on lui a appris (notamment que tout est calculable) et respectueux des anciens. Une école qui vise à « reproduire » la société plutôt qu’à libérer peut-elle contribuer à l’emploi ? La réponse est NON.

Ah, l’autoentreprise ! Puisque les emplois « aidés » sont un échec flagrant avec moins de 300 000 faux emplois à 80% dans le public et les zassociations, François Hollande a présenté l’auto-emploi comme énième plan « d’urgence » sur le chômage (il est temps, à 15 mois de la présidentielle…). Pas de boulot ? Auto-employez-vous ! C’est ainsi que « le grand service » de l’emploi (la gauche n’a jamais peur de l’enflure), renommé Pôle, invite à d’innombrables « stages » mal ficelés et mal présenté par des non-formés à la formation – pour créer votre autoentreprise, votre microentreprise (EURL ou SARL), votre mise en libéral ou, faute de mieux, au portage salarial. Le mot d’ordre est : plus jamais d’emploi à durée indéterminée. Autrement dit (poliment) : débrouillez-vous ! A quoi sert donc cette agence pléthorique de semi-fonctionnaires ? A-t-on besoin d’autant de monde pour redistribuer l’aide sociale ?

2015 2008 investissement des entreprises france

L’autoentreprise est la précarité institutionnalisée avec la bénédiction de Pôle « emploi ». Vous travaillez à la pièce, selon les missions, payé tout petit car la concurrence est rude et sans aucune garantie d’obtenir une autre mission. Mais ces intermittents de l’emploi n’ont pas l’avantage de la pression intello de gauche qu’est celle des intermittents du spectacle -elle-même financée uniquement par les salariés du privé via l’Unedic ! Pas de régime aménagé pour eux ; pas de droit du travail rénové – mais les piaillements de vierges effarouchées du « socialisme » et des syndicats à majorité fonctionnaires. Où est-elle, l’injustice ? Chez les copains et les coquins du parti, tout à leurs petits jeux du ‘c’est moi qui ai la plus grosse’ (part de l’héritage de gauche) ? Pourquoi donc, à votre avis, les gens se moquent-ils de « la politique » et, quand ils votent, détestent-ils la gauche ? Et notamment les ringards tels Martine Aubry, Christian Paul ou Gérard Filoche ? Le droit du travail est-il « sacré » comme un Coran qu’on ne doive SURTOUT pas y toucher ? Alors que les Allemands et les Espagnols l’ont fait – et qu’ils ont MOITIE moins de chômeurs. Au fond, les socialistes et les apparatchiks des syndicats se moquent des chômeurs – des loosers. Ils préfèrent les statuts acquis et les travailleurs en emploi ; les autres, les jeunes, les seniors, les chômeurs, ils s’en foutent. Ce pourquoi ces catégories exclues votent Front national…

Depuis quelque temps l’image de l’entreprise privée et de l’associatif progresse car la désillusion est profonde à l’égard de l’Etat-providence qui se délite de toutes parts. Le modèle social du socialisme et les zacquis du syndicalisme hérissent de plus en plus : ils restent tout en conservatisme et en réaction. Le monde change et ils voudraient que rien ne change ?

La jeunesse préfère se débrouiller par elle-même et s’auto-organiser. La mode des « réseaux sociaux », venue des États-Unis (et ni des gens de gauche ni des syndicats français), les incite bien plus que l’Éducation nationale à créer par eux-mêmes, même s’ils n’ont guère appris à penser. Ce pourquoi un jeune et fringant Emmanuel Macron a plus de succès qu’un vieux et poussif François Hollande ou qu’un ronchon autoritaire Jean-Luc Mélenchon.

2014 2009 solde net emplois france

Ceux qui veulent l’autorité tenteront Marine plutôt que les faux durs des politiciens à promesse, Hollande et Sarkozy en premier. Mais les libertés sont tellement préférables pour la jeunesse que les extrêmes n’intéressent guère que les vieux aigris : petits intellos fonctionnaires à gauche (le vivier de Mélenchon) et petit-bourgeois hantés par le déclassement à droite (le vivier des Le Pen). les jeunes préfèrent ne pas voter. De toutes façon, ils choisiraient des menteurs qui ne rêvent que de fourrer leurs pattes en plein dans la confiture et se moquent du sort des citoyens.

L’emploi est le symptôme d’une société. Hollande a raison de s’en préoccuper – mais tort de l’avoir pris à la légère depuis son élection. S’il n’impose pas le 49-3 sur le texte El Khomri, se sera une mesurette de plus, une réformette pour soubrette, de quoi se moquer un peu plus du modèle politicard impuissant qui agite ses petits bras sans effet.

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La vraie question des présidentielles 2012

La campagne à l’élection présidentielle est partie. Moins avec les « universités » d’été qu’avec la primaire socialiste qui vise à faire élire un « président de gauche » avant de se présenter devant l’ensemble des Français. C’est alimenter l’usine à spectacle, faire agir le buzz des médias, focaliser en rose l’attention des gens. Au risque qu’ils se rendent compte de l’indigence fondamentale du projet politique… Certes, une présidentielle française est l’élection d’un personnage à la tête de l’État – pas celle d’un parti comme au Royaume-Uni ou d’une coalition comme en Allemagne ou en Scandinavie. La France se rapproche moins du modèle américain puisqu’elle n’a ni son fédéralisme ni ses contrepouvoirs, que du modèle russe où le parti ne sert qu’à rassembler les godillots autour du chef. Mais ce ne sont ni les minois altiers ni les petites phrases qui font une présidence. C’est le projet d’avenir, rassembleur des Français.

Où en est-il, ce projet ?

A droite il reste flou car les perspectives tracées en 2007 se sont diluées avec la crise financière mondiale et systémique. Le discours de Toulon était un bon discours, n’en déplaise à ceux qui considèrent que tout ce que fait Sarkozy ne peut qu’être entaché du péché originel. Toulon pointait bien que la France ne pouvait agir seule, qu’il fallait négocier pied à pied et dans la durée avec nos partenaires européens, occidentaux et internationaux pour imposer des règles communes à la finance, aux marchés, aux agences de notation. Il y a toujours un État qui a intérêt à conserver des paradis fiscaux, trous noirs où tout est possible et où les fortunes disparaissent. C’était avant-hier le Royaume-Uni, hier les États-Unis et la Russie, c’est aujourd’hui la Chine, le Brésil, le Mexique, les pays arabes… Sans transparence, pas de marché libre ; sans règles communes de sécurité, pas de libéralisme économique ; sans connaissance de qui investit dans quoi, pas de produits financiers sûrs. Or les trous noirs financiers continuent d’exister et les hedge funds de rester incontrôlés. La négociation Bâle III visant à renforcer les fonds propres des banques est un petit pas, mais pas avant 2019 et probablement insuffisant. Les contraintes des parlements de chaque pays de la zone euro font qu’avance très lentement le fédéralisme budgétaire indispensable à une monnaie unique. La Grèce fait ce qu’elle veut, sollicitant des fonds pour rester dans l’euro, menaçant en cas de faillite d’entraîner la faillite des banques allemandes qui lui ont beaucoup prêté, mais répugnant à toucher aux zacquis des richissimes, de l’église, des commerçants sans factures, des particuliers à piscine non déclarée, des cheminots payés 5000€ par mois pour faire rouler les rares trains.

Quelle « solidarité » y aurait-il à faire financer les fraudeurs grecs par les smicards français et allemands ? Sur le sujet, la droite en appelle au contrôle européen et la gauche se tait, le « grand principe » de solidarité suffirait…

A gauche, le projet reste dans les limbes car ce qui est publié date trop et reste trop partisan. Le futur président élu ne pourra que s’asseoir dessus. Car la dépense publique c’est bien… tant qu’on a les moyens. En situation de pénurie, il faut gérer ce qui reste. Les socialistes devraient en avoir l’expérience, puisque les systèmes du socialisme « réel » avaient cette gestion : par les queues, les privilèges catégoriels, la récompense du bon petit militant répétant la voix d’en haut. Las ! les socialistes capitalistes ont pris goût à l’expansion ; ils sont passés experts de la redistribution du toujours plus ; ils ne savent que faire lorsqu’il y a chaque année moins. Il ne savent surtout pas comment on produit plus et mieux ! D’où cette incantation rituelle au yaka : yaka faire payer les riches, yaka faire une grrrââânde réforme fiscale, yaka réinstaller des frontières, yaka forcer Merkel, yaka nationaliser les banques, yaka créer que des emplois publics…

La fin des grandes espérances

Les Grandes espérances est un roman de Charles Dickens qui date de 1860 ; il a été repris brillamment en film par David Lean en 1946 (extrait vidéo sur Allociné). Le jeune Pip se trouve pris par des événements qui le dépassent ; il voit ses illusions s’évanouir en même temps que ses espérances financières et de statut lorsqu’il devient adulte. Tel est le cas de la France et, avec elle, de nombreux pays européens. 2012 verra des élections sans espérance. Ni changer la vie, ni travailler plus pour gagner plus ne résistent à la crise. On ne change pas la vie, on l’adapte ; on ne peut ni travailler plus en raison du chômage ou, si c’est le cas, on gagnera moins parce que les impôts augmentent et les retraites diminuent. La quinzaine Mitterrand a dépensé à tout va et la décennie Chirac n’a rien foutu. Conséquence : la France a pris une génération de retard dans les réformes nécessaires. Il ne s’agit pas de réformer pour réformer mais d’adapter notre État providence (jamais en reste de dépenses) à notre démographie (pourtant moins mauvaise que d’autres). Les Suédois ont mis 15 ans à réviser leurs retraites ; nous n’avons pas encore commencé hors les mesurettes à la serpe (donc injustes) qui ne font que gagner du temps et augmentent la grogne sociale comme l’incertitude sur l’avenir.

Enterré papa protecteur et maman consolatrice dans le film de David Lean. Le jeune Pip est orphelin, mais courageux, et ce n’est pas sans quelque humour qu’il oppose à la poigne du forçat un résolu « si vous me remettiez droit, peut-être que j’aurais moins mal au cœur et peut-être serais-je plus attentif ». Exit le gaullisme de la reconstruction que Villepin rêve de voir revenir, anachronique ; les Français refusent la victimisation à la Royal et le care d’Aubry, mot incompréhensible fait pour les balader. Le problème est qu’ils sont tourneboulés et qu’ils devront voter en étant pris à la gorge par les marchés et avec mal au cœur. Ce n’est pas « la faute à » ce grand méchant marché : si les traders s’amusent, c’est bien parce que le terrain de jeu leur reste ouvert (où est la régulation ?) et que les acteurs sont minables (que foutent les politiques pour réduire les déficits indécents qui durent en France depuis… 1974 ? et pour contrôler les fonds européens alloués à la Grèce ?). Sans les marchés, les salaires des fonctionnaires et des retraités sont automatiquement amputés de 10% par an. Est-il normal d’emprunter non pas pour investir mais pour payer le déficit courant ?

Conséquences politiques

Le prochain quinquennat aura à gérer l’austérité et non les espérances. Dans ce contexte, la légitimité du sortant se trouve renforcée : lui connaît mieux que les autres les arcanes et les partenaires ; lui a réagi à temps et comme il fallait pour réunir les Européens et les instances internationales. On peut lui reprocher son entêtement à ne pas revenir sur les cadeaux fiscaux faits au CAC 40 et aux bistrotiers-restaurateurs, mais peut-on lui reprocher les abattements sur succession et assurance-vie plafonnés, destinés avant tout aux classes moyennes ? Ces oubliés des redistributions socialistes et pressurés favoris du fisc durant des décennies n’ont-elles pas droit à un geste même si l’effort doit être réparti sur tous ?

Mais son caractère, ses haines et son histrionisme médiatique ont lassé. Peut-être les Français choisiront-ils à gauche. Pour gérer l’austérité, François Hollande apparaît le mieux placé par son ton raisonnable, sa réforme fiscale déjà pensée, les ralliements des partisans DSK. Hollande incarne la fonction présidentielle dès avant l’élection alors que Royal reste opposante à tout prix et Aubry chef de parti. Martine Aubry est plus l’incarnation des valeurs de gauche, mais cette élection se jouera moins sur les valeurs cette fois (contrairement à 2007), et plus sur la capacité à gérer l’incertain. La propension dépensière, l’accent mis sur les bobos-intellos avec « la culture », une certaine rigidité de mère autoritaire, font que Martine Aubry apparaît plus comme la présidente de la fonction publique que comme celle de tous les Français. Car ce qui manque à gauche est bien là : où sont les encouragements à la production ? Est-ce un État exsangue qui va créer les 3 millions d’emplois pour les 4.5 millions de chômeurs ou travailleurs à éclipse ?

A droite comme à gauche, pas question de toucher aux filets sociaux, seuls à même de conserver une relative unité aux égoïsmes de caste dans une France restée très Ancien régime. L’Éducation nationale les produit dès le collège avec l’élitisme matheux et les redoublements méprisants. Les principales dépenses sociales concernent la santé et le chômage. Difficile de réformer en profondeur la santé car le vieillissement de la population en font un secteur très sensible. Pour le chômage, la seule façon d’améliorer les choses est d’encourager les emplois. Moins de chômeurs, cela fait moins de prestations sociales, plus de taxes qui rentrent et moins d’assistanat santé avec les cotisations prélevées sur les salaires et les mutuelles abondées par les employeurs.

La vraie question 2012 est donc l’emploi

Un emploi de croissance et pas ces palliatifs temporaires qui consistent à créer des services tant et plus là où ils ne sont pas indispensables. Un emploi d’entreprise donc et pas des précaires d’État ni des auto-entrepreneurs provisoires. Sur l’emploi, on attend Nicolas Sarkozy, mais il se réserve pour la campagne. On attend François Hollande, mais il attend d’avoir gagné les primaires. Elles ne se gagnent, probablement, qu’en caressant les militants archaïques et la fonction publique dans le sens du poil. Souhaitons que le sens des réalités et le sens de l’État l’emportent ensuite sur le sens du poil…

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