Articles tagués : unité de compte

Faut-il revenir en bourse maintenant ?

Pas encore. Certes, deux excellentes nouvelles pour l’humanité sont tombées récemment : la mise au point de vaccins semble-t-il efficaces contre le Covid ainsi que le début de la vaccination imminente – et le licenciement pour incompétence de Donald Trump par une majorité des grands électeurs. Deux hypothèques handicapantes sont levées sur le futur économique et géopolitique de la planète.

L’or ne s’y est pas trompé qui baisse ainsi que l’indice de volatilité VIX (appelé indice de la peur), tandis que le pétrole remonte. Tout va mieux, mais pas dans le meilleur des mondes.

Si la Chine va mieux ainsi que les commandes industrielles allemandes, le plan de relance au Congrès américain stagne tandis que le Brexit se profile. L’OCDE prévoit de retrouver le niveau d’avant crise seulement à la fin 2022, après deux ans de pertes de production intérieure brute (PIB) donc de niveau de vie. La Banque centrale européenne, dans un scénario extrême où une troisième vague du virus surviendrait avec une vaccination ralentie pour diverses raisons, le PIB de la zone euro serait encore de 14% inférieur à la fin 2022 à ce qu’il était fin 2019, avec un chômage de 12% de la population active et des taux d’emprunt d’Etat qui se tendraient en raison de craintes que la dette, de plus en plus creusée, ferait courir aux remboursements. Les banques connaitraient des risques de crédits non payés en hausse de 20% et devraient couper dans leur financement de l’économie, accentuant l’asphyxie de l’activité…

Ce n’est qu’un scénario extrême, qui ne devrait pas se produire mais qui donne le ton : tout ne va pas repartir comme si de rien n’était.

Faut-il craindre le pire et acheter aujourd’hui de l’or ? Ce n’est pas le meilleur moment. Le cours du lingot a longtemps stagné entre 1200 et 1400 $ l’once en gros, entre la mi-2013 et la mi-2019 avant de s’envoler en mai jusqu’à atteindre en août 1986 $ l’once. Il est retombé à 1780 $ début novembre avant de repartir à la hausse avec la comédie de Trump sur le résultat des élections. Proche des plus hauts, est-ce le moment d’acheter ? Ce serait déraisonnable : l’or, placement refuge en cas de crise grave, ne doit être acheté que lorsque tout va bien et que les craintes sont au plus bas – quand personne n’en veut. C’est au contraire quand la crise survient que l’on doit revendre – ce qui est contre-intuitif mais génère le plus gros bénéfice.

Faut-il espérer le meilleur et acheter des actions ? Peut-être, bien que ce soit un peu tôt encore à mon avis, au vu des graphiques boursiers. Si l’indice CAC 40 n’a rien foutu entre 2014 et 2019 (5 ans !) resté coincé entre 5100 et 5500 à peu près, il s’est envolé à presque 6000 à partir de l’été jusqu’au 31 décembre 2019 avant de s’écrouler en mars 2020 à 4400 environ. Peut-être a-t-il réalisé le fameux double-creux de fin de crise (à court terme) début octobre un peu en-deçà de 4600, mais sa hausse brutale de novembre me paraît un mouvement d’émotion du aux deux bonnes nouvelles citées plus haut. C’est oublier la vague des faillites et du chômage probable dès la fin 2021, lorsque les aides d’Etat s’allègeront progressivement, plus les conséquences mal prévues encore du Brexit. De plus, l’indice CAC 40 est-il représentatif de l’économie française ? Les six premières valeurs sont LVMH, L’Oréal, Sanofi, Total et Hermès… pas vraiment la France de tous les jours ni les produits achetés par la classe moyenne ou populaire – mais plutôt la vitrine internationale, impactée par le confinement des gens (y compris riches) et la contrainte sur les échanges.

Mieux vaut regarder un indice plus large, leader des bourses internationales : le Standard & Poor’s américain. Depuis 2012 au moins, il n’a cessé de monter régulièrement, avec deux creux vers 2500 en décembre 2018 et en mars 2020. Mais il était à 1130 en 2011 et se trouve au plus haut vers 3600 aujourd’hui – d’où l’intérêt des placements à long terme et non pas du trading fébrile. Les actions technologiques, très sensibles aux variations des taux d’intérêt en raison de leur valorisation élevée, sont fragiles et pourraient engendrer une correction sur toute mauvaise nouvelle provenant de l’économie, que ce soit le plan de relance gouvernemental aux Etats-Unis, le Brexit ou les éventuels ratés des vaccinations.

Les taux, au plus bas et même négatifs pour les emprunts des Etats les plus solvables, ne rapportent rien au particulier, en témoignent les rendements des contrats d’assurance-vie « en euros » ou la rémunération des livrets. Dans ce contexte, il est intéressant de basculer vers des « unités de compte » (en actions, obligations, SCPI, le tout géré) car une assurance-vie est prévue pour 5 ans et plus ; les fluctuations des marchés internationaux sont lissées avec le temps et progressent en moyenne avec la progression de l’économie (voyez le SP 500 cité plus haut).

Si vous voulez garder de l’épargne liquide, le Livret A reste le placement le plus intéressant malgré son taux de rémunération ridicule (0.5% qui risque d’être abaissé dans quelques mois). Il permet en effet de provisionner sans aucun risque (garantie d’Etat) des dépenses imprévues telles que périodes de chômage, voiture ou frigo à remplacer, santé. Le surplus peut être placé sans vraiment de risques (garantie des dépôts bancaires jusqu’à 100 000 € par compte et par établissement par le fonds de garanties bancaires) en Plan d’épargne-logement (PEL). Vous pouvez compléter celui que vous avez déjà par un apport exceptionnel (jusqu’au plafond de 61 200 € moins les versements obligatoires réguliers au minimum de 45€ par mois – un calcul à faire par votre banquier en quelques secondes avec son logiciel). Le placement est liquide à tout moment mais donne tous ses droits après 4 ans (vous n’êtes pas obligé de prendre un prêt). Il rapporte quand même 1% par an pour les PEL actuels (deux fois le Livret A garanti sur la durée du Plan) mais 2% pour les PEL ouverts avant janvier 2016 et même 2.5% s’ils sont ouverts avant février 2015. Vous pouvez garder un PEL 10 ans, voire quelques années de plus. Les intérêts sont fiscalisés à votre tranche marginale d’imposition ou forfaitairement à 30%.

Evitez toutes les offres alléchantes du marketing de petites mains qui vous proposent des fonds investis dans du non-coté, dans des cryptomonnaies, dans le crowdfunding (financement de « pépites » à regarder éclore… ou non). Investir est un métier ; si ce n’est pas le vôtre, restez sur les produits connus.

Catégories : Economie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

G20 et monnaies aujourd’hui

Le dialogue des vingt pays conviés au sommet annuel sous la présidence de Nicolas Sarkozy n’est pas une régulation du monde. Les États ont chacun leurs intérêts qu’il est vain d’ignorer au nom d’une utopie du « si tous les gars du monde… ». L’expression de la puissance aujourd’hui est la monnaie. De quoi parle-t-on ? Comment ça marche ? Quels sont les risques ?

1/ Les grandes monnaies mondiales

Elles sont moins de 10 :

  • 4 grandes : dollar, euro, yen (et yuan)
  • 2 moyennes : livre sterling et franc suisse
  • 3 indexées sur les matières premières : rand sud-africain, dollar canadien, dollar australien.

La puissance d’une monnaie est déterminée par trois faits :

1.La confiance qu’on a en elle, donc en son État émetteur qui doit être puissant, stable et assis sur une vaste population industrieuse, apte à rembourser ses dettes par réactivité économique et innovation technologique.

2.La stabilité qu’elle assure aux placements (banque centrale indépendante, système financier solide, marché liquide) et aux investissements (droits de propriété, fiscalité prévisible, secteurs diversifiés, personnel financier compétent).

3.La liquidité qu’elle offre dans le monde entier.

L’ordre des principales monnaies est conditionné par ces déterminants.

Le dollar est la monnaie de référence mondiale parce que les États-Unis sont une ‘économie-monde’ bien établie (malgré les fissures du système financiers, malgré la dette publique). L’ensemble des matières premières, pétrole compris, se traite en dollars partout dans le monde. La Chine, principale puissance émergente, a plus de 60% de ses réserves de change en dollar. Le dollar des États-Unis sert de substitut à l’or comme valeur refuge en cas de crise (guerre du Golfe, 11-Septembre, révoltes arabes).

L’euro est la monnaie qui rivalise en partie avec le dollar parce que ni le yen (assis sur un pays trop petit et sans matières premières), ni le yuan( pour l’instant non convertible), ne peuvent jouer ce rôle. Mais l’euro est de création récente (2002 dans les porte-monnaie) et il est géré par une banque centrale qui doit faire le grand écart entre des États aux politiques économiques et fiscales différentes. Si l’euro veut exister, il accentuer son fédéralisme économique entre les pays de la zone. La crise de la dette montre les fragilités d’une construction avant tout juridique, sans convergence économique ni volonté politique. Si le dollar est une monnaie-puissance, l’euro n’est encore qu’une unité de compte.

Le yuan deviendra probablement la monnaie rivalisant avec le dollar lorsque la Chine aura pris sa place naturelle dans l’économie mondiale, due à son poids démographique et à son développement. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Le pouvoir central à Pékin a peur d’être déstabilisé par des capitaux entrant et sortant sans contrôle, ce pourquoi le yuan n’est pas convertible librement. Le développement engendre des tensions sociales localement politiques qui justifient l’autoritarisme du parti unique. Mais la question est posée de l’inflation (puisque les Chinois ne peuvent épargner avec des taux attractifs) et des bulles d’actifs (l’immobilier à Shanghai, les actions de la bourse chinoise) en raison d’une politique de crédit laxiste pour raisons politiques. Une monnaie de référence mondiale doit donner confiance. Or les tensions sont trop grandes dans ce pays, la banque de Chine n’est pas indépendante du parti communiste, la propriété privée n’est reconnue que du bout des lèvres et les brevets ou le copyright sont inexistants.

2/ L’orientation des flux de capitaux

Une fois le décor planté, comment tout cela fonctionne-t-il ? Les capitaux libres s’orientent selon la loi d’offre et de demande, en faisant attention à la rentabilité des investissements et à leurs risques. Nul pays n’est sans risque, le choix d’une devise se fait en relatif.

Malgré la crise financière et les subprimes, il reste peu risqué et plutôt rentable d’investir aux États-Unis, pays de 300 millions d’habitants qui consomment à crédit (même si moins qu’avant), avec un marché des capitaux vaste et liquide et des opportunités de capital-risque dans les innovations technologiques comme nulle part ailleurs. Gouvernement comme banque centrale (la Fed) font tout pour que reprenne la croissance : taux bas, fiscalité faible, technologie et exportations encouragées. Si l’émission de papier monnaie par le rachat d’emprunts d’État par la Fed (quantitative easing) fait baisser le dollar contre les autres monnaies, une reprise de la croissance offrira un effet de levier sur les investissements qui compense largement.

Il est à la fois très rentable à court terme et très risqué à moyen terme d’investir en Chine populaire. Le marché potentiel est énorme, le développement accéléré – mais les surcapacités dans beaucoup de secteurs existent, qui dépendent des exportations. De plus, les partenaires chinois (obligatoires pour fonder une entreprise en Chine) pompent sans vergogne technologies et savoir-faire pour créer des clones indépendants (Danone s’en est aperçu, tout comme General Electric, ou Alstom avec son TGV et bientôt Airbus avec son avion moyen courrier). Le retour sur investissement doit donc être rapide car la concurrence chinoise sur vos propres produits ruinera bientôt votre entreprise. L’investissement le plus rentable est donc, en Chine, financier : il peut se retirer très vite.

L’Europe attire peu les capitaux. Il faut, pour investir, avoir pour ambition de vendre dans les pays euro. Le coût du travail et la paperasserie sont les critères déterminants, avant la position géographique et les infrastructures. La France attire des capitaux étrangers, mais surtout pour les services (peu capitalistiques) ; l’Irlande attire plutôt l’industrie d’assemblage ; l’Allemagne attire pour le label ‘made in Germany’ réexportable.

La crise a exacerbé la compétition pour exporter. On appelle « guerre des monnaies » les dévaluations compétitives qui dopent les ventes à l’étranger et rendent plus cher les produits importés. La France était championne des dévaluations avant l’euro, ce qui permettait au patronat de peu investir pour garder des coûts raisonnables. Les États-Unis prolongent leur politique de relance en favorisant la baisse du dollar par la planche à billets. Mais l’exemple de l’Allemagne montre que la compétition d’une économie n’est pas due à sa devise. L’euro fort ne gêne aucunement les exportations allemandes. Elles sont fondées plutôt sur la qualité, le service après vente, le sérieux de la formation alternée entreprise-écoles et la suppression de l’impôt sur la fortune qui encourage le patrimoine.

3/ Les risques du système mondial

La domination du dollar fait grincer des dents, son « privilège exorbitant » permettant à l’économie américaine de vivre à crédit du monde entier. Mais quelle alternative ?

Le retour à l’étalon-or est une nostalgie mal placée (1944, Bretton Woods) : il n’y a pas assez de métal dans le monde pour gager la masse monétaire en circulation. De plus, attacher les prix à une ancre que les banques centrales ne peuvent bouger risque de provoquer la déflation comme dans les années 30, faute de crédit (baisse cumulée de la production, de la consommation, de la dépense publique, donc repli frileux sur soi et régression du niveau de vie).

L’usage international des Droits de tirage spéciaux (DTS, unité de compte du FMI créée en 1969) est souhaité par la Chine et la France. Leur valeur est déterminée chaque jour par un panier de grandes monnaies de réserve (dollar, euro, yen et livre – auquel on ajouterait le yuan). Mais ces DTS ne sont pas liquides et restent évalués selon les monnaies des États. Le FMI n’est pas une banque centrale mondiale chargée de gérer la liquidité, faute de monde unifié. Il s’agit donc d’un simple effet d’annonce.

Le serpent monétaire (sur l’exemple européen de 1972) est une formule qui institue des changes quasi-fixes entre grandes monnaies, avec des marges de variation dans un tunnel. Mais il résulte d’accords bilatéraux et il n’y a aucune volonté politique des États tant qu’il n’y a pas d’intérêts communs mondiaux.

Reste la coopération monétaire (exemple les accords du Plazza en 1985 à Paris). Ils résultent de rapports de forces provisoires entre États et pointent les déséquilibres des balances commerciales. Chacun est invité à corriger ce qu’il peut, sans contrainte autre que médiatique. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec la création de zones monétaires (zone dollar, euro, yuan) et avec les accords bilatéraux entre États pour utiliser leurs devises propres sans passer par le dollar pour leurs échanges (Pékin et Brasilia, la Chine et les pays de l’ASEAN).

Dans ce contexte de jungle, le plus fort l’emporte. D’où l’intérêt pour chacun des États de rester fort, unis dans une zone monétaire forte. Ce pourquoi je ne crois pas que l’euro puisse éclater : personne n’y a intérêt, sauf certains politiciens démagogues.

Je ne crois pas non plus que le dollar s’écroule à brève échéance. Malgré la dette publique massive, les déficits jumeaux du budget et du commerce extérieur, l’émission massive de dollars par la Fed et les difficultés politiques de remonter les impôts comme de réduire les dépenses, les États-Unis gardent une monnaie qui reste incontournable pour les transactions mondiales. Elle est la plus liquide, assise sur l’État le plus puissant et le plus stable de la planète – sans substitut crédible.

La zone dollar englobe toute l’Asie sauf le Japon, tout le Moyen-Orient pétrolier et les économies dollarisées du Canada, de l’Australie, du Mexique et des pays de l’arc andin. Des entreprises américaines produisent et vendent en dollars hors des États-Unis et si l’on mesure le déficit américain de l’ensemble de la zone dollar, il diminue de moitié par rapport à celui qui court les médias.

Politiquement, la Chine continue de faire confiance au dollar en mettant plus de la moitié de ses réserves en bons du Trésor américain. La relation géopolitique de protecteur militaire à fournisseur de pétrole continue de régir les relations avec les pays arabes. L’innovation technologique et la facilité de créer une start up en trouvant des financements est incomparable aux États-Unis par rapport au reste du monde. La politique économique et monétaire est plus souple qu’en Europe, au Japon ou en Chine (la Fed se préoccupe de la croissance, la BCE n’a d’yeux que sur l’inflation, la Chine fait constamment du politicien). L’immigration annuelle (1 immigrant toutes les 31 secondes) prouve l’attractivité du modèle social des États-Unis malgré ses défauts.

Quand la Chine sera éveillée (et qu’elle aura avancé dans la dialectique des libertés publiques et du développement économique), quand l’Europe sera mieux coordonnée (en sachant qui va décider à 17 sans veto allemand), alors peut-être le roi dollar sera-t-il obligé de composer. Pas aujourd’hui. C’est un fait qu’il est bon de garder à l’esprit, malgré les incantations rituelles.

Vous avez lu jusqu’ici ? – Vous venez d’assister à une conférence de Mastère spécialisé finance à Science Po Paris, celle que j’aie tenue devant les étudiants avant le G20.

Pour une application pratique, voir Gestion de fortune (2009)

Catégories : Chine, Economie, Géopolitique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,