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Vers Vieste

Nous quittons notre gîte ensoleillé avec son chien joyeux qui veut jouer au ballon et sa chatte siamoise qui joue à la souris avec mes lacets. Elle m’aime bien depuis que je lui ai donné à manger. La chatte noire est plus sauvage. Nous laissons Piero, célibataire endurci, entre ces vieux parents. Il ne doit pas rigoler tous les jours.

Nous longeons le parc à cochons dont nous avons dégusté une échine hier. Le mâle présente une énorme paire de couilles que des assistantes sociales s’empressent de photographier ; elles n’ont pas dû en voir de longtemps. Je ne sais pas si l’on dit animelles pour les couilles de porc comme on le dit de l’agneau en cuisine ; on dit peut-être rognons blancs ou tout simplement testicules de cochon.

Puis c’est la succession des collines, montées et descentes en chemin pierreux, jusqu’à la mer. La fille d’hier retombe, elle glisse sur les pierres roulantes comme auparavant, mais cette fois son sac amortit. Elle n’a que des coups, pas de fêlure, elle peut s’asseoir à peu près. Les autres filles lui donnent de l’arnica « en homéopathie ».

Dans le paysage pousse le ciste de Montpellier, le lentisque, la sauge, le romarin. Le geai crie dans le ciel mais pas le guêpier comme hier. Il fait toujours beau temps, avec une petite brise qui arrache les chapeaux dans ses à-coups.

Vieste étend ses bâtiments sur sa pointe blanche, de plus en plus proche à mesure des tournants. La piste tombe en lacets jusqu’à la route côtière qui rejoint la plage. Celle-ci est longue de plus de 3 km, privatisée par les bars et les loueurs de transats. Nous trouvons quand même une trouée d’accès avec quelques arbres pour notre pique-nique. Le guide prépare tout pendant qu’il nous envoie nous baigner pour avoir la paix ; il déteste que les gens tournent autour de lui au prétexte de « l’aider ».

Un fort courant éloigne le nageur le long de la côte et un ruban de bouées à dix mètres au large est installé par sécurité. Le drapeau rouge est affiché pour la baignade. Il y a de petits rouleaux mais l’eau est agréable. Beaucoup de gens d’âge mûr se baignent mais aucun adolescent et presque aucun enfant. Nous ne faisons que nous tremper, pas vraiment nager.

Puis nous revenons en maillot de bain déguster la salade de farfalle accompagné du cacciocavalli et du saucisson de Piero. La salade est arrosée de son huile d’olive, que certaines ont achetée par bidons métalliques d’un litre. Un gars offre une bière Peroni de 33 cl à chacun. Le soir, une fille offrira deux bouteilles de prosecco pour fêter son divorce, un jugement en première instance en sa faveur après cinq ans dont son avocat vient de l’aviser par texto. Une dispute de sous, après la vente du fonds de commerce.

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Les pieds dans la boue

Sac dans le van, musette sur le dos, nous grimpons la colline vers le nord. Nous sautons ensuite quelques barbelés à moutons au travers des landes de bruyères et d’ajoncs, puis nous voici dans les tourbières. La marche « doit se faire en bottes », nous comprenons vite pourquoi. Les mottes herbues sont vivaces mais, entre elles, la boue est molle, profonde, collante. Les bottes qui dérapent sur la touffe s’enfoncent en pieu dans le visqueux avide et s’en extirpent à grands bruits de succion. Cette avancée est très sexuelle et donne chaud.

Le paysage est viril, l’ambiance viking : gris et vert, avec de gros rochers noirs qui affleurent. Le ciel est lumineux, encotonné de nuées comme des voiles de lit. Pas d’autres êtres que des moutons qui fuient à notre approche. De belles échappées sur la baie de Bantry et l’océan dont l’odeur de moule monte jusqu’à nous. Sur les pentes vertes des collines des murets de pierres ou des haies d’arbustes épineux séparent les prés à mouton. Les bêtes sont grasses avec des queues comme des boules. Quelques vaches noires et blanches nous regardent placidement en ruminant. Le gris lumineux du ciel rend l’herbe plus verte, comme si la lumière sourdait du sol.

Ce sera ainsi jusqu’au pique-nique, avalé derrière un rocher qui coupe le vent. Dans la vallée, une ferme nous permet de camper sur un pré en pente au lieu-dit imprononçable : Drehideighteragh. C’est une pelouse fraîche et tendre, soigneusement tondue par la gent ovine, où affleurent parfois des granits comme de grosses tortues assoupies. Au bas de la pente un torrent cascade dans un joli son champêtre. Le soleil ne revient pas et c’est dommage car une vasque dans le rocher fait une fort belle piscine. Après avoir bien hésité, Jean-Luc se baigne, puis Brigitte. Les autres les regardent frileusement depuis le bord, ou n’entrent qu’à mi-cuisse, comme moi. Qu’importe, il est bon d’ôter ses vêtements, même lorsqu’il se remet à pleuvoir. Sensualité du crachin sur la peau qui se hérisse. Il ne fait pas froid. La nuit sera sans étoiles mais l’odeur de l’herbe passe la toile pour embaumer nos rêves.

Tôt réveil, déjeuner, rangement des affaires, démontage des tentes, chargement du van. La routine de la randonnée se met en place. Un peu de soleil, le ciel presque bleu. Départ joyeux sur le chemin. C’est la campagne : des vaches, des moutons, des bouses. Les mêmes arbustes que dans nos champs. Nous remontons un flanc de vallée et la végétation se raréfie : hors l’herbe vivace et quelques joncs, rien ne consent à pousser dans la boue battue des vents. C’est à nouveau la lande et les tourbières. Au sommet des collines, nous apercevons la baie au loin. Un brin de soleil, un peu de pluie, Jean-qui-rit, Jean-qui-pleure. Du vent se lève après la pause de midi. Peu de conversation, des blagues. Est-ce le froid (relatif) ? le vent ? les premiers jours ? Nul n’a rien à se dire. Déjà, Bernadette et moi avons fait presque toute la conversation hier soir, en préparant la soupe. J’aime bien Bernadette – mais pas pour des grainvilloiseries. Elle est intelligente, belge, un sens aigu de l’humour. Elle est chirurgien et officie à Fourmies dans le nord de la France. Les autres sont d’une grande banalité.

Collines, pentes, tourbières, retour aux prés sur la fin, des moutons, des vaches, même un taureau. De petits chemins verdoyants dans la campagne. Les bruyères sur les collines, les tourbières sur les pentes, les prés dans les vallées. Les habitations sont rares, regroupées en villages, de loin en loin. A notre étape, nous cherchons un pub. Il y en a quatre pour 300 habitants. Nous goûtons les trois sortes de bière locale : la noire Guinness, la rousse Smithwick, la pale Kab. Le van nous conduit au campement établi à 5km du village de Mangerton. Une petite pluie alterne avec un clair soleil plusieurs fois dans la journée.

« Ils » jouent au foot avec une balle de tennis dans le pré en pente, les bovins du groupe. Je ne participe pas ; nous commençons à nous connaître et ce n’est pas la joie. Outre Bernadette et son humour pince sans rire que j’apprécie fort, et Emmanuelle de *** la rousse au corps séduisant, au sourire canard et à la voix enfantine qui étudie la physique, les autres n’émergent pas d’une pesante médiocrité. Jean-Luc est mi-belge mi-yougoslave, blond épais. Il travaille à « la sécurité » d’une grosse entreprise. Véronique est employée de préfecture et n’aime que la photo, pas les mecs. Elle a déjà mitraillé trois pellicules depuis notre arrivée avec son vieux Pentax MX d’il y a 12 ans. Elle avance les pattes hautes telle un faucheux, un peu miraud derrière ses petites lunettes. Les autres sont encore plus discrets et moins remarquables, malgré la pleine lune de ce soir qui devrait les exciter. Les loups ont envie de hurler et de partir en chasse, pas eux. Il n’a pas été simple de convaincre Emmanuelle au noble nom, la nuit tombée.

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Temps de steppe

Heureusement le beau temps se confirme, le soleil donne et les chevaux sont heureux. La lumière fait qu’il nous semble marcher ailleurs que là où nous avons mis nos sabots hier. La pause a lieu au soleil devant un panorama de collines herbues et arborées, les trois yourtes aux Français toutes petites sur l’étendue. Juste derrière nous se dresse le bois où nous avons déjeuné dans un froid de canard, proche du « lac de l’étrier ».

La grimpée d’hier dans la forêt se transforme aujourd’hui en grande descente à cheval, pénible aux genoux car les pieds sont tendus sur les étriers pour compenser la pente. Suit la longue vallée « de l’étalon blanc ». A son ouverture est établi le camp de yourtes d’avant-hier, où nous nous arrêtons pour camper à nouveau et rendre les yaks.

Le soleil est arrivé avant nous et les petits enfants ont quitté leurs lourds vêtements pour courir tout joyeux en tee-shirts légers. Ils jouent comme des fous avec le ballon de Tserendorj. La belle lumière au soleil descendant dore les visages et fait ressortir leur teint fleuri.

Le dîner est cette fois préparé par les chauffeurs. Les cuisinières ont quand même rajouté des sushis de riz aux feuilles d’algue. Ils ont eu tout le temps puisqu’ils n’ont pas conduit hier et aujourd’hui. Il s’agit du plat typique de la steppe, le ragoût mongol. Le mouton inévitable est cuit au bouillon avec quelques herbes sauvages et légumes. L’originalité consiste dans le mode de cuisson : on jette dans la marmite des pierres chauffées au rouge. Avec ce procédé, la viande est cuite à point en toutes parties du plat, sans brûler. Elle est tendre et grasse. L’usage veut que les convives se saisissent en premier lieu des pierres grasses et les fassent passer alternativement dans ses mains. Cela défatigue et masse les paumes tout en les graissant bien. On mange ensuite la viande avec les doigts. Les légumes sont très rares et ne servent que de bouquet garni.

Celui qui tombe sur l’une des deux omoplates se doit de la gratter soigneusement. Elle servira en effet à la divination. Débarrassée de toute parcelle de viande, celui qui interroge la présentera à la flamme nue d’un feu en pensant intensément au problème qu’il doit résoudre. Le scapulomancien interprétera alors les craquelures produites sur l’os par la chaleur du feu et répondra à la question. Nul ne s’y essaie… Veut-on vraiment savoir ce qui nous attend ?

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