Articles tagués : porte-avion

Hot shots ! de Jim Abrahams

Un film culte sorti l’année où George Bush 1er déclenche la guerre du Golfe contre un Saddam Hussein qui a envahi le Koweit et où Gorbatchev est séquestré par une tentative de putsch de la vieille garde communiste en Union soviétique. Nous sommes dans la bouffonnerie lourde, le pire des travers yankees et le meilleur des gags. Ce pastiche de Top gun mandate un autre jeune premier, Charlie Sheen, pour jouer au pilote virtuose mais psychologiquement névrosé.

Viré de sa base quinze mois plus tôt pour acrobatie dangereuse, Topper Harley (Charlie Sheen) est rattrapé par son commandant (Kevin Dunn) qui va le chercher dans sa réserve indienne où il se terre pour être en communions avec la terre. Cric-crac ! fait la peau à l’entrée du tipi lorsque le commandant sonne à la porte comme s’il s’agissait d’une maison normale. Ce n’est que le début d’une série de gags désopilants qui mettent à mal tout héroïsme et toute tentative de se prendre au sérieux.

Le nom du pilote féru d’avion et de moto est par exemple issu du scooter Harley-Davidson Topper des années 1960. L’amiral Benson (Lloyd Bridges) est une baderne incapable et réparée de bric et de broc de ses blessures de guerre depuis quarante ans, une sorte d’homme diminué plutôt qu’augmenté. Car tout est inversion dans les sketches : un loup apprivoisé erre dans le campement indien mais c’est un ridicule clebs qui glapit à chaque fois que quelqu’un s’assoit quelque part, car il est toujours sur la chaise. Le copilote Pas d’bol (William O’Leary) rencontre un chat noir, passe sous une échelle, brise le miroir de sa femme (Heidi Swedberg) qui lui raconte que ses deux gosses tout joyeux de leur nouvelle maison commencent à gratter les murs pleins d’amiante cancérigène, avant de ne pas signer l’assurance-vie en reportant cela à plus tard – il se crashe à l’entraînement. Lorsque Topper donne ses économies (600 malheureux dollars) à l’épouse éplorée lors de l’enterrement, celle-ci lui déclare que ce sera juste, avec le chèque de 3 millions qu’elle vient de gagner au loto, pour financer sa croisière. Tout est de la même veine…

Topper enfourche donc sa moto pour revenir à la base et reprendre le manche. Il ne se fait pas faute de rencontrer sur la route une belle femelle (Valeria Golino) chevauchant son cheval et faisant des acrobaties dessus. Il la retrouvera comme psy de la base et sera réglementairement obligé d’aller la voir régulièrement. Car il garde en lui le souvenir douloureux de son père, responsable de la mort de son coéquipier lors d’une mission d’entraînement. En fait, il ne l’a pas tué mais l’avion s’est crashé et des tarés de chasseurs de cerf l’ont descendu en prenant les branches prises dans son casque pour des bois d’animal. Dans la chambrée à la base, chacun d’ailleurs se trouve plus ou moins fils, cousin ou nièce des protagonistes. Une femme vit d’ailleurs comme un homme dans le baraquement, tandis que le sergent noir aboyeur comme dans Full Metal Jacket lui demande de faire saillir ses pectoraux.

Mais l’absurde n’irait pas loin s’il n’y avait une sombre histoire de magouille du lobby de l’armement pour fourguer leur dernier avion. Une mission en Irak depuis un porte-avion en Méditerranée en donne l’occasion. Le commandant, soudoyé par les lobbyistes, compose une improbable équipe de bras cassés pour faire échouer la mission, tandis que le meccano sabote les armements. Le guide radar est atteint d’un strabisme divergent qui l’a fait virer du pilotage, Topper le casse-cou est choisi comme chef de mission. Pas d’bol aurait été le meilleur pilote pour cette mission mais il n’est plus là. C’est peut-être cela qui va sauver le coup – et l’influence femelle de la psy, qui en pince pour le Topper et arrive à le convaincre que l’histoire de son père n’est pas de sa faute.

Les jets ont à bombarder une centrale atomique en Irak, dans la piscine de laquelle Saddam Hussein (Jerry Haleva) aime à se tremper. Leurs bombes sont sabotées, leurs missiles aussi, mais Topper détourne en virtuose les missiles des ennemis à ses trousses pour faire tout exploser dans un feu d’artifice à la Hollywood. Les chasseurs ennemis sont noirs et chaque pilote, en visière noire, porte un nom de dérision : Couscous, Kebab, Houmous… Tout à leur traque, ils percutent tous une montagne tandis que Topper passe un col étroit en braquant son jet à la perpendiculaire.

Le commandant félon est blessé dans l’opération mais avouera à Topper que son père n’a pas démérité et que c’est lui qui a tu la vérité par jalousie et envie de prendre sa place. Mission réussie, père réhabilité, ego restauré, Topper n’aura plus qu’à couler des jours heureux avec la psy, que son ex-fiancé (Cary Elwes) lui laisse, autre inversion improbable dans le machisme yankee. Mais elle est si « chaude » : on peut faire griller du bacon et frire un œuf sur son bas-ventre, après avoir fait sauter une olive plantée dans son nombril jusque dans sa bouche !

L’exagération des rôles et l’inversion systématique des attitudes normales, avec le comique de répétition et les trouvailles des dialogues est un peu difficile à assimiler à la fois à la première vision, ce pourquoi certains n’aiment pas. Mais si vous faites attention aux détails, vous prendrez beaucoup de plaisir. Allez par exemple jusqu’au bout du très long générique, parsemé de recettes de cuisine et de gags insérés ici ou là ; vous y serez aidé par une bonne musique. Il se termine d’ailleurs par ce message « Si vous étiez parti au début du générique vous seriez déjà chez vous ». L’époque était encore à la parodie : qui, aujourd’hui, oserait se moquer aussi ouvertement des travers de l’armée, du lobby militaro-industriel et des héros pilotes de l’aéronavale ?

Il existe une suite, Hot shots 2, que je n’ai pas vue mais qui paraît aussi drôle.

DVD Hot shots ! de Jim Abrahams, 1991, avec Charlie Sheen, Cary Elwes, Valeria Golino, Jon Cryer, Lloyd Bridges, 20th Century Fox 2001, 1h24, standard €5.89, blu-ray €21.36

DVD Hot shots ! + Hot shots 2, 20th Century Fox 2012, standard €9.99, blu-ray €11.99

Catégories : Cinéma, Etats-Unis | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Nimitz de Don Taylor

La Défense était déjà dans l’air du temps juste avant l’ère Reagan. Ce film à la gloire du porte-avion Nimitz chante l’héroïsme au quotidien des défenseurs de la patrie, même quand ladite patrie les ignore. Le pacha du navire devient l’égal de Dieu lorsqu’il doit décider de la vie et de la mort. Ou, plus exactement, il obéit aux Commandements comme un bon fils – ce que le Dieu des chrétiens exige des humains.

Nous sommes en 1980 et le porte-avion croise au large de Hawaï lorsqu’une tempête magnétique (très bien rendue en effets spéciaux) s’abat sur le navire. La sérénité revenue, aussi vite qu’elle est partie, rien n’est changé en apparence… sauf qu’aucun écho radar ne détecte plus les bateaux comme avant et que le trafic radio est très réduit. D’ailleurs, les émissions captées diffusent des feuilletons vieux de 40 ans. Qu’en est-il ? La guerre mondiale nucléaire a-t-elle éclaté avec l’URSS belliqueuse et surarmée (qui va envahir l’Afghanistan en fin d’année 1980) ? C’est l’explication rationnelle la plus immédiate que les hommes se donnent à ce qui leur arrive.

Kirk Douglas envoie un avion de reconnaissance survoler Hawaï, et celui-ci rapporte des photos de Pearl Harbor. Tout est paisible – sauf que les navires à quai datent de 1941. La photo est « déjà » prise, sous le même angle, en noir et blanc ; elle figure dans les documents que l’un des capitaines du bord a assemblé pour écrire un livre. Le porte-avion fait-il partie d’une manœuvre en haut-lieu pour tester ses capacités de réaction à la mer ? S’agit-il d’un jeu de rôle ? Martin Sheen, embarqué comme civil, observateur du Ministère de la Défense, assure qu’il n’est au courant de rien.

Et il émet une autre hypothèse : la relativité du temps, la faille temporelle, le retour effectif en 1941… C’est à ce moment que la radio capte les informations en provenance de Hawaï qui font état d’une progression des armées allemandes en URSS. Il faut bien se rendre à l’évidence, le porte-avion nucléaire Nimitz, armé de ses chasseurs Tomcat dernier cri, de son avion-radar Hawckeyes et de ses deux hélicoptères de sauvetage, se retrouve quarante années auparavant, tout seul face à l’armada aéronavale japonaise qui file à 12 nœuds vers Pearl Harbor pour le détruire.

Les chasseurs avisent d’ailleurs deux Mitsubishi Zéro, les chasseurs à hélices les plus modernes du temps, ornés des soleils levants sur les ailes. Ordre est donné de les surveiller mais de ne pas tirer. Car on ne peut sans conséquences infinies modifier le cours de l’Histoire. Sauf que les Zéro mitraillent un yacht de plaisance battant pavillon américain – et Kirk Douglas, impitoyable, ordonne de les descendre. Ce n’est qu’un jeu d’enfant pour les pilotes de Tomcat et seul un des pilotes japonais reste vivant, à la mer. L’hélicoptère vient le récupérer, ainsi que les deux rescapés du yacht, plus le chien Charlie.

Il est difficile d’être dans un temps qui n’est pas le vôtre et de ne pas interférer… Le rescapé mâle est le sénateur Chapman, qui avait mis en garde la Maison Blanche quinze jours auparavant sur les probabilité d’une attaque japonaise sans sommation, mais qui n’avait pas été entendu. Les manuels d’histoire disent qu’il a disparu précisément ce jour où il est sauvé par le Nimitz. Enigme… qui va vite être résolue par le chien, dans une scène d’action que je vous laisse découvrir.

Car le film est bien monté, alternant la publicité pour l’aéronavale américaine, l’amour de la technique armée, l’idylle à peine entamée entre la secrétaire du sénateur et le capitaine historien, et les réflexions mâles sur en avoir ou pas. Le tropisme militaire est d’y aller, de descendre les avions jap qui vont détruire Pearl Harbor, entraîner les Etats-Unis dans la guerre et tuer des milliers d’Américains. La raison voudrait ne rien faire, pour ne pas modifier l’histoire – donc les hommes présents sur le porte-avion, qui n’existeraient peut-être pas si les circonstances n’avaient pas fait se rencontrer leurs parents à cause ou après la guerre, et ainsi de suite.

Ce paradoxe de science-fiction est réduit élégamment par le tempérament américain, pratique et religieux.

Quelles que soient les circonstances obéir aux ordres, faire bien son travail, agir là où l’on se trouve. Et c’est au destin d’accomplir l’Histoire. Le pacha, convaincu de pouvoir éviter Pearl Harbor et les horreurs qui s’enchaîneront, envoie ses avions abattre les bombardiers japonais. Mais le Nimitz est rattrapé par la tempête magnétique qui revient comme un signe de Dieu et, à quatre minutes du contact, il doit rappeler ses avions pour ne pas qu’ils restent en 1941. Les chasseurs n’auront pas le temps d’apponter avant l’effet temporel, ce qui est un brin gênant pour la crédibilité de l’histoire, mais l’on peut supposer qu’étant revenus dans l’axe du navire, ils ont été remportés comme lui dans la même faille.

Toujours est-il que tout le monde se retrouve en 1980, plié à la routine, dont une inspection d’amiraux pour savoir pourquoi le Nimitz avait « disparu » durant quelque temps. Et Martin Sheen, que son patron était venu voir décoller en limousine sans se montrer à l’aller, l’attend au retour dans la même limousine. La chute est bien menée et je ne vous en dirai rien, sinon qu’elle ajoute à la qualité de ce film. Ce n’est pas parce qu’il a bénéficié de gros moyens et qu’il a été monté à grand spectacle qu’il n’est pas bon. Nous étions encore en 1980 où l’exigence de création était supérieure aux enjeux d’argent.

DVD Nimitz – retour vers l’enfer (The Final Countdown) de Don Taylor, 1980, avec Kirk Douglas, Martin Sheen, Katharine Ross, James Farentino, édition Sidonis Calysta 2016, €16.99

Catégories : Cinéma, Etats-Unis | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,