Articles tagués : années 70

Vacances bretonnes

Autour de la Bretagne il y a la mer, le plaisir des enfants. A l’intérieur de la Bretagne il y a les dolmens, les alignements de menhirs, les enclos paroissiaux, les églises de granit, le plaisir des adultes cultivés. Dans le verre et l’assiette, il y a le cidre, le petit vin blanc, le chouchen, et tous les produits de la terre et de la mer, galettes, légumes, fruits, cochon, poissons, fruits de mer, le plaisir des adultes moins cultivés. Il y a eu tout cela dans mon enfance, le camping à Cancale, son air salé, son humidité le soir, le goût persistant de l’iode des huîtres. Les statues de granit rude, les menhirs usés, les curieux dolmens.

Plus tard, à l’adolescence, il y a eu la voile. Moins le sport de glisse sur les vagues (encore que…) surtout la découverte du milieu marin. La vie en harmonie avec la mer, son souffle puissant, ses colères, ses courants. Rien de tel pour cela qu’une île – déserte, cela va de soi !

J’avais vingt ans et je découvrais les Glénans avec des copains du lycée. Mais pas l’archipel qui porte le nom de Glénan, situé en Bretagne sud au large de Concarneau, non, l’école de voile, le Centre nautique des Glénans. Mon premier stage a été loin de l’archipel originel, en Bretagne nord, au large de Paimpol et tout près de Bréhat : sur l’île Verte.

Le marin la reconnaît de loin en ce qu’elle dresse fièrement à son sommet l’unique pin maritime. Elle est petite, sans eau courante ni plage véritable, juste une cale de galets pour aborder en barque. Les voiliers restent au mouillage au sud de l’île, protégés des vents dominants.

J’ai eu l’occasion, par la suite, d’aborder d’autres lieux marins, au sud, au large, en Méditerranée, dans les Caraïbes, dans le Pacifique, et même en mer de Chine. Mais la première expérience bretonne marque à jamais.

Le vent faisait mugir les bouées hurlantes au large lorsque la houle se levait. Il balayait l’île et faisait trembler les parois de la tente qui nous abritait. Le déferlement régulier des vagues sur les rocs déchiquetés était un constant rappel de l’obstination de la nature. A l’inverse, les jours de bonace, au soleil irradiant, il faisait vite très chaud, incitant à quitter pantalon et chemise pour aller se baigner, puis lézarder sur les algues visqueuses à la puissante odeur, presque sexuelle, ou dans les herbes où le fenouil sauvage nous transformait en poissons prêts à rôtir.

Me voici moins marin aujourd’hui que l’âge s’est avancé et que les jeunes qui me sont proches ne sont pas tentés. Reste cependant le goût breton que je retrouve avec plaisir, l’iode de l’air, la saveur du poisson, la verdeur vigoureuse des légumes, la subtilité du crabe juste pêché. Pain de seigle et beurre salé étaient les goûts écolos-socialos des années 70 (avec chèvre chaud en salade, poutres apparentes et sabots suédois…). Je me moque aujourd’hui, mais on ne quitte jamais tout à fait son adolescence.

Si je suis attaché à la Bretagne, moi qui ne suis ni Breton ni habitant d’Armorique, ce sont à ces années d’initiation à la mer que je le dois. Moins brutales que la Méditerranée sel et soleil des congés d’enfance, mais plus durables car plus profondes.

Que ces quelques vues de l’île Verte en 1976, à Pâques, prises par moi-même © en noir-et-blanc de rigueur, puissent vous faire souvenir, si vous avez connu. Ou vous faire rêver si ce ne fut pas le cas.

Catégories : Bretagne, Mer et marins, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic

Article repris sur Medium4You.

Paru dans la « Collection privée » qui comprend aussi des titres sur Liz Taylor, Jean-Paul Belmondo ou Anne Sinclair, cet ouvrage sur Steve Jobs est plus un dossier de presse qu’un véritable « livre ». Ni biographie (compilée et résumée à grand renfort de Wikipedia), ni essai sur un personnage, il se contente de six fiches techniques juxtaposées qu’il intitule « parties » : la jeunesse, l’âge mûr, Apple, revue de presse, hommages et phrases cultes.

L’auteur Stéphane Ribes, journaliste à ‘Opera Mundi’ semble plus familier de Mickey et de Picsou que de culture classique. En témoignent ses erreurs grossières dès qu’il se met en scène. Ainsi, page 10, dit-il évoquer avec Steve Jobs « l’atelier Daumier » place de Fürstenberg à Paris ! Las, il s’agit de Delacroix… Quant à Daumier, il n’est pas le spécialiste « des petits rats de l’Opéra » mais a caricaturé les bals de l’Opéra, où n’allaient que des adultes. Ce serait plutôt Degas le dessinateur des jeunes danseuses. Même chose page 46 : les Tuileries recèlent l’Orangerie, pas « l’Orangeraie » ! La différence est que la première sert à ranger les arbres en hiver, tandis que la seconde est le verger où ils sont plantés à demeure. Ces bourdes sont dommageables à sa crédibilité de journaliste : peut-on croire que Steve Jobs l’ait apprécié pour explorer Paris ?

Il reste qu’une fois zappé cet avant-propos narcissique et approximatif, l’ensemble se lit facilement. Quiconque est intéressé par le mythique fondateur de la plus inventive marque d’ordinateurs et de gadgets communicants lira (après la page 15) les 240 pages qui restent avec bonheur (imprimées gros) : elles ne prennent pas la tête. Les phrases sont courtes, en français moyen, ponctuées d’anecdotes. Le lecteur va de découvertes en découvertes.

Saviez-vous que Steve n’aurait jamais dû s’appeler Jobs mais Jandali ? Sa mère était en effet amoureuse d’un Syrien musulman, Abdelfattah, que son père catholique a refusé. Le bébé Steve a donc été adopté par les Jobs. Mieux que l’hérédité, ses parents nourriciers lui donnent le goût du travail manuel et des maths. Ils le laissent assez libre, ce qui fait du gamin un rebelle à l’autorité scolaire mais un surdoué débrouillard. En Californie, dans les années 1970, tout est possible. Steve Jobs a 15 ans et découvre la marijuana, Bob Dylan, l’agriculture bio, l’électronique avec Larry Lang, ingénieur de Hewlett-Packard et voisin, enfin Stephen Wozniak, de cinq ans plus âgé que lui mais plus timide et moins imaginatif. Lorsqu’il a 17 ans, Steve vit presque nu dans les dunes avec une copine, Chris-Ann de qui il aura une fille, Lisa. Il ne la reconnaîtra que des années après, reproduisant son propre abandon… S’il entre à l’université, il n’y reste que six mois, le temps de découvrir la calligraphie (qui l’aidera au design graphique des Mac) et les spiritualités orientales. Il part en Inde à 19 ans après avoir bossé pour se payer le voyage. Il y découvre que l’intuition compte autant que la pensée rationnelle et que l’esprit doit osciller entre ces deux pôles.

Sa première voiture achetée avec ses gains à 16 ans, une Nash Metropolitan…

Lorsqu’il revient, il se met au zen et au cri primal avant de réintégrer Atari. C’est à ce moment qu’il crée avec Stephen Wozniak le premier Apple 1 dans le garage des parents Jobs (1976). La suite est connue : Apple II 1979, VisiCalc (premier tableur) 1979, Mac 1984, AppleTalk (premier réseau) 1985, QuickTime 1991, PowerMac 1994, MacOS 1997, iMac 1998, iBook 1999, iTunes 2001, iPod 2001, iPhoto 2002, Apple Store 2004, iPhone 2007, iPad 2010… Et l’aventure n’est pas finie car le choc de la contre-culture et du business fait surgir des gourous qui produisent des objets-culte : la pointe de la mode !

Sauf que les gourous sont narcissiques, paranoïaques et invivables. Steve Jobs était « séduisant et odieux » (p.64), « colérique, autoritaire et impatient » (p.78). Il exigeait des gens la perfection, partageant le monde entre les héros et les nuls. Immature et arrogant, il n’avait « aucune empathie ». Ce pourquoi il « pense différent » (slogan qu’il adoptera pour Apple). Il émettait « un champ de distorsion de la réalité » qui faisait croire n’importe quoi à n’importe qui, et réalisait donc l’impossible – ou presque. Quand il s’est agit de se faire opérer du cancer au pancréas qui va l’emporter à 56 ans en octobre 2011, il diffère de 9 mois… cruciaux – pour essayer la macrobiotique.

Il rompra avec Bill Gates avant de renouer pour « penser positif », il se fera virer d’Apple à 30 ans, il créera aussitôt NeXT qui développe surtout un système d’exploitation propriétaire (qu’Apple rachètera en 1997), puis investira dans une société de graphisme par ordinateur dont il fera Pixar (vendue à Disney en 2006 après avoir produit Toy Story et préparé Ratatouille). Dans le même temps, il aura une liaison avec Joan Baez, de 17 ans plus âgée, fera rechercher sa mère biologique, découvrira sa sœur Mona, reconnaîtra sa fille Lisa, puis épousera à 34 ans Laurene, de 9 ans plus jeune, qui lui donnera un garçon et deux filles. Il dira d’eux que ce sont ses meilleures créations… Plus que la fortune de 7 milliards de dollars accumulée. Quelle vie au galop !

Stéphane Ribes, Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic, juin 2012, édition Exclusif, 255 pages, €19 

Catégories : Livres, Science | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,