Articles tagués : di caprio

Once upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino

Une histoire d’amour d’un cinéaste pour le cinéma yankee qui ne chavirera que les fans. Car l’histoire est inexistante, un vague fil sur la fin menant à une distopie – une bifurcation de la réalité historique. C’est long (2h35 !) et ennuyeux jusqu’au premier tiers, amusant par le jeu d’acteur de Brad Pitt (bien meilleur à 52 ans que Leonardo di Caprio, déjà décati à 44 ans). Le film ne mobilise l’attention que lorsqu’il y a de l’action, c’est-à-dire seulement vers son milieu. Il n’y a auparavant qu’une célébration du vieux cinéma des bons contre les méchants, une dérision de Bruce Lee (Mike Moo) et de Sharon Tate (Margot Robbie), le premier couinant avant de faire des mouvements d’art martiaux pas très efficaces, la seconde souriant niaisement à se voir sur écran, les pieds (sales) sur le dos du fauteuil. Heureusement, la bande son pop et rock des sixties évite l’ennui.

Rick Dalton (Leonardo di Caprio) est un acteur de séries western des années cinquante, Le Chasseur de primes et Lancer, puis FBI des années soixante, Sur la piste du crime. Il fonctionne en duo depuis neuf ans avec son cascadeur attitré, dont on dit qu’il lui ressemble assez, Cliff Booth (Brad Pitt). Ce dernier fait la part la plus rude du boulot et le premier en retire la gloire et le fric. Mais cela convient au tempérament un brin rentre dedans de Cliff qui, dit-on, aurait tué sa femme, une pétasse agaçante entrevue en une scène sur la mer. Cliff vit sur la bête Rick, conduit la Cadillac DeVille 1966, répare la villa de Cielo Drive sur les hauteurs de Los Angeles, voisine de celle du couple Roman Polanski et Sharon Tate. Ces derniers deviennent peu à peu célèbres tandis que Rick décline.

Nous sommes en 1969 et le cinéma s’industrialise tandis que l’âge d’or de la télé est passé. Le mouvement hippie, né contre la guerre au Vietnam, bat son plein. Les filles du Flower Power sont jeunes, fraîches, habillées au minimum mais sales. Elles affectionnent de marcher pieds nus ou en sandales, manière gourou de sentir la terre par leur corps ; elles baisent dès le plus jeune âge avec la bite qui leur plaît et vivent en bandes matriarcales, usant des mecs comme de gardiens et de sex-toys. Elles préfigurent le féminisme, nonobstant leur ignorance crasse et leur anarchie où seuls leurs désirs sont des ordres.

Dans le film de Tarentino, un certain Charles Manson a vu tout le parti qu’il pouvait tirer de ce genre de harem et il squatte un ancien ranch qui a servi à tourner les feuilletons western des années cinquante. Cliff, qui prend en stop dans la Cadillac crème Pussycat (Margaret Qualley, 24 ans au tournage), une fille de moins de 16 ans à demi nue et aux pieds sales. Le jeune animal lui propose une fellation que, contrairement à Polanski adepte des jeunes filles de 13 ans, il refusera. Il va jusqu’au ranch Spahn pour et elle le présente aux femmes. Il veut revoir George (Bruce Dern), avec qui il a tourné huit ans auparavant mais celui-ci est vieux, aveugle et jalousement gardé sous clé par la horde femelle qui l’exploite en squattant les lieux et le paye en chevauchées sexuelles torrides qui le laissent à plat. Ce qui est amusant est que tout ce petit monde de tarés camés de la Manson family est accro au petit écran bleu de la télé noir et blanc. Il se gave de meurtres, de crapules et de justiciers de l’Ouest, ce qui ne va pas sans endommager les cervelles amoindries à l’acide. Une clope trempée dans le LSD ne vaut que 50 cts, un demi dollar de 1969, autrement dit quasiment rien.

C’est l’arrivée de Cliff dans le squat, son insistance à voir George, sa conviction que tout ne tourne pas rond et son altercation avec un torse nu idiot (James Landry Hébert) qui lui crève un pneu qui va déclencher la machine. Cliff rosse le bête et méchant et l’oblige à changer la roue devant les yeux de la horde femelle qui caquette peace and love. Mais il s’attire la haine de ces paranoïaques abrutis par la drogue et qui se montent la tête entre eux. Charles Manson le gourou a décrété qu’Hollywood devait payer. Les studios n’ont pas reconnu sa musique, ne l’ont pas embauché, il veut se venger. Il jette alors trois de la horde, Tex, Patricia et Susan, sur la villa de celui qui l’a évincé, Terry Meicher, occupée désormais par Polanski et Tate. Mais la présence de Cliff dans la villa d’à côté, qui vient d’enterrer la vie de garçon de Rick avec force cocktails et LSD, les détourne de leur projet initial…

Au fond, seul le cascadeur est réel dans le métier du cinéma, car il doit se colleter avec la réalité des scènes. Les acteurs ne sont que jeux de rôle, répétés à satiété, se gonflant devant le miroir pour se faire méchant ou glamour. Les actrices ne sont que des icônes dont le cul masque le godiche des scènes. Jeu de miroir, images démultipliées sur écran, affiche, télé, bus, le métier d’acteur rend schizophrène – sauf le cascadeur. Rien d’étonnant à ce que la famille Manson se soit reconnue en négatif dans ce virtuel hollywoodien.

DVD Once upon a time in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019, avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt,  Margot Robbie,  Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant,  Julia Butters,  Austin Butler,  Dakota Fanning, Bruce Dern, Sony Pictures 2019, 2h35, standard €19.99 blu-ray €27.09

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Django unchained de Quentin Tarantino

Django est un esclave déchainé (Jamie Foxx). D’où la fascination et la répulsion qu’engendre le film. Il est fort bien construit avec scènes fortes, second degré et explosions hollywoodiennes. Mais le sadisme affiché de la violence esclavagiste, la jouissance de se venger de façon atroce et l’inversion des valeurs humanistes produit un net malaise.

Django est un Noir esclave, vendu pour rébellion après avoir été abondamment fouetté pour s’être enfui, deux ans avant la guerre de Sécession. Il est convoyé en tunique, enchaîné avec d’autres, comme les bourgeois de Calais soumis par l’envahisseur anglais dans notre culture. Dans la forêt profonde arrive une carriole surmontée d’une quenotte branlante, la voiture d’un dentiste itinérant. Son conducteur, un Allemand américain qui se présente comme le docteur Schultz (Christoph Waltz) propose dans un vocabulaire fleuri et un brin précieux de racheter l’un des nègres de la caravane aux deux soudards qui les conduisent. Mais ceux-ci n’en ont cure ; ils sont donc descendus aussi sec et les nègres libérés. Django est donc en premier lieu désenchaîné.

Le dentiste est un chasseur de primes incognito et il propose à Django de lui donner sa liberté s’il reconnait pour lui, car il ne les a jamais vus, trois frères condamnés pour meurtre recherchés par la justice et pour lesquels une grosse prime est promise. Commence alors une association entre l’Allemand et le Nègre (la carpe et le lapin dans l’imaginaire) qui fait le sel du film. La chasse est palpitante, les fusils précis et les maximes définitives.

Sauf que l’humaniste germain qui croit en l’égalité des hommes et délivre les esclaves n’a aucun scrupule humaniste à descendre un père, certes meurtrier et condamné, mais sous les yeux de son fils encore enfant. Son acolyte ne manque pas de lui faire remarquer. Mais l’existence est une struggle for life darwinienne et les Etats-Unis ne se sont construits que sur le droit du plus fort. L’esclave est donc requis d’imiter le maître : il singera son adresse au tir, ses décisions sans pitié, son bagout pour circonvenir les niais. Mais ce n’est pas se libérer, le chameau ne fait que se transformer en lion selon la métaphore de Nietzsche. Il ne devient pas « enfant », c’est-à-dire entière liberté, épanouissement personnel. En témoigne son déguisement en Gainsborough 1770 et son ultime costume de mac qu’il trouve à son goût. Tout frimeur montre sa faiblesse au regard des autres en affichant sa prétention.

Une fois l’hiver de chasse passé et fortune faite pour les deux, Django désire retrouver sa jeune femme esclave Broomhilda dont il a été séparé de force (Kerry Washington). Le prénom est allemand, le Brunhilde de la Chanson des Nibelungen, et Schultz est séduit. Même fouettée et violée, utilisée par tous ceux qui le peuvent, elle reste le grand amour de Django, mythe américain puissant mais un brin naïf, comme quoi l’univers Disney n’est jamais loin des gros machos à Colt. C’est ce qui fait la faiblesse du scénario : si une vie nouvelle commence, pourquoi renouer avec les vieilleries ?

Les oripeaux du passé vont d’ailleurs détruire l’alliance miraculée entre le pseudo-docteur Schultz et l’ex-esclave Django. Le premier va élaborer un scénario alambiqué et à mon avis complètement tordu pour racheter la belle sans en avoir l’air (pourquoi, justement, ne pas en avoir l’air ?). Le planteur Calvin J. Candie (Leonardo DiCaprio) dans sa plantation du Mississippi, la quatrième par ordre d’importance de l’Etat, est riche et n’a cure de faire affaires avec ceux qu’il ne connait pas. Comme il est amateur de lutte mandingue, Schultz l’appâte avec une offre d’achat d’un lutteur. Mais ledit Calvin, au prénom de célèbre prédicateur protestant et au nom de sucre d’orge, n’est pas intéressé. Il fait combattre les lutteurs pour son plaisir de voir du muscle souffrir et le vaincu est tué d’un coup de marteau par le vainqueur : telle est la loi de nature.

C’est alors que le docteur fait exprès une offre extravagante, la tactique même du « pied dans la porte » des manuels de marketing. C’est que l’Amérique reste l’Amérique et que seul le « deal » est digne des relations sociales et est propice, croit-on, à faire avancer les choses. Offrir 12 000 $ pour un nègre qui en vaut en gros 500 est à considérer. « Messieurs, vous aviez ma curiosité, maintenant vous avez mon attention », dit le cabot. Car le Caprio est cabotin comme jamais, soucieux de se démarquer une fois de plus de son rôle d’éphèbe romantique dans Titanic, il ne cesse d’accumuler les personnages de Tycoon machos et cruels ; il en rajoute, il en fait trop, il est immonde. Ce qui fait la faiblesse du casting.

Le maître blanc est flanqué d’un intendant noir obséquieux et gluant comme on en fait peu (Samuel L. Jackson). Il se veut plus blanc que blanc, plus conventionnel que les conventions, gardien scrupuleux des règles et punisseur sans pitié. Il a fait enfermer Broomhilda entièrement nue dans « l’étouffoir », un coffre de métal laissé en plein soleil. Il ne comprend pas que son maître lui demande de la délivrer pour que son hôte puisse parler allemand avec elle, langue qu’elle a apprise d’une précédente maitresse. Il ne comprend pas non plus qu’un nègre puisse monter un cheval et il surnomme Django « nègre en selle ». Il n’aura de cesse que de soupçonner un complot contre l’ordre social dans lequel il a su se couler (et il n’aura pas tort). Ce personnage est original et amusant, caricature mais de qualité du larbin inamovible, de l’esclave-né. Il hait Django et en même temps le délivre, espérant en la liberté par procuration, lorsque celui-ci se retrouvera nu pendu par les pieds et menacé de se voir couper les couilles.

Je ne vous conte pas la fin, ce serait déflorer l’action, mais fusillades et explosion font partie du programme (sauf que la dynamite n’a été inventée qu’en 1866, soit 16 ans après l’histoire). La liberté dans un grand feu d’artifice, cela fait barnum, effet tout à fait adapté au QI étriqué des partisans de Trump qui pointaient déjà sous Obama (un « nègre » à la Maison Blanche, vous n’y pensez pas !).

Tarentino, dans sa haine de mode pour tout ce qui a construit le monde d’aujourd’hui inverse les valeurs. Les Blancs se croyaient supérieurs aux Noirs ? Un Noir leur prouve qu’ils sont plus cons. Candie avait nommé l’un de ses lutteurs d’Artagnan avant de le jeter aux chiens mais, lorsque le docteur Schultz lui demande s’il apprécie Alexandre Dumas, l’auteur des Trois mousquetaires paru sept ans auparavant dont d’Artagnan est le personnage principal, il répond qu’il le prise fort. Or, répond Schultz, Dumas est issu d’une grand-mère esclave noire aux Antilles… Le Blanc étale sa culture mais ne la possède pas. Il croit se fonder sur la science, la phrénologie ou étude des crânes, comme il était de bon ton à l’époque, pour « prouver » que les trois petits bourrelets à l’arrière du crâne d’un Noir sont plus petits que ceux d’un Blanc.

Tarantino a hésité entre film spaghetti, drôle et décalé, et message humaniste. La violence gratuite très commerciale, censurée pour les versions télé en prime time, a tout gâché. Si elle permet de ne pas masquer le réel, c’est-à-dire l’exploitation cruelle d’êtres considérés comme sous-humains, elle alimente chez le spectateur un voyeurisme morbide qui va alimenter chez certains la pulsion d’imiter. Ce n’est pas le meilleur du cinéma américain qu’il soit poussé vers de plus en plus d’outrance pour faire du fric.

DVD Django unchained, Quentin Tarantino, 2012, avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Sony Pictures 2013, 2h39, standard €1.79 blu-ray €12.20

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,