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Gens insolites à Paris

A qui sait voir, Paris offre une belle brochette d’insolite. Comme cette femme seins nus au soleil, tranquillement à sa fenêtre.

femme seins nus a sa fenetre paris

Ou ce jeune travailleur qui attend la livraison torse nu.

torse nu paris

Quand en février il fait au-dehors 7°, l’ado parisien promène son chien en profond décolleté. L’air sec travaille les hormones, et ce sex-appeal lui rend facile les contacts au jardin. Une femme l’aborde pour lui parler du chien (beau prétexte), un homme un peu plus tard lui pose une question, manifestement pour l’approcher de près.

ado parisien par 7°

Mais l’apparence se cultive dès l’enfance. Il n’est pas rare de voir déambuler les petits gars en keikogi de judo sur le chemin du dojo…

petit judoka Paris place st sulpice

… ou de très jeunes indiennes en jupe rose et coiffure à plumes pour, on le devine, un goûté déguisé avec copines.

petite indienne paris

L’été tout récent incite à dépenser l’énergie accumulée, comme ce hip-hop acrobatique d’un tout juste ado qui exhibe ses abdos de béton sur les colonnes de Buren.

gamin hip hop colonnes de buren paris

D’autres minets sont perchés, regardant de haut les alentours.

minet rue de la harpe paris

De très haut parfois…

nettoyer les fenêtres paris

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Dictionnaire amoureux des chats

De « Abyssin » à « Zen », Frédéric Vitoux nous offre 141 entrées sur les « tigres d’appartement » et autres félins domestiques. Il n’existe point de chats pitres, d’où la forme en dictionnaire. Il est dédié aux 5 ou 6 chattes lybiques qui, il y a 10 000 ans, se sont domestiquées pour engendrer les quelques 11 millions de chats français.

Attention ! l’amour des chats ne va pas jusqu’à l’encyclopédie ; il s’agit plus d’un vagabondage amoureux que d’un traité de A à Z. Mais l’on y trouve le chat du Cheshire et surtout ce qui reste de son sourire ; Bébert, chat de Céline, auquel l’auteur a consacré un livre, après sa thèse ; Belzébuth, le chat Fracasse ; le Chat Noir, enseigne du Cabaret du même nom dans le Montmartre 1900, dessiné par Adolphe Willette ; le chat sceptique de l’Annonciation de Lorenzo Lotto ; le temple aux chats de la déesse Bastet à Bubastis ; jusqu’aux « camarades chats » du musée de l’Hermitage à Léningrad, bouffés lors du siège de 1941-44, qui avaient été établis ès droits et qualités par décret de SM Elisabeth Première et importés à grands frais de Kazan – maintenus dans les lieux par Lénine pour défendre les œuvres des méfaits sournois des souris contre-révolutionnaires.

On y trouve de tout dans ce bric-à-brac pour chats. Y compris d’ailleurs des digressions innombrables qui ont empêché l’auteur de faire court et des raccourcis de la conversation familière comme cet étonnant « c’est eux qui… » (p.598) peu digne d’une signature « de l’Académie Française » ! Mais, comme dit l’auteur si volontiers, passons.

Le chat est un personnage à part entière, à la voix de clarinette selon Prokofiev. Une enquête de 2005 montre qu’un quart des ménages français héberge un chat et qu’ils sont 1,6 par foyer, à 23% trouvés, le reste donné ou acheté. On disait du chat qu’il était le croisement d’un singe et d’une lionne qui s’ennuyaient durant le Déluge (p.144). On l’a divinisé en Égypte sous ses traits femelles d’une fille du Soleil, symbolisant le foyer, la maternité et l’énergie charnelle. Souvent les peintres l’ont représenté dans un coin du tableau (p.137), en clin d’œil pas dupe qui s’amuse du sérieux humain, en démolisseur des illusions sociales, rappelant que l’instant est le seul absolu. Hédoniste, libertaire, goinfre, sensuel, territorial, le chat ancre dans la réalité et dans le maintenant. Cattus en latin, ailouros en grec, il est appelé myeou en vieil-égyptien, ce qui n’est pas mal trouvé.

Peintres, musiciens, cinéastes, photographes, auteurs de bandes dessinées ou de dessins animés, publicitaires, ont usé et abusé du chat. Qui ne se souvient de Félix le chat, de Grosminet, de Tom (& Jerry), jusqu’au Chat (tout court) et au chat du rabbin de Sfar ?

Mais ce sont les écrivains qui vivent le plus souvent une histoire d’amour avec leurs chats. Peut-être parce qu’ils sont rêveurs et silencieux comme lui, présence amicale, chaude et sensuelle ? Innombrables sont les écrivains cités, ils n’ont pas tous leur entrée pleine et entière mais sont évoqués de-ci delà, en passant : Arland, Aymé, Balzac, Banville, Bauchemin, Baudelaire, Buffon, Carroll, Céline, Champfleury, Chandler, Chateaubriand, Claudel, Colette, Dickens, Eliot, Fabre, Faulkner, Gautier, Giono, Hemingway, Hérodote, Highsmith, Hoffmann, Hue, Hugo, Kipling, La Fontaine, Léotaud, Lovecraft, Maillart, Mallarmé, Malraux, Maupassant, Michelet, Moncrif, Montaigne, Morand, Perrault, Poe, Shikibu (Dit du Genji), Van Vechten, Vialatte, Wells. Et l’auteur en oublie…

Il est rappelé que « la couleur noire nuit beaucoup au chat dans les esprits vulgaires » (Moncrif) et qu’en 1773 encore, on brûlait 13 chats à la saint Jean sur la grand place de Metz. Louis XIII enfant avait obtenu leur grâce auprès de son père lorsque cela fut fait pour la dernière fois à Paris. On croyait que les yeux des chats noirs étaient des braises de l’enfer et que les minets étaient les émissaires du Diable, accompagnant les sorcières au sabbat, la nuit venue, pour toutes les orgies de chair jeune fantasmées. La « chatte » , de même que de l’autre bord « les minets », restent des symboles sexuels bien connus que les peintres se font un malin plaisir à rappeler… Certains l’aiment chaud, en témoigne une recette gastronomique du 16ème siècle pour accompagner ces charmantes bêtes dont la chair a la consistance du lapin, rôti à l’ail et à l’huile (p.132).

Évoquons, par contraste, la vie de Micetto, chat de Pape né au Vatican et qui finit ses jours heureux sur les genoux de Chateaubriand. De même Oscar, le chat qui accompagne les mourants dans un hôpital américain contemporain. Le premier chat timbré apparaît à la poste espagnole en 1927. La meilleure histoire belge sur les chats est authentique : un orgue d’où dépassaient les queues de chats aux voix de diverses octaves, pour célébrer Charles Quint. Le proverbe chinois le plus judicieux : « il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout quand il n’y est pas » (les adeptes du libéralisme vaudou, qui aiment à inventer leur poupée « capitaliste » pour mieux la piquer sans craindre de représailles, devraient s’en inspirer).

Cocteau disait fort justement : « Si je préfère les chats aux chiens, c’est parce qu’il n’y a pas de chat policier. » Et pour rester dans le registre démocratique, citons ce mot de Churchill : « Les chiens vous regardent tous avec vénération. Les chats vous toisent tous avec dédain. Il n’y a que les cochons qui vous considèrent comme leurs égaux. »

Vitoux donne sa définition du chat à la page 489, aux deux tiers de son livre : « Avec son cerveau de 31 grammes et son indice de céphalisation 1/90, il a réussi à mettre l’homme dans sa poche, à s’installer chez lui, à lui voler son oreiller ou son meilleur fauteuil, à se faire servir des repas copieux à des heures régulières, à faire ses griffes sur son canapé et à mettre en charpie ses doubles rideaux, tout en continuant à être le roi de la maison. » Léonard de Vinci, qui est en épigraphe, disait de ces bêtes : « Chaque chat est un chef d’œuvre. » Ceux qui connaissent les chats seront d’accord ; ceux qui ne les connaissent pas ou les craignent (pour d’obscures raisons à psychanalyser) ont tort. Paul Morand : « les chats ne sont énigmatiques que pour ceux qui ignorent le pouvoir expressif du silence. »

Il y a même, en honneur d’un défunt blog, une Fugue pour chat en sol mineur de Scarlatti !

Frédéric Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats , Fayard 2008, 721 pages

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Jean-Marie Bouissou, Quand les sumos apprennent à danser

Ce titre poétique, un peu irrévérencieux, marque la fin du « modèle » japonais à la fin des années 1990. Normalien chercheur au CERI (Centre d’études des relations internationales de Science Po), l’auteur a passé des années au Japon, dans la ville maritime excentrée de Fukuoka. Il a étudié en ethnologue politique comment fonctionne le Japon. Il note la profonde mutation qui vient d’un pays resté îlien et xénophobe mais qui a réussi à émerger parmi les premiers depuis la Seconde guerre mondiale. Le Japon des « fourmis », cher à une ex-Premier ministre imbue de sa bonne conscience de gauche et qui aurait mieux fait de la fermer, devient postmoderne. Comme toutes les sociétés, il change sous les coups de boutoir de la technique et de la mondialisation. Que va-t-il devenir ? Telle est la question, que l’auteur élude dans un dernier chapitre assez bavard, concluant sagement qu’après tout c’est au Japonais d’en décider et qu’il a en lui toutes les ressources nécessaires.

Quel était ce « modèle » japonais de 1945 à 2000 ? Pour Bouissou, il s’agit d’un État mosaïque avec guidage administratif d’une société corsetée. Le Japon est hiérarchique, mais autoritaire mou. Le fascisme des samouraïs dévoyés l’a si profondément marqué qu’il en est devenu allergique à tout militaire et à la guerre même. L’État-mosaïque est composé d’une administration divisée en baronnies et d’une partitocratie éclatée qui sait se renouveler. Les deux fonctionnent ensemble, le pantouflage et le vote des crédits s’épaulant mutuellement. La société est reconnaissante au pouvoir central administratif-politique d’assurer la stabilité du pays. Les entreprises sont reconnaissantes à l’administration de canaliser le prurit législatif en faveur du développement national, tandis que ladite administration « guide » les patrons pour qu’ils restent dans des normes socialement acceptables. La société enfin, n’est pas « un sac de pommes de terre » comme le décrivait Marx du peuple sous Napoléon III. La société est corsetée de clans et de devoirs sociaux (giri), de voisinage où les citoyens sont mobilisés pour assurer le patronage des écoliers, la surveillance des ados buissonniers, la propreté des rues et les comportements déviants, mais aussi l’organisation des fêtes (matsuri) et des grands événements collectifs.

Le krach immobilier japonais de 1990 va se diffuser aux banques et à l’économie tout comme celui de 2007 aux États-Unis. Il montre que le « triangle d’airain » du système emboîté administration-partis-entreprises dysfonctionne et n’est pas capable de se régénérer tout seul. Le Japon n’est en effet toujours pas sorti de cette crise, vingt ans plus tard ! Les banques ont toujours une masse de dettes irrécupérables, soigneusement cachées par volonté politique. En contrepartie, le modèle a assuré aux citoyens un matelas d’emplois et aux entreprises des faillites douces. Ce qui est critiquable en économie pure, ou en science politique seule, est assez admirable lorsqu’on regarde ensemble le triangle. Chaque montant soutient l’autre et le pays ne s’en sort pas trop mal sur la durée.

Sauf que ce carcan confortable empêche les dirigeants de penser nouveau. La montée du Japon dans l’économie mondiale, l’émergence à ses portes de l’immense Chine, la crise immobilière, la « nouvelle » économie des techniques d’information et de communication sont des contraintes subies, absolument pas prévues ni pensées pour s’y adapter. A la fin des années 1990, les ordinateurs étaient rares et la paperasse l’emportait encore dans les administrations ! Les fonctionnaires étaient surtout juristes, obsédés par l’équilibre budgétaire ; ils ont cassé net la reprise par un tour de vis fiscal en 1998. « Le mécanisme de décision triangulaire est totalement inapproprié pour conduire les changements exigés par la mondialisation », écrit l’auteur p.281.

« Il manque aux réformateurs une force capable d’arbitrer entre leurs intérêts et de coordonner leur action, au besoin par la contrainte, comme l’administration au zénith de sa puissance a su le faire pendant le grand effort de reconstruction d’après la défaite » (p.297). Les Premiers ministres populaires Tanaka et Koisumi ne le sont pas restés longtemps, corsetés et contrecarrés par les pouvoirs des baronnies. C’est à la base que vient le changement, note Bouissou. Les coopératives autogérées sont très actives en écologie et dans le mouvement pacifiste. Les nouveaux gouverneurs locaux (élus au suffrage universel) sont plus originaux que les caciques de parti nationaux et les régions résistent parfois au centre. Les volontaires peuvent changer une élection et l’élan de la société lors du séisme de Kobe en fait une force nouvelle qui compte. Les initiatives technologiques locales comme la reconversion des aciéries de Kitakyûshû en mégapole de services à haute valeur ajoutée est un exemple.

Le handicap des Japonais est leur très forte dépendance (amae) au collectif. Si la modernité attise l’individualisme, tant pour la créativité que pour l’hédonisme, la société japonaise est un cocon qui y prépare mal. A niveau de stress équivalent, le japonais est plus sensible que l’Américain ou l’Européen et le taux des suicides en témoignent. Ce que l’auteur appelle « la protection psychologique indirecte généralisée » intègre une nation traumatisée par la guerre et l’atome, mais préserve de l’adaptation nécessaire à la modernité du monde. Les QCM, l’uniforme scolaire, la pression sociale des codes de conduite, la culture nationale télévisuelle, rendaient l’existence facile, égalitaire et guidée tout au long de la vie. C’était sécurisant. La crise persistante a fissuré tout cela.

La société fait éclater ses gaines : référendums locaux, résurgence du parti communiste, iconoclastes élus gouverneurs, procès des hémophiles contaminés, des lépreux discriminés, des petits actionnaires ruinés se multiplient. Ils attaquent la façade lisse et la révérence à l’autorité des maîtres, patrons et autres experts (sensei). La protestation va même jusqu’aux gaz de combats avec la secte Aum ! Mais la plupart des Japonais sont plutôt dans l’évitement individuel. Ils ne se comportent plus tout à fait selon les codes, voire deviennent provocants comme ces lolitas de 13 ans qui jouent aux putes ou ces minets mignons qui se maquillent  et se dépoitraillent contre le code machiste austère du salaryman en costume bleu cravate. Les conduites de fuite se multiplient, des otaku enfermés dans le virtuel aux émigrés vers l’ailleurs, les citoyens s’abstiennent aux élections, quittent leur entreprise pour devenir freelance, font moins d’enfants…

Il n’y a ni changement brutal du système de valeurs comme chez nous en 1968, ni révolution dans la rue comme en Tunisie ou en Égypte, mais plutôt de petits arts du bonheur, des choix rationnels de l’individu et des comportements de fuite. L’explosion du moi se lit dans la littérature avec Haruki Murakami et les mangas.

Au total, voilà un ouvrage qui vous en apprend beaucoup sur cette société asiatique originale, aussi moderne que la nôtre et ancrée dans une culture trimillénaire. Il actualise et complète les Ruth Benedict, Takeo Doi, Muriel Jolivet, Gavan McCormcak et autre Philippe Pons. Pour tous les amoureux du Japon, tous les curieux du monde qui va et tous ceux qui veulent observer comment une société développée non-occidentale se confronte aux même problèmes que nous.

Jean-Marie Bouissou, Quand les sumos apprennent à danser – la fin du modèle japonais, 2003, Fayard, 635 pages avec index et bibliographie, €22.80

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