Articles tagués : monterosso

Monterosso

Une arche pour tenir les murs surplombe la rue qui aboutit sur le port.

monterosso sentier

Les plages aménagées sont plantées de parasols et de transats, bordées de bars vitrés ; des gosses plongent et se roulent sur le sable. On peut louer pédalos, kayaks et stand up paddle à la mode.

monterosso gosse de plage

Des silhouettes se profilent, délicates, debout sur la planche en train de pagayer, tels des pêcheurs de rivière Li. Toutes les filles veulent avaler un café, comme après chaque pique-nique, je prends une bière en plus.

monterosso planche et kayak

Monterosso a été envahie de boue le 25 octobre 2011, après des pluies diluviennes qui ont raviné la falaise et emporté des pans entiers de sentiers et de maisons. Des photos affichées sur les murs commémorent l’événement et arborent des sites Internet pour récolter des dons. Il y avait de l’eau boueuse jusque dans les églises, sur une hauteur de près d’un mètre.

monterosso boue 2011 eglise

Nous visitons l’église San Giovanni Batisto, du 13ème en gothique génois, à la façade blanche et verte de marbre et serpentine, à la rosace caractéristique. Ses piliers intérieurs sont cannelés de même en vert et blanc. L’ensemble des bancs et chaises avait été renversés par la crue, des photos dans l’église en témoignent à l’envi.

monterosso confrerie mortis et orationis

En face, la Confrérie Mortis et Orationis arbore sa tête de mort et ses tibias entrecroisés au-dessus de la porte. Ce n’est pas un repaire de pirates mais une association pieuse qui se charge d’enterrer les défunts trop pauvres. L’intérieur est de même tout entier consacré à la mort, dans un style baroque grinçant dont l’excès ne va pas sans quelque humour. Ce ne sont que squelettes flanqués d’angelots bien en chair, têtes de mort jouxtant têtes d’ange, même le Christ du crucifix est émacié. Comme si le ciel offrait la chair et le muscle irradiant, tandis que la terre décompose jusqu’à l’os. C’est bien la vision chrétienne qui fait de l’au-delà l’espérance de tous les déboires d’ici-bas. Mais à rêver d’autre monde possible, on en oublie d’aménager ce monde-ci.

monterosso confrerie mortis et orationis tete de mort

La troisième église est la Confrérie du Saint-Sacrement avec un beau Christ gisant en bois et les ornements de procession. Un bateau ex-voto pend au-dessus des fidèles, dans la nef. Sur un mur, les instruments de la Passion, marteau, clous, tenailles, lance, perche portant l’éponge, échelle, couronne d’épines – toute la panoplie du parfait petit bourreau romain d’époque. Il y a quelque sadisme à présenter avec autant de complaisance ces instruments de torture, jouissant en imagination de leur usage dans la chair. Mortification ? Horreur du mal ? J’y verrais plutôt une perversion du plaisir, le tourment ajoutant aux délices…

monterosso confrerie st sacrement instruments de la passion

Les rues offrent leurs boutiques commerçantes, souvenirs, œnothèque et boulangerie. Pizza y voisine avec farinata, focacie, farcite, et pâtes en forme d’hosties typiques de la région. Grappa, limoncello, vino, liquori, olio – tous les produits typiques du lieu sont offerts contre cher paiement.

monterosso farinata focacce farcite

La gare est toute rose, sise en bord de mer, accessible par un tunnel. Des gamins se baignent encore dans l’eau bleue tandis que des parents se prélassent en transats payants. D’autres remontent dans les rues, vers chez eux, plus ou moins habillés. Moins on emporte, moins on risque de perdre ; le mieux est de ne garder que le string minimum conseillé.

monterosso fillette

Nous restons assis dans le parc ouvert sur la place face au port, sous la voie surélevée de chemin de fer, près de la statue martiale et outrée de l’inévitable Garibaldi, enveloppés du cri des petits enfants qui jouent pieds nus sur l’aire aménagée pour eux.

monteroosso garibaldi

Départ le lendemain. Je ramène 433 photos, des pages de carnet à compléter, et je retrouve 244 courriels dans ma boite. Le retour est aussi long que l’aller : parti de Deiva Marina à 9h01, je ne suis à Paris qu’à 23h21. Dans le TGV de Milan, une soixantenaire blonde derrière moi n’a cessé de saouler sa copine (et moi avec) de la description minutieuse de ses petits-enfants, les sketches de Noël des petits, parents et enfants tous chez la diététicienne, les gamins sportifs, son pot de retraite et ainsi de suite – sans une pause dans la parole.

Guide Voir Gênes et les Cinq Terres, 2014 Hachette tourisme, €19.95

Randonnées en circuit organisé une semaine dans les Cinque Terre
DVD Footloose in Italy – Cinque Terre and Venice (en anglais)
DVD Tutti in bicicletta – I percorsi più belli – Cinque Terre (+libro-guida) (en italien)

Catégories : Italie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Levanto

Train du matin pour Levanto, tout au nord des Cinque Terre. Nous allons faire un tour jusqu’au casino en bord de plage, avec ses chaises longues vides et ses parasols verts encore fermés attendant le touriste âgé. Une couple de gamins est déjà en train de jouer en slip sur le sable tandis que deux ou trois sont dans l’eau froide ; il n’est pas dix heures du matin.

levanto plage au matin

Les rues à angle droit arborent des façades ocre de divers tons allant du blanc cassé au rouge, de petites places isolées à arcades, des commerces sur les rues passantes. Les Vespas (mot qui veut dire guêpe en italien…) passent en vrombissant, toute frime dehors.

levanto facades

Via Guani, 5, la façade à arcades en serpentine d’une maison médiévale attire notre attention. Le rez-de-chaussée aux trois arcades servait d’atelier, de boutique ou d’entrepôt, tandis que les deux étages étroits contenaient la pièce à vivre puis la chambre.

levanto via guani maison medievale

Après les courses pour midi et la répartition des provisions dans les sacs, nous passons devant le castello datant de 1165, désormais privé et en restauration, qui ne se visite pas. Ce que nous pouvons voir ne date que du 16ème siècle. Résidence du « capitaine du peuple » en 1637, sous la république de Gênes, il est devenu prison jusqu’en 1797, avant d’être maison privée. Des murs crénelés sont flanqués de quatre tours rondes d’angle. On dit qu’un passage secret sous les fondations permet d’atteindre la mer (on dit tant de choses, tant l’imagination a besoin d’y croire pour prendre son essor).

levanto castello

Puis nous visitons l’église San Antonio, du 13ème siècle, à la façade composée de bandes horizontales bichromes en serpentine et marbre. Elle est décorée d’éléments zoomorphes, restes de paganisme disent les chrétiens qui affectent de mépriser la Création.

levanto eglise san antonio

L’intérieur renferme une belle Piéta sculptée, placée dans une niche grillée et bien éclairée et un crucifix en bois du 15ème, relique vénérée pour avoir été trouvée sur la plage ouest. L’endroit est, depuis, appelé Vallesanta (vallée sainte). Peintures et statues donnent leur touche baroque au catholicisme du lieu. Bâtie en 1222, l’église a son autel en marbre consacré en 1463 ; elle a été restaurée au début du 20ème siècle.

levanto eglise san antonio pieta

Le sentier monte sous l’ombre des arbres, mais rudement. Nous transpirons car l’atmosphère est moite. La maison rose d’un artiste qui orne et sculpte offre des chambres d’hôtes avec vue sur la ville et la baie, en contrebas. L’artiste a décoré le bas d’un pylône électrique au bord du sentier, et sculpté des monstres. Nous reconnaissons un crocodile sur son muret et une gargouille diabolique pour décorer la fontaine.

levanto crocodile

Nous ne sommes pas tirés des originaux car, sous la forêt tempérée de résineux, une grosse écrivaine étrangère noircit des pages de cahier, assise à une table de pique-nique, solitaire mais avec sa bouteille de gin. Elle nous voit passer sans qu’un mot ne sorte de sa bouche, pas même Buon giorno. Elle est en pleine ivresse… qu’on aimerait créatrice.

levanto ivresse d ecrire

Un quatuor de jeunes Allemands grignotent sur les hauteurs, un gros rocher au-dessus du précipice servant de promontoire au sentier. Une plaque annonce qu’un professeur d’université nommé Müller, de Fribourg je crois, est mort ici. On ne dit pas de quoi : s’est-il jeté dans le vide ? A-t-il été foudroyé d’une crise cardiaque après la montée ? S’est-il étranglé avec une guêpe ? Mystère.

sentier levanto monterosso

Au bout d’1h45, nous voici au sommet, Punte Mesco, avec vue sur Porto-Venere et Monterosso en bas. Nous prenons notre pique-nique dans les ruines de l’ermitage San Antonio, qui offre ses murets en guise de sièges sous les pins d’Alep et les chênes lièges. Il est probablement du 13ème siècle et abritait des moines Augustins avant d’être abandonné au 18ème. Des centaines de guêpes sont attirées par le melon, le jambon et le fromage et l’une de nous fait sa crise, énervant d’autant plus les bêtes à dard qu’elle fait de grands gestes. Le tout est de ne pas en avaler une, pour le reste de chauffer au briquet l’endroit piqué. Mais elle ne me croit pas, le préjugé submerge toute raison.

ermitage san antonio

La redescente est assez raide, malgré les marches de bois ravinées par les pluies. Cailloux et racines ne font pas de cadeau. Ce qui n’empêche pas un kid que nous croisons de monter pieds nus en avant de sa mère, une belle femme un peu lourde. Il porte à la main ses chaussures, qui doivent frotter dans les creux et bosses du sentier et lui faire plus mal que les cailloux sur la plante. Ses pieds ont du prendre l’habitude du sable, du béton et du macadam depuis les semaines de vacances. Pas de photo, je laisse les mots faire travailler votre imagination : on ne peut tout montrer, faute de réflexe à la prise de vue, de place pour publier, et par volonté de laisser une liberté à chacun.

monterosso vue du sentier

Quelques villas chics sur les hauteurs, juste avant le port, puis nous pouvons voir la villa-tour d’Eugenio Montale, prix Nobel de littérature italien 1975, né en 1896 dernier de six enfants. Isolé en Ligurie lors de la montée du fascisme, il marque en ses poèmes une vision claustrophobe de l’existence, focalisée sur les impressions que lui donnent les phénomènes naturels.

monterosso maison eugenio montale

Catégories : Italie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Monterosso et Vernazza

Encore une fois le train, pour Monterosso cette fois. Nous visiterons plus tard ce charmant village, réputé aux touristes.

monterosso

Ce matin, direction la crête par le sentier. La compagne de Massimo, notre tôlier-restaurateur, et ses deux filles de 10 et 14 ans, nous accompagnent. Elles sont vénézuéliennes, donc plus bronzées encore que les Italiens exposés à la plage tout l’été. L’adolescente est gracile et rebelle, ce qui lui donne du charme. La petite court devant ou derrière, infatigable. Le sentier monte raide avant de redescendre brutalement sur Vernazza. Nous dépassons, puis redépassons après une pause, un petit allemand de 6 ans à la main de sa mère, qui marche courageusement sur le sentier ; il le fera dans toute sa longueur sans se plaindre malgré de faibles chaussures et de petites jambes.

sentier monterosso vernazza

Un escalier étroit sous les maisons, tel un tunnel, descend des ruelles du haut vers le port.

vernazza port

Sa construction est volontaire : pour éviter les attaques trop brutales, la seule issue pour atteindre le village était cet escalier dans lequel ne pouvait passer qu’une seule personne à la fois, donc facile à défendre.

vernazza escalier

Nous pique-niquons sur une anse du port, sous l’église, après qu’Eva eut fait les courses.

vernazza eglise et plage

Deux tartes salées, aux blettes et au riz, des concombres et carottes en bâtons au fromage straccino, du pain et des prunes, tel est notre repas.

tarte aux bettes

Nous ne sommes pas les seuls, autant les Italiens que les touristes viennent ici manger et se baigner, voire papoter en slip au soleil, comme cette brochette de vieux du pays.

vernazza anse pique nique

Des kids, debout sur une planche de surf (sport qui s’appelle Stand up Paddle), rament lentement dans les eaux calmes ; d’autres, tout excités et la peau nue au maximum, jouent au foot sur l’étroit carré de sable qui permet aux bateaux de s’échouer.

vernazza gamin rameur

Nous passons une heure ou deux à errer dans les rues où s’écoule une foule dense cherchant à marchander quelques babioles.

vernazza place

L’une de nous achète un foulard mauve aux dessins bleus qui ressemblent à du Vuitton, composé mi-coton mi-soie (industrielle ?), fabriqué en Italie (selon l’étiquette). Douze euros quand même, mais c’est joli. En prenant un café, assis sur une banquette en terrasse sur la place, nous observons les gens manger et déambuler autour de nous.

vernazza ansel

Une fille repère un jeune homme de 16 ans qui arbore fièrement un torse d’athlète, un lacet de cuir terminé par une boucle comme un anneau ornant son cou jusqu’au sternum. Il ressemble, en plus jeune et totalement imberbe, à l’acteur Ansel Elgort qu’elle aime bien. J’ai pris la photo pour elle.

Un garçon de café apporte aux convives en terrasse un gigantesque plat de spaghettis aux homards, odorant et coloré, que des touristes qui passent s’empressent de prendre en photo. Un chat gris et blanc, sans doute maître de la maison, est assis sous une chaise ; il crache au passage d’un chien en laisse qui ne l’avait pas vu. Il fallait voir l’expression du chien surpris ! Il a tordu la gueule et fait un écart, les yeux presque affolés. J’en ai ri longtemps. Rien que l’évocation de cette image me met encore en joie.

Catégories : Italie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,