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Convention climat

La montagne accouche donc d’une souris… C’était pourtant une bonne idée de faire plancher des citoyens lambdas, tirés au sort pour un panel représentatif, sur les mesures concrètes à prendre à propos de l’urgence écolo. Cela renouvelait la pratique démocratique ; cela mettait hors d’atteinte des lobbies le sujet. Sauf que… pas grand-chose n’en est sorti.

Une convention hors institutions a le mérite de sortir les sujets abordés de la politique politicienne, vous savez, celle qui fait grimper aux rideaux toutes les oppositions dès qu’une proposition quelconque est présentée : Pensez, tout changement, même à ma marge, dérange forcément quelque nid juteux ou entame quelque fromage – donc « l’opposition » en profite, c’est de bonne guéguerre dans les petits jeux de théâtre entres amis sortis des mêmes écoles et fréquentant les mêmes milieux. L’intelligence collective mérite mieux que ces chamailleries de cours de récré et une convention citoyenne est donc un renouvellement bienvenu.

Mais faut-il pour cela se contenter de sortir des incantations sans aucune évaluation du coût (économique, social, environnemental) ? D’abonder dans le sens des « experts » selon qu’ils parlent bien et sont persuasifs en répétant dix fois la même chose pour bien ancrer la « bonne direction » dans les esprits « libres » ? Faut-il éviter soigneusement toutes les mesures qui fâcheraient les gilets jaunes et autres manifestants, telle la taxe carbone pourtant économiquement significative ? Faut-il refuser toute responsabilité des choix en ne proposant au référendum que des mesures juridiques absconses que le citoyen moyen ne comprend pas ? Faut-il en rester au symbolique impuissant de « la Constitution », comme le fameux principe de précaution invoqué à toutes les sauces mais qui n’a eu aucune conséquence juridique concrète à ce que l’on peut savoir ?

Dans cette inconsistance, peut-être devons-nous y voir le tropisme du « bon élève » que chaque Français moyen veut présenter à autrui ? Plus égal que moi tu meurs… Plus conventionnel, jamais. Plus dans la ligne de la mode, surtout pas ! Le tirage au sort a donc accouché de la bonne vieille « sagesse des nations », pas très loin du café du commerce. D’autant que certaines propositions tendent à « interdire », vieille mentalité caporaliste française qui vient de loin et qui perdure. Surveiller et punir reste le mantra du citoyen lambda car ce sont toujours « les autres » qui ne sont pas assez vertueux – soi-même ? jamais. Pour que j’obéisse, il faut donc « les » forcer à faire pareil, sinon, pourquoi moi je le ferais ?

Que de yakas dans les « propositions » ! Il s’agit le plus souvent de « réfléchir », « légiférer », « informer », développer »… Rares sont les propositions concrètes, applicables ici et maintenant. « Aménager les voies publiques » en est une, « réduire la vitesse sur les autoroutes » une autre.

Mais quel exemple emblématique de l’absence de toute évaluation des conséquences ! Quel choc entre éthique de conviction et éthique de responsabilité ! Où les bonnes intentions accouchent de pas grand-chose… Yaka réduire la vitesse sur autoroute puisque ça pollue moins et que ça sauverait peut-être des vies – non, mais personne n’y avait donc pensé ? Quelle bonne idée, surtout quand elle n’est pas jaugée selon les conséquences : les conducteurs vont-ils continuer à prendre les autoroutes payantes s’ils ne peuvent pas rouler plus vite que sur les nationales gratuites ? Oh, mais yaka réduire la vitesse sur les nationales ! Et ainsi de suite… Pourquoi ne pas carrément « interdire » les voitures au profit des lobbies syndicaux radicaux des transports qui pourraient ainsi bloquer tout le pays à merci ? Pourquoi ne pas plutôt enjoindre aux constructeurs automobiles de produire des moteurs moins consommateurs, moins polluants, avec des énergies différentes – mais à des prix compatibles avec le pouvoir d’achat ? Le véhicule électrique à 40 000 € est un véritable scandale quand on sait qu’il y a beaucoup moins de pièces sous le capot qu’un moteur à essence à 25 000 €.

Sur la consommation, c’est mieux mais focalisé sur « l’éducation » (de l’enfant, du consommateur, de l’industriel), encore un vieux tropisme français dont l’efficacité n’est pas démontrée. Peut-être même au contraire : tous les « rebelles » font exprès de transgresser les injonctions éducatives pour niquer la société – voyez les révoltés du masque lors de la « fête de la musique » sur un air de Covid. Rançon du caporalisme curé-instit-flic-assistante sociale, faire craquer les gaines est la seule idée du rebelle mis sous camisole douce.

Sur le travail, en dehors de « production, stockage et redistribution d’énergie pour et par tous » (qui remet donc en question le monopole EDF ?), peu de concret. Il s’agit encore et toujours d’« accompagner » de « prendre en compte », de renforcer » – rien qui ne fait déjà ni qui se ferait plus vite si les interdictions-injonctions étaient mises en œuvre. Parce que cela prend du temps – et coûte des emplois parce qu’il faut numériser et automatiser.

Se nourrir n’est concret que sur « le crime d’écocide », thème en -cide très à la mode comme génocide et féminicide. Mais la « Haute autorité des limites planétaires » est-elle autre chose que le vieux rêve utopique de la République universelle, donc sans effet concret face aux Trump, Xi Jinping, Poutine, Bolsonaro, Erdogan et consorts ?

A eux les Vertueux de faire la Morale aux citoyens ; aux autres, les agissants de « prendre leurs responsabilités » de politiciens – et les vaches seront bien gardées. La morale sera sauve, mais pas la société. Car il n’est pas nouveau de faire la morale aux autres, sans jamais rien faire de concret pour changer les choses. La gauche au pouvoir en France depuis Mitterrand II n’a fait que ça – il faut dire que les changements de Mitterrand I avaient montré leur désastre de Grand bond en avant au bord du précipice.

Le mieux pour assurer un atterrissage en douceur de la convention tout en forçant la responsabilité de proposer, serait probablement de réaliser un référendum à question multiples – comme en Suisse. Les citoyens décideraient. Ils voteraient oui ici et non là, ce serait clair pour tout le monde. Et bien concret, sans faux-fuyants ni tortillages de cul envers les lobbies industriels ou les manifestants hargneux. Le « Peuple » en a décidé, exécution.

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Ecrire et publier sur le net, pour quoi faire ?

« Pourquoi écrivons-nous sur le net ? » s’interroge un blog suivi. La réponse qu’il apporte étant loin de me satisfaire, elle a le mérite de lancer le débat.

Ecrivons-nous pour combler l’écart que nous constatons entre le rêve et le réel, comme ce blogueur le laisse entendre ? Je ne le crois pas : ce ne sont pas des utopies ni des projets que nous écrivons, mais des analyses, des critiques, des indignations, des propositions. Nous ne sommes pas grands penseurs, ni « philosophes » estampillés ; nous ne faisons qu’exister au ras de la vie et des événements, cherchant à comprendre et à en tirer leçon. Nous pratiquons la petite philosophie de la vie bonne, pas la grande philosophie des systèmes.

Ce pourquoi ce que le blogueur ajoute, redonner sens à notre existence éclatée entre famille, travail et politique me paraît plus juste. Ecrire fait sens. Et pourquoi écrire plutôt que parler ou chanter ? Parce que l’écriture est un effort qui exige de soupeser le sens des mots et de les placer dans un ordre logique dans le but d’éclairer, voire de convaincre. La parole s’envole, l’écrit reste ; la chanson n’est que cri du cœur sans lendemain, dont on ne retient le plus souvent qu’une mélodie. Filmer, peindre ou dessiner sont des actes plus proches de l’écriture, mais avec le medium des images. Or les images font écran à la pensée car elles sont directes, plus immédiates que les mots, inhibant le recul nécessaire à toute réflexion.

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Car ce qui importe, au fond, est bien de « réfléchir ».

Réfléchir n’est pas refléter ni agir par réflexe. Non pas se poser en statue de soi comme dans les selfies, messages narcissiques qui proposent une image en situation pour les autres, quêtant avidement leurs sentiments. Non pas réfléchir en miroir, comme Trump ou Le Pen, reflétant l’opinion populaire et en se posant comme menhir : « ça, c’est moi, et je ne changerai pas ; à prendre ou à laisser ».

Non, la réflexion n’est pas ce degré zéro du sens matériel, mais l’action de soi à soi de se poser pour analyser ce qu’on est, d’où l’on vient, ce à quoi on croit. Seule l’écriture permet cette ascèse – que les gourous à la mode appellent parfois « méditation ». Descartes le classique en a écrit de célèbres en métaphysique ; Lamartine le romantique de non moins célèbres en poétique.

Pourquoi réfléchir ? Nous le constatons bien, très peu réfléchissent, se contentant « d’être d’accord » (le grand mot des commentaires de blog !) dans le fusionnel du nid des gens qui pensent comme tout le monde, ou « d’être choqués » (l’autre grand mot des commentaires) en réaction à une affirmation ou à un jeu de mots. Réfléchir ne ressort pas de ce genre de passivité flemmarde ; réfléchir implique un acte volontaire d’examen de soi. Acte de solitaire face à Dieu (Descartes) ou face à la solitude dans la nature (Lamartine), l’être qui réfléchit désire mesurer sa place dans l’univers et dans le temps. Répondre aux questions fondamentales du Qui suis-je ? D’où je viens ? Ou vais-Je ? Que sais-Je ?

Cela paraît de bien grands mots, qui passeront par-dessus la tête de la plupart. Mais point du tout ! Chacun est concerné parce qu’il réfléchit un minimum tout au long de sa journée, même s’il n’écrit pas. Il compare ses pensées avec ce qui survient, change ses plans, adapte sa conduite, examine et compare, juge. Ecrire permet seulement de rendre objectives ces réflexions fugaces, de les formuler en les déposant sur le papier ou sur l’écran pour y revenir, les polir, les corriger, les approfondir ou les éliminer.

Ecrire, sur carnet ou sur blog, est donc avant tout un acte de réflexion. Psychanalyse personnelle ou mise au point, écrire permet la distance que ne permet pas la parole ou le slogan (formats exigés par construction sur Facebook ou Twitter). N’avez-vous jamais expérimenté combien le crayon ou le clavier vont moins vite que la pensée, l’obligent à attendre la main, donc à revenir sur le pensé-trop-vite, à trouver des arguments, à étayer la logique, à soigner l’expression, à corriger les mots en affinant le sens ? Ecrire est une discipline qui formate la pensée dans un cadre qui permet son expression la plus fine.

Au détriment de la spontanéité ? Peut-être – mais RIEN ne vous empêche d’exprimer votre spontanéité AVANT de la faire suivre de votre réflexion. « S’exprimer » en cri du cœur soulage, mais ne change rien. Pour changer, il faut penser. Dire que vous êtes « indigné » de la mort d’un enfant immigrant sur une plage turque ne vous dispense pas de réfléchir au pourquoi et au comment, au possible et au nécessaire, à la politique et à la religion, au droit et au fait. Gueuler est toujours aisé, gouverner l’est moins, réfléchir toujours mieux.

Publier sur blog montre combien la réflexion désormais se raréfie, puisque que l’on en ressent le besoin.

Les livres sont vite écrits, mal pensés, vite oubliés.

Les journaux courent après l’événement sans prendre le temps de se poser.

Les médias radiodiffusés sont écartelés entre l’immédiat émotif et la cuistrerie bobo, BFM-TV et France culture pour faire bref, où le pire l’emporte trop souvent sur le meilleur. Seul le choc compte pour la télé, seule la pose (en général de gauche, « mainstream ») et les révérences (envers les intellos et les « zartistes ») comptent pour la radio (après 68 cul, après 86 culte, après Trump/Poutine/Erdogan/Le Pen culturiste ?).

Quant aux réseaux sociaux, les images ou slogans chocs ou mièvres « partagés » montrent combien chacun cherche plus le miroir que le stimulant, plus l’entre-soi que la remise en cause. Ce fut criant lors de la campagne présidentielle américaine.

Ecrire pour exister, pour poser sa pensée avant qu’elle n’aille plus loin et pour éviter qu’elle se fourvoie n’importe où ; écrire pour rassembler en soi nos existences éclatées, pour proposer à d’autres de faire de même et de participer à l’écriture collective de notre histoire… Il y a de tout cela dans le fait d’écrire sur le net.

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