Royaume-Uni

John Milton à Chalfont St Giles

Enfin le cottage de Milton. Dans la rue qui y mène, un panneau danger pour les conducteurs montre dans un triangle blanc bordé de rouge, deux vieillards à canne. Cela change des enfants courant vers l’école mais dit bien l’âge des touristes qui vont visiter le cottage… Nous allons découvrir un auteur peu connu, mais qui a eu une grande influence sur la littérature anglaise comme sur l’art et la façon de penser.

John Milton (né le 9 décembre 1608 et mort le 8 novembre 1674) était un poète, pamphlétaire et fonctionnaire anglais, considéré comme l’un des plus grands écrivains de la langue anglaise. Son œuvre la plus célèbre, Paradise Lost (1667), est un poème épique en vers libres qui explore la chute de l’homme, la tentation d’Adam et Ève par Satan, et leur expulsion du Jardin d’Éden. Il a également écrit Paradise Regained et Samson Agonistes. Milton était un défenseur de la liberté d’expression et de la presse, comme en témoigne son traité Areopagitica de 1644. Cet ouvrage a inspiré le Premier amendement de la Constitution américaine. Il a été le premier à utiliser le vers libre en dehors du théâtre ou des traductions et a inventé des mots de la langue anglaise comme debauchery, typography, exhilarating, airborne, satanic, self-desillusion, well-balanced, civilising, stunning, et beaucoup d’autres. Il a servi comme secrétaire pour les langues étrangères sous le Commonwealth d’Angleterre. Milton a étudié à Christ’s College, Cambridge, et a voyagé en Europe, rencontrant des intellectuels comme Galilée. Ses œuvres politiques et religieuses sont souvent controversées, et il a soutenu le républicanisme. Sa vie a été marquée par des tragédies personnelles, notamment la perte de sa vision en 1652 et des tensions familiales. Il est mort en 1674 à Londres et est enterré à l’église St Giles-without-Cripplegate. Son héritage littéraire reste immense, influençant des écrivains comme William Blake, Wordsworth et T.S. Eliot.

John Milton n’a passé que trois années ici, mais c’est à cet endroit qu’il a écrit son œuvre qui reste : Le Paradis perdu et le Paradis retrouvé. Le jardin d’Éden a pour l’auteur des aspects de campagne anglaise, la même qu’il arpente lors de ses promenades. La maison est petite, toute de briques rouges avec une cheminée extérieure qui prend sur la rue. Les pièces étroites sont basses de plafond pour avoir moins d’espace à chauffer. L’intérieur est sombre, ce pourquoi le jardin derrière, dès le printemps venu, éclate de lumière et de vie. La verdure s’y épanouit, comme l’espoir de l’homme. Une chaise paillée à haut dossier, réputée être « le fauteuil » de Milton, des tableaux dont un représente un Comus débauché, à demi-nu dans la forêt, devant la Dame du drame que Milton a écrit pour le comte de Bridgewater et autres titres en 1634 – joué au château de Ludlow avec les propres enfants du sire, dont sa fille de 15 ans. La Dame est délivrée, vierge, des rets du dieu des réjouissances populaires Comus, ce qui fait de cette pièce un ode à la chasteté. Un portrait de John Milton à 10 ans par Cornelis Janssen ; un autre à 21 ans par Benjamin van der Gueht.

FIN

D’autres voyages sur les traces des grands écrivains anglais sont programmés (je ne suis pas sponsorisé) :

Paysages littéraires du Nord, des landes, des lacs et des lettres avec les sœurs Brontë, Elizabeth Gaskell, Lord Byron, William Wordsworth, Beatrix Potter et bien d’autres

Londres, le Kent et trois siècles de génie, de Shakespeare à Virginia Woolf, avec Charles Dickens, Virginia Woolf, Shakespeare, Chartwell résidence de campagne de Churchill, Bateman’s maison de Rudyard Kipling, Penshurst Place demeure ancestrale du poète élisabéthain Philip Sidney

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Lacock, village de films

Lacock est un charmant village, conservé dans son jus et administré par le National Trust. L’héritière a donné l’ensemble, terre et village, pour éviter les droits de succession. Des œufs de Pâques ornent en couronnes les maisons. Des œufs à Lacock, c’était couru. Les rues offrent leurs cottages bien anglais, en pierres grises. Dommage que les voitures garées tout le long du trottoir gâchent la perspective. Mais les occupants sont des gens riches et influents qui ne supporteraient pas de laisser leur véhicule dans un parking à l’entrée du site.

L’endroit sert aux tournages de nombreux films et séries, Harry Potter, Downtown Abbey. Il fait soleil mais très frais. En revanche, si vous voulez connaître la température de la journée, observez les kids. Si les jeunes garçons sont déjà en short et chemisette à col ouvert le matin par 8°, nul doute qu’il fera quelques 20° une fois l’après-midi commencée. Nous en voyons plusieurs spécimens, ce dimanche, qui effarent les grand-mamans venues de France. « Ils ne sont pas frileux ! » Ce sont de petits britanniques. Un jeune jardinier du Red Lion officie déjà en short et tee-shirt, à arroser les bacs de fleurs devant la façade.

Tour dans les rues, photos, visite des boutiques, tour au pub. Mais le Red Lion sert aussi d’hôtel et ne peut servir un thé à une vingtaine de personnes à la fois.

Bus pour Chalfont St Giles, où sera le déjeuner – compris ; il se situe à la Merlin’s Cave et se compose d’une cuisse de poulet au Yorkshire pudding dominical, avec ses légumes, pommes de terre, carotte, panais, verdure. Un crumble pomme et rhubarbe en dessert, dommage qu’il soit submergé de crème « anglaise » détestable. J’observe une famille venue pour le déjeuner du dimanche. Il y a le père et la mère, mais aussi la une grand-mère et deux enfants, une petite-fille et un garçon d’environ 12 ans. Il est très roux, la peau très blanche, sur-vêtu d’un T-shirt et d’une veste fermée jusqu’au cou. Sa mère a peur qu’il prenne froid mais, comme tous les gamins, il n’adapte pas sa vêture à la température. Il sort habillé une fois pour toute, et n’enlève rien lorsqu’il entre dans un endroit plus chaud. Il s’ennuie mais ne dit rien. À la fin du repas, il se lève et dit quelque chose à sa mère, une petite bourgeoise blonde insignifiante. Celle-ci semble refuser. Le gamin s’exclame alors : « why ? ». Elle réitère son opposition et il répète une fois de plus : « but why ? ». Peut-être voulait-il seulement aller faire un tour, mais c’est « non ». C’est un petit mâle qui a besoin de s’affirmer face à sa mère et aussi parce qu’il est l’aîné. Lorsqu’il va aux toilettes, je note sa démarche chaloupée de pré-viril. J’ai toujours de l’empathie pour les familles et les relations qui se montrent.

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Bath où habita Jane Austen

Nous avons deux heures de bus vers Bath, la ville d’eau. Nous déposons nos bagages au Hampton by Hilton, l’hôtel quatre étoiles de la même chaîne que les précédents. Nous effectuons ensuite une promenade à pied. Bath est la ville de Jane Austen, elle en parle dans Emma : « Pendant mon séjour à Bath j’ai été à même de constater des cures merveilleuses. D’autre part, les avantages de Bath pour les jeunes filles sont connus ; ce serait un excellent milieu pour vos débuts dans le monde. » Nous ne sommes plus des jeunes filles.

Nous montons vers le Circus, une architecture palladienne avec trois arcs de cercle, les bâtiments sur trois niveaux ornés de colonnes doriques, ioniques, corinthiennes. Il y a du soleil mais du vent, il fait chaud à l’abri des froids exposés. Un gamin blond de 10 ou 11 ans en chemisette blanche ornée de citrons, au col ouvert, vend de la citronnade au pied de son immeuble. Il n’est pas frileux et se fait un peu d’argent en ce samedi ou beaucoup de promeneurs circulent.

Le Crescent, au sommet de la colline, devant une pelouse et un parc, se présente comme un demi Circus, un demi-cercle aux 140 colonnes. L’architecte John Wood l’a créé en style géorgien. Nous visitons justement un jardin géorgien dont l’architecture est proche du jardin à la française, avec ses massifs de buis bien taillés. Des fouilles de 1985 ont révélé un jardin de 1770, restauré en 1990 selon les sources documentaires. Les plantes étaient semées comme des curiosités pour elles-mêmes, non pour l’effet qu’elles donnaient dans l’ensemble. On privilégiait les parfums et les fleurs doubles, les arbustes et les plantes annuelles.

Nous redescendons par les rues animées, passons devant le plus ancien pub de Bath, datant de 1713, à l’enseigne politiquement incorrecte de Saracens Head, la tête de sarrasin. Charles Dickens y aurait écrit les Pickwick Papers. Le pont Pulteney aux trois arches supportant des boutiques incorporées comme à Florence, est très couru par les touristes. Sous ses pierres coule la rivière et son déversoir. Au bord de l’eau, des jeunes sont assis sur la pelouse. Nous avons marché peu près deux heures dans la ville. Nous sommes samedis et les Anglais ont sorti leur kids, mais nous n’en voyons pas tant que cela, à croire qu’ils n’en font plus.

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Samuel Taylor Coleridge à Stowey

Au village de Stowey, nous devons attendre que le musée ouvre car nous sommes arrivés trop tôt. Le cottage est situé dans une petite rue qui descend vers le centre. Nous nous qui promenons un peu. Une église arbore sur son clocher un coq très français.

Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) était un poète, critique littéraire, philosophe et théologien anglais, cofondateur du mouvement romantique en Angleterre et membre des « Lake Poets » aux côtés de William Wordsworth. Il est célèbre pour ses œuvres majeures telles que The Rime of the Ancient Mariner, Kubla Khan, Christabel, et Biographia Literaria. Il a introduit la philosophie idéaliste allemande dans la culture anglaise et a influencé Ralph Waldo Emerson. Il a également contribué à la critique littéraire, notamment sur Shakespeare, et a popularisé des concepts comme la « suspension volontaire de l’incrédulité ».
Sa vie personnelle fut marquée par des troubles émotionnels, une santé fragile et une dépendance à l’opium. Malgré ces défis, son influence sur la poésie et la critique littéraire reste immense. Il a joué un rôle clé dans le développement de la poésie romantique, notamment par ses « poèmes de conversation » et son approche philosophique de la littérature. Coleridge est également reconnu pour ses contributions à la théologie anglicane et ses réflexions politiques, passant d’un radicalisme initial à une vision plus conservatrice. Il est enterré à l’église St Michael’s à Highgate, Londres.

Il reste surtout comme un poète romantique créant un nouveau style qui rompt avec les traditions. Il s’est inspiré des paysages du Somerset, de ses promenades avec Wordsworth dans le collines de Quantock, de la vie simple du peuple qu’il côtoyait. « Mer, collines et forêt », écrivait-il de son inspiration. Il marchait presque tous les jours dans les collines, un carnet à la main, y écrivant des mots ou des vers qu’il peaufinait ensuite à la maison.

C’est ici, à Neither Stowey qu’en 1798 que Samuel Coleridge et son ami William Wordsworth ont écrit les Ballades lyriques, genèse du mouvement littéraire romantique en Angleterre. Coleridge, arrivé en janvier 1797, a vécu trois ans ici avec son fils Hartley, 2 ans, et sa femme Sara. Politiquement radical, il a voulu se faire oublier à la campagne. Il voulait élever son fils simplement, loin de la ville, comme un paysan, avec les mêmes nourritures et les mêmes habits – rustiques – en pré-écolo puritain. Cela faisait travailler sa femme Sara qui devait faire bouillir le linge, le rincer, le battre, l’étendre au soleil – lorsqu’il y en avait. Dans la cuisine, la recette du Bread pudding – pain, sucre, lait et eau de rose. Dans le jardin, des oies et un cochon en fil de fer représentent les animaux qu’il devait y avoir. Un banc sur lequel le poète expliquait à son bébé le ciel et les étoiles, ou écoutait le chant du rossignol pour en tourner un poème.

Sentimental car orphelin à 8 ans, privé de son père et enfermé dans une pension où il a été très solitaire et malheureux, c’est un jeune homme peut être bipolaire, maniaco-dépressif, éventuellement homosexuel refoulé. Instable, il part en Allemagne, perd un second fils pendant son absence, Berkeley, mort à 8 mois de maladie après une réaction au vaccin contre la variole, il se sépare de sa femme en 1804. Il est mort trente ans plus tard, en 1834, à 62 ans.

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Daphne du Maurier, l’Auberge de la Jamaïque

Nous partons pour les landes de Cornouailles où Sherlock Holmes faisait errer son chien des Baskerville. Le vent parcourt toujours les étendues vallonnées où paissent parfois des moutons entre des buissons de genets. Le soleil est revenu depuis la fin de la matinée et rend le paysage bucolique plus qu’inquiétant. Il faut l’imaginer la nuit quand roulent de gros nuages et que la tempête sur la mer prépare les naufrages à voile.

C’est à l’auberge de la Jamaïque, où nous allons, que Daphne du Maurier a situé son roman gothique de naufrageurs. Elle est aujourd’hui l’attraction touristique du lieu, rachetée il y a quelques années pour en faire une sorte de Mourierland avec ses extensions, petit musée, bar, dégustation de fromages, boutique d’artisanat et de produits de ferme. L’exploitation commerciale de ce relais de poste en granit gris, bas de plafond, qui sert de décor au roman de naufrageurs, rabote le côté rude du paysage et de la construction.

L’auberge était isolée dans le roman, quelques maisons se sont construites depuis alentour, et le tout fait partie du village de Bolventor. Des rumeurs complaisamment reprises dans l’auberge font état de fantômes et autres bruits incongrus. Parmi les fantômes, un homme retrouvé mort sur la lande, et deux enfants, une petite fille du temps de Victoria aux longs cheveux blonds bouclés qui rit, et un petit garçon appelé Tommy qui semble avoir 5 ou 6 ans. Il a été aperçu au musée, dans les toilettes des dames et, bien sûr, dans la chambre numéro cinq. Tout cela pour exciter les imaginations et faire vendre, bien entendu. Mais nous n’avons pas dormi à l’Auberge, sait-on jamais ?

Le musée « des naufrageurs » n’a pas beaucoup d’intérêt, il est composé surtout d’images, de photos et d’articles concernant Daphne du Maurier. Mais un piège à homme trône dans l’entrée, une grosse mâchoire d’acier à craquer un tibia comme rien. Le gouvernement, début XIXe, en plaçait sur les hauts de falaise et dans les sentiers menant vers les plages pour dissuader les naufrageurs qui ne pouvaient les voir la nuit. Le musée comprend trois pièces qui recèlent quelques lettres de la Reine, du Prince Philip et du Prince Charles à Daphneet à son mari. On y trouve également des lettres personnelles de Daphne à sa meilleure amie Maureen Baker-Munton, révélant des secrets de sa vie privée, ainsi que de nombreuses photos anciennes d’elle et de sa famille. D’autres illustrations mettent en lumière les expériences de guerre de son mari : Frederick « Boy » Browning, commandant de la 1ère division aéroportée lors de la bataille d’Arnhem, dont le film « Un pont trop loin » est tiré. « L’Auberge de la Jamaïque se dresse aujourd’hui, accueillante et bienveillante, un établissement sans alcool sur la route de vingt miles entre Bodmin et Launceston. Dans le récit d’aventure qui suit, je l’ai imaginée telle qu’elle aurait pu être il y a plus de cent vingt ans ; et bien que des noms de lieux existants figurent dans les pages, les personnages et les événements décrits sont entièrement imaginaires.» Ainsi écrit Daphne du Maurier en 1936 dans la préface de son roman.

Le restaurant « des naufrageurs » sert le pie du jour, mais aussi quelques plats classiques comme saumon, steak, côtelettes d’agneau, salade « Jamaïca Inn Burger », frites, patates rôties, pain à l’ail… La dégustation de fromages, comprise dans le prix d’entrée du billet, consiste en trois sortes produits localement : du brie, du bleu, et du yarg, un fromage à pâte sèche dont la croûte verte a pour origine les orties qui l’enveloppent durant sa maturation. En 1939, Alfred Hitchcock a réalisé en ce lieu son film de même nom que le roman, La Taverne de la Jamaïque. En 2005, la chanteuse Tori Amos a évoqué cette auberge dans sa chanson « Jamaica Inn » de l’ album « The Beekeeper ».

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Daphne du Maurier littéraire

Daphne du Maurier, née en 1907, épouse de général, mère de trois enfants, était bisexuelle en raison d’un père qui détestait les garçons. Son héroïne de l’Auberge lui ressemble un peu. Mary Yellan est une jeune fille orpheline, élevée en garçon dans une ferme auprès de sa mère, et qui n’a pas froid aux yeux, même si elle ne réfléchit pas souvent. Dame Daphne du Maurier est née à Londres, Regent’s Park, dans une famille d’acteurs et d’auteurs. Elle passe son enfance à Hampstead et des étés à Fowey, dans la Maison Menabilly, louée à la famille Rashleigh en Cornouailles. Elle en a fait sa maison jusqu’en 1969. Daphne a épousé le Major (plus tard lieutenant-général) Frederick « Boy » Browning en 1932. Ils ont eu trois enfants, deux filles et un garçon, Christian, né en 1940. Elle devient Lady Browning après que son mari a été fait chevalier en 1946. Son premier roman, The Loving Spirit, est publié en 1931. Elle aimait le plein air et la marche. Elle est morte d’une insuffisance cardiaque dans son sommeil le 19 avril 1989, âgée de 81 ans, dans sa maison de Par en Cornouailles, qui avait été le décor de beaucoup de ses livres. Son corps a été incinéré en privé et sans service commémoratif (à sa demande), ses cendres éparpillées des falaises autour de Kilmarth et Menabilly.

Elle pouvait être froide et distante envers ses enfants, en particulier ses filles, lorsqu’elle était immergée dans ses écrits. Elle a souvent été peinte comme une recluse qui se mêlait rarement à la société ou pour donner des interviews. Cependant, beaucoup de gens se souviennent d’elle comme d’une personne chaleureuse et immensément drôle en privé, une hôtesse accueillante pour les invités à Menabilly. Son mari est mort en 1965 et Daphne a déménagé à Kilmarth, près de Par en Cornouailles. Helen Taylor affirme que Daphne du Maurier lui a avoué en 1965 qu’elle avait eu une relation incestueuse avec son père, un alcoolique violent. Elle déclare dans ses mémoires que, parce que son père avait voulu un fils, elle est devenue un garçon, dans une tentative d’obtenir son approbation. Dans une correspondance que sa famille a donnée à la biographe Margaret Forster, Daphne a expliqué qu’elle se sentait une personnalité composée de deux personnes distinctes – la partie aimante et la mère qu’elle a montrées au monde, et le côté amant, une « énergie résolument masculine », cachée à pratiquement tout le monde, qui était le pouvoir derrière sa créativité artistique. Elle a déploré d’avoir été classée comme « romancière romantique » parce que ses romans ont rarement une fin heureuse, et ont souvent des connotations et des ombres sinistres du paranormal.

Son roman Rebecca (1938) est son œuvre la plus réussie, dit-on. Il a été un succès immédiat, se vendant près de 3 millions d’exemplaires entre 1938 et 1965. Le roman a remporté le National Book Award. Rebecca a été adaptée à plusieurs reprises pour la scène et l’écran, notamment par Alfred Hitchcock dans son film de 1940. Son petit-fils Ned Browning a publié une collection de montres pour hommes et femmes en 2013, basées sur des personnages du roman Rebecca, sous le nom de marque Du Maurier Montres. Rebecca est une flamboyante et impérieuse épouse dont on se demande pourquoi le hobereau Winter l’a épousée. C’est que la société hypocrite cache les choses gênantes, qui ne se révèlent qu’avec le temps et après les épousailles… Rebecca, belle carrosserie et visage d’ange, est pourrie de l’intérieur et démoniaque. Roman de mœurs et roman policier, le livre a séduit.

J’ai fini hier soir Emma de Jane Austen. C’est un roman d’initiation et de caractères. Dans tous les groupes, il y a une Madame Éliott, snob qui se hausse du col, qui ramène tout à elle et qui sait tout mieux que les autres. C’est tout à fait actuel pour cette raison.

Les romans e Daphne du Murier chroniqués sur ce blog :

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Daphne du Maurier à Fowey

Nous partons à 8h30 dans notre bus chinois Yutong pour Fowey. Je prononce Fo-ouai, alors que les Cornouaillais disent foï – dont acte. C’est un superbe petit port protégé des vents par le ria. J’en garde un souvenir de voile, notre arrivée un week-end du mois d’avril pour les vacances de Pâques, nous étions très habillés depuis le large et nous avons trouvé des gamins en slip dans les rues. Le contraste m’avait frappé. Il y avait du soleil, mais du vent. Au large, on le sentait fort, mais dans la ville, protégée par les falaises du ria, la température s’élevait aussitôt de 5°.

Garés sur le parking de hauteur, nous descendons les ruelles par des pentes accentuées aux belles vues sur la rivière et le large. Il ne fait encore que 13°. Le soleil ne donne pas et il fait gris, un peu pluvieux. Passe un gamin en T-shirt et, de fait, il a raison, la température va vite grimper vers 20° avant midi. C’est toujours étonnant pour nous Français de prévoir le temps à l’habillement des jeunes. De même, une ado en top-crop, ventre à l’air dès le matin. Dès 13 ans, les filles font déjà femmes en réduction ; pas les garçons, qui mettent plus de temps à devenir mâles.

Fowey est aussi charmant depuis la terre que depuis la mer. De petites maisons de pêcheurs longent les quais, d’autres maisons de plaisance plus coquettes s’étagent sur les pentes, leur jardin aux pelouses bien tondues s’offrent au soleil et à l’air du large. Plus on s’élève, plus le paysage est magnifique, empli de lumière sur la mer. Daphne du Maurier a habité là, de l’autre côté de l’eau. Ce furent deux maisons successives louées à partir de 1941 à cause du blitz sur Londres. Son petit dernier venait de naître et elle est partie avec ses trois enfants pour la maison de vacances de Fowey, lieu qu’elle avait connu à 19 ans pour en tomber amoureuse. Ses parents y avaient acheté une résidence secondaire, Ferryside, en 1926. La géologie granitique de Cornouailles engendre un paysage à la bretonne de granit et de pins, de camélias en buissons et de genêts.

Nous déambulons dans les ruelles aux boutiques avenantes, souvenirs, artisanat, vêtements, boulangerie, restaurant. Une boutique de glace se nomme « Game of Cones ». Une maison affiche « Trinity Cottage », en référence au Trinity College de Cambridge (ou de Dublin). Une autre « Du Maurier Reach », l’extension Du Maurier. Nous avons vu sur la mouth, l’embouchure, le large. Une grande statue d’acier doux galvanisé du Rook with a Book, réalisée en 2018 par le sculpteur Thrussells, est Isla, la corneille au livre. Une référence à une nouvelle de Daphne du Maurier, Les oiseaux – dont Hitchcock a tiré un film de frissons. La maison Ferryside de Daphne du Maurier est derrière elle, juste en bas de la rivière au Bodninic. Une famille de quatre gosses bien anglais se promène, un garçon aîné puis trois filles, dont la dernière en poussette ; il est rare, et réjouissant, de voir autant d’enfants blancs d’une même fratrie aujourd’hui en Occident. Deux jeunes en tee-shirt passent en voiture dans les ruelles et trouvent hilarant de rencontrer des touristes ; ils me demandent de les prendre en photo, ce qui est plutôt italien. Derrière eux, un immonde mastiff à gueule baveuse, qui s’est malheureusement détourné lorsque j’ai appuyé sur le déclencheur.

Malgré le fameux sandwich au crabe du pays de Captain Hanks, réputé selon Véronique, je choisis de déjeuner avec d’autres près du port, d’où partent des excursions en bateau. On me sert un cornish pot composé de pommes de terre, carottes, petits pois, une sorte de hachis Parmentier enfourné avec du fromage anglais par-dessus. C’est très chaud et roboratif. Une bière lager dessoiffe à peine. Je discute au déjeuner avec le médecin et sa pharmacienne. Eux ont pris un fish & chips, le fish ou cabillaud largement servi est dans une panure légère bien grillée, les frites à l’ancienne, larges et rôties sans être grasses. Avec des petits pois en purée pour le côté verdure obligatoire à tout plat anglais. Nous avions envisagé de faire l’excursion en bateau de 30 minutes, mais les horaires ne correspondaient pas aux nôtres. Notre itinéraire exige en effet que nous partions assez vite pour rejoindre Torquay, en passant par la fameuse auberge de la Jamaïque.

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Agatha Christie, musée de Torquay

Au musée de Torquay, ouvert exceptionnellement pour nous sur réservation, nous visitons la petite salle permanente consacrée à Agatha Christie. Y sont rassemblés ses romans sous vitrine, des manuscrits, un manteau de fourrure portée par la reine du crime, une veste prêtée par David Suchet, deux fauteuils des séries télévisées Hercule Poirot, un bureau carré qu’il affectionnait, décrit ainsi dans Hercule Poirot joue le jeu : « Le fauteuil carré face à la cheminée carrée du salon carré » p,222.

Agatha Christie déjà chroniquée sur ce blog :

Et les films tirés de ses romans policiers :

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Agatha Christie, le hangar à bateaux

Le temps s’est couvert et il pleuvra en milieu de journée, une de ces pluies fines venues de la mer qui peuvent durer longtemps. Heureusement, je convaincs quelques copines de descendre de suite au fameux hangar à bateau qui ferme à 15 heures. Cela nous permettra de voir les points remarquables du circuit, les fleurs, les arbres et les vues sur la rivière avant de remonter visiter la maison elle-même. Bien nous en a pris. La pluie s’est mise à tomber quand nous étions juste entrés dans la maison. Aurions-nous fait l’inverse, nous n’aurions pas vu le hangar à bateau.

C’est un endroit fameux du roman qui nous a été donné hier, Poirot joue le jeu, publié en 1956. Nous avons ici le vrai paysage et nous pouvons resituer le décor du livre, même s’il n’est pas identique. Dommage, il n’y a pas de cadavre, cette jeune fille de 14 ans un peu niaise et alléchée par les choses du sexe ; le site aurait dû mettre un corps, allongé la corde au cou, juste pour l’ambiance. L’atmosphère n’est plus la même, mais au bord de la rivière, dans cet endroit sauvage où le hangar à bateau est construit, il en subsiste quelque chose. Ce hangar était plus une sorte de maison d’été qui servait aux baigneurs à se déshabiller et à se rhabiller. Les femmes descendaient dans la piscine à marée au niveau de l’eau, qui se remplissait à marée montante et se vidait à marée descendante, tandis que les hommes et les jeunes garçons plongeaient nus directement dans la Dart. A proximité, la batterie de vieux canons orientés vers le large, qui n’ont jamais dû servir à grand-chose. Ils étaient installés là parce que les autochtones craignaient une invasion des Français sous Bonny (Bonaparte en langage vulgaire).

La maison est un édifice rectangulaire blanc aux quatre-cinq-six fenêtres, à chaque fois plus petites du rez-de-chaussée au second étage. Il est flanqué de deux ailes en rez-de-chaussée à colonnades. L’intérieur est un bric-à-brac encombré de bibelots et d’objets d’art rapportés des voyages, des photos, du verre de Murano. Ce n’est pas toujours de bon goût, et surtout très entassé. Il n’y a pas que les objets d’Agatha et de son mari Max, mais ont été rassemblées ici toutes les collections de la famille, boites à pilule, tabatières à priser, aquarelles du Devon, assiettes aux décors bleus.

La vue depuis la chambre de l’écrivain est superbe sur la rivière en contrebas, derrière les arbres. Il fallait quatre jardiniers pour entretenir ce parc où fleurissent les magnolias, les camélias, les roses et d’autres essences, y compris des fougères arborescentes. Une ardoise nous apprend que le magnolia est l’une des plus anciennes fleurs de la terre, datant de plus de 100 millions d’années. Son nom vient du botaniste français Pierre Magnol. Ce ne sont pas les abeilles, mais les coccinelles, qui pollinisent les magnolias. La fleur symbolise la noblesse, la pureté et la grâce. Ils sont en pleine floraison à notre passage – c’est le printemps.

La chambre comprend un lit double, plus le lit de camp de Max, le mari archéologue. Il l’affectionnait particulièrement, au point de l’avoir rapporté d’Irak. Il a travaillé à Ur, puis à Ninive, avant d’être agent de l’Intelligence Service en Irak et de mourir en 1978, deux ans après Agatha. Il avait 14 ans de moins. Son bureau, avec téléphone et télex, jouxtait la chambre ; c’était plutôt un étroit couloir, la largeur étant mangée par des armoires tenant tout le mur. Dans le dressing, de nombreuses robes et des valises aux étiquettes exotiques rappelant les voyages.

La pluie nous chasse vers les boutiques, où sont rassemblés les souvenirs standards de tous les musées : un livret sur le site, quelques livres sur l’auteur, des livres de poche de l’auteur, des albums pour enfants, des mugs, des bougies parfumées, du miel plus ou moins local et des confitures des vieilles dames du pays ainsi que des alcools du coin, des casquettes et tee-shirts pour gamins, du matériel de scouts.

Poirot jouer le jeu, chroniqué sur ce blog :

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Agatha Christie, Greenway House

Nous nous rendons à Torquay, la ville où est née le 15 Septembre 1890 Agatha Mary Clarissa Miller, dite Agatha Christie. C’est une ville balnéaire très connue, développée au XIXe siècle, avec ses falaises de craie qui se dressent au-dessus d’une anse où la plage de sable permet de se baigner. C’est un endroit très couru en été. En ce début avril, nous ne voyons personne dans l’eau à 9°. Agatha Christie a servi comme infirmière pendant la Grande Guerre, à la mairie de Torquay devenue hôpital en 1914. Elle y a acquis une connaissance approfondie des poisons qui inspirera les intrigues de nombre de ses romans.

Agatha Christie est surnommée la « Reine du crime », célèbre pour ses 66 romans policiers et 14 recueils de nouvelles mettant en scène les détectives fictifs Hercule Poirot et Miss Marple. Elle a également écrit la pièce de théâtre la plus jouée au monde, The Mousetrap, en représentation depuis 1952. Ses œuvres, traduites dans de nombreuses langues, ont vendu plus de deux milliards d’exemplaires, faisant d’elle l’auteure de fiction la plus vendue de tous les temps. Née dans une famille aisée, elle a été éduquée à domicile. Son premier roman est The Mysterious Affair at Styles, en 1920. Elle a eu un seul enfant, Rosalind Margaret Clarissa, en août 1919. En 1926, elle a disparu mystérieusement pendant 11 jours, lorsque son mari a demandé le divorce. Après un premier mariage avec Archibald Christie, elle épousa l’archéologue Max Mallowan en 1930, ce qui influença plusieurs de ses romans situés au Moyen-Orient. Elle écrivit également sous le pseudonyme de Mary Westmacott pour explorer des thèmes plus personnels.

Christie a reçu de nombreuses distinctions, dont le titre de Dame Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique en 1971. Ses œuvres ont été adaptées en films, séries télévisées, jeux vidéo et pièces de théâtre. Elle est enterrée à Cholsey, Oxfordshire, et son héritage littéraire est géré par sa famille et l’Agatha Christie Limited. Ses romans, tels que les Dix petits nègres et Meurtre dans l’Orient Express, sont des classiques du genre. Christie est reconnue pour ses intrigues captivantes, ses personnages mémorables et ses dénouements surprenants.

Agatha Christie a acheté comme maison d’été Greenway House en 1938, une belle demeure dans le village de Galmpton, située sur un parc de 14 hectares au-dessus de la rivière Dart. Il est plus de 14 heures lorsque nous ici arrivons, juste le temps de déjeuner à la cafétéria du musée avant la visite. Je prends un Cornish pie, une tourte de pommes de terre au navet et à la viande, avec sa salade à côté.

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Thomas Hardy, Max Gate

À Dorchester est Max Gate, la maison de Thomas Hardy. Dans le Dorset, à géologie du dévonien, les hivers sont doux et le climat est le plus ensoleillé de Grande-Bretagne. Des genêts fleuris bordent la route. Les côtes sont inscrites au patrimoine de l’Unesco. C’est le calme campagnard à trois heures de la capitale. Les Anglais l’appellent la Jurassik Coast. C’est en cet endroit qu’Enid Blyton, morte d’Alzheimer en 1968 à 71 ans, a situé la plupart de ses romans pour enfants et adolescents, le Clan des sept, le Club des cinq, les Mystères.

Thomas Hardy était un enfant fragile. Marié deux fois, il n’a jamais eu d’enfant. Il était plus sentimental qu’attiré par le sexe. Il a été ami d’hommes notoires comme Lawrence d’Arabie, Yeats, Rudyard Kipling. Très porté sur la privacy, il a planté autour de la maison, qu’il a fait construire sur ses propres plans en briques rouges, deux centaines d’arbres pour cacher la vue. Le corps de logis de Max Gate est flanqué de deux mini tourelles d’angle, avec un cadran solaire sur celle de droite. Il l’a agrandie plusieurs fois, d’où ces ajouts en boursoufflures sur l’arrière, et une véranda. Sur l’avant, outre l’allée qui conduit à la grande entrée, une pelouse où jouer au croquet ou au tennis.

Sa salle à manger était équipée aux fenêtres de volets, du bas jusqu’à mi-hauteur, afin que les personnes qui passaient ne puissent voir celles qui étaient à l’intérieur. Pour se cacher, rester cosy. Murs sombres, mobilier sombre et profusion de bibelots et vaisselle. Du fouillis victorien. Dans le salon, aux meubles rapportés, un chien en peluche rappelle son favori, Wessex. Un cimetière des chiens est d’ailleurs sous les arbres, dans le parc et la plaque tombale dressée du « fameux » Wessex, 1913-1926 est bien nettoyée. À l’étage est son petit bureau ouvert sur le jardin, avec deux vitres sans croisillons au niveau des yeux pour ne pas avoir l’impression d’être dans une prison. Il n’a écrit là que des poèmes, dont une vingtaine sur Emma, sa première femme, décédée. Une vieille bénévole du National Trust nous lit un interminable poème qu’Anne-Cécile finit par interrompre en lui disant que nous n’avons pas beaucoup de temps. Dans la chambre, un lit double en bois sombre et une commode à vanité avec miroir.

Thomas Hardy, né en 1840 était un écrivain et poète connu pour ses romans réalistes et ses poèmes influencés par le romantisme. Originaire du Dorset, il critiquait la société victorienne, notamment le déclin des populations rurales. Bien qu’il se soit considéré surtout comme poète, il est devenu célèbre grâce à ses romans avant de se consacrer exclusivement à la poésie après 1896. Ses thèmes récurrents incluent la souffrance, le destin, et les contraintes sociales (Tess d’Uberville, Jude l’Obscur). Ses poèmes expriment souvent des émotions profondes, notamment après la mort de sa première épouse, Emma Gifford. Hardy a également été impliqué dans la préservation des bâtiments anciens et a reçu de nombreuses nominations pour le prix Nobel de littérature – sans jamais l’avoir jamais obtenu. Il est enterré en partie à Stinsford et en partie à l’Abbaye de Westminster. Ses maisons, Hardy’s Cottage et Max Gate, sont aujourd’hui gérées par le National Trust.

Thomas Hardy est mort ici, à Max Gate, en 1928. Il avait prévu un escalier assez large pour passer son cercueil sans devoir le lever ou l’incliner. Les meubles sont presque tous reconstitués car la femme de Thomas Hardy avait tout bazardé après sa mort.

Tes d’Uberville, film de Roman Polanski chroniqué sur ce blog :

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Jane Austen à Winchester

Nous allons jusqu’à Winchester dans un paysage vert et boisé, C’est la capitale du royaume du Wessex, du VIe au XIe siècle. Sa cathédrale gothique (payante à la visite) a été construite sur les ordres du premier évêque normand Vauquelin en 1079, après que Winchester fut devenue la capitale de l’Angleterre vers 828. Elle a été bâtie à proximité d’une première cathédrale de 648, nommée Old Minster, démolie en 1093. De style normand, gothique « perpendiculaire », cette cathédrale a accueilli de nombreux événements importants (couronnements, mariages princiers). Une pelouse devant elle accueille des étudiants des deux seuls sexes autorisés par Trump, qui discutent assis au soleil comme toute la jeunesse du monde.

Sa nef aux douze travées forme une véritable forêt de pierre où les frondaisons des croisées d’ogives font comme des arbres dont les faîtes s’entremêlent. Elle recèle la tombe de Jane Austen, une faveur exceptionnelle due aux relations de ses frères aînés avec le clergé, notamment son aîné Henry. Elle fut le dernier civil à être enterrée à l’intérieur de la cathédrale. Nous marchons sur sa pierre tombale, tandis qu’un monument sur le mur est orné d’une plaque qui rappelle son nom et son œuvre. L’inscription sur la tombe mentionne : « En mémoire de Jane Austen, plus jeune fille du dernier révérend George Austen, ancien recteur de Steventon dans ce comté. Elle a abandonné la vie le 18 juillet 1817, âgée de 41 ans, après une longue maladie supportée avec la patience et la foi d’une chrétienne. » Suivent deux paragraphes de compliments. Sur la plaque de cuivre, d’autres compliments, qui se terminent par une citation des Proverbes : « Elle ouvre sa bouche avec sagesse et dans sa langue est la loi de la gentillesse. »

D’autres tombes sont ici, d’évêques, d’officiers militaires, et même celle du roi Canute. Il s’agit du viking Knut le Grand, fils cadet du roi Sven à la Barbe fourchue mort le 12 novembre 1035. Il est roi d’Angleterre à partir de 1016, roi de Danemark à partir de 1018 environ et roi de Norvège à partir de 1028. La tombe d’Henri de Blois, évêque de Winchester, 1129-1171. Puis celle de William de Waynflete, évêque de 1447à 1486, directeur du collège de Winchester, chancelier d’Angleterre et fondateur du Magdalen College d’Oxford. Et le tombeau en pierre de Stephen Gardiner, évêque de Winchester de 1531 à 1551 et de 1553 à 1555. Il a été secrétaire du roi et chancelier. Il a marié en juillet 1554 dans cette cathédrale le prince Philippe d’Espagne et la reine Mary Tudor.

Le chœur est le plus vieux des grands chœurs médiévaux d’Angleterre à avoir subsisté sans changement. Au centre de la cathédrale, dans la partie ancienne, une poutre romane aux trois niveaux. Sous une arche, dans la Chapelle du Saint Sépulcre, des fresques du début du XIIIe siècle montrent la déposition et la mise au tombeau de Jésus, ainsi que le Christ en gloire. Une chapelle dite « des anges gardiens » a été peinte en 1240 par le peintre du roi, Maître William. Il y a en effet une myriade de faces d’anges habillés au plafond. Des fonts baptismaux du XIIe en marbre de Tournai décrivent des scènes de la vie de saint Nicolas. Une statue en bronze est dédiée au scaphandrier Willim Walker, qui a sauvé la cathédrale de l’inondation en plongeant durant des jours pour renforcer ses fondations de 1906 à 1911.

Les rues de la ville sont ensoleillées. Des lycéens sortent en cette fin d’après-midi d’avril, en uniforme ou en simple T-shirt moulant. Il fait toujours grand soleil et du vent. Un kid cricket joue sur une pelouse en polo à col ouvert et en short. Nous faisons un détour vers le Winchester College, école secondaire réputée de la ville. Les maisons à pans de bois, soubassement de briques rouges et murs chaulés blancs, gardent un ton normand. Nous allons au numéro 8, College Street, voir la façade de la dernière maison que Jane Austen a habitée quelques mois avec sa sœur Cassandra pour se faire soigner en mai 1817. Elle y est morte le 18 juillet, à l’âge de 41 ans seulement et son cercueil a été transporté jusqu’à la cathédrale, porté à l’épaule par ses frères. Résidence privée, la maison ne se visite pas. Elle est d’ailleurs à vendre, les propriétaires ne goûtant probablement pas tous ces gens qui ne cessent de défiler devant en reluquant l’intérieur. Sa façade blanche aux trois niveaux, avec une fenêtre en bow-window, est sobre et sans cachet. Une maison fonctionnelle faite pour habiter. La librairie P.G. Wells se tient dans la même rue, très connue des étudiants du College. L’une de ses vitrines est évidemment consacrée à la gloire locale et une sculpture en résine représente Jane Austen en train d’écrire sur son fameux petit guéridon à douze pans – comme des douze travaux d’Hercule.

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Jane Austen maison de Chawton

Nous allons dans le Wessex, le Devon, et les Cornouailles, sur les pas de Daphné du Maurier, Agatha Christie, Jane Austen, Thomas Hardy, Samuel Taylor Coleridge et John Milton. A l’arrivée à la gare de St-Pancras à Londres, le car nous attend, conduit par Patrick. Ce premier voyage est (bien) organisé par l’agence Intermèdes avec Anne-Cécile Véron, diplômée d’histoire de l’art, enseignante à l’Ecole du Louvre.

Direction Chawton, pour voir la maison où habitait Jane Austen. Nous commençons par déjeuner au pub en face, le Greyfriar – le frère gris, probablement de l’ordre cistercien. Le pub est bondé à l’intérieur de tous les touristes anglais qui viennent visiter la maison.

La maison de Jane Austen, où elle a habité de 1809 à 1817, est en briques rouges de plain-pied sur la rue. Elle est flanquée d’un petit jardin avec quelques arbres, et de dépendances qui servent aujourd’hui de boutique. Une plaque sur la façade indique que Thomas Edward Carpenter en a fait dont en 1949 à la mémoire de son fils le lieutenant Philip John Carpenter du East Surrey Regiment mort dans l’action en 1944 au lac Trasimène. C’est une maison de campagne où le chauffage n’est assuré que par des cheminées au bois en briques rouges, et où les pièces sont réduites pour garder la chaleur. Le climat réchauffé d’aujourd’hui ne doit pas faire illusion sur celui sévissait hier. Deux kids en short et T-shirt qui baguenaudent parmi les touristes auraient été habillés de gilets et de vestes ainsi que de pantalons et de bonnets, à l’époque.

Nous parcourons la cuisine, la salle à manger, le coin où Jane écrivait sur son mini guéridon dodécagonal, le piano-forte où elle jouait tous les matins sous des gravures de paysage et un tableau de petites filles (peut-être elle et sa sœur Cassandra). Elle était une tante aimée d’une trentaine de neveux et de nièces.

Dans la cuisine, de la porcelaine bleue et un cahier de recettes de ménage écrites à la main, ouvert sur la recette du blanc-manger. Dans la salle à manger, toujours de la porcelaine bleue et une soupe de poireaux pommes de terre. Jane débutait sa matinée par jouer du piano avant de préparer le petit-déjeuner ; elle veillait aussi sur les stocks de thé, de sucre et de vin. Le reste des tâches ménagères était dévolu à sa sœur Cassandra pour permettre à Jane d’avoir du temps pour son œuvre littéraire. Le guéridon est bien petit pour l’écriture, même si l’écrivaine rédigeait à la plume d’oie sur des papiers de petit format. Elle y voyait mal et pouvait transporter aisément ce guéridon vers la fenêtre, ou dehors s’il faisait beau. La fenêtre lui donnait vue sur la rue et les activités du village. Il a été donné en 1957 à la Jane Austen Society par la famille Knight, les descendants de son frère Edward Austen.

Il y a deux pièces en bas en plus de la cuisine, et trois chambres en haut. La chambre de Jane donne sur le jardin et comprend un lit double à baldaquin, un coin toilette dans un renfoncement à gauche de la cheminée, avec bassin de porcelaine bleue, une table de nuit et une chaise. Un portrait de Jane est dans un recoin au bout du couloir, il faut vraiment tout explorer. Il est au crayon et la montre jeune, souriante, dans une robe à col fermé et une coiffe sur la tête. C’est ce portrait, dont l’original est à la National Gallery, qui a servi au billet de 10 £ émis en 2017 pour les deux cents ans de la mort de Jane Austen. Dans une autre chambre, des lettres de Jane Austen collées aux murs.

Il fait soleil et vent. Dans le jardin, flottent sur les fils à linge des robes légères victoriennes, fleuries. Dans une dépendance, des chapeaux de paille pour se déguiser en fille du XIXe. Pour les gamins qui lanternent en attendant leurs parents, et que la culture des vieilleries ennuie, c’est déjà l’été et la mince veste de sweat tourneboulée sur les épaules ne servira que lorsque le soleil sera couché. Grêles jambes nues et torse filiforme de 10 ans, les garçons anglais sont moins sportifs et moins nourris que les nôtres. Celui que j’interroge ne sait même pas le nom du village qu’il visite. Il se contente de suivre ses parents.

Jane Austen était grande randonneuse et elle faisait de nombreuses promenades autour de son cottage. Selon Anne Cécile, le personnage d’Élisabeth Bennett dans Orgueil et préjugés est peut-être le plus proche d’elle.

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