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Nuit dans le vieux cimetière

Nous traversons en deux groupes sur une barcasse venue nous prendre, en direction de la péninsule de Dunquin que l’on aperçoit en face. L’herbe est mouillée de rosée et le soleil déjà haut fait vrombir les insectes. Dès que les autres sont arrivés, nous pique-niquons face à l’île. A un quart d’heure de là un pub nous attend pour prendre « le café ». Il est infect, comme dans tous les pays anglo-saxons. Je prends donc une Guinness à la couleur et à la consistance de l’expresso auquel je rêvais. Une famille croque une corbeille de sandwiches à la tomate achetés au bar, près de nous. Parmi les trois petits enfants, un vif Ronan, blond de quatre ans.

Nous grimpons la montagne dans les nuages qui se sont levés. A la redescente, de l’autre côté, nous devons sauter clôture sur clôture, le tout en solides barbelés. Le camping est en bord de mer, près d’un lotissement (et d’un pub) à la pointe de Ballydavid. Nous ne sommes pas seuls à planter nos tentes ici. Deux jeunes aux débardeurs craqués sur le sternum, pour mettre en valeur les pectoraux je suppose, ont monté une tente non loin de là.

Je me fais très bien au whisky Black-Bush, à l’arrière-goût de cognac. Les autres m’agacent de plus en plus avec leurs sempiternelles références télé d’adolescents attardés, leurs bouts de chansonnettes qui tournent court et leur absence totale de conversation suivie. Christine tient une agence de voyage. Véronique employée de préfecture est cinémaniaque. Je ne sais si le fait que sa culture vienne presque exclusivement du cinéma induit sa façon de voir les choses et les autres, mais elle a le côté sautillant, superficiel, flou et intuitif des séquences filmiques. Elle est tête en l’air, saute du coq à l’âne quand quelque chose la gêne, ne réfléchit surtout pas. Au demeurant assez sensible sous ses airs de garçon manqué. Mais vraiment pas mature. Je rentre seul aux tentes. Pourquoi rester plus avec cette bande de pas finis ?

La brume qui se lève de la mer au réveil glace comme hier soir. Journée longue. Longue attente du van parti déposer la moitié du groupe loin du camp. Longue course en van, coincé à l’arrière par terre, dans la moiteur et les odeurs d’essence. Long chemin pierreux qui grimpe vers les collines. Longue pente herbeuse, abrupte, vers le sommet. Long passage à flanc de pente, éprouvant pour les chevilles. Tout paraît long, interminable. Le soleil a percé et chauffe vivement. La marche échauffe, le buste nu une fois de plus. L’escalade n’est pas payante : lorsque nous arrivons en haut des nuages se sont établis ; lorsqu’ils s’effilochent, la brume s’installe en bas. Nous pique-niquons avant une redescente plutôt glissante.

Près du village de Cloghane, deux petits chiens jouent dans un jardin, ce qui ravit Stéphane amoureux de ces bêtes. Les chiens ont deux mois nous disent trois petits garçons blond-roux qui jouent avec eux. Celui du milieu, de 9 ans à peu près, porte à même la peau un pull léger trop grand à col en V. Le camp est installé près du pub, au fond de l’anse, dans un pré à moutons. La marée s’est retirée et laisse l’estran sale. Jolis trémolos d’oiseaux de mer. Je suis incapable de mettre un nom sur ces volatiles chanteurs.

L’inconsistance du groupe me fait effectuer un tour solitaire dans le village, pour voir le vieux cimetière dont nous a parlé Stéphane. L’église s’écroule, nul ne sait pourquoi me dit-on. Reste le clocher cassé et, dans le clos, des tombes massives en ciment que les plantes fendent peu à peu. Une tombe a sa porte ouverte. J’aperçois à l’intérieur des cercueils pourris, des côtes, des crânes. Impression d’abandon. Brumes sur les lointains du paysage. Dans le village, la vie s’accroche : deux jeunes garçons me croisent en vélo, deux frères, l’un blond, l’autre brun, l’un au tee-shirt rouge, l’autre noir. Tous deux robustes, chacun une médaille de fer blanc ovale au cou.

Ce soir, Tom nous fait un ragoût irlandais avec pommes de terres, carottes, oignons, mouton. L’Irish stew est un genre de pot au feu à la sauce très allongée. A l’air, il est agréable de manger chaud et savoureux. Je tenterai au retour une recette plus traditionnelle, délicieuse si elle est arrosée de bière rousse Smithwick. En cocotte allant au four, j’ai mis une couche de pommes de terre en rondelles, recouverte d’une couche d’oignons émincés, un peu de thym, puis l’agneau en morceaux. Après assaisonnement de sel et de poivre, j’ai ajouté une seconde couche d’oignons et de thym, puis recouvert le tout de pommes de terre entières. Un peu d’eau pour couvrir. Chacun peut ajouter des carottes mais ce n’est pas la « vraie » recette, selon Monica Sheridan. Le pays était pauvre. Il est préférable de cuire les carottes à part si l’on en met car elles changent le goût. Une fois la cocotte soigneusement fermée, faire cuire au four moyen (180°) pendant eux heures et demie. L’agneau fond sous la dent.

Nous allons ensuite au pub. Il est envahi de locaux à casquettes qui reviennent d’un enterrement et ont besoin de noyer leur chagrin. Ils chantent. Nous tentons de pousser aussi la chansonnette mais, comme personne n’est capable de se souvenir jusqu’au bout d’une seule chanson à cause de l’éducation nationale en France, nous terminons par la Marseillaise (le premier couplet seulement). Le chant plaît aux Irlandais qui le chantent un peu aussi mais n’ont pas l’air de savoir plus que nous les paroles (il est vrai pour eux dans une langue étrangère).

Au pub, le whisky se boit à température ambiante, allongé d’un peu d’eau froide pour faire durer mais cela fait moins viril. Les connaisseurs boivent la première dose avec un peu d’eau glacée pour ne pas brûler les papilles, puis leur seconde dose sec. La bière, par pinte dans chaque chope (0.57 litre !), oblige à visiter les toilettes. Ce sont de véritables cathédrales : la dalle des pissotières fait bien deux mètres de hauteur et un rideau d’eau l’arrose en permanence depuis le plafond. Ce n’est pas un recoin planqué sous l’escalier comme dans les mesquins cafés parisiens mais une pièce à part entière que les clients visitent plusieurs fois dans la soirée.

Je reviens au camp retrouver Emmanuelle qui a déjà quitté le pub. Au retour, les autres qui sortent veulent jouer à se faire peur et voir le lieu hanté dont leur a tant parlé Stéphane. L’enclos est désert, à l’écart du village. A la lumière rare des lampes électriques, l’église écroulée et les tombes en ruines prennent des airs chimériques. Un jour de tempête lorsque hurle le vent et que fouette la pluie en rafales, le lieu doit être peu rassurant. Une scène des Contrebandiers de Moonfleet se passe dans un tel cimetière. John en chemise blanche sans veste, courageux comme un boy anglais malgré ses dix ans, s’en tire très bien.

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Curry

Vous pouvez bien-sûr acheter du curry tout fait en pot d’épice et en ajouter un cuiller à soupe dans votre sauce. Mais il est nettement meilleur de le faire soi-même ! Concocter un plat indien dit « curry » n’est pas compliqué. il faut seulement ne pas se mélanger les épices.

D’abord réaliser la sauce ; puis ajouter la protéine – qui peut être du poisson blanc, du poulet, de l’agneau – ou les légumes ; enfin songer à la garniture.

Une sauce pour quatre personnes exige oignon, ail et gingembre dans de l’huile. C’est la base. Le reste des épices vient ensuite.

Emincez 2 gros oignons, 4 gousses d’ail et 1,5 cm de gingembre frais épluché.
Faites chauffer 4 cuillers à soupe d’huile (arachide ou tournesol) ou du beurre clarifié (fondu puis filtré), faire revenir 20 mn l’oignon à feu doux sans le brunir.

Ajouter ail et gingembre bien hachés puis les épices, en commençant par 2 cuillers à café (rases) de coriandre en poudre. Remuer le tout 1 mn.
Ajouter 1 cuiller à café (rase) de curcuma en poudre, 1/2 cuiller à café de cumin en poudre (ou en grains passés au moulin à poivre), 1/2 cuiller à café de paprika (doux). Si vous aimez le piment, remplacez le paprika par du miment en poudre ou en pulpe – mais dosez-le en petite quantité ! Le piment prend vite sa force en cuisant. Un curry sans aucun piment est très courant et ne sacrifiez pas au préjugé qu’un curry se doit d’arracher la bouche.
Mélangez puis ajoutez 4 tomates épluchées et épépinées en morceaux (ou 1/2 boite de pulpe de tomate) et 20 cl (1 verre normal) d’eau.
Pour éplucher les tomates, plongez-les dans l’eau bouillante 2 mn puis rincez à l’eau froide avant d’enlever la peau.
Mélangez et laisser cuire (toujours à feu doux) 5 mn.

La sauce est prête. Le sel n’est pas indispensable, sauf pour les addicts.

Cette sauce peut être préparée la veille puis mise à réchauffer, ou préparée en grande quantité puis congelée en portions pour 2 ou 4 selon les convives.

Une fois la sauce prête et chaude, vous pouvez ajouter l’ingrédient carné ou végétarien pour le cuire – toujours à feu doux.

Chacun nécessitera un peu d’eau en plus de façon à couvrir les éléments. Le poisson est celui qui n’exige aucun liquide en plus – il rend lui-même de l’eau. Les légumes farineux (haricots, pommes de terre, carottes, …) en demandent l’équivalent d’un verre et la viande un peu plus suivant la longueur de la cuisson et la taille des morceaux. Vous pouvez en rajouter en cours de cuisson à condition de la faire chauffer à frémissement avant de la verser.

Le temps de cuisson dépendra de chaque ingrédient, court pour le cabillaud ou équivalent 6 mn (et encore plus court pour le saumon ! pas plus de 4 mn), plus long pour les légumes (20 mn au moins), encore plus long pour la viande (poulet 20 mn, agneau 30 mn). Seul le poisson demande de ne pas trop cuire (il se délite), la viande supporte des cuissons longues.

Vous pouvez ajouter de la coriandre hachée fraîche à la fin, mais ce n’est pas indispensable. J’en mets moi-même très peu, pour la couleur verte plus que pour le goût car je trouve qu’il est trop fort. Vous pouvez la remplacer par un peu de persil (pas trop).

Si vous servez un curry uniquement de viande ou de poisson, vous pouvez servir une garniture de légumes cuisinée à part : riz, pommes de terre, mélange de carottes, courgettes, aubergine, des épinards aux pignons de pin, et ainsi de suite.

Car « le curry » est comme la potée, le pot-au-feu, la paella ou la chaudrée : vous mettez ce que vous avez dans la sauce.

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Inviter à l’agneau braisé

Dans cet hiver interminable du mois d’avril, ni froid ni chaud, cuisiner roboratif en pensant aux saveurs du sud paraissait tout indiqué. C’est ainsi qu’amphitryon ai-je régalé récemment mes convives. Quelques cannelés salés au chèvre et dés de courgette au cumin avec le champagne d’apéritif, puis des Saint-Jacques aux algues de Roscoff en croûte feuilletée, avant l’agneau braisé et ses aubergines à la tomate.

canneles sales aperitif

Pour l’agneau, choisir de l’épaule. Le gigot est possible mais plus dur et le collier possible aussi mais assez gras. Vous pouvez prendre une épaule désossée (300 g par personne environ, la viande réduit à la cuisson) ou mélanger les morceaux (épaule, collier, gigot) – 1.3kg pour 4. L’important est de couper le tout en morceaux de 8 cm à peu près, pour une cuisson uniforme.

En cocotte de fonte, mettez deux cuillerées à soupe d’huile d’olive, écrasez en chauffant à feu moyen 5 à 10 filets d’anchois et du piment (ou du poivre), puis faites colorer la viande 5 à 6 mn en retournant les morceaux une fois ou deux. Ne salez pas, les anchois s’en chargent…

Versez alors 25 cl de vin blanc sec (ou rouge corsé selon vos goûts), 3 gousses d’ail écrasées (selon grosseur, en gros 1/3 de tête d’ail). Couvrez, mettez à feu doux et laisser à couvert 1 ou 2 heures. Si votre feu est doux (2 ou 3 sur 10 par exemple), la viande n’attachera pas.

agneau en train de braiser

Une fois cuite, retirez la viande et faites réduire la sauce à grand feu jusqu’à ce qu’il en reste de quoi juste recouvrir la viande. Versez dans un verre une cuillerée à café de farine délayée dans un peu d’eau froide (ou de prunelle, ou de marc, c’est meilleur), ajoutez une cuillerée à café d’origan séché, remuez bien, puis versez le tout dans la sauce en train de réduire. Éteignez le feu et laissez cuire 3 à 4 mn en remuant.

Remettez alors la viande, enrobez-là bien de sauce – c’est prêt. Si, comme moi, vous avez fait ce plat à l’avance, réchauffez la cocotte fermée dans un four à 150° durant 15 mn, ce sera parfait.

Pour les aubergines à la tomate, rien de plus simple.

aubergines en tranche cuites au four

Comptez une demi-aubergine par personne, coupez-les en quatre dans la longueur (sur 1 cm d’épaisseur environ). Salez-les au sel fin puis frottez les tranches les unes sur les autres afin de faire pénétrer. Laissez dégorger une heure. Non pas tant pour « enlever l’amertume », comme il était de mise autrefois, que pour éviter que vos tranches d’aubergine ne servent d’éponge à huile !

Une fois dégorgées, essuyez rapidement l’eau sortie des tranches d’aubergine avec un papier absorbant, coupez les tranches en 2 pour avoir deux morceaux d’environ 10 x 6 cm, plus faciles à cuire. Faites chauffer 2 à 3 cuillerées d’huile d’olive dans une poêle large et faites frire à feu moyen (pas trop chaud !) en retournant une fois. Ne superposez pas les morceaux, procédez en deux fois si nécessaire. La cuisson complète devrait durer 15 mn environ. Pour ma part, ayant beaucoup d’aubergines, j’ai utilisé la plaque dans le four mais, si la cuisson est moins grasse (tranches huilées au pinceau), elle dessèche plus le légume et dure plus longtemps (environ 25 mn à 180° chaleur voûte et sole).

coulis de tomate

Préparez un coulis de tomate, soit avec des tomates fraîches en saison, soit avec une boite de tomates pelées pour 4 personnes (400 g). Dans une poêle ou une casserole à fond large (pour l’évaporation), mettez une cuillerée à soupe d’huile d’olive, faites revenir un oignon et deux gousses d’ail, le tout haché, avec une cuillerée à soupe d’eau pour éviter de brûler. Une fois l’oignon devenu transparent, en quasi purée, ajouter un peu de thym sec ou d’origan, puis versez les tomates épluchées ou la boite de tomates pelées puis faites réduire à feu moyen une dizaine de minutes. Salez (pas trop), poivrez. La sauce doit rester liquide mais épaisse.

coulis de tomate et basilic

Dans un plat à four, versez la moitié de ce coulis, puis les aubergines frites, des feuilles de basilic déchirées (ou du basilic sec faute de mieux, mais pas trop, le sec ayant un goût plus fort). Complétez avec le reste du coulis de tomate, qui doit recouvrir les demi-tranches d’aubergine. Parsemez alors de mozzarella, de brousse ou de feta (je préfère ce fromage, la mozzarella étant trop caoutchouteuse si elle n’est pas de très bonne qualité), un peu de parmesan, ou une chapelure de biscottes écrasées avec le parmesan râpé – à votre guise. Mettez au four 35mn – et voilà !

aubergines pretes a enfourner

Agneau braisé plus aubergines à la tomate font un alliage de saveurs délicieux. Servez avec un vin rouge assez fort, type Cahors ou Chianti, ou un vieux Bordeaux, et vous atteindrez un stade proche de l’extase.

Rien n’est difficile, tout peut être fait à l’avance et réchauffé au four traditionnel un quart d’heure avant de dîner, pendant l’apéritif. Évitez le micro-onde pour les aubergines, elles deviennent molles ; la viande peut l’accepter mais le four tradi haut et bas ou chaleur tournante est meilleur.

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Montcuq à toutes les sauces

Vendredi 26 août 2005

Que je vous parle un peu des ventrées de Montcuq. Le pays est plaisant, comme vous l’avez compris, entre Garonne et Périgord, bordé de vignes de part et d’autres, en plantant sur son sol. Ses vallées ont le sol riche et les échanges ne cessent point entre les fleuves et les chemins. Quant aux recettes, elles se transmettent et s’enrichissent du savoir des pèlerins de saint Jacques, apportant là le piment, ailleurs le fromage ou ce goût d’huile d’olive, tous produits que la région ne connaît point, de tradition.

Dès le premier soir à quelques-uns des blogueurs, la veille du jour J de ce 18 août premier anniversaire, ne sachant que faire et surtout pas nous séparer, nous qui venions de nous rejoindre, nous battîmes des mains à l’invitation fort chevaleresque de Jean-Louis Hussonnois d’aller voir en son gîte. Ils n’eurent été que deux à une tablée de Belges et nous vînmes en renfort pour la plus grande joie de tous. A la nuit bien tombée, sans que la lune fut levée, difficile aux gastropèlerins que nous fûmes de trouver l’étroite entrée du Moulin de Tauran. Après une pointe au-delà des limites autorisées puis avisé par les rougeurs d’arrière que la sente se trouvait fort près, je garais mon destrier couleur d’armure auprès d’autres montures, alors au picotin. Nous pénétrâmes en ligue sous le vaste hangar éclairé de quelques torches à incandescence. Dehors eût mieux convenu aux pèlerins qui les suivent mais les étoiles s’étaient faites rares, cachées de lourdes tentures nébuleuses qui n’attendaient que notre défi pour pleurer leur dépit.

gite du moulin de tauran

Gloire à la cuisinière ! Les recettes étaient aux fruits, de saison et du pays, mitonnées avec amour du créatif et du désir de plaire. Malgré nos heures de route et nos pensées ailleurs, les papilles ont connu la joie.

Apéritif maison, le vin de pêche est composé de vin du pays dans lequel ont macérées des feuilles de pêcher, le tout filtré et additionné de sucre, peut-être d’un trait d’eau de vie pour corser. Les enfants avaient du jus de pomme. L’entrée de melon en billes était parsemée de menthe fraîche poussant à la roue du moulin et, discrète originalité gustative, de billes de terrine de saumon pour un léger sucré-salé. N’oubliez pas que le saumon est élevé en Gironde, région fort proche. Pour compléter, un pâté de lapin du pays était accompagné d’un confit de poivrons verts aux agrumes doux-acide dont le contraste allait merveilleusement au palais.

montcuq peches cul

Ont suivi des aiguillettes de canards élevés dans le Lot, cuites simplement aux pêches de Montcuq. Et là, comme par un fait exprès, ces pêches plates avaient la forme requise. Imaginez une paire de fesses bien galbées dont le pédoncule vous regarde : telle est bien la pêche de Montcuq ! Cuite doucement avec un peu de graisse de canard, elle conserve la viande tendre et agrémente la saveur de gibier d’un peu d’acide tendresse. Un délice ! Le dessert était plus simple, une semoule au lait agrémenté de chocolat, mais se devait d’être léger pour terminer l’abondance. Le vin des Coteaux du Quercy se laissait boire.

vin des coteaux du quercy

Encore un grand merci à Jean-Louis (qui signe jlhuss) de cette délicate invitation ! Son blog A©tu bien pris tes comprimés [désormais fermé] est d’ailleurs un mélange d’intérêts et de styles qui s’apparente à la bonne cuisine. Qu’on se le dise.

Cette région agricole fait pousser le melon du Quercy, Identification Géographique Protégée (IGP, comme disent les fonctionnaires). Elle produit aussi la truffe noire et le safran label rouge. L’on y chasse le sanglier nourri de glands de chênes (quercynus en latin) depuis la préhistoire mais aujourd’hui oies et canards y sont à la fête, élevés et engraissés pour leur chair à confits, magrets et gésiers, et leur foie à faire gras. L’agneau fermier est aussi IGP que le melon, même si le mélange des deux n’est sans doute pas très heureux en cuisine. Le veau sous la mère est d’invention plus récente, labellisé rouge pour faire politiquement à la mode. Le chasselas de Moissac, AOC, se laisse manger tout comme la prune dont Agen a fait sa spécialité IGP. Proches, la noix et le cèpe du Périgord se mêlent harmonieusement dans ce pays sans huile d’olive. Manquent les fromages, hors le Rocamadour, précédente étape pèlerine qui l’a ici importé dans les usages.

En revanche, l’on y découvre une débauche de vins divers, depuis le Cahors AOC au cépage Malbec, au Coteaux du Quercy simple VDQS et les vins du Lot de toutes couleurs, à consommer plutôt dans l’année. Bergerac, comme Bordeaux, ne sont pas loin. Le Cahors, florissant au moyen âge, a été éradiqué par le phylloxéra en 1868. La République triomphante n’avait rien vu et n’a rien fait, suivant une tradition française désormais établie de mépris tout religieux puis étatique pour tout ce qui est réputé « économique ». Le vin s’est délocalisé à Bordeaux. Il a fallu attendre la renaissance politique de l’après Seconde Guerre mondiale et l’enthousiasme d’anciens Résistants, pour voir renaître le cépage, dont l’essor date des « années Larzac » du retour aux traditions et aux terroirs. Pour la bonne cause anti-nivellement des cultures et standardisation des goûts. Le « je suis le représentant de la France à moi tout seul » et le « je ne veux voir qu’une tête » sont les plaies du modèle politique jacobin français.

Les fraises des vallées du Lot et de la Dordogne permettent une recette où le radicalisme du melon s’allie au rose de Fraise pour un programme fédératif goûteux, au moins aux papilles sollicitées.

salade de gesiers

Le menu officiel au Café de France, lors de la journée du 18, était plus classique, à 13 euros seulement, 15 avec le vin. Salade de gésiers confits (lardons pour les derniers), confit de canard (il y avait d’autres choix mais pas en nombre suffisant), croustade aux fraises (en hommage à notre Premier ?). Le dîner a été plus ouvert – et plus cher. Je me suis contenté d’un seul plat de lotte à la tomate confite et au piment d’Espelette, pas très régional mais fort bien cuisiné.

verres et vin

En notre pays si critiquable, la convivialité passe par le partage des viandes et du vin, le tout rendant propice l’accueil des idées et le plaisir de la conversation. Conservons au moins cela que les austères Anglo-saxons des tables voisines (ce n’étaient point des Belges) nous ont envié !

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Déjeuner de vacances

Farniente ? Plage ? Gosses ? Trop de soleil ?

– Mangez léger, des produits simples, de la mer ou des salades aux herbes du jardin.

C’est ainsi que nous fîmes, en bord de mer, quelque part sur la côte atlantique, bien au sud de la Bretagne.

Apéritif de vin blanc. Certains ajoutent un fond de cassis pour la couleur… et pour le goût, le blanc girondin étant peu corsé.

Cueillir la menthe, un gros bouquet pour le « taboulé ». En fait de semoule, nous avions du quinoa et la recette libanaise fut adaptée largement ! Nous avons mis dedans les restes avec les herbes du jardin : menthe fraîche et persil plat. Des tomates et un poivron rouge coupé en tous petits dés, un jus de citron mixé avec un avocat qui traînait et les herbes. C’était délicieux. Ah oui ! un détail : faites griller des graines de sésame à sec dans une poêle et mixez-les avec du sel. On appelle ça du « gomasio » au Canada, pays très multicuisines. Assaisonnez votre quinoa comme ça et tout ressort plus vif.

Pour la suite, des huîtres, des n°4 du bassin d’Arcachon bien laiteuses et pleines. Juste comme elles sont, sans citron ni hachis d’échalotes, plutôt recette bretonne.

Ensuite brochettes d’agneau grillées au barbecue de pommes de pin maritime.

Accompagnées de courgettes (épluchées et lavées pour cause d’escherichia hémorragique) et cuites 10 mn au moins à la vapeur (pour tuer les bêtes, 12 mn seraient mieux). Mais elles étaient bio et déjà essayées.

En dessert ? pas de dessert, nous ne sommes pas fans. Un yaourt pour les gamins et des cerises pour les adultes, plus un carré de chocolat noir 90% Lindt avec le café.

Ça vous dit ?

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