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Monastère arménien de Khor Virap et vin d’Aréni

Belle vue sur l’Ararat, mont pastel sur ciel pervenche. Le monastère de Khor Virap dresse ses murs de basalte sur la plaine à son pied, côté arménien, au bas de la citadelle antique d’Artachat et sur la rive gauche de la rivière Araxe. Le nom de Khor Virap signifie « fosse profonde », le lieu ayant servi d’oubliettes à Grégoire l’évangélisateur (257-334).

Son père a assassiné le roi au IIIe siècle après. La nourrice du fils encore bébé, s’est enfuie avec lui à Byzance pour le protéger. L’enfant grandit à Césarée, devient chrétien. Adulte, il revient en Arménie pour l’évangéliser. Tiridate, nommé par l’empereur Dioclétien (284-305), invite Grigor à sa cour. Lors d’une cérémonie païenne, Grigor refuse d’enguirlander une idole. Condamné pour sa foi chrétienne et parce que fils de l’assassin du père du roi, il est jeté aux oubliettes. Il survit treize ans, nourri par une vieille. Cet exploit médical lui vaut d’être tiré de sa fosse sur un rêve de la sœur de Tiridate. Il serait le remède pour guérir le roi de son mal d’amour pour une vierge chrétienne ! Ce qu’il réussit sans peine selon l’hagiographie, lui montrant que la vierge en question consentirait à être violée par le roi s’il se convertissait au christianisme… Vertu des femmes plus que révélation : le roi se convertit en 301, entraînant tout le pays avec lui comme c’était la coutume. L’Arménie s’enorgueillit de ce record supplémentaire, dont son identité menacée est friande : elle est « le premier pays » à avoir été christianisé, avant le monde romain en 312 (sous Constantin).

Tous les bâtiments qu’on visite aujourd’hui sont du 17ème siècle ; le reste a été détruit par les diverses invasions musulmanes et mongoles. La chapelle élevée sur la fosse de Grégoire date de 1632. Un puits mène aux profondeurs mais l’escalier à vis est vraiment très étroit. De petits oiseaux, peut-être des moineaux, nichent entre les pierres du mur extérieur. Ils piaillent et se battent à grands cris devant les visiteurs. Cela donne de la vie aux vieilles pierres religieuses. De quoi compenser tout un panneau d’interdictions pour apprendre la pudeur aux touristes !

Du sommet rocheux voisin, nous avons une belle vue sur les bâtiments du monastère, sur le mont Ararat en Turquie et, de l’autre côté, sur le cimetière massé près du lieu saint pour bénéficier de son aura. Les cimetières ne sont jamais à étages, pas de caveau de famille aux cercueils superposés. Pas de concession temporaire mais une tombe pour l’éternité, comme chez les Juifs. Ils prennent donc de la place en ville et de bonnes terres agricoles près des monastères.

La région frontière que nous longeons avec ses miradors est riche de fruits. Pommes, poires, pêches, cerises, il y a de tout et des conserves artisanales au bord de la route sont proposées par les paysans. L’Arménie est un pays autosuffisant en fruits et légumes, sauf pour le blé où 35% seulement des besoins sont produits sur place.

La légende veut que le pays ait cultivé la première vigne, avec Noé. On sait qu’il s’enivrait souvent et que ses fils l’ont vu nu un soir qu’il était bourré. Horreur sacrée pour la religion judaïque ! Le corps, quelle pourriture ; la nudité, quelle offense ! Dionysos savait déjà que le vin libère les pulsions. La vieille religion patriarcale des interdits, de Noé à Freud, n’a pas finie de névroser les peuples.

Mais il n’est pas facile, en pratique, d’élever le vin en Arménie. Le pays est constitué de hauts plateaux à plus de 1000 m qui gèlent en hiver. Les vignerons obstinés doivent donc enterrer les pieds de vignes à la fin de l’automne pour les protéger du gel, puis les déterrer au printemps, ce qui fait beaucoup de frais en main d’œuvre. Le vin rouge réussit cependant à être produit pour faire la nique aux musulmans de l’autre côté des frontières sud (Turquie, Iran, Azerbaïdjan). Il est exporté surtout vers la Russie. S’il a assez de sucre pour titrer 12 ou 13°, il n’est pas très bien vinifié et se garde mal. Les vins sont les produits de cépages locaux peu connus dans le reste du monde. Un cépage porte le nom d’Areni, il résiste à 1300 m d’altitude. Les rouges sont les plus proches de nos goûts et les vins blancs ont une saveur acide de presque cidre. On dirait le verjus d’autrefois. La chaleur du pays et l’absence de technique vinicole peuvent expliquer la mauvaise garde.

La réputation de l’Arménie s’est faite surtout par le « cognac », dont les Soviétiques étaient fort friands. Depuis la fin de l’URSS, l’appellation « cognac » n’est plus autorisée et le breuvage est devenu « brandy ».

Nous visitons une cave et goûtons le vin rouge d’Areni 1991, année de l’indépendance de la nouvelle république. Il a donc vingt ans et le gérant (qui n’est pas le propriétaire des vignes) nous présente ses chais et sa production. Ce vieux cru ‘Old Areni’ a encore des saveurs de framboise.

La contrée se sert de sa réputation pour produire des vins fantaisie avec les fruits locaux. Vous avez ainsi du vin de grenade, de cerise, d’abricot et de pêche, outre les vodkas aromatisées aux mêmes fruits. Pour les vins, on ajoute un tiers de raisin aux fruits sélectionnés pour réussir la vinification. Nous goûtons un peu de tout. Le vin de cerise a un fort goût de Guignolet sans sucre, assez agréable au palais. Le vin de grenade est une grenadine nettement plus âpre, il s’oxyde très vite une fois la bouteille ouverte. Le groupe achète quelques bouteilles pour rapporter au pays ou pour boire dans les jours suivants. Les soirées auront ainsi leur apéritif, la pratique montrant qu’il est vain de ramener en France un tel vin qui ne vaut pas les nôtres.

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La côte des squelettes en Namibie

La bien nommée (en anglais marin) ‘Skeleton coast’ a été appelée ainsi en raison des carcasses de bateau qui jonchent ses plages ! Les squelettes des marins naufragés sont là aussi, mais moins visibles.

Un navigateur portugais, Diego Cao posa une croix il y a 500 ans pour marquer son passage. Combien de centaines d’explorateurs et de navigateurs périrent sur ces côtes ? Un passage en avion au-dessus de ce cimetière de carcasses de bateaux échoués donne une idée des immenses étendues de sable, entre océan et dunes.

Cette côte brumeuse, inhospitalière, est souvent envahie par le brouillard.

Swakopmund est une cité balnéaire en plein désert. Cette ville a l’allure germanique et cela surprend. Elle a tout le charme d’une ville allemande : pelouses vertes bien entretenues, jardins fleuris, bâtiments modernes alternant avec l’architecture coloniale, boutiques luxueuses, galeries d’art… L’influence allemande transpire a travers la gare (1901), dans Bahnof street, sur la prison (1908), le Kaiserliches berirksgericht (1901), la Woermann haus et l’église luthérienne. Une pointe de nostalgie pour les « zum hause ».

Les dunes de Sossusvlei sont les plus hautes dunes du Namib et aussi de la planète. Elles s’élèvent à plus de 300 m et la plus grande ressemble à un gros tas de sable rouge de 350 m de haut !

Si cela vous tente, armez-vous d’une planche en bois ou d’un carton rigide, grimpez au sommet de la dune, posez votre postérieur sur la planche et… bonne descente.

Cette ceinture de dunes est a 100 km du littoral. La teinte rouge serait due a l’oxydation du sable venu du Kalahari. Jamais deux fois la même couleur – photographes, a vos appareils !

Dans le désert le plus vieux du monde, les dunes ont façonné une large vallée qui se termine par un vaste lac asséché.

Death Valley, la vallée de la mort, c’est un paysage de squelettes d’arbres, brûlés par le soleil, derniers vestiges, miraculeusement debout au milieu d’un ancien lac entouré de dunes.

Des buissons de nara (buisson épineux qui produit des fruits ressemblant au concombre et au melon dont les graines sont mangées par les namas), des acacias erioloba.

Époustouflant, presque irréel.

Hiata de Tahiti

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Être malade à Tahiti

J. est malade, il souffre le martyre depuis plus de huit jours, ne peut plus se lever sans hurler de douleur. Nous avons réussi à le faire hospitaliser en utilisant l’ambulance des pompiers, les routes sont une torture de plus pour le dos de J. Les quelques kilomètres séparent son domicile de l’hôpital ressemblent à la montée au calvaire. Des larmes pointent de ses yeux, ses doigts se crispent sur le brancard. Enfin dans un lit avec une poche de morphine. Ses nerfs lâchent, il craque et éclate en sanglots. L’hôpital, ici en Polynésie, est un lieu très particulier. On y entre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on bise les infirmières et les aides-soignantes qui sont cousins avec les malades. Ce matin, V. préoccupée part à 3 heures du matin rendre visite à son frère de lait. Ici, à la presqu’île, c’est le bout du monde. Chut ! Ne le dîtes pas car il paraît que dans le nouvel hôpital du Taone, c’est très strict… ouille, ouille, ouille.

C’est fait. Hier, avec V. nous avons parcouru les couloirs, les halls, les parkings du nouvel hôpital à la recherche du service de réanimation où se trouvait une connaissance de V. L’immeuble gigantesque en forme de nef de bateau est magnifique mais les indications pour trouver les services laissent à désirer. Durant un quart d’heure nous avons arpenté les lieux, questionné les infirmières, les malades rencontrés… pour finalement utiliser le téléphone portable et qu’on vienne nous chercher ! Quand nous sommes arrivées enfin, le malade était en soins car il avait arraché toute la tuyauterie qui le reliait aux machines.

Le manguier (vi popaa ou mangifera indica) fut introduit pour la première fois à Tahiti en 1848 par M. le contre-amiral Le Goarant de Tromelin. Les indigènes avaient remarqué la ressemblance de ses fruits avec ceux de Spondias dulcis (Vi Tahiti ou Pomme Cythère) ; ils les baptisèrent donc Vi Popa’a (Vi étranger), ce nom a été conservé. Les principales variétés de mangues récoltées à Tahiti sont pour les mangues greffées : la mangue Mission ; pour les mangues non greffées : atoni, huehue, maaro, ohurepio, opureva, painapo, tuea, tutehau. Déjà je vous avais parlé des mangues atoni d’E : une odeur merveilleuse mais beaucoup de fibres ; des mangues ohurepio de V. qui sont pour moi les meilleures ; et pour faire du pur jus de mangues pour notre malade J. nous avons décidé d’aller ramasser des mangues huehue. Deux énormes manguiers se trouvent dans le cimetière du haut. Nous nous étions munis de seaux. Arrivées sur place, il y avait des ouvriers qui travaillaient dans le cimetière.

V. me dit : « moi je vais aller parler et distraire les ouvriers pendant que tu seras ainsi libre d’emplir les seaux de mangues. Ils pourraient se demander ce que je fais tandis qu’une popa’a qui ramasse des mangues ne leur paraîtra pas bizarre… » Ainsi fut fait ! De retour à la maison, épluchages des mangues huehue… j’ai tiré 4,5 litres d’un succulent jus dont nous nous sommes régalés.

A 6 heures du matin départ pour l’hôpital nous portons à J. ce jus de mangues tout frais. L’histoire a déjà fait le tour des familles proches ! La mangue est une source de carotène (provitamine A), d’acide ascorbique (vitamine C) et de vitamines du groupe B. Le manguier est également une plante médicinale : la peau du fruit mûr a des propriétés antihémorragiques ; le noyau contient une amande amère, astringente, riche en acide gallique ; l’écorce du tronc, riche en tanins, est utilisée, en décoction pour faire des injections anti-leucorrhéiques ; la résine noire qui exsude du tronc, mélangée à du jus de citron, est employée en frictions contre la gale ; et en Polynésie le tronc est très apprécié pour la construction de pirogues. Mais pour tailler votre pirogue attendez un peu que l’arbre grandisse !

Hiata prend congé provisoirement, rendez-vous fin janvier.

Ia ora na i teie Noera e ia maitai’ i teie matahiti ‘api 2011

Hiata

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L’automne est le printemps à Tahiti

Une histoire d’ici. Il fut un temps où les prénoms français étaient à la mode ; ensuite vinrent les prénoms des acteurs de film ou de feuilleton ; actuellement ce serait plutôt les prénoms tahitiens qui seraient en vogue. Du temps des prénoms à la française, le cantonnier du coin avait doté ses nombreux enfants de prénoms tels que Georges, Gabin, Violetta, Florence, Denis, Edmée, Marcel, etc. Le hic est que l’alphabet tahitien est différent du français, la prononciation varie donc ! A la sauce tahitienne Georges s’est métamorphosé en Tihoti (dire Tchoti), Gabin en Tope (Topé), Violetta en Eta, Florence en Lolo, Denis en Teni (Téni), Edmée en Ponu (Ponou), Marcel en Mate (Maté). Essayez-vous à la prononciation !

Star est un vieux monsieur, droit comme un I, qui jardine en plein soleil torse nu, porte de lourdes  brouettes, etc. Une force de la nature, quoi ! L’autre jour à Taravao, il s’arrête chez le Chinois (le magasin) pour acheter une baguette et la Dépêche. Panique, à la sortie du magasin, sa voiture a disparu. Les mutoi farani (gendarmes) sont appelés. Le Chef envoie un gendarme à Tautira, un autre à Teahupoo, aux deux extrémités de la presqu’île. Pas de trace de la voiture de Star. Arrive  chez le Chinois une commère : 

  • « Alors, Star, les mutoi farani t’ont enfin arrêté, sacré garnement !
  • « On m’a volé ma voiture !
  • « Quelle voiture ?
    « Ma BM grise.
  • « Star, t’aurais pas bu une ou deux Hinano (bières) au réveil, parce que ta Peugeot noire elle est devant toi et on ne t’a rien volé !
    « Et moi qui croyais que j’avais pris la BM
  • Le mutoi farani (gendarme français) : « vous avez quel âge Monsieur ?
  • Star : « 86 ans.
  • « Cela peut arriver à tout le monde d’oublier quelle voiture il a sorti du garage ce matin. Bonne journée Monsieur, soyez prudent sur la route.
  • La commère : « Sacré Star, tu feras encore et toujours des farces ! T’as pas honte à ton âge ! »

Des nouvelles de la reconstruction du château de V. Il n’a plus rien à voir avec le fare dont le toit s’était envolé dans les bras du cyclone Oli en février. Tout est api (nouveau) : api les tôles du toit, api les carrelages, api les fenêtres, enfin tout ou presque sera api lors de l’inauguration en grande pompe qui ne devrait plus tarder maintenant, trois semaines au maximum. Api birthday ! Sonnez trompettes, résonnez tambours, et que nous puissions enfin nous réjouir d’entrer dans ce fare api.

Le ridicule ne tue pas. Sur proposition du parti de Gaston Flosse, l’Assemblée de Polynésie (57 représentants pour 260 000 habitants !) s’est réunie pour voter et adopter la résolution de T. S. qui demande à l’Etat de veiller à ce que ses fonctionnaires envoyés en Polynésie respectent leur droit de réserve (c’est le titre de ‘Tahiti Presse’ du 5 octobre) ! Devoir ou droit, les deux commencent par un D. Les réactions des lecteurs n’ont pas tardé. Quand il s’agit de fonctionnaires c’est un DEVOIR de réserve et non d’un droit de réserve !

Succédant à la Toussaint où l’Eglise catholique honore tous ses saints, est le rite de la bénédiction des tombes illuminées des disparus (turamara’a). Il est effectué par le prêtre après l’office dans le cimetière, au milieu des tombes illuminées par les bougies ou chandelles. Il clôturait la journée de communion des vivants avec l’âme des défunts. Chez les autres religions la tombe, nettoyée quelques jours auparavant à grand coup de pinceau, balai, râteau, pelle ou même souffleur, est abondamment fleurie. Un instant de recueillement, une prière et l’on rentre chez soi, le devoir accompli.

Certaines personnes restent plusieurs heures dans le cimetière, d’autres installent un auvent pour se protéger du soleil brûlant actuellement. Dans ce bout du monde où j’habite, il y a deux cimetières. Dans l’ancien, le manque de place est criant, les maisons des vivants enserrent les tombes. Les habitants côtoient les morts ; les arbres grignotent les vieilles tombes, d’autres sont fleuries de vraies fleurs aux couleurs chatoyantes, mais aussi de composition florales en plastique made in China. C’est un festival de couleurs. Le nouveau cimetière est situé en hauteur face à l’océan. Les morts n’ont pas les pieds dans l’eau comme dans le précédent, ils jouissent d’une vue magnifique et ne sont pas importunés par les habitants des fare. Ils sont seuls. Bien que parfois des gamins irrespectueux viennent faire hurler leur musique à la nuit tombée, sachant pertinemment que ces calmes locataires  n’iront pas déposer plainte auprès des mutoi farani.

Portez-vous bien les amis.

Hiata de Tahiti

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