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Maxime Chattam, Prédateurs

A 33 ans, le jeune Maxime fait son service militaire – par thriller interposé, bien sûr. Il se trouve trop tendre, trop ado, trop rêveur et veut viriliser son stylet. Le voilà donc plongé de par sa propre volonté dans l’univers macho des soldats pour la guerre. Ce n’est pas pour lui déplaire, à ce qu’il semble, tant il jouit à décrire la musculature, la camaraderie de chambrée, les torses nu au petit matin blême et la fraternité du combat. Il y a bien deux femmes parmi les personnages, mais l’une est morte bien avant l’histoire et l’autre ne sert que de faire-valoir. Pour le reste, tout se passe entre hommes.

A commencer par le héros, Craig Frewin, de la Police Militaire. Il est grand, baraqué, secret, intelligent. L’auteur s’identifie à lui et incite ses lecteurs à faire de même. Je crois savoir que les femmes qui le lisent craquent pour lui. Nous sommes il était une fois et quelque part, dans la pure action qui se déroule par étape. Maxime Chattam n’est pas fini, encore ado dans sa trentaine. Mais il a le mérite insigne, pour qui connaît mal cet âge enfui, de pénétrer une jeunesse née au monde avec portable, mobile et jeux vidéo.

Prédateurs est un jeu vidéo écrit sous forme de livre. Le décor importe peu, il est juste là pour situer l’action, même s’il s’est fort inspiré du débarquement en Normandie des Américains de 1944, suivi de l’offensive d’hiver des Ardennes. Ne comptent que les personnages (simplifiés pour le jeu) et le déroulement des faits (où toute action conduit à une réaction).

Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que ce Chattam là est loin d’être son meilleur. Oh, certes, il y a un peu de mouvement, du sadisme érotique et de la psychologie de manuel à certaines étapes de l’histoire. Mais vous ne pouvez pas vraiment vous attacher aux personnages, ils sont trop insignifiants ou trop connotés Bien et Mal. Peut-être l’époque veut-elle ça, évacuant rêve et poésie pour être cyniquement pratique. Ou pour la génération des trentenaires qui ne lisent guère et à qui tout texte un peu littéraire prend la tête. Ou pour rester dans le confort du connu qui oblige à rédiger en textos, style courriel avec force retours à la ligne et chapitres bikinis pour ne pas lasser une attention sans cesse sollicitée par le baladeur dans l’oreille, le smartphone à la main et les belles formes qui passent. Ou bien le spectacle se doit d’être en grand écran couleur, comme la boucherie du psychopathe, son tropisme à éventrer, mutiler les tétons, enfiler dans l’anus et autres joyeusetés entre mâles si gaiement décrites par le jeune Maxime.

Étonnant Chattam, chaque livre est toujours différent. Comme si le gamin de 33 ans cherchait encore sa voie, en ado trop doué qui n’a pas fini de grandir. Ce pourquoi on le suit pour savoir ce qu’il va explorer. Mais, ne nous leurrons pas, dans 50 ans on ne relira probablement pas Prédateurs – alors qu’on relit les romans d’Agatha Christie ou de Dashiell Hammett… Ce pourquoi il est réédité avec Les arcanes du chaos, nettement meilleur.

Maxime Chattam, Prédateurs, 2007, Pocket mai 2009, 570 pages, e-book format Kindle €9.99

Maxime Chattam, Les arcanes du chaos + Prédateurs, Pocket collector 2017, 992 pages, €11.90

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Décrypter l’information

Véhiculer telles quelles les images et les arguments des autres, ce n’est pas de l’information. C’est soit de la naïveté de foule, soit de la désinformation.

L’information est une suite de faits établis, issus de sources fiables, vérifiés par recoupements et analysés dans leur contexte.

L’information est un travail de professionnel – un métier. Il est pratiqué par les bons journalistes, mais pas seulement. Il est pratiqué aussi tous les jours par les chercheurs, les professeurs d’université, les diplomates, les services de renseignement et les gouvernements, les économistes spécialisés en intelligence économique, les stratèges boursiers, les décideurs des grandes entreprises, comme par tous ceux qui, non professionnels, s’intéressent à un sujet sans a priori – en bref par tous ceux pour qui une information précise, vérifiée et rapide est vitale.

La naïveté de foule est, pour l’individu, de suivre sans réflexion « ce qui se dit ». Il s’agit de véhiculer l’opinion commune, juste pour paraître comme tout le monde, dans le vent. Cette naïveté est très proche de « la bêtise », si bien analysée par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, comme par Nathalie Sarraute dans Disent les imbéciles.

La désinformation est le contraire de l’information.

Elle est donc de présenter pour « vrais » des faits hypothétiques ou déformés, issus de sources obscures, non vérifiés et sortis absolument de leur contexte. La désinformation s’apparente à la rumeur.

Or la rumeur est un mode de pensée magique qui reflète un climat social et projette sur un bouc émissaire une angoisse collective. Une pensée magique est une pensée sortie absolument de l’histoire, un fixisme des « essences » à la manière de Platon dans le mythe de la caverne. Les faits ne se produisent pas ici et maintenant mais sont l’archétype de faits éternels qui se reproduisent mécaniquement, quel que soit le contexte. Ainsi le Traître, l’Ogre, le Cheval de Troie, le Complot…

Nul besoin alors d’analyser avec précision ce qui s’est produit le 11 septembre 2001 à 9h03, ni d’enquêter pour vérifier et recouper – il suffit de partir à l’envers. Évoquer le Mythe lui-même, comme certains invoquent le Diable, fait apparaître une structure logique, immédiatement compréhensible, à laquelle tous les petits faits viennent, comme miraculeusement, s’agréger. Hélas ! Il ne suffit pas d’être « logique » pour être « vrai »… Une logique peut être délirante lorsqu’elle part de prémisses fausses ou déformées. Elle est alors proprement « paranoïaque ».

Croyance intime ou volonté de vendre et se faire mousser, nombreux sont les « événementistes », qui mettent en scène leur propre personne pour se faire ainsi reconnaître via le net. Car Internet a amplifié ce phénomène : il suffit de peu de moyens et d’un peu de temps libre pour créer l’illusion d’une vraie « presse en ligne ». Mais les artifices de mise en page ne remplacent nullement le professionnalisme, ni l’unique rédacteur le garde-fou d’une véritable équipe de rédaction.

sophistes

Comment analyse-t-on une désinformation ?

Il faut procéder comme l’ont fait Marx, Nietzsche, Freud ou Foucault : en faire la généalogie. Pour remonter à la racine de la mise en scène de théâtre, présentée comme « information », il faut se poser les questions habituelles à tout enquêteur :

  • à qui profite le crime ? Ledit crime étant la désinformation présentée comme « vraie »
  • qu’est-ce qui a poussé le criminel ?
  • quels sont les ressorts dont il a joué pour réussir son crime ?

La désinformation, en présentant comme paradoxale l’information officielle, attire l’attention. Quoi de plus efficace dans une société tout entière remuée par les médias ? Exister, c’est apparaître au public, donc produire un choc. Soyez serial killer, terroriste de masse, chanteur mignon, footeux gagnant ou politicien béni par les sondages – vous paraîtrez à la télé. Et comme disait le bon Dr Goebbels – expert en la matière – « plus c’est gros, plus ça passe ». Tel est le ressort profond de la propagande. A qui profite le crime ? – Mais à celui qui le commet, bien sûr, lorsqu’il s’agit de désinformation.

Le mauvais journaliste qui veut se faire reconnaître par la société a donc intérêt à choquer l’opinion pour émerger. A fortiori celui qui n’est même pas journaliste, ni historien. L’auteur de la vraie-fausse info agit tout comme le psychopathe qui joue avec la police. Qu’est-ce qui a poussé le criminel ? – Mais le désir d’être reconnu, d’avoir son « petit quart d’heure de célébrité » dans la lucarne du village global, comme le prédisait McLuhan.

Une opinion, quelle qu’elle soit, trouve toujours des relais dans le public, notamment via ses fantasmes.

Le ‘Canard Enchaîné’ du 3 avril 2002 écrivait avec son ironie habituelle : « Futurs auteurs de best-sellers, voici donc la recette imparable : identifiez un événement qui a frappé l’imagination des foules, décortiquez les mensonges officiels (car il y a toujours, évidemment, dans les vérités officielles, des lacunes, des arrangements, des paradoxes, des dissimulations), et remplacez-les par un gros bobard que vous aurez trouvé sur Internet. C’est facile, il n’y a qu’à se baisser ! » Ensuite, il suffit de raisonner juste… sur la base d’informations fausses. C’est bien le propre de la logique paranoïaque. Tout est bon à la propagande, même le mensonge, s’il paraît « logique ». Quels sont les ressorts dont il a joué pour réussir son crime ? – Mais la structure de la société de l’information elle-même, et la fierté nationale ou sectaire, toutes deux amplifiées par Internet !

Ce pourquoi méfiez-vous des rumeurs sur Facebook, des fausses informations du Réseau Voltaire et de tous gens qui écrivent sur les sites non professionnels comme Agoravox qui n’énonce pas que des faits vérifiés. Méfiez-vous des fantasmes de Complot mondial (évidemment juif), fomenté par (évidemment) la CIA, financée (évidemment) par le complexe militaro-industriel de la Trilatérale. Et pourquoi pas le Diable, tant que vous y êtes ? Trop « d’évidences » ne signifient pas vérité mais, au contraire, sophisme !

Jean-Noël Kapferer, Rumeurs
Pour décrypter la désinformation, le site Hoaxbuster
En français Conspiracy Watch
Prevensectes
Pour lire les sophismes

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Camille Läckberg, La Sirène

camille lackberg la sirene

Captivant, nourrissant, bien mené, ce roman policier du nord est probablement le meilleur de son auteur. Un homme a disparu sans laisser de traces, partant simplement un matin au travail. On le retrouve des mois plus tard sous la glace. Il a été tué de multiples coups de couteau. Qui l’a fait ?

Dans le même temps, un nouvel auteur, employé à la bibliothèque de la petite ville balnéaire suédoise de Fjällbacka, publie son premier roman. Le livre est sombre et attachant et son titre est… La Sirène. Roman dans le roman ? Le lecteur ne croit pas si bien dire, mais je ne vous en dirai pas plus. Sinon que le livre semble réveiller de vieilles histoires de famille enfouies, les tréfonds de l’âme humaine et même les morts, parfois.

Christian, l’auteur, est mal à l’aise et fait plusieurs malaises. Les journalistes l’assaillent de questions et lui ne sait quoi répondre. Pourquoi a-t-il écrit ? Pourquoi cette histoire ? D’ailleurs, personne ne sait grand-chose de lui, sinon que sa femme Sanna l’aime et qu’il adore ses deux petits garçons.

Pourtant, un jour, alors que l’enquête sur l’homme sous la glace avance, quelqu’un voudra leur faire du mal, les badigeonnant dans leur propre chambre près des parents de peinture rouge sang. « Tu ne les mérites pas » est inscrit en grosses lettres sur le mur. Y a-t-il un tueur psychopathe à Fjällbacka ? Christian a reçu des lettres de menace, comme Erik, comme Kenneth. Magnus, le troisième compère des copains de lycée en a-t-il reçu aussi avant d’être tué et jeté dans les eaux ?

L’auteur, au sommet de son art, slalome entre les hypothèses, elle entrelarde les chapitres de l’histoire d’avant, celle qui explique tout mais qu’on ne peut comprendre qu’à la fin. Elle fait monter le mystère comme une mayonnaise.

La vie cocasse de la petite équipe d’enquêteurs et de leurs proches agrémente le crime d’une joyeuse banalité qui agace certains mais qui, pour moi, les rend sympathiques. Erica et ses jumeaux à venir, Patrick et sa fillette Maya, le chef Mellberg et le bébé de la fille lesbienne de son amante, Martin le policier junior du commissariat et son désir de bien faire – tous compensent le climat glacé d’une fin d’hiver criminelle en Suède par la douce chaleur de la vie qui va naître, qui est à peine née et qui pousse.

La Suède fait peu d’enfants, Camille Läckberg en crée de virtuels autant que de meurtres, et cette compensation symbolique est l’un des charmes de sa plume, si l’on y réfléchit. Réussir à susciter un vent d’optimisme dans une atmosphère de mort a quelque chose de réjouissant. D’autant que l’intrigue ne déçoit pas, poussant la psychologie dans ses profondeurs, pas bien roses quand le milieu accentue les propensions génétiques.

Camille Läckberg, La Sirène, 2008, traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes sud Babel noir 2015, 527 pages, €9.70
e-book format Kindle, €9.99
Le romans de Camille Läckberg chroniqués sur ce blog

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Michael Connelly, La blonde en béton

michael connelly la blonde en beton livre de poche

Une plaignante de la ville de Los Angeles fait un procès à l’inspecteur Harry Bosch pour avoir tué son mari. Il faut dire que ledit mari était un tueur psychopathe présumé, avec une dizaine de meurtres de jeunes femmes à son actif. Ladite victime était entièrement nue après avoir tenté d’étrangler une prostituée qui a donné l’alerte, et le psychopathe a commis la fatale erreur de glisser la main sous son oreiller pour saisir quelque chose alors que Bosch, pistolet braqué, le sommait au nom de la loi de ne pas bouger.

Durant ce temps, les meurtres continuent… Le fameux ‘Dollmaker’ n’a-t-il pas été descendu ? Le maquilleur est ainsi surnommé parce qu’il s’appropriait les produits de beauté des victimes pour outrageusement les farder après leur mort. Durant le procès, une lettre anonyme sous la forme d’un poème est envoyée à la police. Elle permet de découvrir un corps, noyé dans le soubassement d’un entrepôt détruit : la blonde du béton.

Dès lors, c’est la course entre la police qui finit par douter d’avoir pourchassé le bon, l’avocate de la plaignante qui semble triompher et le Dollmaker (le Maquilleur) qui suit son idée. Se mêle à tout cela l’aventure de Harry avec Sylvia, ses hésitations à s’engager, les scrupules de bonne femme américaine à se lier à un flic, son travail ne lui permettant pas d’assurer la sécurité psychologique de Mère – figure dans laquelle se voit toute féministe appartenant à la culture des États-Unis. Rien de simple donc.

D’autant que tout se complique. Harry Bosch était persuadé d’avoir éliminé le vrai Dollmaker – et les preuves sont là. Auraient-ils toujours été deux ? Aurait-il un imitateur ? D’intuition en intuition, à peu près tout le monde au courant des faits apparaît comme coupable, certains seront pistés et révéleront… d’autres choses. Jusqu’au bouquet final, inattendu comme il se doit, qui fait frémir de plaisir. Voici un très bon Connelly.

Michael Connelly, ancien journaliste de Los Angeles, excelle à découvrir l’envers du décor. Les paillettes d’Hollywood et les célébrités des stars masquent la misère du grand nombre, attiré dans la ville-cinéma par l’espoir de percer. D’où ces adolescentes qui fuguent et se déguisent en poupées américaines pour être retenue sur les pellicules (gros seins, grosses lèvres, gros rouge du fard industriel et grosse chevelure en choucroute, décolorée). Elles devront pour cela se faire culbuter, chevaucher, sucer, laper dans les vidéos porno, lever la jambe dans des spectacles de promotion, puis sombrer dans la prostitution, la drogue, le sida. Pour finir étranglées sur un trottoir… Étranglées ou poignardées par leurs alter ego mâles, le plus souvent orphelins ou à mères autoritaires, devenus pervers, sadiques, inadaptés…

Mais que ne ferait-on pas pour son quart d’heure de célébrité, dans une société où seule compte l’apparence et où l’on n’existe que si l’on passe à la télé !

Michael Connelly, La blonde en béton (The concrete blonde), 1994, Livre de poche 2015, 600 pages, € 8.30
e-book format Kindle, €8.49

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Stieg Larsson, Millenium 2

Ce second volume de la saga-thriller à la mode suédoise n’est pas à la hauteur du premier. Le lecteur s’est attaché aux personnages et reste intéressé par leurs tribulations. Mais l’histoire est moins resserrée, mal maîtrisée, des personnages secondaires sans intérêt pour le récit apparaissent et disparaissent, l’auteur se perd un peu dans son sujet… Reste que qui a lu le premier tome voudra savoir et lira le second.

Cette fois, le héros du livre n’est plus la presse et son magazine d’investigation ‘Millénium’, mais « le Système ». Ce merveilleux système social-démocrate à la suédoise où la société s’occupe de tous, de l’enfance à a mort, décide qui est sain et qui ne l’est pas, ce qui est licite ou non, politiquement correct ou non, et l’image que l’on doit avoir de vous. Évidemment, toute administration dégénère en bureaucratie, anonyme et rigide ; tout fonctionnaire non contrôlé en ego avide de pouvoir ; toute question un tant soit peu « sensible » en secret d’État qui justifie n’importe quelle restriction aux libertés individuelles. Il y a du Big Brother technologique comme de la jalousie de village dans le système social-démocrate à la suédoise. Qui n’est pas jugé conforme est haï et dénoncé de façon unanime, à la façon des boucs émissaires.

C’est bien évidemment ce qui arrive à Lisbeth, experte en informatique et génie mathématique, mais jugée asociale et psychopathe depuis l’âge de 12 ans pour raisons d’État. Sa lutte de David solitaire (1m50 au garrot) contre le Goliath étatique et médiatique va faire l’intérêt de ce tome. Tome qui comme la tomme homonyme aurait eu besoin d’une cure de mûrissement et d’un peu de fermentation, tant l’histoire se traîne – au début notamment. Comme si l’auteur avait tâtonné avant de savoir où il voulait aller. Le message initial, qui est que le sexe soi-disant « libéré » des Suédois dégénère le plus souvent en fantasmes de violence masculins, puis se perd dans les sables au profit du complot d’un sous-service du service secret. Avec une « rédemption » patriotique à la fin, qui veut que le Mal vienne d’ailleurs, d’un pays ‘barbare’, et que le Suédois moyen en soit la malheureuse victime !

De nombreuses invraisemblances rendent ce thriller bien loin du réalisme habituel du genre littéraire. Ainsi, comment une psychopathe sous tutelle, qui ne peut rien dépenser sans l’accord de son tuteur et est gardée sous surveillance par crainte d’automutilation, peut-elle avoir passé le permis de conduire comme si de rien n’était ? Les traducteurs de ce second volume ont fait moins attention que pour le premier, sans doute pressés par le temps – et le succès initial. C’est ainsi que surgit un mystérieux service soviétique appelé GRO, dont nul n’a jamais entendu parler. Alors que tout lecteur de thriller connaît parfaitement le GRU, service d’espionnage militaire, au sigle universel dans toutes les langues ! Pourquoi faire snob ? Serait-ce que les auteurs n’ont jamais traduit de thriller auparavant ? De même, l’emploi à plusieurs reprises du terme « définitivement », très rare en français, surtout dans le sens courant du globish ‘definitely’ que le suédois utilise peut-être comme l’anglais. En français, cela devrait donner « précisément », ou « nettement » – pas « définitivement » dont le sens du mot n’a rien à voir !

Disons en gros, pour les fans du premier tome, que Mikael perd un peu de son aura, Erika en perd pas mal, que ‘Millenium’ se banalise et que Lisbeth devient adulte dans la douleur. On la quitte  avec un peu plus de plomb dans la tête (les lecteurs parvenus au bout de l’ouvrage comprendront).

Sont abordés, par ordre d’apparition à l’image, des thèmes aussi médiatiques que les ravages de la rumeur, la vie d’esclave des putes, la bonne conscience de la loi que personne ne suit en pratique, le destin aveugle des ‘services’ publics d’État, le quart d’heure médiatique des frimeurs et autres ratés avides de gloire éphémère, l’existence souterraine d’une jeunesse déphasée…

Qui a lu le premier tome s’intéressera au second rien que pour ses personnages dont l’existence semble échapper souvent à leur auteur. C’est le signe de caractères réussis. L’intrigue finit par retomber sur ses pattes et les pièces éparses du puzzle se rassemblent en un tout assez cohérent.

Stieg Larsson, Millenium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Flickan somlekte med elden), 2006, éd. Française Actes Sud 2006, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, 653 pages, (pas encore en poche) €21.85.

Les trois Millenium en 3×2 CD audio, 60 h d’écoute, Audiolib 2008, €68.40

Eva Gabrielsson, Millenium Stieg et moi, Actes sud 2011, 160 pages, €19.00

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