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Amours valentin

L’amour n’est pas simple, en français. Le mot, en effet, vient du provençal et de la conception passablement romantique – platonicienne ? – qu’avaient du sentiment les troubadours.

Il a fallu se différencier de la conception féodale, pour laquelle la femme était un bien comme un autre, et le mariage une alliance d’intérêts.

Il a fallu aussi abandonner la conception antique de l’amour car, bien sûr, le terme ‘amor’ est issu du latin amare = aimer. Mais ce latin avait une connotation différente, toute pratique, élaborée par les Grecs, experts en art psychologique. « Amour » – d’où vient « amitié » – se distinguait chez eux d’éros (la titillation érotique) et de philia (l’affect sentimental).

L’amour des troubadours se veut, lui, absolu. Il concerne en premier l’amour de Dieu, puis celui de « la » Femme. Pour en avoir une idée, on peut le rapprocher de la musulmane absolue humilité devant Allah. Ou de la ‘passion’ au sens christique des Parfaits cathares. L’amour provençal n’est pas cette amitié passionnée qui mêle l’érotisme au sentiment, comme l’est l’amour grec. Il est moins ouvert et plus rigide, axé sur « le Bien » à la manière de Platon, plutôt que sur l’éventail des sujets aimables offerts par la nature. L’amour provençal, qui devient l’amour français, est résolument hétérosexuel ; il s’exalte dans le discours plus que dans les gestes ; il est un théâtre, typique d’une société de cour où la hiérarchie est respectée et les limites à ne pas franchir bien fixées.

L’amitié est « sociale », pratique, elle peut concerner le sentiment entre homme et femme et est utilisée comme tel jusqu’au 18ème siècle. Mais l’Hamour (comme écrivait par dérision Flaubert) est déjà cette exaltation passionnelle qui dominera le romantisme. Il est abstrait et absolu, sans « objet » autre qu’idéal, hors de ce monde. Une sorte d’excès malsain qui sent la fièvre, une drogue qui, à la retombée, fait mal. La réalité n’est en effet jamais aussi parfaite que l’idée qu’on se fait…

L’ardeur éthérée de la ‘fin amor’ provençale sera confortée par les interdits d’Église et par le souci du lignage, reste sourcilleux de la conception féodale et de l’ordre établi. Ce n’est qu’au 18ème siècle que le badinage retrouvera la liberté des Grecs et que le plaisir reprendra ses liaisons dangereuses. Quand l’homme choisit, il est l’amant ; quand la femme choisit, l’homme est le galant. La Rochefoucauld retrouve la subtilité de la psychologie grecque pour distinguer les moments : « Dans les premières passions les femmes aiment l’amant, dans les autres elles aiment l’amour. »

De ce siècle d’humanisme érotique, le suivant singera l’aspect sans en garder l’esprit. Stendhal se moquera des bourgeois de son temps, revenus aux mœurs féodales de la femme comme « bien à vendre » – donc vertu à préserver : « Qu’est-ce qu’un amant ? C’est un instrument auquel on se frotte pour avoir du plaisir. »

L’aujourd’hui a réinventé toutes les pratiques, de « la baise » à la Catherine Millet (partout, à tout moment, si possible sous le regard des autres) à l’amour platonique (qui reste si fort chez les adolescents) jusqu’aux diverses « amouracheries » de passage (Delteil), amourettes par amusement, « amorisme » de l’exaltation perpétuelle et sans objet (Guitton), « amoureries » du rut populaire (Céline), « amarcord » – formé sur amour et record – ou nostalgie des souvenirs érotiques (Fellini), « amiévrie » de foule sentimentale lisant des magazines (Tinan)… mille mots pour dire les mille inventions du physique, de l’affect et de l’esprit amoureux – queue, cœur, crâne : les trois étages de l’homme.

Et Valentin dans tout ça ? Le prénom vient du latin ‘valens’ qui signifie justement vigoureux, plein de force. Vous voyez où l’on veut en venir ?

Février est le cœur de l’hiver et le 14 juste le milieu. C’est à ce moment que la vie doit triompher de la mort, à ce moment qu’on doit penser très fort au printemps, à la renaissance de la nature. De toute la nature : les feuilles en bourgeon, les fleurs en bouton, les petits agneaux pour Pâques… et les poupons d’homme qui naîtront en novembre, leur mère ayant bien mangé tout l’été.

En Grèce à cette saison de l’année, Zeus se mariait avec Héra ; à Rome, des adolescents nus couraient dans la ville en fouettant les passants, surtout les filles – et plus si affinités. L’Église a récupéré l’idée, bien sûr, pour la châtrer aussi sec en la transformant en discours, ces discrets billets babillant des mièvreries aux aimées. La ‘fin amor’ provençale, toute platonique et exaltée, l’y a fort aidé !

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La hiérarchie des slips

La hiérarchie sociale apparaît à tous les niveaux : ouvrier et patron, employé et cadre, manœuvre et contremaître. Mais j’ignorais que cette hiérarchie sociale put être dans les choses. Sous la ceinture, pour le dire carrément.

Certes, on rencontre couramment des voitures dites ‘luxe’ ou ‘grand luxe’, des bureaux ‘ministres’ ou des fauteuils ‘président’. Mais l’image est extérieure, plus ou moins lointaine. Est beaucoup plus frappante, parce que l’on en porte tous les jours (sauf dans les années 1960) la hiérarchie des slips. Souvenez-vous : eh oui, même à ce niveau, la hiérarchie sociale impose son image ! Des appellations bien typées socialement donnent la taille des slips pour homme. Outre les slips d’enfants, simplement dénommés selon l’âge, se trouve ensuite, par ordre d’ampleur, la taille « page », puis « homme », la taille « demi-patron », « patron » et « grand patron ».

Des indications de tour de poitrine et de tour de ceinture accompagnent, avec un humour totalement inconscient, ces appellations contrôlées. Ainsi l’« homme » n’est-il considéré comme tel qu’à partir d’un tour de poitrine de 90 cm ; en-dessous on n’est que « page ». Le « patron » doit être doté d’un tour de poitrine de 110 et le « grand patron » d’un tour de poitrine minimum de 120 cm ! On se croirait chez les singes qui enflent leurs épaules pour impressionner les jeunes. Quant au tour de ceinture, il passe du maigre chimpanzé au gorille bien nourri, de 75 cm pour le « page » à 110 cm pour le « grand patron ».

Que peut-on tirer de cette observation ? Il apparaît que plus les hommes sont mûrs – larges et gras – plus ils portent des slips amples et plus ils ont une position sociale élevée dans la hiérarchie « naturelle ». Nourriture abondante et oisiveté seraient donc les critères du pouvoir, un grand slip manifestant aussi bien la puissance sexuelle sur les femelles et une meilleure capacité à faire des rejetons. Ce schéma collectif est pertinent en Orient où la richesse d’un individu se mesure à son embonpoint, mais chez nous ? Il serait certainement intéressant de se pencher sur l’origine de ces appellations. Quand les tailleurs ont-ils ainsi désigné les pointures des slips d’homme ? Est-ce au siècle hiérarchique XIXe ?

L’image, en tout cas, décrit l’archétype inconscient de la puissance qui a ses racines dans notre passé primate. Le plus grand, le plus large de poitrine, le plus lourd car le mieux nourri, terrassait plus facilement ses adversaires. Il imposait donc sa loi aux plus jeunes et à ses rivaux plus frêles. Il accaparait les bonnes femelles et leur faisait plus de petits qui deviendraient grands et forts comme lui, le slip bien rempli. Le signe de la puissance serait avant tout la grosseur du sexe mâle, même dans notre société civilisée du XXe siècle !

Peut-être parce que cela semblait en effet ridicule, a-t-on remplacé ces dénominations européennes par des lettres américaines, allant de S à XXL ? Le « small » du S étant réservé aux prime adolescents, passant ensuite au L « large » du très jeune homme, ce qui conforte son ego, au XL de l’homme adulte, le XXL (voire plus), étant réservés aux obèses – sans les stigmatiser.

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