Articles tagués : médaille

Kingsman services secrets de Matthew Vaughn

Le premier film d’une série comprenant une suite et une préquelle, tiré d’un comic book. C’est une parodie du James Bond années 1960 revue années 2010, avec pas mal d’humour, beaucoup d’action et peu de belles pépées avec qui flirter – féminisme oblige. Les femmes sont au contraire soit les égales des hommes, comme Roxy, la candidate qui gagnera d’entrer au service, soit des tueuses redoutables, comme Gazelle (Sofia Boutella) montée sur pieds tranchants, celle qui sert le milliardaire le la Tech Richmond Valentine. Quant aux hommes, ils ne deviennent adultes qu’avec le temps et l’expérience, restant vantards et ignares fort tard dans la vie.

Tout commence en Afghanistan avec le raid d’un hélicoptère de combat qui prend d’assaut une forteresse de terre. A l’intérieur, un terroriste interrogé par les agents se fait sauter, et c’est par le réflexe de l’un d’eux que le groupe est sauvé. Harry Hart (Colin Firth) va rendre visite à la veuve et à son petit garçon. Elle est inconsolable et refuse la retraite et la médaille offerte ; Harry l’offre au gamin nommé Gary et surnommé Eggsy à cause des œufs, en lui disant qu’il peut appeler un numéro de téléphone gravé au dos s’il a besoin, n’importe quand, avec le mot de passe « des Oxford, pas des Brogues », en référence à des marques de chaussures.

Dix-sept ans plus tard, la mère s’est effondrée et maquée avec un brutal qui la bat, après lui avoir enfourné un môme. L’adolescent Eggsy (Taron Egerton, 25 ans au tournage), voudrait bien échapper à cette atmosphère de beauf enbierré et violent, et aux racailles du quartier. Il pique la bagnole frime d’un congénère particulièrement gratiné et la défonce contre une voiture de police, après avoir usé les pneus en dérapages et subi une course-poursuite en marche arrière. Mis au trou, il a droit à un appel téléphonique, et il pense à la médaille qu’il porte sur sa poitrine. Il est libéré.

Harry l’attend à la sortie et l’aborde. Il sera son candidat au poste de nouvel agent, un récent s’étant fait descendre par la tueuse du milliardaire dans les montagnes argentines, alors qu’il délivrait le professeur Arnold (Mark Hamill[), spécialiste du réchauffement climatique et de l’anthropocène, enlevé pour le convaincre de rejoindre la secte technologique de Valentine. Harry, comme le père d’Eggsy et comme l’agent en Argentine, appartient à une agence d’espionnage privée, plus rapide et plus efficace que les agences officielles, soumises aux procédures. Il est plus anglais que les Anglais, s’habillant Saville Row, se piquant de connaître le vin et le whisky, portant de superbes chaussures noires cirée Oxford – avec un petit truc utile en plus.

Chester King dit « Arthur » (Michael Caine), le chef de Kingsman (homme de Chester, mais aussi homme du roi), appelle à candidature autour d’une table rectangulaire (pour marquer la hiérarchie) le nouveau Lancelot. Une référence à la Table ronde, l’équipe médiévale qui a défendu les Bretons contre les Saxons et le bien (chrétien) contre le mal (druidique). Les réunions sont virtuelles, grâces aux lunettes connectées de chacun, sauf Chester/Arthur et Harry/Galaad, présents physiquement, ainsi que « Merlin » (Mark Strong) qui sert d’entraîneur, d’intendant et d’inventeur à la Q. Chacun des agents doit proposer un candidat au poste vacant. Sur la douzaine, un seul sera retenu. Eggsy est sans emploi et sans perspectives, ayant quitté la formation des Royal Marines avant la fin, atteint par le no future de sa classe et de sa génération. Mais Harry croit en lui, bon sang ne saurait mentir, et Eggsy est intelligent ; il sait s’adapter. Il est donc son candidat et inclu dans la formation.

La première épreuve est le remplissage du dortoir par de l’eau surgie de nulle part qui monte jusqu’au plafond. Les jeunes à moitiés nus, sortis du lit brutalement, n’ont que quelques minutes pour décider quoi faire. Roxy propose de pomper l’air des tuyaux de douche (!) tandis qu’Eggsy découvre un miroir sans tain qu’il défonce à coups de poing. Au saut libre en parachute, il parvient à convaincre Roxy qui renâcle à les suivre et la « sauve » en s’attachant à elle parce qu’il manquerait un parachute dans le lot (en fait, non, c’était une épreuve d’équipe et de résistance mentale). Ils sont les seuls à atterrir juste sur la cible, ayant déclenché leur parachute commun in extremis. Drogués dans une boite, ils se retrouvent chacun ligoté sur des rails alors qu’un train arrive : ils doivent donner le nom de leur chef Kingsman ou périr. Roxy et Eggsy résistent – ils sont les seuls candidats restant. Chacun a dû d’adopter un chiot et de le dresser comme ils le sont eux-mêmes. Eggsy adopte un carlin qu’il baptise JB – non pour James Bond, ni pour Jason Bourne, mais pour Jack Bauer). Il devra lui tirer dessus à la fin des épreuves et refusera de le faire, contrairement à Roxy, ce qui le disqualifie. Toutes ces épreuves servent à alimenter le suspense tout en riant un peu.

Mais le monde se rappelle à tous. Le milliardaire Valentine (Samuel L. Jackson) ami du président Obama sur le climat, a décidé d’offrir gratuitement une carte SIM à tous les volontaires ; elle s’adaptera à tous les téléphones, quelle que soit leur marque. C’est la ruée. Mais, selon l’adage « quand c’est gratuit, vous êtes vous-même la marchandise », il y a un piège : la dépendance. Cette carte pourra diffuser, avec les progrès fulgurants de la technologie, une onde neurologique qui rend violent, incitant à se désinhiber et à arracher les yeux à son voisin, homme, femme ou enfant. Un pouvoir redoutable. C’est que le milliardaire est puissant, la technologie fait de lui un maître par son avance et lui donne le pouvoir de l’argent. Il a compris que tout est foutu, que le climat va vers l’irréversible, et que l’humanité est une maladie pour Gaïa la terre. Or, que fait un corps vivant contre la maladie ? Il se réchauffe par la fièvre pour se débarrasser des microbes. C’est ce que fait la terre, alors autant s’amuser avant, et éradiquer le maximum d’humains parasites. Valentine le Noir, est une sorte d’Elon Musk le bon Aryen. Le Kingsman se doit de sauver le monde, comme jadis James Bond. Mais la Russie impérialiste ne fait plus recette ; les milliardaires de la Tech sont bien plus redoutables.

Harry part au Kentucky, État à la limite du sud et resté très religieux et conservateur. Valentine finance une église où les prêches sont incendiaires sur la décadence de l’Amérique, la sodomie, l’avortement, le divorce et la pédophilie – tous ces thèmes chers aux Trompistes qui vont arriver au pouvoir. Il veut tester son impulsion neurologique et ça marche. Harry, en pleine bagarre déclenchée par les ondes, tue tout le monde grâce à son entraînement poussé. Une belle scène d’action filmée en accéléré. Lorsqu’il sort, Valentine et sa tueuse l’attendent, ainsi que deux nervis de sa milice privée qui le tiennent en joue. D’un coup, le milliardaire hors limite le descend d’une balle entre les deux yeux.

Sans son mentor, étant soi-disant éliminé du poste, Eggsy va quand même voir Arthur, qui l’accueille autour de la table rectangulaire et lui offre un cognac de 1815 – une revanche sur Napoléon. Eggsy s’aperçoit, bien formé qu’il a été par Harry, qu’Arthur a lui-même une cicatrice derrière l’oreille. Il est donc devenu adepte de Valentine et lui a fait allégeance. Une puce lui a été implantée qui marque le pouvoir du milliardaire comme on marquait jadis le bétail. Alerte, Eggsy détourne l’attention et intervertit les verres. Arthur meurt empoisonné.

Ne restent que Merlin, Roxy devenue Lancelot, et lui. Ils décident d’investir le bunker des montagnes de Valentine, construit dans la panique du bug de l’an 2000. Tous les adeptes s’y sont réfugiés en attendant l’Armageddon, le déclenchement programmé de l’impulsion tueuse par Valentine dans le monde entier, diffusé par l’un de ses satellites en orbite. La référence à Elon Musk et à son réseau Starlink est transparente. Roxy est chargée de bousiller le satellite par un missile, tiré d’un ballon sonde monté à la limite de la stratosphère (scène irréaliste étant donné le froid glacial qui gèlerait la fille), tandis que Merlin et Eggsy doivent s’infiltrer dans la base, grâce au téléphone d’Arthur en code d’accès.

Grosse bagarre d’Eggsy et de Gazelle, où la pointe empoisonnée des chaussures Oxford fait merveille, tandis que Merlin hacke le système fermé de Valentine et fait exploser la tête de tous ses élus enpucés, dans de beaux panaches colorés de feux d’artifice. Eggsy délivre une princesse suédoise Tilde (Hanna Alström), emprisonnée par refus de se soumettre et, scène à la James Bond, il s’enferme un moment avec elle qui a déjà les fesses à l’air. Seul moment érotique du film, resté puritain jusqu’au bout, cols fermés, femmes musclées ou muselées. A noter que, humour au second degré réservé aux initiés, le code porte de la cellule est 2625, soit le mot « anal » sur un téléphone classique. La sodomie suédoise (quand même hétéro) est donc promue contre le conservatisme puritain des Valentine, Trompe et de ses bigots. On peut d’ailleurs se demander si encourager les actes sexuels non reproductifs ne serait pas une bonne solution pour limiter la population mondiale qui échauffe Gaïa…

Eggsy est devenu Galaad au Kingsman, faute de combattants. Il est déguisé comme Harry : costume sur mesure (blindé), parapluie pistolet (pare-balles), lunettes (connectées), chaussures (à pointe mortelle). Il va délivrer sa mère et sa demi-sœur encore bébé des griffes du beau-père violent et de sa bande de losers ivrognes. Ne quittez pas le film au générique, il réserve encore une douceur pour la fin, avant le vrai générique qui sera sur fond noir.

Au total deux heures de divertissement, où l‘invraisemblable et le violent côtoie le sourire. On a vu pire côté violence, la guerre à nos portes en montre tous les jours les effets, ce qpourquoi la censure de certains pays est plutôt hypocrite. Mais les âmes sensibles et les moins de 12 ans feront bien de garder un compagnon ou un adulte auprès d’eux, on ne sait jamais.

DVD Kingsman services secrets, Matthew Vaughn, avec ‎ Colin Firth, Mark Strong, Michael Caine, Samuel L. Jackson, Taron Egerton, 20th Century Studios 2015, doublé anglais, français, 2h04, €6,86, Blu-ray €10,19, 4K €18,95

DVD Coffret intégrale 3 DVD : Première mission, Services secrets, Le cercle d’or, ESC Conseils 2016, doublé anglais, français, €14,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Mary Higgins Clark, Douce nuit

C’est un conte de Noël. Un conte policier avec un enlèvement d’enfant, et un conte catholique où la prière et saint Christophe sauvent le gamin, comme le saint a porté le Christ. Tout pour faire une belle histoire, avec du sentiment et un peu de suspense, même si la lectrice (majoritaire chez MHC) « sait » que ce sera une happy end. Malgré cela, la mayonnaise prend et le savoir-faire de la narration envoûte ; la nuit est douce à consommer le livre.

« C’était la veille de Noël à New York » est la première phrase. Catherine, une mère gourde, toujours à « oublier », à craindre et en général à penser à autre chose qu’à l’instant présent, emmène ses deux fils, Michael et Brian, 10 et 7 ans, voir les vitrines de la Cinquième avenue et le sapin illuminé. Un violoniste de rue chante Douce nuit et la gourde saisit son portefeuille trop garni – car elle a « oublié » de laisser la liasse de dollars à la maison – pour donner un billet à chacun des enfants afin de donner au musicien. Michael y va, Brian tarde. Il s’aperçoit que sa gourde de mère a laissé tomber le portefeuille à côté de son sac, toujours ailleurs, jamais à ce qu’elle fait.

Et une femme le ramasse, hésite et part avec. C’est une pauvre, elle en a besoin, mais a un peu honte quand même pour la morale. Brian la suit car il veut surtout récupérer la médaille de saint Christophe, grosse comme une pièce de 1 $ et suspendue au bout d’une chaîne, qui a sauvé son grand-père d’une balle allemande durant la Seconde guerre mondiale. Granny l’a donnée à maman pour quelle la porte à son mari qui est son fils, hospitalisé pour une grave opération. Elle « croit » qu’elle peut le sauver, elle a la foi et Brian veut partager la même.

Le petit garçon de 7 ans disparaît donc en suivant Cally qui revient chez elle. Un minuscule appartement miteux où elle vit avec sa fille de 4 ans, venant tout juste de sortir de prison pour avoir aidé son vaurien de frère Jimmy à fuir la police. Or le vaurien s’est évadé le jour même, blessant à mort un gardien. Il compte une fois de plus sur sa sœur pour lui donner des vêtements civils et quelque argent. Brian est là au mauvais moment.

Alors qu’il écoute à la porte, Jimmy l’entend, l’attrape et le menace. Il apprend par le gamin que Cally a un portefeuille bien garni qui ne lui appartient pas et s’en empare. En tombant, la bourse laisse échapper la médaille que Brian accapare pour se la passer au cou sous son pull, directement sur sa poitrine. Jimmy l’emmène avec lui comme otage pour museler sa sœur, l’avertissant que, si elle prévient la police qu’il est passé, il tuera le gamin d’une balle dans la tête.

Et la cavale commence pour Jimmy et Brian, et le calvaire commence pour la maman et Michael. Après avoir claironné qu’il voulait joindre le Mexique, Jimmy part naturellement vers le Canada, plus proche. Il vole une voiture à des bobos insouciants. Brian a peur mais se dit que s’il parvient à se jeter par la portière… Sauf qu’il y a de la neige et que les voitures mal conduites font des tête à queue. Jimmy conduit bien, il a bricolé des voitures dès l’âge de 12 ans, et sa manœuvre empêche Brian de mettre son dessein à exécution.

Il faudra des heures avant que Cally ne se décide enfin à appeler l’inspecteur de police qu’elle connaît pour lui révéler où va Jimmy et qu’il a pris avec lui le gamin disparu, recherché partout à la télé. Elle cède à l’émotion de la gourde, pardon, de la mère, qui n’a rien surveillé, rien vu, rien pensé. Elle ne fait que culpabiliser et pleurer. C’en est écœurant. A croire que seul le père hospitalisé est l’élément stable de la famille et que sa femme est une incapable de naissance. Michael, 11 ans, est comme son père, il guide sa mère devant les médias de façon raisonnable pour un garçon de son âge.

Après moult péripéties de savoir qui a vu qui et quand, du shérif local astucieux et des supérieurs pas idiots, tout se terminera par un doux carambolage et Brian sera sauvé. Non sans avoir provoqué lui-même l’accident en balançant la fameuse médaille de saint Christophe dans l’œil du ravisseur, s’aidant afin que le Ciel l’aide. C’est mignon, édifiant, catholique. On applaudit le gamin de 7 ans qu’on serait fier d’avoir comme fils.

Un roman qui se lit bien, malgré la niaiserie de la mère. Dans le froid glacial de l’hiver new-yorkais, l’espoir demeure dans l’église illuminée et pleine de monde en prières. Un polar de la foi, un policier de Noël.

Mary Higgins Clark, Douce nuit (Silent Night), 1995, Livre de poche 2004, 187 pages, €7,70, e-book Kindle6,49

Les romans policiers américains de Mary Higgins Clark chroniqués sur ce blog

Catégories : Livres, Romans policiers | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Plage de San Andrea

La plage de San Andrea est couverte de familles qui vont nager ou en plonger, des rochers figurent des animaux et même un crâne.

Passe le vendeur d’ananas glacé et de coco frais, dans la glace en panier. Il lance d’un ton inimitable « cÔco, cÔco bEllo ! anan » ! Il prononce ce dernier mot avec une voix nasale, quasi comme « anéné ».

La montée de la route vers Zanca – et la voie qu’emprunte le bus – est particulièrement pénible : rude, cagnardeuse et interminable. Je ne suis pas fâché d’arriver à l’arrêt de bus où je m’assieds à l’ombre sur le banc. Des affiches remercient la population des condoléances pour un décès.

De retour à la chambre d’hôte, je vais directement remplir ma bouteille d’eau à la source pour le voyage vers Pise demain, puis vais prendre une douche et ranger mes affaires. La bande de gamins d’hier se défonce à grands cris dans la piscine hors sol installée dans un jardin derrière, juste un bassin posé de 4 ou 5 m de diamètre.

Comme d’habitude William y sévit, s’éclatant dans l’eau comme s’il était poisson. La fille plus grande que lui saisit son corps luisant et le jette, il adore ça. Sa médaille brille au-dessus de sa poitrine bien dessinée comme une cuiller d’hameçon. Le chien, un peu gros, un peu con, s’appelle Pilo.

Catégories : Italie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , ,

Monte Cappane sur l’île d’Elbe

La nuit fut bonne, fatigue aidant ; le réveil a lieu plus tôt, à 6h30, pour partir gravir nos 1000 m de dénivelée avant la chaleur. Le petit-déjeuner est pris à l’hôtel avant d’aller remplir les bouteilles à la source. Elle est si fréquentée par les locaux qu’un arrêté du maire conseille aux habitants de ne pas exagérer ! Dans le petit matin, les vieux qui viennent s’approvisionner en bidons de Chianti de trois litres, s’exclament : cinghali ! Les sangliers ont en effet foui les bordures en pierres des vignes pour tenter de manger les raisins. Mais la clôture a tenu.

Une lente montée commence dans la vallée par un sentier mieux aménagé qu’hier. Nous allons le long du torrent presque à sec, parmi les châtaigniers et les chênes lièges. Dans le sous-bois, nous voyons un bouquetin qui fuit sans se presser. Dans un fourré, au passage à gué du ru où ne subsiste qu’un peu de boue, nous avons entendu les sangliers ; ils se cachent mais ne sont pas très sauvages. Ils ont été dérangés de leur bauge.

La montée se fait plus roide dans le maquis, sur le flanc sud-est du torrent, avant de déboucher sur la crête vers 650 m.

Nous la prenons alors vers le nord-est pour aborder les abords du mont Capanne, 1018 m, qui est notre destination.

Le chaos de roches et un peu casse-pattes, mais le clou est un dôme de dalles en via ferrata. Les grandes chutes de granit pentues sont plantées de pitons soutenant un câble métallique auquel se tenir à mesure qu’on grimpe.

Rien de vertigineux, tout juste de l’aérien ; rien de technique, tout juste du fatigant. Car se tenir au câble et grimper les jambes, répartir en équilibre le poids du corps, ne va pas sans effort.

Quand il pleut, le tout doit être glissant et mieux vaut ne pas s’y avancer. Mais la journée est belle, à peine voilée.

Nous atteignons le sommet du mont Capanne, parmi les touristes en nombre venus par téléphérique de l’autre côté. Nous allons jusque sous les antennes pour faire « la » photo de groupe, comme tout le monde.

Nous pique-niquons au bord de l’aire pour hélicoptère, devant quelques Allemands avec gosses qui s’empressent de redescendre avant la fermeture prandiale de la télécabine de 13h30 à 14h30. Un petit blond florentin et sa sœur ne tiennent pas en place ; je ne parviens pas à les capturer sur numérique. Ils jouent avec moi sans le vouloir car je les reverrai en fin d’après-midi, en bas du téléphérique, aussi insaisissables, jusqu’à leur voiture garée en bord de route, qui indiquent qu’ils habitent Florence. Un petit Allemand est tendre avec son père plutôt enveloppé mais ne tient pas plus en place, lacets défaits et démarche sautillante ; il souffre en outre de trachéite de ne pas se couvrir – un vrai gavroche le nez au vent. Un couple de vieux au style californien, en maillot de bain, cuivrés, cheveux longs tenus par un bandana, le corps flasque, ont le genre à avoir eu 20 ans en 1968 et de n’avoir jamais quitté l’époque. Ils sont à la fois laids par leur apparence de septuagénaires et ridicules par leur affichage de jeunesse perpétuelle flétrie.

Nous étions huit à monter ce matin, les six autres sont venus tranquillement par la télécabine – en apportant le pique-nique collectif. Ils ont pris le bus de 10h40 et nous ont rejoints alors que nous arrivions au sommet. De loin, nous apercevons la Corse.

Les descendeurs partent avec Denis car le sentier est long (près de 2 h) et pénible (ravagé par les baskets de touristes). J’ai décidé de prendre la télécabine pour descendre, ce que les Italiens appellent cabinovia – le funiculaire. Il vous dévale 644 m de dénivelée en une quinzaine de minutes, comportant 59 cabines où l’on peut tenir jusqu’à trois. Mais en général, un grimpeur et son sac à dos suffisent pour emplir la cage métallique ouverte sur le vide, qui ressemble fort à une cage à oiseau en métal peint en jaune d’œuf. Un couple avec enfant, un adulte et deux enfants, ou encore trois copains sans sac et assez jeunes, donc minces, peuvent tenir en une fois.

La descente seule coûte 12 €, la montée et la redescente 18€. Nous sommes cinq à opter pour le téléphérique et nous prenons un pot au bar-restaurant du départ. Un moment, les nuages montent et il pleut un peu, mais cela ne dure pas. Ceux qui descendent n’ont rien pris.

Dans le couloir du téléphérique, le sol est jonché de chapeaux et casquettes imprudemment gardées sur la tête alors qu’il y a toujours du vent. Quelques canettes et bouteilles aussi. Les gens qui montent présentent toutes les attitudes : désinvoltes au point de se retourner (ce qui fait tanguer la cabine), agrippés des deux mains aux barreaux, assis dans le fond plus grillagé, embrassés sans rien voir, serrant dans ses bras un enfant… Le téléphérique a son point d’arrivée près du village de Marciana.

La route de liaison passe sous le village de Marciana, étagé en hauteur. Seuls les cafés et glaciers se trouvent à proximité, l’intérieur du village est vide malgré sa forteresse, son musée, ses églises. Nous n’avons que trois-quarts d’heure avant le bus prévu à 16h07 et nous parcourons quelques rues ; malheureusement elles montent et nous renonçons vite, la journée a été assez rude comme cela. Nous visitons l’église Santa Croce au plafond peint à fresques avant d’aller prendre un granité citron (2 € le verre moyen) en attendant les autres.

Ils ne tardent pas à arriver et nous occupons à nous quatorze la moitié du bus. Il met 45 mn pour rejoindre Pomonte par la côte. Le ciel est gris, la plage quasi vide et il fait lourd. Le bus nous ramène vers 17h20 et nous pouvons jeter un œil dans l’église de Pomonte qui est ouverte. Un vitrail moderne derrière le chœur est de bel effet au soleil couchant.

Dans la cour familiale de notre chambre d’hôte, trois enfants jouent à Batman avec les déguisements de rigueur. Il y a Giacomo, le fils de la maison, 8 ans, sa petite sœur Rita déguisée en princesse, 6 ans, et un copain, William, 9 ans. Il s’agit du petit blond costaud que j’ai vu hier à la plage plonger du rocher. Je l’ai reconnu à ses cheveux très blonds, à ses yeux bleu clair, mais surtout à sa médaille de cou, un soleil en ronde bosse d’acier poli. Une fille dans les 11 ou 12 ans, Paola, vient aussi jouer un moment, mais ne s’attarde pas. Ils sont bruyants et pleins de vie, je n’ai pas envie de lire et je les écoute, allongé sur mon lit après la douche. Ils articulent bien l’italien – du pur toscan – même si je ne comprends pas tout. William a la voix rauque ; il paraît un petit dur sans cesse à s’exercer, bon copain plein d’initiative et sans peur.

Nous nous donnons rendez-vous pour l’apéritif au café en face d’hier, afin de ne pas faire de jaloux parmi les commerçants, dit Denis. Les boissons sont les mêmes mais le service est moins bon et les antipasti plus réduits ; les patrons sont anciens. L’ado solaire d’hier soir repasse depuis la plage, toujours torse nu mais les cheveux plaqués par le bain. Peu de monde revient comme lui de la mer. Il enfile une ruelle sur le côté d’une boutique juste après l’église.

Le restaurant de l’hôtel est le même qu’hier, avec Simone en patronne à petite robe noire, que nous avons vue en maillot de bain cet après-midi avec les enfants. Spaghettis aux fruits de mer, pavé de poisson et des fruits, le tout accompagné d’un vin blanc toscan de l’année. Le poisson serait du tchernia, « qui ressemble à du saint-pierre ? » dis-je à Denis (à cause de l’animateur de télé). Les convives du restaurant d’hier et d’avant-hier logent à l’hôtel et nous les revoyons souvent. J’ai remarqué un ado carré et sa sœur, dans les 13 et 11 ans, émouvants à observer. Lui responsable, elle discrète, tous deux jouant un jeu social face à leurs deux parents.

Catégories : Italie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Des paysans goutsouls aux citadins ukrainiens à la campagne

Après l’altitude la plus haute suit une grande descente boueuse « un wasserfall blond qui s’échevela au travers des sapins », pour paraphraser l’aube d’été rimbaldienne (Illuminations). Dans la semi obscurité de la forêt résineuse la vie reprend, joyeuse, au seul passage du promeneur qui ranime les énergies. Chaque mouvement est ainsi renaissance. La nature est un désir, comme a senti le poète, ce sale gosse trop doué.

campagne verkhovina ukraine
Nous visitons rapidement une ferme pauvre avant d’attaquer une remontée qui nous mènera à un pylône de relais hertzien. La ferme est composée de plusieurs bâtiments qui servent de remises ou de logement à plusieurs membres d’une même famille, mariés ou célibataires.

fermiere goutsoul ukraine

La fermière, qui semble avoir gardé deux de ses fils avec elle, évoque son oncle, perdu de vue lors de la seconde Guerre mondiale. Elle s’interroge pour savoir comment elle pourrait savoir s’il a été retrouvé, s’il est enterré quelque part ou s’il est toujours porté « disparu » sans laisser de trace. Natacha note le nom, le prénom et la date de naissance pour tenter une recherche Internet à Kiev, au cas où.

ferme goutsoul ukraine
Nous visitons le corps de bâtiment principal où l’entrée au milieu ouvre sur la cuisine à gauche, une chambre à droite puis, car il s’agit d’une grande bâtisse, sur deux autres vastes pièces au fond qui servent de chambre collective et de pièce aux souvenirs.

interieur ferme goutsoul ukraine

Dans cette dernière, en effet, jamais occupée, s’entassent toutes les photos et tous les cadeaux non directement utiles accumulés par les années. C’est une sorte de musée kitsch et de « trésor » familial qui tient du grenier et du salon petit-bourgeois.

cadeaux kitsch ferme goutsoul ukraine
Toute autre est la maison riche que nous visitons au-delà de la crête, une fois redescendu à vous faire mal aux genoux, dans le hameau proche de la route. Natacha demande à visiter au cas où elle aurait besoin d’un gîte pour randonneurs lors d’un autre circuit. Tous les habitants possédant quelques mètres carrés sont disposés à les louer de façon saisonnière pour gagner un peu d’argent. La demeure est aussi vaste que la ferme pauvre mais ne sert que d’habitation. Elle est celle d’un paysan d’origine, formé à la ville, et revenu dans sa campagne selon le même mouvement des petit-bourgeois français des années 70 : sabots suédois, poutres apparentes et chèvre chaud au petit rouge du pays. C’est ainsi que l’on sort du communisme « prolétaire » pour en venir au socialisme « propriétaire ».

datcha rurbaine verkhovina ukraine
L’extérieur est décoré de métal repoussé brillant de neuf et de bow-windows agrémentés de rideaux de mousseline synthétique. Une vaste cuisine à gauche recèle une télé que des enfants assez grands sont en train de regarder. Notre arrivée leur fait fermer la porte ; le feuilleton compte plus que les étrangers : nous ne sommes plus chez les paysans mais chez les rurbains. Ladite cuisine partage un gros poêle avec le vestibule, ce qui permet de conserver la chaleur au centre de la maison en hiver. A droite, sanitaires et salle de bain, au fond un escalier, flanqué d’une chambre confortable à droite et d’un salon empli de canapés et de fauteuils à gauche, ces deux pièces donnant, au rez-de-chaussée, sur les prés à l’arrière.

fenetre datcha verkhovina ukraine

A l’étage, deux vastes pièces lumineuses servent de chambres. L’une d’elle, de petite fille, rassemble sur un fauteuil une vingtaine de peluches de divers animaux et, sous vitrine, divers trésors de porcelaines kitsch.

collection de peluches kitsch ukraine

Nous marchons encore une vingtaine de minutes sur une piste à travers bois avant de rejoindre la grand-route goudronnée à l’orée de laquelle nous attend le minibus. Nous ne sommes pas fâchés de nous y asseoir après ces grimpettes et ces descentes depuis le matin.

lustre kitsch verkhovina ukraine
Avant de revenir au gîte, nous effectuons un arrêt dans un magasin pour acheter des boissons, des sucreries pour les ados du groupe et diverses chips avec de la bière pour l’apéritif adulte de tout à l’heure. Des maltchiki nous jettent des regards de curiosité (maltchik : jeune garçon en russe). L’un de ces ados en goguette n’a pas de selle sur son VTT et il pédale en danseuse. Le tube menaçant directement ses fesses n’est pas pour effrayer ce petit mâle « à la russe » ; ses ancêtres ont vu pire avec les pals mongols… Son copain, un peu plus grand mais guère plus âgé, pédale en seul jean, peau halée, regard clair et cheveux blonds coupés courts. Il offre l’image d’un scout allemand des années trente.

nounours datcha verkhovina ukraine
Nous retrouvons les mêmes maisons et nos chambres d’il y a quelques jours. Nos lits n’ont pas été refaits, ils nous attendaient. Trois petits gars, les fils du patron, 11, 8 et 6 ans à peu près, jouent dans la cour pour nous voir arriver. Ils portent short et débardeur sauf l’aîné qui porte un maillot de foot au numéro de Beckam. C’est probablement lui qui ressemble le plus à son père, il est brun alors que ses petits frères sont tout blonds.

Nous prenons une vraie douche chaude dans une vraie salle de bain et nous dormons ce soir dans un vrai lit : c’est étonnant comme le confort peut être apprécié lorsque l’on a vécu à la dure quelques jours. J’en profite pour secouer mes puces. Oh, non pas celles attrapées dans les granges, mais les modernes, celles des appareils numériques. Je décharge leur mémoire sur CD à l’aide du graveur, puisque je dispose d’électricité. J’ai pris presque 1 giga durant ces trois jours.

L’apéritif est à 19h pour un dîner prévu une demi-heure plus tard. Il se met à pleuvoir. Nous buvons notre bière et croquons nos chips dans une chambre attenante à la « cuisine d’hiver ». Le dîner est l’occasion de nos adieux à Vassili. Si j’ai pu confirmer mon expérience de l’attitude soviétique, lui nous dit avoir découvert un peu mieux qui sont les Occidentaux – assez loin des stéréotypes qu’on lui avait inculqué… Il fait naturellement un autre discours, « à la russe », tant le rituel de ces années Staline continue de marquer la dernière génération élevée dedans. Ne voilà-t-il pas qu’il nous remet une « médaille » pour avoir accompli le parcours de randonnée de Verkhovina ? Le communisme adorait les médailles, façon de distinguer au mérite sans faire bouger d’un pouce le pouvoir politique. Nous voici donc méritants.

Vassili a apporté une vodka « maison » dont il distribue de généreuses rasades qu’il serait de bon ton de boire cul sec, « à la russe » toujours. Nous nous en gardons bien, le libéralisme nous a appris la prudence et à réfléchir avant de faire bovinement tout ce que fait tout le monde. Vassili, puis Natacha, portent des toasts à plein de choses : le circuit, les cuisinières du dîner de ce soir, les roulés au chou réussis (« golubsky »). Son objectif : descendre le litre de vodka à sept. Vassili a apporté aussi une bouteille de vin de Crimée, un genre de vino sancto rouge et sirupeux, très agréable au goût et favori de ces dames. A la suite de ces libations, nous dévorons la salade de chou au concombre assaisonné d’aneth frais, les goloubsky au chou et les vareniki, sortes de gros raviolis au fromage blanc ou aux myrtilles (sans sucre). C’est la fin de notre périple paysan chez les Goutsouls d’Ukraine.

Catégories : Ukraine, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,