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Machu Picchu

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Machu Picchu signifie « vieille montagne ». La cité est bâtie à 2450 m d’altitude, à 112 km de Cuzco. Elle est à environ 3h30 de train de la capitale quand tout va bien ! Il faut « mériter » le lieu. Le départ est très matinal, la foule dense dans la gare, le train pas encore formé mais on échafaude des projets. Le point ultime du voyage, ce pourquoi on est venu de si loin.

Le train entre en gare, chacun gagne sa place, il fait encore nuit. Tiens, le conducteur a beaucoup d’aides, les uns avec des pelles, les autres avec des scies… On comprendra très vite ! Il y a bien sûr le mécanicien, les serre-freins, les bûcherons, les maçons. Le trajet vers le Machu Picchu réserve bien des surprises. Là un arbre tombé sur la voie unique, là un petit pont a perdu quelques troncs, là un glissement de terrain. Qu’à cela ne tienne, ce sont les risques du trajet. Les heures passent. On met pied à terre quand les aides travaillent. Un coup de sifflet, tout le monde rejoint sa place à bord. On redémarre. Un autre arrêt. Les aiguilles de la montre tournent à vous en donner le vertige.

Début d’après midi, arrivée au pied du Machu Picchu. Le train se déverse dans les bus qui vont nous monter par une route vertigineuse là-haut.

Enfin le site du Machu Picchu. Fabuleux, impressionnant, grandiose ! La visite est chronométrée. Le train nous a fait perdre beaucoup de temps.

Le Machu Picchu se divise en quartiers séparés en grande partie par l’esplanade centrale. Deux grands secteurs : la ville supérieure (mirador, garnison, terrasse) et la ville inférieure (greniers, temples, centres artisanaux). Les édifices religieux et les maisons des notables étaient en pierres parfaitement jointes. Les autres maisons (celles des agriculteurs) étaient en pierre grossièrement taillées jointes avec de l’adobe (chaux + terre). Les murs étaient inclinés vers l’intérieur afin de résister aux tremblements de terre. Ces murs robustes étaient recouverts de frêles toits de joncs et de roseaux. Il a été décompté 285 maisons en ruine où habitaient 4 personnes pour une population d’environ 1200 personnes.

On y cultivait fruits, plantes médicinales et fleurs. Le quartier des agriculteurs comprend des terrasses cultivées, un ingénieux système d’irrigation, des rigoles en zigzag.

Le mirador permet de dominer tout le site. Ingénieux système de fermeture de la porte principale de la citadelle : un anneau de pierre au-dessus et deux poignées dans les cavités sur les côtés.

Le tombeau royal est au-dessous de la porte de la citadelle, une caverne en-dessous de la tour centrale qui fut peut-être le tombeau d’un grand Inca.

La rue des fontaines est plutôt une ruelle. Elle est composée d’une série de petits bassins disposés les uns à la suite des autres. Pour des ablutions rituelles ?

La maison de l’Inca comprend des patios intérieurs, un appareillage de pierre particulièrement soigné et les restes d’un mortier.

La maison du prêtre est le temple dit ‘des trois fenêtres’. Le grand temple a sept niches au fond et la sacristie dans le quartier religieux.

Dans le prolongement des temples, une série d’escaliers mène à l’Intihuatana (le lieu où le Soleil est captif) l’observatoire astronomique. C’est le point le plus élevé de la ville et le plus mystérieux sur la placette. Sur cet autel se dresse une colonne tétraédrique servant de gnomon. Elle servait aux Incas à calculer la hauteur du soleil ainsi qu’à connaître l’heure, la date des solstices et des équinoxes.

De l’autre côté, le quartier des prisons, le quartier des Mortiers, le quartier des intellectuels et des comptables. A l’extrémité des ruines, un sentier mène au Huayna Picchu (montagne jeune). Pas de le temps de faire la grimpette, dommage ! Il paraît que l’on est récompensé des efforts fournis par un panorama époustouflant. C’est dur d’être touriste embrigadé en troupeau. Machu Picchu mérite qu’on s’y arrête, qu’on s’y pose, en oubliant la presse et le stress d’une civilisation moderne où le temps sans cesse grignoté exige qu’on passe sans cesse à autre chose.

Le retour tardif se fait quand même dans la bonne humeur. Le lendemain un petit vol pour Lima permettra la visite du musée de l’or. Je crains que ce soit nettement moins impressionnant que celui de Bogota. Et en route pour Ica.

Hiata de Tahiti

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Flaubert voyage en Orient

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La correspondance de Flaubert est la partie la plus vivante de son œuvre. Il y est tout entier, primesaut et direct, sans souci des convenances puisqu’il écrit aux proches et aux amis. Il a toujours aimé aller voir l’ailleurs, ce pourquoi il est moderne. Critique de son temps et curiosité des autres vont souvent de pair.

Pour faire rêver aux temps enfuis, alors que le monde où l’on peut voyager sans crainte se rétrécit, voici quelques « cartes postales » envoyées par Flaubert des lieux magiques, il y a un siècle et demi :

Égypte : « Hier nous avons passé devant Thèbes. Je casse-pétais intérieurement. Les montagnes (c’était au coucher du soleil) étaient indigo, les palmiers noirs comme de l’encre, le ciel rouge et le Nil semblait un lac d’acier en fusion » (à sa mère, 8 mars 1850). Notons que casse-péter signifie dans l’argot flaubertien à peu près s’éclater au sens des jeunes 2011, être étourdi d’un coup brutal qui fait exploser avec bruit.

1854 Gizeh sphinx John B. Greene

Jérusalem : « est d’une tristesse immense. Ca a un grand charme. La malédiction de Dieu semble planer sur cette ville où l’on ne marche que sur des merdes et où l’on ne voit que des ruines » (à sa mère, 9 août 1850).

1852 Jérusalem St Sépulcre extérieur

Byzance-Constantinople-Istanbul : « est éblouissant. Figure-toi une ville grande comme Paris, où il y a un port plus large que la Seine à Caudebec, avec plus de vaisseaux que dans Le Havre et Marseille réunis ; dans la ville, des forêts qui sont des cimetières ; certains quartiers rappellent les vieilles rues de Rouen, dans d’autres broutent les moutons ; le tout bâti en amphithéâtre sur des montagnes, et pleins de ruines, de bazars, de marchés, de mosquées, avec des montagnes couvertes de neige à l’horizon et trois mers qui baignent la ville » (à sa mère, 14 novembre 1850)

1859 Athènes Acropole

Athènes : « Sans blague aucune, j’ai été ému plus qu’à Jérusalem, je ne crains pas de le dire. – Ou du moins d’une façon plus vraie, où le parti pris avait moins de part. Ici c’était plus près de moi, plus de ma famille. (…) Voilà l’éternel monologue hébété et admiratif que je me disais en considérant ce petit coin de terre, au milieu des hautes montagnes qui le dominent : ‘C’est égal, il est sorti de là de crânes bougres, et de crânes choses » (à Louis Bouilhet, 19 décembre 1850).

1857 Naples enfant pêcheur de Carpeaux

Naples : « La quantité de maquereaux qu’il y a ici est chose plaisante. On m’a proposé des petites filles de dix ans, oui monsieur, des enfants en bas âge, dont les nourrices sont sans doute en même temps les maquerelles. On m’a même proposé des mômes, ô mon ami. Mais j’ai refusé » (à Camille Rogier, 11 mars 1851).

1850 Rome forum

Rome : « Je cherchais la Rome de Néron et je n’ai trouvé que celle de Sixte-Quint. L’air prêtre emmiasme d’ennui la ville des Césars. La robe du jésuite a tout recouvert d’une teinte morne et séminariste » (à Louis Bouilhet, 9 avril 1851).

Mais comme il le disait lui-même, ne voyons pas le monde en noir et blanc, « la bêtise consiste à vouloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame. (…) Contentons-nous du tableau, c’est ainsi, bon. » (à Louis Bouilhet, 4 septembre 1850).

Flaubert, Correspondance tome 1, 1830-1851, édition Jean Bruneau, La Pléiade Gallimard 1973, 1232 pages, €53.79 

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Peter Tremayne, Une prière pour les damnés

L’historien irlandais romancier Peter Beresford Ellis, dit Tremayne, cisèle avec brio des intrigues médiévales. Il a choisi un temps ignoré, le VIIème siècle à peine chrétien, et un pays périphérique, le sien, la verte Erin. Il a reçu en 2010 le prix Historia des lecteurs pour ‘Le Maître des âmes’, quinzième opus de la série sœur Fidelma. Voici la suite, le seizième.

Sœur Fidelma de Cashel est la sœur du roi Colgu, l’un des petits royaumes du sud-ouest irlandais, aujourd’hui autour de Munster. Elle est entrée en religion pour apprendre la logique et s’instruire dans les langues des monastères, le latin, le grec, l’hébreu. Elle parle le celte d’Eiran et un peu de saxon. La voici dalaigh des cours de justice, ou avocate, élevée à la dignité d’anruth ou très érudite. Nous pénétrons ainsi, par petites touches savantes, dans un monde qui nous est resté inconnu. Les programmes scolaires restent ‘ex-oriente lux’, focalisés sur la lumière venue de l’orient biblique. Or la culture celte d’avant les invasions vikings était fort riche ; les femmes y avaient place égale aux hommes ; le droit y était avancé, respecté et actif.

En cette année 668 de notre ère, Fidelma doit confirmer son mariage à l’essai avec son compagnon saxon frère Eadulf, dont elle a eu un petit garçon, Alchu. Nous apprenons incidemment que le prénom du gamin veut dire ‘petit coursier’. Les mariages entre religieux étaient communs avant que Rome, par machisme méditerranéen, phobie du sexe venue des sectes juives et intérêt économique bien compris des Romains, n’interdise aux prêtres de se marier. Ainsi, pas d’entretien de famille à la charge de l’église, ni d’héritage à partager avec les fils de prêtres. Rome l’a compris, le pouvoir passe par la richesse. Il passe aussi par la maîtrise des peurs de l’au-delà. D’où ces Pénitenciels qui se répandent pour châtier le « péché », décrété tel par Rome même. Les abbés locaux ambitieux voient tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir à se faire les missionnaires d’une telle foi dévoyée en caporalisme.

C’est ainsi que l’abbé Ultan, ex-voleur violeur violent, jeté à la mer sur une barque sans rame pour que Dieu le juge, se voit ramené par la marée et, devenu « miraculé », ne s’impose à la tête d’une abbaye. L’homme n’a pas changé, il trousse tout aussi volontiers les jeunes nonnes sans leur consentement, tout en tonnant contre les mœurs dissolues. Il ramasse toujours autant de gemmes et de pièces d’or pour acheter les voix. Son ambition est en effet de fédérer les abbayes autour de la sienne pour s’imposer comme archevêque, égal des rois. D’où son ire lorsqu’il apprend qu’une religieuse, Fidelma, se marie avec un religieux !

Il se rend la veille du mariage à la cour de Cashel et affute ses arguments théologiques pour tonner contre. Sauf que le doigt de Dieu se venge : il est assassiné. Et la pauvre Fidelma, à qui les astres ne sont pas favorables, doit passer une ultime épreuve, exercer une fois de plus ses talents d’enquêtrice pour résoudre le meurtre. Évidemment, deux témoins dignes de foi ont vu quelqu’un sortir de la chambre où l’abbé vient d’être tué. La facilité serait de juger en comparution immédiate, de condamner promptement, et de passer aux choses frivoles. Sauf que l’homme qui est sorti de la chambre est un roi…

Fidelma va donc quêter les preuves à charge et à décharge. Elle va découvrir l’intrication des haines entre les protagonistes que rien en apparence ne relie. Elle va jouer serré entre les rivalités politiques et les nécessités du bon voisinage entre des peuples prompts à brandir leur généalogie pour revendiquer une juste place. L’intrigue se déroule comme au jeu du brandhubh, sorte d’échecs irlandais où le haut roi, placé au centre, est défendu des attaques simultanées des quatre coins par quatre rois autour de lui. Il faut contrer chacun des adversaires avant de trouver la bonne faille et révéler la vérité, qui est ici la victoire. Le lecteur, désorienté un bon moment, voit s’aiguiser sa curiosité pour tant de complexité.

Peter Tremayne, Une prière pour les damnés, 2006, 10-18 novembre 2010, 375 pages, €8.17

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