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Maxime Chattam, Lux

Maxime Chattam a été élevé partiellement aux États-Unis. Il en garde une foi de charbonnier pour ce pays, au point d’avoir donné des prénoms yankees passe-partout à ses gosses (Abbie et Peter), et la propension presque désespérée à se vouloir conforme : « un bon garçon » qui fait et pense comme les autres. D’où ses excès dans la pensée ultramoderne, plus ado et candidement bête que les ados, parlant un aussi mauvais langage qu’eux, et pour qui, au final, tout le monde est beau et gentil.

Dans ce roman de science-fiction sous les mânes de Barjavel, il réfléchit sur le monde futur probable avec son réchauffement climatique qui s’emballe, ses tempêtes de plus en plus fortes qui ravage les pays et détruit les villes, faisant de nombreux morts, la faute au patriarcat de vieux cons qui sont resté égoïstement dans leur petit confort en laissant à leurs descendants le soin de s’en démerder. D’ailleurs, plus de descendants : les jeunes ne font plus d’enfants. Trop de risques à élever des gamins, trop de risques à aimer l’autre. Méfiance et cocon au programme (un peu cliché).

Bon, l’adote Romy, personnage principal, est spontanée, sectaire, toute dans l’émotion, comme le sont les ados avant de savoir grandir. D’ailleurs elle est trans, née garçon pour faire bonne figure (on ne voit pas le rapport avec la suite, sinon singer la mode). De même le chef de l’État en France est une femme, évidemment lesbienne pour faire genre. Le seul personnage masculin positif, Pierre, jeune et plein d’allant étudiant en sociologie, mais plutôt macho, meurt lors d’une tempête gigantesque de « grade 4 », inhibant tout avenir naturel. Ce n’est pas Romy qui pourra faire un enfant. Quant à Zoé, la mère du trans, la quarantaine qui sent sa date de péremption arriver avec les mâles, c’est une romancière qui brasse son ego et qui peine à poursuivre.

Avec ces acteurs, Maxime fait du complot, de l’espionnage, de la croyance, au milieu de tensions militaires. Il se dit que c’est le dernier tome de la saga Autre monde de l’auteur – mais les personnages ne sont pas les mêmes ; on peut le lire sans avoir lu aucun des précédents. Ici, tout est mensonge entre États, et entre hauts fonctionnaires, évidemment hors sol et incultes (cliché). Ce mixage est curieux, pas mal tourné, mais orienté woke sans distance. Écrit avant le retournement de veste de Tromp depuis son élection, son retour à l’isolationnisme botté et à l’égoïsme sacré des affaires et de l’empire, je me demande comment Chattam va réagir, lui le colonisé yankee. Dans ce roman de fiction, il apparaît tellement à la pointe des tendances… qui viennent de s’écrouler brutalement !

Après une énorme tempête durant laquelle meurt Pierre, jeune un peu trop sûr de lui, surgit un événement mondial : l’apparition d’une sphère lumineuse de 800 m de diamètre, au-dessus exact de la ligne d’équateur. Nul satellite ne l’a vu surgir, elle est apparue comme depuis le néant. Aussitôt, les imaginations se déchaînent. Ce sont des extraterrestres, un signe de la vengeance de Dieu, une émanation de Gaïa qui réagit à l’espèce humaine toxique, une nouvelle forme d’engin militaire… L’ONU, curieusement sans la Russie, ni la Chine, ni l’Inde, est mandatée pour étudier le phénomène. Est-il hostile ou amical ? Les gouvernements ont chacun un quota de scientifiques et de penseurs à déléguer sur une plate-forme qui est assemblée juste sous la sphère, qui stagne à un kilomètre en altitude sans bouger d’un iota. Il s’agit de l’étudier et faire part au monde entier des observations et cogitations des savants – et d’un panel de la société civile (oh, le cliché mode !). Les marines militaires de tous les pays (sauf les trois, Chine, Russie et Inde) tournent autour pour protéger leurs ressortissants et se surveiller entre eux. Évidemment, la marine américaine est à l’honneur (encore un cliché)… bien qu’un sous-marin nucléaire russe « très avancé » (toujours un cliché) lui dame le pion.

Il n’y a pas que des « savantes et savants » (stéréotype du vocabulaire à la mode) dans les équipes, mais aussi des musiciens, des romanciers, des plasticiens, des « jeunes » et même un clebs. Il s’agit de « penser » large, au-delà des conventions et du connu, autrement dit d’imaginer n’importe quoi, on verra bien après. C’est très ado comme approche, et pas très fiable. D’ailleurs, le roman le montre malgré lui, ce sont les observations scientifiques qui font avancer la connaissance du sujet, pas les spéculations sur le sexe des anges. Tout ce petit monde s’aperçoit que la sphère ronronne, mais pas n’importe comment, en 432 Hz, la « note absolue » qui correspond à l’oreille humaine et permet d’accorder les instruments entre eux. Mais attention à la mystique, où les nazis s’étaient engouffrés sans savoir, les ondes électromagnétiques ne sont pas les mêmes selon qu’on évoque le son, la lumière ou l’activité du cerveau (là, les explications chattamesques ne sont pas vraiment claires).

Zoé est pressentie par l’Élysée pour intégrer l’équipe France sur la plate-forme. Elle ne se sent pas légitime et ne veut pas s’engager. C’est Simon, le père de Pierre qui a été tué, qui va la convaincre, en sociologue manipulateur (un cliché, l’auteur n’en manque jamais, comme les ados). Zoé accepte seulement si sa « fille » Romy vient aussi, elle pourra faire de la com avec la planète ado en postant des vidéos sur l’activité de la plate-forme. Romy accepte seulement si leur chien René (un nom de vieux patriarcat) vient aussi. Les voilà donc tous trois embarqués (embeded, disait le cliché sous Bush junior)

Tout commence et, en bref, sans dévoiler le sujet ni la fin (plutôt rationnelle), Zoé tombe amoureuse de Simon tandis que Romy la trans tombe amoureu(se) d’Alex, un beau musclé évidemment métis (pour la mode woke) et qui est préparateur cuisinier. Le lecteur se demande longtemps si le bel Alex est ce même Alexander, espion russe qui s’est infiltré sous couverture yankee parmi le personnel de la plate-forme, et qui est Russe comme un cliché : brutal, massif, imbu de sa supériorité raciale russe, « born to kill », expéditif et sans état d’âme comme un robot. Pour le reste, les scientifiques expérimentent, les littéraires bavassent, la com s’émet, et rien ne se passerait sans les études par instruments. On s’aperçoit que la sphère émet un gaz en haute altitude. Est-il nocif ? – Oui. Va-t-il toucher les humains à la surface ? – Non. A quoi sert-il ? – C’est assez subtil et scientifiquement osé… Je vous le laisse découvrir.

Je ressors de cette lecture mitigé. Les chapitres sont courts et assez prenants ; la description d’un monde futur possible déréglé fait toucher du doigt les conséquences pratiques d’un réchauffement qui s’emballe ; la naïveté ado (végan, non-binaire, privilégiant l’émotif, acceptant comme normales toutes les bizarreries sexuelles – sauf les politiquement incorrectes) est parfaitement décrite. En revanche, les personnages sont bien pâles, même Simon, le plus abouti, dont la vie n’a plus de sens sans son fils Pierre. Les politiciens sont de caricature, la Première dame, épouse de « la » Présidente a trop de ressemblance avec Brigitte Macron pour que ce soit un hasard. L’espion russe semble sorti des films de James Bond, la diplomatie est totalement ignorée, l’ONU invraisemblable sous la seule coupe des États-Unis, avec tous les pays du « sud » de concert.

Maxime Chattam adore se documenter sur Internet pour monter ses histoires. Mais il ne comprend pas toujours ce qu’il lit et use de raccourcis pour ne pas lasser l’attention clignotante de ses lecteurs/lectrices, un public ado ou ado attardé. C’est donc un roman séduisant mais assez creux, où l’action évidemment réduite à l’espace d’une plate-forme ne peut que stagner un moment, et où les personnages ne sont guère intéressants. Quant aux « grandes idées » sur la fin et le monde, le destin de l’Humanité et les astres, ça tourne en rond.

Maxime Chattam, Lux, 2023, Pocket 2025, 667 pages, €9,30, e-book Kindle €15,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Saint Transi

Il est dit dans le Dictionnaire qu’existe dans les Alpes de Haute-Provence un saint transi « célèbre dans toute la Provence ». Les mères à enfants chétifs les déposaient sur l’autel durant la célébration de la messe. Une fois la guérison obtenue (rpobablement par le saisissement du gamin en certaines circonstances), elles le mettaient nu et suspendaient un vêtement en ex-voto sur le mur.

A Notre-Dame de Ganagobie, célèbre pour son monastère aux mosaïques, l’église romane abrite une tribune de saint Transi.

Ce saint, qui n’a jamais existé dans le canon officiel, serait un avatar de saint Honorat, appelé aussi saint Transit par son voyage et sa conversion. Honorat, évêque d’Arles mort en 429, était un Gaulois païen. Beau jeune homme converti à l’austérité avec son frère, il se fit chrétien et partit pour la Terre sainte mais son frère meurt en route. Honorat est allé méditer sur l’île de Lérins infestée de serpents – donnée par l’évêque de Fréjus. Ils fuirent tous devant sa sainteté… Arles l’a réclamé comme évêque, symbole de la charité chrétienne sous forme humaine. Il est le plus connu des saints Honorat.

Le transi est celui qui passe – qui meurt. Être transi de froid signifie que la fin est proche. Le Moyen-Âge de la guerre de Centa ans en a fait des sculptures réalistes de morts nus ou en putréfaction, cadavre de chair opposé à l’âme immortelle. Horreur de la mort, la superstition populaire en a fait un saint propre à conjurer le sort mauvais, à invoquer dans les cas mortels.

A noter que saint Transi n’est pas le saint des trans. Mêmes chétifs et bizarres, leur « passage » n’est pas pour la mort mais pour l’image d’eux-mêmes. Rien de saint dans ce narcissisme d’époque post-moderne.

Jacques Merceron, Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux, Seuil, 2002, 1293 pages, €35,50

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Elisabeth George, La ronde des mensonges

elisabeth george la ronde des mensonges

Ce pavé de plus de 800 pages pourra faire bailler ou ronronner, c’est selon ; pour ma part, je suis plutôt chat. Les premiers regretteront l’action qui se perd dans les méandres de la région des lacs en Cumbria et dans les replis des psychologies modernes ; les seconds goûteront les personnages, leur vie, leurs œuvres, et cette curieuse morale anti-mensonge si chère aux Yankees. Rappelons que Mrs McCabe, alias Elisabeth George, écrit depuis l’État de Washington, bien loin de cette Angleterre dont elle se délecte à décrire les turpitudes fantasmées.

S’il n’y a pas meurtre dans cette histoire, il y a bien deux morts. Le neveu d’un industriel anobli se noie dans un lac au début, la femme du fils à la fin. L’enquête est officieuse et loin de Londres, mais sur les instances de l’aristocratie qui fait jouer ses relations entre gens du même monde. Un comte peut bien rendre service à un baron, même si l’anoblissement est de fraîche date. Un journaliste de tabloïd enquête aussi et le scandale menace. Le mensonge, le non-dit social, les apparences, et même le scoop de caniveau sont la cible de l’auteur tout au long du livre. Mais dire toujours la vérité a-t-il servi à faire du Nouveau monde un paradis terrestre ? Cela se saurait… Elisabeth George a cette arrogance typiquement américaine de considérer le vieux pays comme une contrée sauvage aux mœurs surannées, ni au fait de la psychologie positive ni du volontarisme : un nid de névrosés. Une inversion qui en vaut une autre.

Car la seconde cible de l’auteur est l’ensemble de « ces situations bizarres qui devenaient de plus en plus courantes dans la société actuelle… », comme il est dit p.814. L’Angleterre est présentée comme une société de copulation, obsédée de sexe (tandis que l’Amérique ne serait sans doute rien de plus qu’une bonne vieille société de consommation). Chacun pour soi et Dieu ma bite, s’il ne sauve pas la Reine. Elisabeth George opère donc l’inventaire de toutes les combinaisons sexuelles possibles hors du couple traditionnel : homo, pédo, trans, virtuel, double, séparé, recomposé. Des gamins de 14 ans tournent des vidéos pornos entre mecs quand d’autres s’essayent « dès leur maturité sexuelle » (quoi, à 9 ans ?) avec leurs petites amies jusqu’à se marier. Elle fait baiser les personnages par tous les trous, entre eux, avec d’autres, dans le temps… Tout en sauvegardant les apparences, n’est-ce pas ? C’est cocasse et un tantinet systématique, comme si elle-même avait un compte à régler avec cette « société actuelle » qu’elle dépayse loin de son Washington décent.

Mais elle est redoutable pour fouiller les ventres et les cœurs, l’esprit lui étant plus réticent. Simon et Deborah, Lyndey et Ardery, Havers et Azhar, les parents Fairclough, le couple Manelle et Freddie, le couple Ian et Niamh (au prénom de croqueuse d’hommes), Ian et Kaveh (« Iranien pédé » dit le fils de 14 ans qui n’est pas infecté du politiquement correct yankee), Bernard et Vivelle (25 ans d’écart d’âge), Mignon et l’Internet, Zed et Yaffa, Nicholas et Alatea, etc. Le lecteur assidu aux œuvres de George retrouvera aussi tous ses personnages chéris, habitués à leurs travers et à leur dignité, poursuivant leur existence en se débrouillant comme ils peuvent des aléas qui surgissent du choc des ego et des circonstances.

L’auteur nous mène vers le noir – très noir ! Mais, sous forme de repentance, elle ne peut finir le livre sans une lueur d’espoir et parsème le final de quelques happy ends. Les plus honnêtes et les plus droits traversent les gouttes, tous les menteurs souffrent et pâtissent. Il y a du biblique là-dessous, bien dans le ton moraliste yankee, bien loin du caractère anglais.

Mais l’œuvre se lit à longs traits, découpée efficacement en courts chapitres filmiques qui prennent un à un les personnages et les font avancer simultanément comme au jeu des petits chevaux. Le paysage, mêlé de terre et d’eau, à la brume qui menace, aux traditions architecturales pluricentenaires, est lui-même un personnage de mensonge : ni terre ferme, ni eau navigable, il peut engloutir traitreusement dans les sables mouvants ou submerger d’un mascaret grondant à la vitesse d’un cheval au galop. Rien de clair dans cette région de brouillard, à croire que les cœurs en sont contaminés. Il s’agit plus d’un roman psychologique que d’un roman policier, même si le personnage principal est inspecteur de Scotland Yard. Mais ceux qui aiment la psychologie plus que le sang répandu aimeront. Je suis de ceux-là.

Elisabeth George, La ronde des mensonges (Believing The Lie), 2012, Pocket 2013, 829 pages, €8.65

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Rencontrer un troisième type à Tahiti : mahu et raerae

Chaque arii (noble tahitien) possédait son mahu (prononcer mahou). Ceux-ci ne sont pas assimilés à des « hommes » par les Polynésiens. Le Tahiti des temps anciens possédait peu d’interdits sexuels. Il copulait dès qu’il le pouvait, les filles dès douze ans, selon les documents de marins français du 19ème siècle. L’inceste, le motoro (façon directe d’exprimer son empressement à la fille de son choix) ainsi que la relation sexuelle avec les mahu étaient des pratiques courantes, naturelles.

A l’adolescence, dès leur comportement efféminé perçu, les futurs mahu recevaient une éducation différente des autres mâles : pas d’épreuves physiques, pas de guerre ni de chasse. A l’inverse, les femmes leur inculquaient la féminité ; les anciens mahu leur inculquaient la pratique des hommes. L’intégration des garçons pubères se traduisait par des rites d’initiation, le préambule étant la circoncision – ou plutôt la subincision. Ce rite se pratiquait sur le marse. Le prépuce était fendu en sa partie supérieure par une dent de requin et, après application de cendre pour arrêter le sang, la plaie était laissée à l’air libre pour cicatriser. Aucune obligation à subir cette pratique – sinon celle de se faire interpeller publiquement et d’être la risée des autres en cas de refus ! Cette subincision formait un bourrelet à la base du gland qui expliquerait le goût des tahitiennes pour les hommes de leur race !

La tradition veut qu’on naisse mahu comme on naît homme ou femme. Contrairement aux raerae, les mahu n’ont pas honte de leur état, puisqu’il est « naturel » (pas comme chez nous). Ils utilisent leur prénom de garçon et ne songent nullement à en changer. Observez la démarche du mahu, elle est caractéristique. Le mahu se déplace torse en avant, serrant les fesses et ondulant des hanches. Il porte souvent les cheveux longs, noués en catogan sur la nuque, et un ou plusieurs ongles longs. Leur voix est toujours douce et leur comportement plutôt passif mais – pour la plupart des mahu – la sodomie reste un acte indigne. Dans les années 1960, les mahu les plus efféminés ont mis en évidence leur aspect féminin et ont fini par vivre en femmes : les raerae sont nés (prononcez réré).

[Si les mahus sont efféminés, voire homosexuels, ils restent en accord avec leur sexe biologique et leur identité de genre. En revanche, les raerae se veulent transsexuels, en inadéquation avec leur être biologique et mental ; ils se considèrent comme de véritables femmes malgré leurs attributs physiques masculins. Si les mahus faisaient partie de la tradition polynésienne du « troisième sexe », les raerae ne sont nés qu’avec la modernité, le commerce, et le passage de nombreux militaires demandeurs par les îles. Les mahus sont « différents », les raerae « prostitués » – Argoul]

Rien d’étonnant à ce que les raerae évoluent aux frontières de la délinquance. Ils affabulent facilement et dénaturent les faits pour se mettre en valeur. Généralement issus d’un milieu modeste, désormais incompris et maltraités lors de leur enfance, les raerae fuient la maison familiale très jeune. Ils approchent les hommes de façon provocante et intéressée pour un verre, une robe. Toujours court vêtus et excessivement maquillés, ils exhibent fesses rondes et poitrine suggestive. Ils vivent du trottoir. Pur produit du fenua, la « pipe tahitienne » est l’invention des mahus travestis. Elle serait la nouvelle référence dans les chambrées militaires…

Pour la transsexuelle, il s’agit non seulement d’être belle, mais surtout de paraître vraie femme. Les raerae fréquentent les homos parce qu’ils rencontrent les mêmes problèmes d’exclusion et de marginalité qu’eux, mais leurs relations ne deviennent jamais sexuelles. Les prostituées, en revanche, se plaignent de la concurrence des raerae. Par dépit, elles traitent les ‘trans’ et leurs clients de « pédés ».

Pour la plupart, les raerae déclarent avoir ressenti un désir sexuel pour la première fois entre 9 et 12 ans. Ils s’initient au sexe plus tôt que les autres et l’âge moyen de leur première fellation est autour de 15 ans. La « débutante » se dirige naturellement rue des Écoles (!), passage obligatoire sur le front de mer à la sortie des boites de nuits, rue des marraines (!!), et elle est ‘prise’ en apprentissage par des raerae adultes. Il lui faut alors supprimer les poils rebelles – tous ! S’épiler le pubis en triangle pour simuler la vraie femme. Mais ce sont les seins qui incarnent le plus manifestement l’identité féminine, beauté, érotisme et fécondité. Le soutien-‘gorge factice’ est bourré de coton, mouchoirs, papier toilette – même de préservatifs remplis d’eau pour faire volume ! Le camouflage des testicules du raerae pose quand même problème. La méthode la plus courante consiste à les reloger dans l’abdomen, à tirer la verge entre les cuisses vers l’arrière et de coincer le tout avec un string. Il faut maintenir tout cela en place !

La débutante vole ; elle emprunte sans rendre ; elle dérobe de l’argent ou des objets à ses clients. La débutante « prête » ses affaires ; elle peut même donner avec légèreté les affaires qu’elle chérit le plus, quitte à le regretter plus tard. En général, lorsqu’un raerae a un amant régulier, il l’appelle son « mari ». Ils éprouvent une grande répugnance de mœurs pour le travail physique ; s’astreindre à des horaires est contraire à leur conception volage de l’existence ; de par leur mythomanie, ils perdent tout sens de la réalité et non seulement mentent, mais ils se mentent à eux-mêmes. Seul compte le fait d’être ‘la plus belle’ aux yeux des autres. En mars a lieu l’élection de miss Piano Bar, titre le plus convoité, qui porte le nom d’une boite de nuit célèbre de Papeete. En juillet, c’est au tour de miss Heiva. Ceux qui sont familiers de la rue de la Chapelle, à Paris, peuvent voir un raerae arpenter le trottoir : ils croisent sans le savoir une ex-miss Piano Bar !

A Papeete, la rue des Écoles est celle « où l’on rigole, où on picole, où on racole. » Il faut la visiter la nuit et entrer au « Mana Rock Café », ou au « 106 ». Je n’ai connaissance que des tarifs 2002, pour vous donner une idée : une fellation coûte 5000 francs pacifique, le « complet » 10 000 et « la partouze » (?) 20 000. Les raerae qui « besognent » disent qu’ils « vont au bureau » ; ils ne font pas la pute, ils sont « secrétaires de mairie » !

Hiata de Tahiti

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