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Charles Morgan, Sparkenbroke

Au début des années 1970, l’auteur anglais Charles Morgan, né en 1894 et décédé en 1968, était à la mode en France, réédité en Livre de poche. Sa prose riche et abondante chantait l’amour transcendant le réel, la perception des choses au-delà des apparences et des êtres au-delà des convenances, en bref tout ce qui remettait en cause la conception bourgeoise et prosaïque de l’existence. Poète, l’auteur anglais avait composé en 1944 une ode au général de Gaulle pour la France libre. Il avait combattu durant les deux guerres dans la Navy.

Aujourd’hui, Charles Morgan est oublié, trop de mots dit-on, l’ennui des pages interminables et de cet univers anglais préservé, comme sous naphtaline, depuis l’ère Victoria. Pourtant, la vision panthéiste de Morgan ressemble fort à celle que les écologistes prônent. Peut-être serait-il temps d’y revenir ?

Sparkenbroke est un lord qui vécut une enfance difficile, sa mère s’étant enfuie avec un amant alors qu’il n’avait qu’à peine l’âge de raison. Frustré des traditions jusqu’à 12 ans, l’enfant devait regarder son demi-frère aîné Stephen, de trois ans plus âgé, officier auprès de leur père devant le caveau familial alors que lui était condamné à rester à la maison. Un jour, son père qui reconnait en lui les traits de sa mère, femme qu’il a adorée, le convie à les rejoindre. Le jeune Piers en est moins fier que fasciné : non par la mort mais par les portes qu’elle lui ouvre. Pour le bizuter, son grand frère l’enferme dans le caveau, croyant le terroriser en représailles à son harcèlement pour en obtenir la clé. Rappelons quand même qu’il s’agit d’une maisonnette dans le cimetière, pas d’un trou à cercueils. Mais l’enfant est retrouvé halluciné, ayant vécu la première expérience marquante de sa vie. Il a été « visité », comme si l’abolition du moi avait ouvert la fenêtre sur l’au-delà des apparences ; « la mort est un accident au milieu d’une immortalité qui se poursuit » p.351.

Très sensible et imaginatif, l’enfant devient écrivain. Il serait alors « possédé par tout ce qui existe, en deviendrait une parcelle, de même qu’une flamme détachée fait partie d’en embrasement ou qu’une goutte de pluie perd son identité dans la mer » p.17. Lorsqu’il crée, l’artiste est comme un dieu, innocent et joyeux. « Pendant qu’il écrivait, il se trouvait sans péché. Inventer, c’était recevoir l’absolution et le brillant effort de traduire en paroles ce que son imagination lui imposait, purifiait son être de tous les poisons » p.125. L’extase est une sorte de mort à la réalité, une transcendance qui délivre de la mort physique. L’homme dans son existence, « par trois fois au moins, devient clairvoyant et peut s’exprimer : dans l’amour, la contemplation et la mort, ces trois extases » p.136.

Piers Sparkenbroke s’intéresse à la légende chrétienne de Nicodème sculptant le Christ, qu’un bateau guidé par les anges fait échouer à Lucques en Italie, puis au mythe de Tristan et Yseult où l’amour et la mort sont liés dans un même transport spirituel au-delà de la chair. Mais il bute sur certains passages, l’écriture se refuse à lui. C’est lorsqu’il rencontre Mary, jeune ingénue fiancée à un rustre qui rompt ses fiançailles avant d’habiter chez un pasteur, qu’il retrouve de l’inspiration. La fille donne et reçoit, plus que sa femme trop prosaïque ; elle crée une tension, une attente indéfinissable « dont le frémissement compte parmi les impulsions fondamentales de l’art » p.143. Il l’embrasse mais ne s’unit pas à elle, il se retient. Mary est sensible mais a des principes sains et solides.

Lorsque Spark, comme l’appelle familièrement son fils Richard, 6 ans, repart en Italie chercher la solitude nécessaire à l’écriture, Mary se marie tout naturellement avec George, ami d’enfance de Piers, plus âgé que lui et qu’elle. Elle trouve chez ce médecin de campagne une sérénité et une bonté qui l’apaise et la rassure. Mais le destin s’en mêle, un voyage en Sicile fait échouer Mary à Lucques avec la sœur de George, Helen, malade d’une sclérose en plaques. Sparkenbroke les héberge jusqu’à la mort d’Helen et Mary retombe en amour pour lui. Mais elle se dérobe et rompt à nouveau, d’un commun accord avec Piers qui songe à retrouver sa femme pour assurer l’héritage à Richard. Là encore, le destin refuse ; s’il est des êtres faits l’un pour l’autre, ils ne peuvent que s’attirer. « Piers comprit que les créatures ne doivent pas être comparées entre elles en termes de beauté ou d’intelligence, qui sont les qualités du monde des apparences, mais en raison de leur perméabilité au flux créateur.  (…) Pénétrer ce qui est réel, en être visité, imprégné, lui parut résumer les deux impulsions complémentaires et dirigeantes de la vie, et il s’aperçut que l’existence sociale à laquelle il revenait délibérément, était la négation de ces élans, les empoisonnait et les atrophiait » p.428.

Le divorce est consommé entre la vie sociale en couple pour élever des enfants et la vie hors du monde de l’artiste qui crée. L’amour absolu n’est accompli que dans la mort, par-delà les apparences, pour rejoindre l’élan cosmique que l’acte créateur approche entre temps par éclairs. Dans le monde réel, Mary ne peut qu’être prosaïque et Piers insatisfait. Je ne vous donne pas le dénouement, mais il n’a rien de romantique car son époque naïve est dépassée en ce début des années 1930 où se passe le roman. La guerre est finie et la guerre approche, les mondes basculent. L’art va se recomposer et, pourtant, la façon de voir de Charles Morgan reste éternelle.

L’auteur a souvent des bonheurs d’écriture, des remarques qui sonnent justes à qui sait observer. Ainsi cette exaltation sans cause à 15 ans, lors de certains moments privilégiés, « le bruit de l’eau, la voix de Piers, la sensation sauvage de la jeunesse, du flux de la vie, de la joie d’être un garçon » p.74. Ou « ce lien spécifiquement anglais – la faculté de communiquer ses sentiments sans étalage de mots » p.278. Encore ce processus de l’amour qui va bien au-delà du comportement des caniches : « Personne n’aime une femme uniquement à cause d’elle-même – pour ce qu’elle est. On peut dans ce cas éprouver du désir ou de l’amitié, mais celui qui prétendrait aimer une femme pour cette raison ne serait pas un véritable amoureux et manquerait de compréhension. Il ne l’aimera que lorsqu’il aura déversé en elle un millier d’aspirations et de rêves qui ont leur origine en-dehors d’elle, et que tout son être à lui sera en quelque sorte recréé en elle » p.309. Enfin la description tout en mouvement de la frise de putti par Jacopo della Quercia sur la tombe d’Ilaria à l’église Santa Maria delle Rose à Lucques qui est un bonheur de lecture (p.347).

La pagination indiquée est celle du Livre de poche 1972 en 499 pages (édition épuisée)

Charles Morgan, Sparkenbroke, 1936, J’ai lu 2004, 666 pages, €5.50

Un autre roman de Charles Morgan déjà chroniqué sur ce blog

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Martin Amis, L’information

martin amis l information
Dédié à ses deux fils, Louis et Jacob, nés respectivement en 1985 et 1986, ce pavé littéraire londonien est en partie autobiographique. Deux amis d’université, Richard Tull et Gwyn Barry, sont devenus critiques, puis écrivains. L’un réussit, l’autre pas, car l’un se met dans le vent superficiel de la mode tandis que l’autre, plus exigeant, reste obscur et élitiste à ses contemporains. Ils se haïssent au fond mais ne peuvent se passer l’un de l’autre en apparence. Le succès de l’un le rend indulgent pour la jalousie de l’autre, ce qui ne l’empêche pas de baiser sa femme…

Il serait trop simple de chercher le bon et le méchant, la victime et le salaud, tous deux sont mélangés et coupables. La quarantaine est l’occasion du bilan d’une vie, âge de l’auteur et âge des protagonistes. Qu’a-t-on fait de sa vie à cet âge ? Dissipé sa jeunesse au point d’en être ravagé ? Écrit une œuvre qui va compter ? Mis au monde des enfants qui vont vous succéder ? Ce qui rachète Richard sont ses deux fils, faux jumeaux comme le sont les vrais fils qu’il a élevé jusqu’à leur 7 et 8 ans avant de divorcer en 1993. Peut-on être vraiment mauvais lorsqu’on aime ses enfants ? Même s’il écrit mal, compliqué et abscons, Richard est un bon critique ; il manque cependant d’ambition, sans cesse obnubilé par son rival Gwyn. Faux ami (faux Amis ?) qui se laisse porter par le succès, même si ce qu’il écrit « ne vaut pas un clou » comme le dit sa femme (qu’il trompe avec la bonne, avec son agent littéraire et avec l’épouse de Richard). Gwyn Barry ne veut fâcher personne, aucun conflit n’existe dans ses romans, pas même la distinction homme-femme, ce qui plaît à tout le monde, notamment aux vulgaires Américains toujours en mal de politiquement correct.

Martin Amis croque une satire de l’Amérique des années 1990 dans la Troisième partie qui vaut son pesant de délices. Il est redoutable avec « la détermination américaine », cette façon obsessionnelle d’aller jusqu’au bout de n’importe quoi, comme avec l’imitation des autres, névrose nationale. Quand au pot mêlé, il s’en fait une image so British… « En cela elle ressemblait à ses collègues. Du point de vue ethnique, Evry et Ort étaient soit tout, soit rien, ou bien ni ceci ni cela. Bref, des Américains » p.413. Il satirise aussi – comme ses fils avec leurs pistolets laser – la gent littéraire londonienne médiocre, dispersée et jalouse. Il transpose une expérience personnelle, celle d’avoir quitté son agent Pat Kavanagh, épouse de son ami Julian Barnes, pour un agent plus agressif, Adrew Wylie. Comme la querelle fut publique, ce roman a réglé quelques comptes. Martin Amis n’est ni tout à fait Richard, ni franchement Gwyn ; il s’est dédoublé pour bâtir l’intrigue, façon de promener son miroir critique le long d’un chemin semé d’embûches, celui du petit monde littéraire.

martin amis et son frere philip vers 7 ans

Mais pas seulement. Le tout-venant n’est pas épargné, aussi bien les Noirs de banlieue qui se la jouent gros muscles animés par petit pois, que les bourgeois qui jouent à l’aristo dans les clubs chers où l’on pratique le tennis. L’auteur pointe « les lambeaux de hargne et de rage, les jurons perçants et les phonèmes barbares qui donnaient aux cours grillagés des allures de cages ; à l’intérieur, tout se passait comme si des esclaves ou des animaux doués de parole étaient en révolte permanente contre leurs conditions de détention, le nombre de coups de fouet, la piètre nourriture » p.146. Comment se faire mal et se changer en bête quand on veut être à la mode ? Il est vrai que… « Il ne nous reste pas beaucoup de zones de transcendance aujourd’hui. A part le sport, le sexe et l’art. – Tu oublies les malheurs d’autrui (…) la contemplation languissante des malheurs d’autrui » p.641.

L’information, c’est la mise en forme, au sens physique de la santé-beauté-charme et au sens d’organisation de son existence et de son œuvre. Richard cherche à déstabiliser Gwyn, mais tous les moyens employés, la rivalité sportive, la baise, la violence, sont inefficaces et se retournent contre lui. La crise de la quarantaine conduit à observer l’espace interstellaire et à se trouver bien petit, et mortel.

Autobiographique mais largement romancé, L’information complète la trilogie de Londres qui a commencé avec Money et London Fields. Le lecteur curieux de l’humain et amoureux des traits acérés de Martin Amis ne pourra qu’aimer ce livre, malgré son grand nombre de pages.

Martin Amis, L’information (The Information), 1995, Folio 2002, 679 pages, €2.48 occasion
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Péguy et la mystique républicaine

Dans les années 80 j’ai trouvé en solde dans la collection « Velpeau » de Gallimard un court livre édité en 1933 et réédité depuis en Folio essais : ‘Notre jeunesse’. On ne lisait déjà plus Péguy et avec raison tant le style est lourd, redondant, circulaire. C’est un style de tribune fait pour être dit, pas pour être lu. La déclamation d’assemblée passe mal le silence de la page. ‘Notre jeunesse’ est peut-être la plus lisible des œuvres de Péguy. Le lecteur y découvre quelques idées restées neuves.

S’il est peu question de la jeunesse en général, et encore moins de celle de l’auteur malgré le titre, Charles Péguy développe certaines de ses conceptions politiques à leurs débuts. Elles sont marquées de façon indélébile par l’affaire Dreyfus. J’ai retrouvé certaines de mes interrogations adolescentes, notamment ce que Péguy nomme avec emphase la « mystique républicaine ». Un Mélenchon n’a pas peur de raviver l’idée aujourd’hui pour servir sa dissidence. Mais c’est une grande idée, simple comme toutes les grandeurs. Je crois qu’elle porte encore puisqu’elle est probablement le moteur des révolutions arabes.

Il s’agit d’une transcendance. La république comme substitut de religion. Le contraire même de la religion d’État ou de la religion de l’État. Louis XIV qui ne voulait voir qu’une tête (la sienne) et le jacobinisme botté intolérant d’une certaine gauche comme d’une certaine droite, apparaissent aussi insupportables en regard de la république. Celle-ci, « chose publique », signifie l’intérêt général.

  • Il n’est pas forcément celui du plus grand nombre : ce ne sont pas les sondages qui gouvernent.
  • Il n’est certainement pas celui d’un seul, omniprésident, guide, conducator ou secrétaire général.
  • Il est celui d’un groupe informel et pas d’un parti.
  • Il est soucieux du bien de la nation avant toute autre chose. Mitterrand a ainsi imposé l’abolition de la peine de mort à une opinion rétive… qui reconnaît son bien-fondé. De Gaulle avait de même imposé l’indépendance algérienne à son camp qui y était hostile, volontiers nationaliste.

Ces présidents-là avaient l’air de gouverner seuls. Ils incarnaient en fait la France, une certaine idée partagée de l’avenir commun. Leur solitude était légion.

La mystique signifie l’au-delà de la matière, la mise en veilleuse des petits intérêts cuits à petit feu dans leurs petits coins par les petits lobbies et les partis étroits. L’argent, les machines politiques, les alliances internationales, la mondialisation, conduisent du fait de leur complexité à réserver le champ du politique aux seuls spécialistes. Or la politique est la vie de la cité, elle concerne chaque citoyen, elle appelle tous ceux qui veulent le devenir, jeunes, exclus ou immigrés. Avec le recul, c’est bien la mystique républicaine qui a fait naître la Résistance comme la conquête du pouvoir par la gauche en 1981, ou encore la volonté de bouger enfin la France dans un monde qui accélérait, en 2007. C’est l’une des causes des révoltes arabes, et certainement ce qui pousse los indignados à revendiquer d’exister dans une société qui les ignore, les éduque par-dessus la jambe et les exclut du travail.

Que dit donc Péguy ? Pour lui, la modernité est « le monde de ceux qui ne croient à rien, pas même à l’athéisme, qui ne se dévouent, qui ne se sacrifient à rien. Exactement : le monde de ceux qui n’ont pas de mystique » p.15. Cette mystique qu’il revendique est une foi, mais pas forcément religieuse. Elle est le sens des valeurs, la culture en acte. Incarnations : Jeanne d’Arc, Barra, Gavroche, de Gaulle au 18 juin, Jean Moulin, Albert Camus face à la haine des Sartre – pour n’évoquer aucun vivant.

« Ne parlez point si légèrement de la république, elle n’a pas toujours été un amas de politiciens, elle a derrière elle une mystique, elle a derrière elle tout un passé de gloire, tout un passé d’honneur, et ce qui est peut-être plus important encore, plus près de l’essence, tout un passé de race, d’héroïsme, peut-être de sainteté » p.17. Ne sautez pas au plafond au mot de ‘race’, c’est une clause du style d’époque pour dire l’honneur, d’essence aristocratique. La ‘race’ au sens de Péguy n’est pas la sélection génétique mais le tamis des valeurs inculquées par la culture et le milieu. « Car des hommes sont morts pour la liberté comme des hommes sont morts pour la foi » p.28.

Mais c’est une loi historique que toute foi s’use, que toute légitimité se voit remise en cause, que toute noblesse devienne routine. La tragédie se répète en comédie, la mystique se dégrade en politique, les pensées vivantes en idéologie fermée, la volonté en propositions réduites à l’acceptable, la culture en enseignement monotone et l’enseignement en pédagogisme… Ce qui était vivant, fruit d’un élan, s’intellectualise, se dessèche, se réduit, se bureaucratise. On ne construit plus, on nomme une commission ; on ne décide plus, on cherche le plus petit commun dénominateur pour ne fâcher personne. Les saints deviennent clercs, puis énarques ; les héros passent nobliaux fiers de leur naissance plus que de leurs actes, puis politiciens démagos fiers de leur beau quartier, de leur écoles huppées, des résidences réservées et des rallyes privilégiés pour marier leurs descendance ; les entrepreneurs deviennent gestionnaires puis administrateurs, l’esprit d’entreprise se dégrade pour se réduire ultimement au seul contrôle des coûts.

La grandeur, on ne la comprend plus, donc on la méprise. Le scepticisme intellectuel croît très fort dans le calme et la paix, engendrant une somnolence de la raison, plus sollicitée par les instincts ou les mouvements. Chaque catastrophe nous le révèle : l’Administration n’a jamais rien vu, les politiciens n’ont rien anticipé, les décideurs réagissent affolés à ce qui aurait dû être au moins envisagé. L’État n’est plus incarné, c’est personne. Voilà la politique du parapluie, le principe de précaution inscrit dans la Constitution, la somnolence Chirac élevée au rang des beaux arts… Auparavant, il y eût la faillite de mai 1940, la débâcle de toute une société petite-bourgeoise, provinciale, contente d’elle-même et confite en un « radicalisme » qui n’avait plus aucune radicalité autre que celle de conserver à tout prix ses zacquis.

Ce sont alors les obscurs, les sans-grades qui sauvent l’honneur, ceux qui avaient gardé en leur cœur quelques braises de cette mystique républicaine. Joseph Kessel a magnifiquement décrit ce premier mouvement dans ‘Pour l’honneur’, dédié aux résistants de la première heure face à la démission des élites française de la IIIe République en 1940, tout comme aux républicains espagnols catalans.

La mystique républicaine s’applique à tous les peuples. Mais la France a ses particularismes en Europe et dans le monde. Charles Péguy les énumère : « la vaillance claire, la rapidité, la bonne humeur, la constance, la fermeté, un courage opiniâtre, mais de bon ton, de belle tenue, de bonne tenue, fanatique à la fois et mesuré, forcené ensemble et pleinement sensé ; une tristesse gaie qui est le propre du Français ; un propos délibéré, une résolution chaude et froide ; une aisance, un renseignement constant ; une docilité et ensemble une révolte constante à l’événement ; une impossibilité organique à consentir l’injustice, à prendre son parti de rien. Un délié, une finesse de lame. Une acuité de pointe » p.130. Avec l’hédonisme post-68 et la contamination américaine, ces vertus seraient à revoir, mais ne boudons pas notre plaisir : la mystique républicaine reste.

La question est : qui l’incarne ? Il ne suffit pas de le clamer, comme Mélenchon. On sent chez lui que, très vite l’intérêt « général » risque de se réduire à celui de son clan, de sa vérité étroite. Comme Chavez ou Castro, il est universel avant de prendre le pouvoir, il risque d’être sectaire après. Il y avait de Gaulle, il y a eu Mitterrand. Quelques autres ont émergé sans accéder à la haute fonction. Qui  pour 2012 ?

Charles Péguy, Notre jeunesse, 1933, Folio essais 1993, 344 pages, €9.40

Joseph Kessel, Pour l’honneur, 1964, Livre de poche 1972, €1.80 occasion

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