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Patricia Macdonald, Dernier refuge

Une histoire de femme, enceinte de surcroît, qui tombe de Charybde en Scylla. Dena aime Brian, copain de lycée revu après plusieurs années, mais il est fort jaloux, très occupé par un haras à chevaux auprès d’un père autoritaire devenu paraplégique, et il boit. Un soir, il la bat. Le flic Tyler appelé au portable depuis la salle de bain se révèle un brave Noir un peu niais qui obéit aux ordres. Or son chef Lou porte Brian dans son cœur on ne sait pourquoi, et il le relâche. Le mâle blessé dans son orgueil de propriétaire vient harceler celle qui porte son bébé, bien qu’ils ne soient pas mariés, tout en l’accusant de coucher avec un amant. Il s’introduit chez elle, lui crève un pneu, la saisit par derrière…

Dena s’est réfugiée chez son amie Jennifer, enceinte elle aussi, qui est revenue depuis un an dans la ville de son enfance avec son mari Ron, plus âgé qu’elle mais très amoureux. Elle accueille Dena mais est assassinée chez elle quelques jours plus tard. Qui a fait le coup ? Tout le monde soupçonne Brian mais le chef Lou n’y croit pas, faute de preuves tangibles, et le relâche. Une adolescente de 14 ans qui adore les chevaux et est en secret amoureuse du viril Brian, témoigne en sa faveur. Brian libéré s’empresse d’aller défoncer la porte de Dena qui a trouvé un logement provisoire au-dessus de celui de Peter, un collègue pianiste qui travaille dans la même auberge qu’elle et s’occupe seul et très bien de ses deux fillettes. Peter balance Brian bourré dans les escaliers et celui-ci déguerpit.

Mais une autre femme est retrouvée noyée dans un canal, probablement assassinée elle aussi.

C’en est trop : Dena décide de quitter la ville pour aller chez sa sœur à Chicago, malgré l’interdiction de la police qui veut l’avoir à disposition pour l’enquête sur le meurtre de Jennifer. Une juge a prononcé une interdiction temporaire contre Brian mais la police le laisse faire : il n’y a donc aucun autre moyen que de prendre son destin en main toute seule – à l’américaine. Dena part donc en voiture avec Peter qui déménage avec ses deux filles.

Mais l’assassin n’est évidemment pas qui l’on croit, bien que ce soit un peu téléphoné sur la fin et que l’on ne sache pas pourquoi il a tué Jennifer. Le prologue d’enfance vient comme un cheveu sur la soupe, non repris dans le reste de l’histoire. Les enchaînements d’actes aussi absurdes que niais de Dena sont difficiles à comprendre – mais nous n’avons pas la mentalité américaine.

Si l’intrigue est mince, tout se joue sur les portraits psychologiques des personnages. Ils sont fouillés et captivent. Dena ne restera pas dans la mémoire comme une femme rationnelle et une mère exemplaire, mais le cas de Peter est intéressant, celui de Tyler humain et celui du chef Lou déplorable. Les personnages secondaires sont soignés et le lecteur ne s’ennuie jamais. De quoi passer un bon moment, malgré le grandiloquent un peu bâclé de la fin : l’auteur avait déjà écrit trop de pages.

Voilà un bon polar pour l’été, relu et éprouvé par vingt ans de recul.

Patricia Macdonald, Dernier refuge (Safe Haven), 2000, Livre de poche policier 2002, 510 pages, €8.70 e-book Kindle €8.49

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Patricia MacDonald, Sans retour

Dans le domaine du roman policier, autant les Français ont réussi dans le psychologique, autant les Anglaises dans le sociologique, autant les Américains ont inventé une nouvelle forme : l’efficacité.

Les hommes créent des thrillers, romans montés comme des films et découpés comme au cinéma en séquences courtes remplies d’actions, caractérisées par des caractères tranchés et une grande précision pour faire vrai (horaires, paysages, rues, procédures, crimes, institutions, self-défense – tout est documenté soigneusement). La morale est celle, individualiste, du self-made man, du cow-boy, du pionnier, qui ne compte que sur lui-même et se méfie de l’État. Il n’a, comme base, que les Dix Commandements du moralement correct, encore que la nécessité lui fasse prendre quelques libertés avec le meurtre et l’adultère. Chez Robert Ludlum, Tom Clancy, David Morrell, Clive Cussler, Stéphane Coonts, Frederick Forsyth, Ken Follett, le cadre est le monde et le thème est la guerre.

Les femmes ont investi l’intérieur du pays. Leur thème est la psycho-sociologie, la banlieue moyenne. Patricia Cornwell, Mary Higgins Clark, Lawrence Sanders, Dorothy Uhnak, sont de cette veine. Avec Patricia MacDonald, les suspenses sont bien montés. Le lecteur entre sans peine dans le décor, partage vite la façon de voir les choses du personnage central, qui est une femme. L’intrigue avance sans temps mort, pas à pas, avant l’apothéose – souvent inattendue.

Sans retour va au-delà du divertissement en évoquant un personnage, le tueur, jusqu’à sa dimension mythique. En 1989, époque où ce roman a été écrit, le Japon semble avoir battu l’Amérique sur beaucoup de plans. Le modèle américain vacille. Dans ce livre, il est incarné superbement par Grayson, un jeune homme de 15 ans. Grayson est flamboyant, il est la réussite en personne, fierté de son père, de son collège, de sa ville – le parfait bon gars américain, le gendre idéal. Il est intelligent, sportif, travailleur. Il baise les plus belles filles, dirige l’équipe de baseball, bûche ses maths, est lauréat de la Chambre de commerce. Grand, blond, musclé, très beau, il est le fils de rêve, le rejeton du Nouveau Monde. Mais voilà, il a les défauts de ses étonnantes qualités : l’égoïsme, l’arrogance, l’amoralité, l’hypocrisie. Tout lui est dû, tout doit s’arranger selon ses désirs. Il se sent d’une espèce supérieure, au-dessus du commun des mortels et des règles qui les régissent, au-dessus des lois et de la morale. Lorsque quelque événement dérape, il ment à la société et séduit ses proches pour arranger les faits à sa manière. Un vrai Yankee au fond, la suite des ans le prouvera… Mais tout comme l’Amérique de Nixon et de Reagan n’est qu’apparence de force et de santé, la beauté de l’adolescent individualiste n’est qu’extérieure : elle est celle du diable.

Patricia MacDonald est Bostonienne, d’une ville–référence pour la bonne société américaine, celle qui établit les conventions. Son personnage de maman est obstiné, scrupuleux, attentif à l’amour. Mais le féminisme est passé par là et cette mère pèse dans sa propre balance ce que les hommes de son entourage lui apportent : la sécurité, le plaisir, la position sociale. Les figures mâles sont rarement positives dans ce livre. Elles sont fragiles et très mêlées : la lâcheté voisine avec la force ou le courage avec la faiblesse. Pour l’auteur, le modèle WASP, blanc, anglo-saxon, protestant est décrépi. Elle préfère valoriser les femmes, les filles, les Noirs – probablement l’essentiel de ses lecteurs qu’il s’agit de caresser dans le sens du poil. Elle a le sens commercial. Le seul garçon un peu aimable est homosexuel mais il périra de trop aimer le diable.

Étonnante thérapie qu’entreprend l’Amérique par ses séries romanesques ou filmées, à la fin du siècle dernier. Plus qu’ailleurs, on peut suivre les états d’âme du pays suivant les thèmes de sa littérature populaire. Ce MacDonald-là est bon pour la santé.

Patricia MacDonald, Sans retour, 1989, Livre de poche 1992, 377 pages, €7.60 e-book Kindle €7.99

Les romans policier de Patricia MacDonald déjà chroniqués sur ce blog https://argoul.com/?s=patricia+macdonald

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Patricia MacDonald, La double mort de Linda

Un jour de fête des mères Jenny, la fille d’un couple moyen du Massachusetts, ne vient pas au restaurant prévu avec ses parents ; elle a préféré aller au cinéma avec sa meilleure copine. C’est ainsi que débute l’un des premiers romans policiers écrit avant les mobiles et Internet de Patricia Bourgeau, dite MacDonald, née en 1949. Mais la fille du couple est à l’âge ingrat, 13 ans, et l’on apprend vite qu’elle a été adoptée.

Peu à peu, le lecteur va découvrir ce que cette adoption recouvre, les lourds secrets de famille qui s’emboitent les uns dans les autres. En parallèle, il y a meurtre. Une adolescente retrouvée assassinée des mois après sa disparition et qu’une journaliste locale très ambitieuse (une caricature de l’auteur en ses jeunes années) a nommée Ambre. Puis une femme est assassinée à son tour… Linda, la mère biologique de Jenny justement, à peine revenue de sa fugue de quatorze années et qui a voulu voir sa fille abandonnée bébé. Pourquoi est-elle revenue après toutes ces années ? Pourquoi justement cette année ? Pourquoi a-t-elle été tuée ? Y aurait-il un tueur en série dans la ville ?

La mère de Linda, éprouvée par la fuite de sa fille à 17 ans sans explication, puis par la mort récente de son mari, ne veut pas qu’elle dorme à la maison, notamment à cause de son fils, Bill, qui a été forcé d’arrêter ses études à la fuite de sa sœur parce que son père était trop déprimé. Linda va donc au motel de la ville, où il se passe de drôles de choses, et ne reparait pas. Sauf dans un sac poubelle jeté en benne de supermarché.

La police accuse du meurtre le père adoptif de Jenny parce qu’il voyait d’un mauvais œil le retour de la mère biologique. Il aggrave son cas en ayant visité Linda au motel le soir même de sa mort. Un témoin l’aurait vu ; et la clé de sa chambre a été retrouvée dans sa camionnette.

Dès lors, tout se bouscule, les soupçons valsent et le lecteur est assez désorienté, jusqu’au final, qu’il aurait difficilement prévu.

C’est le prétexte pour tirer le portrait d’une petite ville du nord-est des Etats-Unis, très bourgeoise et conventionnelle, où tout le monde se connait et s’observe. Prétexte aussi à approfondir les relations mère-fille, la baise adolescente, l’abandon d’enfant par peur divine d’avorter, l’adoption sous X, la hantise de savoir de qui l’on est né, de qui l’on tient, la trahison dans les couples. Rien n’est simple et l’auteur explore avec obstination, et un brin d’obsession, l’esprit d’une épouse moyenne dans une classe moyenne d’une ville moyenne. Plutôt conne mais viscéralement attachée à sa fille adoptée, elle réagit avec violence à tout ce qui la menace, mère biologique, mari menteur, fille sans cœur, voisinage prêt à fustiger. C’est assez bien vu (et ne donne aucune envie de devenir américain).

Un bon roman de la patte McDo à relire, malgré son âge, parce qu’il vous tient en haleine. Le nombre des personnages pour noyer les indices exige, comment souvent chez cet auteur, de ne pas le lire en trop d’étapes, sous peine d’être un peu perdu.

Patricia MacDonald, La double mort de Linda (Mother’s Day), 1994, Livre de poche, 319 pages, €7.10

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Patricia MacDonald, Le poids des mensonges

Un bon roman policier… pour l’été.

Patricia Bourgeau écrit MacDo comme d’autre font des sandwiches : elle a le savoir-faire poli par toute une liste de polars écrits depuis 25 ans, une palette d’émotions toutes faites à sa disposition, une propension à saisir ses lectrices par le côté banal de ses personnages parlant à la première personne. Ici, une femme très moyenne (la trentaine, premier mariage, cadre moyen dans une profession de services, habitat de banlieue un peu chic, un enfant de six ans qui n’est pas le sien) se voit confrontée à une suite de catastrophes : frère meurtrier, mari trompé, enfant enlevé, pédophilie… La totale !

Le « je » de rigueur pour attraper le lecteur par les sentiments, le choix délibéré de cibler les lectrices classe moyenne, celles qui lisent encore aux États-Unis, le suspense savamment découpé en chapitres qui se terminent par une interrogation, description clinique des émotions qui montent et s’épanouissent, toujours extrêmes, toujours côté féminin, dialogues enlevés avec un style qui s’efforce de coller aux personnages – il n’y a pas à dire, c’est bien ficelé !

Sauf que cela fait fabriqué, surtout lu par un homme et non-Américain.

Qu’est-ce que c’est que cette hystérie à propos de l’Enfant ? Perle la plus précieuse, surtout ne pas le traumatiser, lui passer toutes ses fantaisies, l’aimer malgré tout même s’il n’est pas à nous… L’Enfant idéalisé serait un Christ à révérer et non un être humain à éduquer ? La pédophilie, autre hystérie américaine contemporaine, est évidemment à l’honneur dans ce pot-pourri de bonnes intentions qui font vendre. Comme si violer les enfants était la Tentation de tout le monde ! Ou du moins de ces sales machos de mâles dominants, puisque seuls les petits garçons se font toucher et pénétrer dans l’univers MacDo…

Qu’est-ce que cette hystérie à propos du Mariage ? La seule vie bonne ne se ferait qu’en couple passé devant le pasteur ? La vraie « famille modèle » standard US ? Même les homos obligés du livre (exigence d’époque) sentent le faux. Ils n’existent qu’en creux du politiquement correct, par « respect » obligé des nouvelles conventions sur « le droit » des minorités, malgré les « préjugés » (qui reviennent aussitôt à cause de l’hystérie de l’Enfant). Les couples recomposés (cas de l’héroïne Caitlin et de son Noah de mari) devraient « refaire le monde » comme aux temps des pionniers ou aux origines chassés du Paradis ?

Qu’est-ce que cette hystérie féministe ? Seules les femmes en ce roman ont quelque consistance psychologique. Les hommes sont réduits aux rôles convenus : mari, père, avocat, policier, pompier, chef scout (!), playboy… Les femmes vues par MacDo : peu douées, un peu lâches, mais tenaces, hantées de faire couple, obsédées de l’Enfant, percluse d’émotions toujours à la limite de l’extrême.

Qu’est-ce que cette hystérie biblique ? La petite copine du frère ado mort d’overdose est born again, elle a trouvé en Dieu la Révélation et ne veut reprendre ses études que dans « une faculté chrétienne »… La science est-elle fausse si elle n’est pas délivrée par les curés autorisés ? Travis et Geordie, les deux mômes cousins, sont présentés comme Caïn et Abel. Le prénom du mari, Noah (Noé) est lui-même représentatif de l’arche que se veut le Couple, cette autre hystérie des bonnes femmes à la MacDo.

Qu’est-ce que cette hystérie de la Transparence ? Outre la démocratie, où tout doit être dévoilé (voyez WikiLeaks), le couple doit être totalement transparent, tout mensonge banni. Même par omission, « c’est pas bien ». Pas bien de ne pas dire ce qui s’est passé quand on a 16 ans et qu’on a utilisé une voiture alors qu’on n’avait pas le droit, pas bien de ne pas se dénoncer à la police, pas bien de ne pas dire à la famille qui a tué, pas bien de garder un secret honteux, pas bien de faire semblant d’aimer les gosses alors qu’on s’en fout, pas bien de les violer et de faire comme si de rien n’était, pas bien de les enlever pour les sauver mais sans l’avouer, pas bien… (etc.)

On le voit, je n’ai guère aimé ce bouquin. Les femmes le liront sans arrière pensée, mais avec légèreté en été. C’est du prêt à consommer aussitôt bon à jeter. Les hommes s’abstiendront, tant les personnages masculins sont inconsistants dès qu’ils ont 12 ans.

Quant à ceux qui aiment à observer l’écart croissant entre la paranoïa des États-Unis avec l’Europe, ils y trouveront la matière ! Comment peut-on être Américain ? Vivre avec toutes ces hystéries ? Se croire missionnés par Dieu et les plus avancés du monde ? Tout en vendant du vendable vulgaire, de la soupe de poids à la recette thriller ?

De MacDonald au MacDo, il n’y a qu’un pas : il est désormais franchi.

Patricia MacDonald, Le poids des mensonges (Missing Child), 2011, Albin Michel, mars 2012, 323 pages, €19.19 

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