Articles tagués : revenu universel

Jaouad Zemmouri, Citoyens, pas assistés

L’époque est propice à une réflexion sur le modèle social français. Depuis des dizaines d’années, le modèle va dans le mur. Depuis Mitterrand II avec Rocard en 1988, explique l’auteur, où avec le RMI, le gouvernement a admis que l’équilibre instauré par la Sécurité sociale en 1945 était rompu. On est passé de la logique d’assurance à la logique d’assistance – de l’ayant-droit au demandeur qui doit justifier de sa misère pour toucher une aumône. Depuis, personne n’a rien fait, éternellement soumis aux pressions électorales de court terme, et à la surenchère de « la gauche » du toujours plus. Pourtant l’argent existe, il est seulement mal orienté, mal prélevé, mal distribué.

Jaouad Zemmouri (qui n’a aucun lien de famille avec Zemmour), est un Marocain arrivé en France en 1981 à 21 ans pour poursuivre des études de physique fondamentale. Parfait exemple de la méritocratie républicaine, l’étudiant a brillamment réussi, passé son doctorat en 1988, est devenu Professeur des Universités de Lille en 1998. Par choix délibéré, il a choisi la nationalité française en 1990. « Ce que j’ai trouvé en arrivant à dépassé ce que j’étais venu chercher. Pas seulement les bibliothèques et les laboratoires. Pas seulement la qualité des professeurs. Quelque chose de plus profond de plus rare : un contrat social ». Celui de Pierre Laroque en 1945. Il a été fonctionnaire de l’État comme professeur, chercheur dans un laboratoire public, puis entrepreneur privé qui crée, embauche et investit – en se confrontant quotidiennement aux charges, aux réglementations et aux marchés. Il a constaté que la situation s’est dégradée progressivement. La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 et le chaos qui s’en est ensuivi était le symptôme, pas la maladie, dit il. D’où ce livre : un diagnostic et une proposition.

Les quatre piliers de l’âge d’or de 1945 se sont effondrés.

  • Le premier était le plein emploi de masse ; aujourd’hui le chômage dépasse 8%.
  • Le second était l’âge d’or de l’industrie et de l’usine où l’on faisait carrière de 18 à 65 ans ; aujourd’hui, 80 % des contrats sont en CDD et le chômage n’est jamais loin.
  • Le troisième était une démographie triomphante avec le baby-boom, quatre actifs cotisants pour un seul retraité ; aujourd’hui, c’est presque l’inverse. Et ceux qui braillent contre l’immigration et pour la souveraineté oublient de faire des enfants.
  • Le quatrième était une économie fermée et souveraine avec des frontières douanières et l’État qui contrôle sa monnaie et peut la dévaluer ; aujourd’hui, nous sommes une économie ouverte et amarrée à l’euro qui oblige. L’ouverture des frontières et l’éveil industriel de l’Asie, dont la Chine, suscite une compétition mondiale pour laquelle le système de financement social français n’a pas été conçu. On taxe toujours autant, ce qui augmente le coût du travail et les impôts payés par les salariés, alors que les pays d’Asie travaillent beaucoup plus pour beaucoup moins, et avec quasiment aucune taxe. L’équation est impossible.

« Un consultant indépendant qui facture 8000€ par mois à travers sa micro-entreprise finance moins le système social qu’un employé de bureau qui gagne 2500€ en CDI, alors que ses capacités contributives sont bien supérieures », expose-t-il. L’État a financé la protection sociale en taxant un modèle de salarié industriel stable qui est en train de disparaître. Car l’économie numérique contribue très peu ou pas du tout au pot commun. Près de 5 milliards d’euros de manque à gagner chaque année pour la protection sociale, estime l’auteur. Quant à la démographie, c’est le papy-boom : moins de cotisants, plus de dépenses de retraite et de santé. Tous les politiciens ont fait semblant que rien n’avait changé, en ajoutant une rustine sur la rustine précédente. Toujours des réformes, et toujours des services publics qui se dégradent, toujours du financement qui se dérobe « Et voici le résultat : un système qui absorbe près de 34% de PIB en dépenses sociales – le taux le plus élevé du monde – et qui malgré cela laisse 9 millions de Français sous le seuil de pauvreté C’est la définition d’un système à la fois trop cher et insuffisamment efficace ».

A chaque nouveau problème une nouvelle aide. La complexité augmente le nombre de règlements, de bureaux et de fonctionnaires pour gérer tout cela. L’auteur prend plaisir à citer la liste – interminable : « Le RSA, la prime pour l’emploi, la prime d’activité, le chèque énergie, l’allocation de rentrée scolaire, les APL modulées selon une dizaine de critères, l‘AAH, le minimum vieillesse, l’ASS, la CMU, l’ACS, l’APA, la PCH, le FNSA, le chèque alimentation, le bonus-malus automobile…» Plus d’une quarantaine de dispositifs distincts d’aides sociales nationales, plus les centaines de variantes locales gérées par les départements et les communes. Pour administrer tout cela, près de 150 000 fonctionnaires pour 14 milliards d’euros de coût annuel estimé pour les seuls frais de gestion. Sans parler des 470 niches fiscales qui coûtent entre 80 et 90 milliards d’euros par an.

Pire : c’est la mécanique de la falaise pour les aides sociales. Elles sont soumise à des plafonds de ressources et les seuils sont situés dans la même zone de revenus, ils se superposent. Quand un travailleur précaire franchit cette zone en gagnant un peu plus, il perd toutes ses aides. Travailler plus pour gagner moins, c’est le résultat de ce socialisme d’assistanat. Il faut contrôler, et la bureaucratie est devenue une fin en soi plus qu’un moyen. Les dommages invisibles que font le système aux gens sont psychologiquement, socialement et politiquement incommensurables. L’individu intègre progressivement que ses actions n’ont pas d’effet prévisible sur sa situation. Avec des démarches infructueuses, des formulaires à remplir, des droits qui changent tous les trimestres, des menaces de remboursement de trop-perçu, du flicage généralisé. C’est développer une relation de dépendance passive (à la soviétique) vis-à-vis du système. Les classes moyennes, piliers de la démocratie, sont prises au piège par une smicardisation silencieuse. A quoi bon obtenir un diplôme, si c’est pour gagner une centaine d’euros de plus que le smicard qui n’a rien fait en classe ? Le SMIC est indexé sur l’inflation, mais pas les salaires au-dessus. L’entreprise est obligée d’user de sa marge pour payer le SMIC légal, et n’a plus assez de trésorerie pour augmenter les autres. « Pour chaque euro accordé au salarié, l’employeur en débourse 2,3 à 3. Le mérite coûte trop cher ». C’est ainsi que l’on détruit la valeur du travail.

Le seul remède : l’imposition du revenu dès le premier euro, taxe universelle à 25 %, et la fin des niches (90 milliards). L’impôt sur les société est supprimé pour être remplacé par une taxe unique de 6 % sur le chiffre d’affaires réalisés en France. Ainsi, Amazon ne peut pas déclarer rien du tout. Fin aussi de l’impôt privé que sont les mutuelles obligatoires, avec leur racket de 20 % de frais de gestion, alors que la Sécurité sociale n’en connaît que 4 % ; on récupère 8 milliards. En revanche, une TVA sociale à 25 % au lieu de 20 % actuellement. Les taux réduits sont maintenus pour les produits de première nécessité (5,5%) et les services locaux (10%), mais ce sont les consommateurs qui payent – librement – les dépenses de surplus, notamment les étrangers qui viennent en touristes sans contribuer aux services et infrastructures financées par l’impôt, ou les importations qui ne produisent aucune cotisation sociale. « C’est de la thermodynamique appliquée à la République », dit l’auteur.

Un autre remède, plus révolutionnaire : le Socle inconditionnel, de la naissance au décès. L’auteur propose 500€ par mois brut, versé à chaque français éligible, « sans conditions, sans exceptions, sans formulaire à remplir, sans dossier à constituer, sans rendez-vous à honorer devant une Administration qui juge… » C’est un droit de cité (aux Français légitimes), pas une aumône. Ce revenu est destiné à rendre le travail librement choisi plutôt que subi par la peur. C’est une énergie d’activation à chaque étape de la vie. Plus aucun effet de seuil : dès le premier boulot, le salaire s’ajoute à ces 500€. Il protège tous les travailleurs quel que soit leur statut. Il reconnaît le travail invisible. Il restaure la dignité. Il libère l’entreprenariat à tout âge et en toute sécurité. Les expériences internationales montrent que cela n’incite pas les gens à éviter le travail. Le revenu universel n’est pas une idée de gauche, l’un de ses défenseurs les plus célèbres était Milton Friedman, l’économiste libéral le plus influent du XXe siècle, conseiller de Reagan et Thatcher. Ce revenu illustre les trois mots de la devise républicaine : la fraternité qui dit que nul citoyen de la République ne mourra dans le dénuement ; l’égalité qui dit que la même règle s’applique à tous ; la liberté qui dit que chaque citoyen est maître de son effort.

Il y aura des résistances, mais la transformation du modèle est inéluctable. Une longue phase de transition sera nécessaire, mais une campagne présidentielle est justement le moment de commencer à en débattre. L’auteur « incarne » chaque exemple dans des cas concrets. « Ce que les sondages ne capturent pas et que les études de psychologie sociale documentent systématiquement, c’est que la confiance se reconstruit très vite quand les institutions prouvent qu’elles fonctionnent. Pas par des discours – par des actes concrets, mesurables, vérifiables sur le relevé bancaire… »

Un livre intéressant car non idéologique, fondé sur l’application de lois physiques. Bien loin du brûlot provocateur et approximatif d’une Knafo, intéressée à prendre le pouvoir. Évidemment, un livre non médiatique, publié à compte d’auteur. Mais qu’on se le lise !

Jaouad Zemmouri, Citoyens, pas assistés – pour en finir avec l’aumône et rendre leurs droits aux Français, 2026, Édition d’auteur jaouad.zemmouri@icloud.com, 261 pages, €15,99, e-book Kindle €6,99

(mon commentaire est libre, garanti sans IA, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Catégories : Economie, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Qu’est-ce que la post-vérité ?

Il y a la vérité et il y a le mensonge ; il y a aussi la vérité « relative », qui dépend du point de vue d’où l’on se place. Il n’y a pas de « post » vérité, qui signifierait un dépassement (dialectique ?) de la vérité en soi. Le terme utilisé est donc un raccourci : nous nous trouvons dans une ère de « post » vérité parce que « la » vérité ne fait plus recette pour la majorité de nos contemporains.

A cela quatre raisons :

  1. La vérité est indifférence : tout est relatif ! Ne nous a-t-on pas assez serinés depuis deux générations ce slogan tiré de la théorie d’Einstein ? Puisque toute vérité dépend du point de vue, choisissons notre point de vue et ce sera notre vérité. Pas « la » vérité en soi mais celle de notre œil, de notre cœur, de notre raison. Nous appellerons cette vérité un mythe et le croire sera le socle qui nous fera agir. La vérité « scientifique » elle-même – qui devrait rester pure, a été mise à mal par le socialisme « scientifique » de Marx et Engels (qui n’était qu’une croyance philosophique) et par les multiples fraudes de chercheurs qui cherchaient surtout la notoriété, et moins à trouver qu’à prouver.
  2. Le réel est indifférent, trop « raisonnable », trop contraignant. Il est souffrance, mieux vaut l’illusion. L’intrusion des philosophies orientales, et la mode New Age qui va avec, conduit dans nos sociétés matérielles confortables, à « préférer » les illusions apportées par les croyances – dont les religions -, par le groupe fusionnel, les drogues, l’alcool. Puisque la société ne nous force pas à nous colleter au réel grâce à ses filets de sécurité sociale, santé, chômage, retraite, vivons dans le rêve ou la foi, nous aurons toujours à bouffer. Le revenu universel du dieu Hamon rencontre ici toute sa place, comme le message daechiste des vierges futures (rien que pour les mecs, aucune brochette d’éphèbes prêts à servir n’est prévue au paradis d’Allah pour les méprisables femelles). L’indifférence au réel se manifeste par le dédain de la raison et l’inclination vers la passion : celle-ci emporte, la volonté supplante le raisonnable, il suffit de dire « je veux » pour que toutes les planètes se mettent à tourner autour du même soleil impérieux, la foi vous sauvera. Le volontarisme furieux des Le Pen et des islamistes rencontre ici son public.
  3. Le temps est indifférent, seul compte présentement le présent. Les gadgets électroniques remplacent la pensée par « l’information » continue, le lien par « le réseau », la sensation par « le choc » répété. Un clou chasse l’autre – d’où la meilleure défense qui est l’attaque, et plus c’est gros, plus ça passe, ces deux piliers fondamentaux de toute propagande. Donald Trump, amuseur de téléréalité, a piqué ses procédés de show aux télévangélistes, même s’il imite sans le savoir Hitler. En France, le Front national est expert mais tire ces techniques du Dr Goebbels – que l’on étudiait jadis à Science Po. François Fillon est trop naïf pour user de ces méthodes pas très catholiques, ce qui le dessert.
  4. Le pouvoir de l’élite est indifférent, ce qu’elle dit n’est que du performatif, les actes suivent trop rarement les mots pour qu’on les croie encore. Il y a eu trop de « mensonges d’Etat » depuis l’origine de la république pour que cette répétition des mêmes erreurs ait ancré dans la tête du citoyen qu’il ne faut jamais faire confiance au pouvoir. Rappelons-nous l’affaire Dreyfus, le scandale de Panama, Pétain comme « bouclier », l’attentat de l’Observatoire, le « je vous ai compris » sur l’Algérie, les dénis successifs sur les méfaits du nucléaire (le nuage de Tchernobyl arrêté à la frontière…), le Rainbow Warrior – et aux Etats-Unis entre autres le Watergate et les armes de destruction massives en Irak… Sans parler des impostures intellectuelles à la Maurras, Sartre ou Althusser. La « vérité » officielle est une communication qui disqualifie les politiciens, les intellos, les « sachant » (qui n’en savent pas plus que vous quand on y pense). Critiquer, contester, élaborer une communication « alternative » apparaît comme un devoir civique – au risque de sombrer (trop souvent) dans la théorie du Complot.

Au fond, seuls les vrais chercheurs scientifiques sont forcés de croire encore en « la » vérité. Les autres n’adhèrent qu’aux vérités partielles, relatives, « utiles ». La fameuse transparence démocratique dont les intellos civiques nous bassinent les oreilles n’apparaît que comme une arme de communication pour le combat politique. Ce sont les fameuses « affaires », qui surgissent curieusement aux moments où un intérêt électoral ou le vote d’une loi est en jeu. Ce n’est pas la vérité qui pousse ces « lanceurs d’alerte », mais le militantisme partisan – loin, très loin de l’intérêt général.

tahiti-fille-des-mers-du-sud

La vérité est exigée nue, par volonté de naturel

Nietzsche est peut-être le seul philosophe qui se soit interrogé sur les présupposés du concept de « vérité ». Pourquoi croire à cette dualité du vrai et du faux ? N’y a-t-il rien de gris, d’intermédiaire, de yin dans le yang et réciproquement ? Pourquoi cette croyance fanatique en les bienfaits de la vérité et cette horreur du faux ? Est-ce bien la réalité humaine constatée ? Si l’erreur est humaine, ne serait-ce pas parce qu’elle a une certaine utilité, au moins pratique ? Ne sert-elle pas à mieux vivre ?

La vérité est alors une valeur, pas une essence objective. La volonté de vérité est une volonté comme une autre – même si elle caractérise notre civilisation occidentale plus qu’une autre dans l’histoire. « La question des valeurs est plus fondamentale que la question de la certitude » (Fragments posthumes XII, 7). La prétendue vérité se réduit alors à la position relative, humaine, de certaines erreurs devenues conditions d’existence. Une erreur ancienne apparaît plus vraie qu’une vérité trop récente, que l’on ne croit pas encore tout à fait. Même la science n’établit de vérités que réfutables, « falsifiables » selon Karl Popper. Ce qui est vrai à un moment donné ne l’est plus que partiellement à un moment ultérieur. Parce que la connaissance avance, la puissance de calcul, l’exploration de l’univers, l’approfondissement de ses lois mathématiques.

Puisque la vérité est une valeur, elle est en concurrence avec d’autres valeurs qui peuvent apparaître un moment comme plus importantes : « La question est de savoir jusqu’à quel point [un jugement] favorise la vie, conserve la vie, conserve l’espèce », suppute Nietzsche (Par-delà le bien et le mal, 4). La vérité cherche à établir la certitude, sans laquelle il ne peut y avoir de sécurité pour les humains. Le connu inspire confiance, donc « est vraie une chose qui suscite un sentiment de sécurité » (Fragments posthumes, XII, 7).

D’où les Trump et autre Le Pen ou Mélenchon : affirmatifs, pirouettant, aptes à retomber toujours sur leurs pattes. Ce n’est pas la vérité qui compte, mais leur habileté. Ils disent ce que « tout le monde » croit, changent d’avis aussi vite lorsque la réalité les rattrape, baignent dans la com’ le public comme des amuseurs de foire. Mais la politique n’est-elle pas une grande foire, un Beauty contest où il s’agit de choisir le plus séduisant ?

Catégories : Philosophie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Utopie socialiste

Victoire sans appel pour Benoit Hamon à la primaire du PS. Exit le jacobin autoritaire Manuel Valls, welcome à l’internationaliste trotskiste des potes SOS et du syndicalisme étudiant. « La gauche », officiellement, désire comme avenir un retour à 1981 et au changer la vie. Dans ce monde qui évolue sans elle – et malgré elle – elle veut réenchanter l’utopie. Elle est « réactionnaire » par son vœux massif d’appliquer les idées (sinon le programme) de la gauche « d’avant ».

benoit-hamon

Amon-Rê à la peau bleue était le dieu soleil dans toute sa gloire, à Karnak en Egypte pré-musulmane, Amon le caché se révèle en fertilisant le monde de sa semence. Ne lésinons pas, Benoit Hamon, déjà Commandeur de l’Ordre de l’Aigle aztèque, se veut prophète, rassembleur des écolos jusqu’à Mélenchon et à ce qui reste de communistes. Né en 1967 et tombé dans la marmite mai 68 tout petit, enfant au Sénégal, il revivifie le mythe des îles du soleil.

L’analogie est frappante, en effet, entre Valls et lui : « Tout contrôler, tout évaluer, tout régenter [image de Valls]. Le mythe grec nous dit qu’alors son inverse [image de Hamon] devient utopie : tout laisser être, prendre les choses comme elles viennent, et les gens tels qu’ils sont ici et maintenant [donc le revenu universel puisque le travail s’ubérise, dans la suite du RMI créé par Michel Rocard et la fin du travail de Laurent Fabius lorsqu’il était général secrétaire du PS]. C’était cela dans l’antiquité ; l’exemple du « bon sauvage » au 16ème siècle ; le mythe hippie en 1968. C’est de cela que renaît le fantasme écologique aujourd’hui même… » Et celui de la gauche Hamon.

Vieux thème marxiste que celui de l’accord entre l’homme et sa nature, entre l’homme et la nature. Hamon y saute à pieds joints. « Le plaisir affectif y tient une grande place, au chaud dans la communauté [avec le 49-3 citoyen], où toute femme est la vôtre et tout enfant un fils ou un compagnon [tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, les immigrés bienvenus et avec droit de vote aux élections locales, et la masse de Syriens, Afghans, Libyens, Somaliens, Pakistanais, Ethiopiens et autres accueillis à bras ouverts par une France terre d’asile « riche » – et protégés par une police antidiscriminations]. Plus d’idéal républicain ni de laïcité affirmée, mais le relativisme du multiculturel métissé : tout vaut tout. Plus de socle électoral dans la classe ouvrière mais dans les marginalités étudiantes, banlieusardes et immigrées. De quoi engendrer une « réaction » là aussi – mais à la Trump avec toute la famille Le Pen en embuscade…

« Chaque homme va pêcher, tâter des différents métiers et administrer à son tour les affaires publiques [et des fonctionnaires vont de nouveau régenter les banques à nationaliser, aux ordres de l’Etat central, comme Haberer au Crédit Lyonnais jadis…]. Nul esclavage aux îles du soleil, nulle aliénation » [avec SMIC augmenté de 10% comme en 1981 et réduction du temps de travail comme sous Aubry – financé par la TVA diesel et la taxe sur les robots ?… et en laissant filer le déficit]. Est requis « l’accord de l’homme avec la nature et avec sa propre nature [après constitutionnalisation des biens communs] : tout est « bon », tout est « moral », tout est « béni » [y compris la consommation sans contrainte du cannabis et la procréation assistée pour tous].

Comment ne pas comprendre que les jeunes aient voté pour Hamon, ado attardé, volontariste du yaka, homme sans expérience – licencié d’histoire et politicien professionnel depuis un quart de siècle ? Comment ne pas comprendre que les gros bataillons du PS et des sympathisants aient régressé à sucer leur pouce comme « avant », comme avec Mitterrand et la gauche au pouvoir, comme en ce printemps 1981 qui n’allait déchanter (après trois dévaluations du franc) qu’en 1983 ?

Comment cette gauche-là pourraient-elle rassembler les insoumis et les réalistes autour de sa fronde utopiste ?

Nous soupçonnons cependant (mais peut-être à tort) que les discours de primaire sont des discours primaires – et que le candidat intronisé mettra de l’eau dans son vin, s’il en boit. Trump est en train d’en faire l’expérience, le réel impose ses cadres même s’il laisse une marge de manœuvre. La « politique » est cet art de chevaucher le possible qu’il faut être habile pour utiliser. Hamon a déjà reculé sur le revenu universel pour tous à 750 € par mois dès 18 ans ; il se contente de dire que ce sera… dans le futur.

On rase gratis a toujours été le mantra de la gauche utopiste – mais c’est toujours pour demain. Aujourd’hui, il s’agirait de retrousser ses manches pour faire le ménage chez ses propres pourris, réformer comme les autres et assurer de l’emploi : c’est bien trop fatiguant alors qu’il suffit de faire rêver !

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ou trouver la sagesse politique ?

« Dans les temps modernes, l’humble sagesse est la pensée la plus révolutionnaire du monde ». Ainsi parlait Jean Giono, mort en 1970 (Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix). Il faut dire qu’il avait connu l’imbécile guerre nationaliste de 14 et la xénophobie souverainiste des fascismes, nazisme, stalinisme et autres franquisme, salazarisme et pétainisme. Cette époque stupide d’hier, nous voici replongés dedans.

Après un demi-siècle d’humanisme libéral (et de hausse sans précédent du niveau de vie), voici que la crise séculaire, celle qui ne survient qu’une fois en un siècle, a lieu. Comme en 1929, la crise boursière a dégénéré en crise économique, puis en crise politique avec la montée de mécontentements, ressentiments et populismes. Il a fallu dix ans pour que la bourse retrouve ses niveaux d’avant crise, et deux ans de plus pour que l’économie reparte franchement… avec la guerre. C’était en 1941 aux Etats-Unis. Staline, Mussolini, Hitler et Franco étaient au pouvoir. Pétain venait d’être nommé chef de l’Etat avec une bonne partie des voix de gauche à l’Assemblée…

Nous sommes aujourd’hui, après la crise boursière de 2007 et la crise du crédit de 2008 (Etats-Unis) et 2011 (Europe), dans la phase finale : le système financier est stabilisé, des garde-fous instaurés (même si… les contrôleurs ne contrôlent que peu de chose, en fonctionnaires ignorant du privé). L’économie repart doucement (clairement aux Etats-Unis, réellement en Allemagne et alentour, très faiblement dans la France socialiste). La crise sociale a monté, la crise politique survient. Ce ne devrait pas être une surprise pour ceux qui regardent loin dans l’histoire (et pas seulement les derniers tweets à la mode).

C’est cependant un choc pour ceux qui s’étaient habitués à la raison, à la maîtrise, à la tempérance. Brusquement tout vole en éclat, élection après élection. Chacun connait la liste : régionales en France, Brexit au Royaume-Uni, Dutertre aux Philippines, Erdogan en Turquie, Renzi viré en Italie, Hofer en Autriche qui a frisé la présidence, Trump aux Etats-Unis. Restent les élections en France et en Allemagne avec la menace des partis extrêmes. Ils sont non seulement anti-immigration – ce qui peut se concevoir tant l’Europe n’a rien vu, rien prévu et ne fait rien – mais aussi anti-coopération : antieuropéens en Europe, anti-OTAN, ALENA et OMC aux Etats-Unis. Chacun pour soi, chacun chez soi, America first, établissons la forteresse.

Muraille de Chine illusoire, comme le mur d’Hadrien ou la ligne Maginot. Car le monde est interconnecté, volontairement (par les traités et alliances) ou non (par la pollution, le climat, la répartition des matières premières et des énergies fossiles). Seule la liberté des échanges permet un commerce florissant, donc des biens et services à coût concurrentiel pour tout le monde. Sans cette liberté, la Chine serait encore loin d’émerger, et « les petits Chinois » dans le même état de famine que dans les années 1960, lorsque l’on collectait des capsules métalliques de yaourt pour financer les dons – tout cela parce que Mao le génie sans faillir avait décrété le Grand bond en avant, c’est-à-dire l’anarchie brouillonne de tous sur tout (baptisé « révolution culturelle »). Un truc qu’un certain méchant con voudrait faire renaître en France.

edouard-balladur-fin-domination-occident

Où en est-on avant la présidentielle ?

A droite, un homme sincère de conviction. C’est-à-dire de vraie droite catholique et gaulliste (de Gaulle était catholique, mais oui ! pourquoi certains s’en étonnent-ils ?) : ce qui signifie souveraineté, autorité, ordre moral, Etat-papa disciplinaire et grondeur.

A gauche, un trident d’hésitation. C’est-à-dire de gauche qui se cherche dans le monde neuf des technologies et du net : ce qui prend trois chemins.

  1. Ou bien la « réaction » robespierriste à la Mao, le pouvoir au « peuple » (sous la houlette soigneuse de son seul et forcément génial leader), la révolution permanente, le fusionnel souverainiste de la nation en armes, tout ce que veut Mélenchon.
  2. Ou bien la fuite en avant hollandaise de la réforme assumée, avec un dirigeant jeune et d’inspiration chrétienne, qui fera du social tout en nageant comme un poisson dans l’eau en modernité, tout ce que veut Macron.
  3. Ou bien l’éternelle réinvention du même, au parti socialiste, avec l’un des sept nains de la primaire en cours, qui fera du Hollande en moins ci et en plus ça, pas vraiment efficace, pas vraiment social, poursuivant la lancée du je-m’en-foutisme depuis quarante ans et du déclin depuis quinze ans.

En ce sens, le revenu universel Hamon est le renoncement même : plus de travail ? pas grave, « les riches » paieront. Sûr que « les jeunes » adorent, eux qui se prennent la tête aux études, ne trouvent que des stages répétés et galèrent pour du boulot, réservés aux « inclus » avec expérience. Être payés à foutre et ne rien foutre, quel pied ! Mais ce projet « social » ne dit rien des causes – purement françaises – de ce chômage massif persistant, alors que les pays voisins – dans la même devise, avec les mêmes taux de crédit et le même prix du pétrole payé dans le même dollar – sont quasiment au plein-emploi et voient leur croissance meilleure (avec moins d’impôts, taxes et charges). Renoncer à réformer le code du travail, la bureaucratie envahissante, la fiscalité touffue, le travail parlementaire mal ficelé et trop dans les détails – tout cela ne serait donc pas « de gauche » ? Mieux vaudrait-il financer le non-travail que chercher à favoriser le travail ? Quelle est cette soumission au sort, au destin, au monde ? Quelle est cette fatigue de vivre et de se laisser posséder ?

mains

Chacun cherchera donc avec ses propres lunettes « l’humble sagesse » dans cette cascade de raidissement ou de populisme. Pour ma part, je considère qu’aller contre le courant redevient révolutionnaire :

  • c’est-à-dire contre la gauche qui se contente de ne vouloir rien changer ;
  • c’est-à-dire contre la droite qui se contente de vouloir revenir à l’avant.

Si Macron veut gagner, lui qui a l’avenir devant lui plus que ses concurrents, il ne doit surtout pas se rallier au PS – mais laisser les élus et les militants déçus du PS rejoindre sa voie.

Si Fillon veut gagner, lui qui semble avoir un projet cohérent de redressement national au sein d’une Europe revigorée sans les Anglais, il ne doit surtout pas se rallier aux Républicains – mais imposer ses vues, à la de Gaulle, au-dessus des partis.

La sagesse est de tracer son chemin, sans se laisser dériver par les réactionnaires de gauche ni par les réactions de droite. Vaste programme ! aurait dit l’Autre.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,