Voyages

Tour de l’île de Lipari

Le déjeuner étant libre, je fais table avec quatre autres personnes, les deux couples de l’infirmière et des profs au restaurant Al Pescatore sur la piazzetta di Marina Corta où trône la statue de san Bartolomeo. Je prends un poulpe grillé servi avec deux lambeaux de fromage, une tomate cerise sur une cuillerée d’encre de seiche et une cuillère à café de purée de pois verts. C’est le style nouvelle cuisine pour 20 € avec une salade de roquette, fenouil et quartiers d’orange assaisonnée d’huile d’olive et de vinaigre balsamique. Je retiens la recette.

Mirande me parle de Nasr Eddin Hodja, philosophe bouffon turc qui manie le paradoxe. Un jour, il passe à côté de son âne avec son fils, en route pour le marché. Les villageois qui le connaissent lui disent : « Eh, Hodja, pourquoi tu marches ? Un âne est fait pour être monté ». Le lendemain, ils repassent, le gamin cette fois sur l’âne. « Eh, Hodja, Pourquoi tu fais monter le petit ? Il est jeune, il peut marcher, et toi tu te fatigues. Le surlendemain, ils repassent, lui monté sur l’âne et le fils marchant à côté. « Eh, Hodja, pourquoi tu laisses marcher le petit ? Il s’épuise. » Le jour d’après, ils passent à nouveau, tous les deux montés sur l’âne. « Eh Hodja, le pauvre âne qui vous porte tous les deux ! Tu vas le faire crever, et après, tu seras bien avancé ! » Un jour plus tard, lorsqu’ils repassent, lui et le gamin portent l’âne sur les épaules. « Eh, Hodja, pourquoi vous portez l’animal ? Son rôle est de porter, pas d’être porté ! » Hodja conclut, en se tournant vers l’enfant : « tu vois, mon fils, quoique tu fasses, tu seras toujours critiqué. » J’aime bien cette fable.

Toute la table part se promener séparément. Je prends un café à côté avec les trois autres filles revenant de leurs déambulations : Clara, Roberte et Mérule. Toutes sont cultivées. Clara a eu comme professeur à Montpellier Arlette Jouanna, auteur d’une biographie de Montaigne en 2007 et décédé à 85 ans en janvier de cette année. Roberte habite les hauts de Belleville, et Mérule Lyon. Les deux trésors – c’est ainsi qu’elles s’appellent entre elles – écoutent Finkielkraut sur France Culture le samedi matin mais pensent comme moi qu’il commence à radoter, revenant toujours sur sa marotte : l’islamisme et l’antisémitisme. Il invite d’ailleurs souvent des interlocuteurs juifs.

Dès 15 heures, nous effectuons le (célèbre) tour de l’île de Lipari en minibus. Nous apercevons bien le volcan Etna et les îles voisines dans l’atmosphère éclaircie. Nous passons la grande coulée d’obsidienne de Forgia Vecchia, dont les morceaux servent de galets sur la plage, puis la carrière de pierre ponce de Canneto – l’enfer blanc de Mussolini où il faisait travailler les prisonniers – abandonnée il y a quelques années. Trois arrêts photos font touristes du troisième âge aux points de vue et belvédères d’Acquacalda et de Quattrocchi. L’Etna éjacule son panache perle dans un ciel d’azur. Des bateaux de plaisance font leur ronde tandis que le ferry des Siremar passe au large, clinquant.

C’est surtout un bain de lumière bleue, sous le ciel méditerranéen et un soleil grec.

Un couple de jeunes baigneurs est assis sur la plage de galets d’obsidienne et de pierre ponce ; ils iront se tremper avant de revenir sécher au soleil, solitaires malgré nous.

De nombreux films ont été tournés sur l’île éoliennes, nous apprend le guide : Stromboli de Roberto Rosselini en 1950 avec Ingrid Bergman, Vulcano de William Deterle en 1950 avec Anna Magnani, L’avventura de Michelangelo Antonioni avec Monica Vitti en 1960, Journal intime de Nanni Moretti en 1993, Le Facteur de Michael Radford avec Philippe Noiret qui se passe sur l’île de Salina, en 1994

Nous revenons par le haut du port de pêche, près d’une entrée de l’hôtel, ce qui nous évite de refaire tout le chemin depuis la ville.

Lorsque je reviens dans ma chambre, vers 1 6h30, de jeunes footeux tapent le ballon au milieu du terrain dans un nuage de poussière. Tous sont emmaillotés.

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Lipari, le cloître normand

Nous visitons la cathédrale San Bartolomeo, reconstruite au XIIIe, remaniée en 1654 et à façade de 1861. La statue en argent du saint tient un couteau de la main gauche et sa peau sur son bras droit : il a été écorché vif.

Les îles étant abandonnée, le comte Roger y envoya des moines bénédictins qui construisirent un monastère non loin du château.

L’abbé Ambroise fit construire le cloître en 1131 environ avec des colonnes tirées des ruines de maisons romaines. Les chapiteaux sont ornés de sculptures d’animaux. Un tremblement de terre l’a recouvert et il n’a été remis au jour que voici quelques décennies

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Musée Éolien de Lipari 2

La colonie grecque a laissé des vases ornés de scènes mythologiques et de la comédie. Des reproductions de masques romains en terre cuite représentent des personnages du théâtre. Des comédies de Plaute, un petit esclave nu revient du marché, tenant un panier et une bourse ; une femme esclave ivre, un vieux déconcerté. Une autre vitrine met en scène « a procuress and the nude courtisan ».

Mais ce sont les vases grecs qui sont le clou du musée. Les céramiques grecques de style ionique, cycladique, corinthien, attique montrent combien les échanges étaient intenses.

De beaux vases grecs peints à Lipari au IVe siècle sont une habile imitation locale. Mais ils sont difficiles à photographier en raison des reflets sur les vitrines, l’éclairage étant mal fait (ou fait exprès). Ils présentent des scènes classiques de combat ou de conversations entre barbus et imberbes, des athlètes jeunes et nus, une chevauchée nue et à cru, des danses et de la musique, Dionysos.

Il n’y a pas que des mecs. Les femmes sont souvent présentes, et pas toujours habillées.

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Musée Éolien de Lipari 1

Après le petit-déjeuner, nous partons à pied pour la ville et son château. Une tour grecque du quatrième siècle avant et une tour espagnole du XVe siècle après sont incluses dans la muraille du XIIIe. Le lieu est transformé en musée éolien où toutes les cultures sont représentées, depuis le néolithique, 5500 ans avant notre ère. Les restes d’une hutte ont été découverts sur le plateau de Rinicedda à Leni, avec des restes de torchis. Des poteries faites à la main (pas au tour) ont été trouvées, décorées d’’empreintes de coins en bois, en coquillage ou avec le doigt. La culture de Milazzese date du milieu de l’âge du bronze, entre 1500 et 1300 avant, comme la culture de Thasos à Syracuse. Ils cultivaient la vigne et utilisaient des vases importés ou imités de Grèce. Les habitations ont été brutalement abandonnées vers 1300 avant, probablement à la suite d’un mouvement organisé des habitants de la côte Tyrrhénienne contre la piraterie des îliens. Peut-être aussi à la suite d’un changement climatique. La population qui lui a succédé a été les Ausoniens, de l’âge du bronze à l’âge du fer, soit du XIIIe au IXe siècle avant. Diodore de Sicile dit que les Ausoniens sont venus du continent ; les historiens grecs des VIe et Ve siècle avant Hellanicos et Philistos déclarent que ce sont des Sicules venus trois générations avant la chute de Troie, via le détroit de Messine. Le héros légendaire Liparos signifie en grec le gras huileux, mais aussi le brillant, le splendide.

Une exposition sur l’obsidienne manifeste la richesse de l’île volcanique. La poterie néo est d’abord bichrome, puis trichrome, avant d’être ornée de méandres, puis de devenir monochrome rouge vers la fin du 4ème millénaire avant. Un collier en perles de pâte de verre du XIe siècle avant et des bracelets de bronze ont été découverts sur l’acropole Ausone de Lipari.

Une pile d’amphores découvertes lors de fouilles sous-marines, mais aussi quelques amphores funéraires. Une ancre lithique de Milazzo montre combien la navigation en Méditerranée n’a jamais été simple. Les îles ont préservé les épaves. Celles de l’âge du bronze montrent des navires à bord incurvés, poupe pointue, proue courbée, dotés d’un mât central à voile carrée. Ils naviguaient probablement d’avril à octobre pour profiter des brises de terre et des vents côtiers. Ils transportaient de tout, des produits agricoles aux matériaux de construction. Les amphores servaient de conteneurs de diverses formes depuis la préhistoire. Les Romains ont inventé l’amphore pointue qui permettait de les faire se chevaucher et d’en transporter plus à bord.

Toute une bande de ragazzi de 16 ans, peu vêtus et des deux sexes, envahit les salles. Les filles ne sont pas obèses et arborent volontiers leur ventre plat et nu. Selon Mérule, le nom de cette nouvelle mode du nombril à l’air s’appelle top crop, un terme fort laid du globish pour désigner une jolie façon de se vêtir. J’ai appris quelque chose. Il y a 40 ans, c’était la mode pour les garçons d’arborer leur nombril et les premières barres de leurs abdominaux. Désormais, pour les garçons, le sexy réside dans les épaules, mises en valeur lorsqu’elles sont avantageuses par un débardeur échancré. Tous sont bronzés de plage et d’une beauté latine classique. Ni arabe, ni noir parmi eux. le guide nous dit que le gouvernement italien favorise l’entrée des immigrés uniquement à Lampedusa, afin de forcer l’UE à agir en fixant un point médiatique par l’ampleur des arrivées. Ce pourquoi nous voyons beaucoup moins de clandestins en Sicile qu’à Naples ou Rome.

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Lipari, île éolienne

Un hydrofoil des Liberty Lines, nous emporte en une heure pour l’île de Lipari avec escale à l’île de Vulcano. le guide nous égrène plusieurs fois, comme si nous devions les apprendre par cœur, les noms du chapelet des Sept îles, les Éoliennes : Lipari, Vulcano, Salina, Panarea, Stromboli, Filicudi, Alicudi… À 15h30, il n’y a pas trop de monde dans le bateau. L’hydrofoil est rapide, les paysages insignifiants derrière les vitres salies d’embruns. Derrière moi, deux adolescentes de 14 et 16 ans et un pré-ado de 12 ans, leur petit frère, le teint caramel tous les trois, la peau fine, tous blond vénitien. Un membre de la famille les attend sur le quai de Lipari et ce sont de grandes embrassades. En me levant de mon siège, je ne vois du gamin qu’un enchevêtrement poulpeux de jambes et de bras nus.

Les bagages sont emmenés directement à l’hôtel par une voiture. Pour nous, c’est une promenade d’une heure dans le Corso Victor Emmanuel II. L’endroit est calme, quasiment plus aucun touriste, cela se change d’hier à Taormina. Les boutiques sont ouvertes, offrant les bijoux en obsidienne, spécialité de Lipari, des caprons confits au sel dans les épiceries, des terres cuites de dieux antiques et des scènes imitées de la sculpture grecque d’un artiste mort il y a deux ans. Ma mère m’avait rapporté il y a trente ans une tête de Neptune en terre cuite achetée ici. L’artisanat n’a pas changé, sauf les prix : le Soleil est à 35€, la Trinacria à 40€ et Éole à 130€. Cette trinacria ou triskèle, est le symbole de la Sicile, une tête de femme en Méduse entourée de trois jambes courbées vers la droite. Outre les trois caps, elle symbolise la synthèse des trois cultures : grecque, normande, arabe.

Nous voyons des tombes grecques, des tombes romaines, de petits thermes romains dans la ville.

L’hôtel de Bougainville, quatre étoiles, via Balestrieri, est assez loin du centre balnéaire, de l’autre côté du port et à l’écart du front de mer. Il est calme, tout en longueur,au milieu d’un jardin fleuri. Ma chambre donne sur un terrain de foot où s’entraînent de jeunes adultes. Il n’y a quasiment pas un brin d’herbe sur le terrain, seules quelques plaques vertes sur les bords. Il fait toujours aussi chaud, même en mer. La déshydratation nous fatigue.

Le dîner est collectif à l’hôtel, à 19h30. Des pâtes sauce tomate, olive et câpres, du filet pané de maquereau avec une salade de tomates, des morceaux de melon d’eau et de pastèque en dessert. Le vin du pays est un peu décevant, un rouge de 2021 fade, ou un blanc un peu plus typé.

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Le Caravage au musée de Messine

Deux tableaux du Caravage, mort en 1610, s’y trouvent exposés et il sont passionnants. le guide nous invite à observer les détails, les attitudes, les symboles. Le Caravage s’est auto-portraituré tourné vers la lumière, juste derrière le Christ dans la Résurrection de Lazare. La masse des hommes se rue vers la tombe à la suite de Jésus, tandis que les femmes font masse à l’intérieur, tournées, elles, vers la lumière. D’un côté la fureur, de l’autre côté du cadavre la vie comme réceptacle. La sœur de Lazare semble donner son souffle à son frère.

Dans L’Adoration des bergers, deux diagonales, l’une partant du haut à droite avec les bergers devant Joseph, où le plus jeune avance son épaule nue et musculeuse comme un hommage de la chair animale au bébé qui vient de naître ; l’autre qui part d’en bas à droite, d’une pierre accrochée par un rayon de lumière qui symbolise le socle de la future église (« sur cette pierre… »). La Vierge qui serre son bébé contre elle comme un bien précieux et personnel. Elle est couleurs et lumière tandis que Joseph est terne et obscur. À côté d’elle, un panier avec le pain et le vin et, derrière, les outils de charpentier. L’étable est représentée comme un lieu clos, un miracle dans l’intimité.

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Musée régional de Messine

Le polyptyque de saint Grégoire d’Antonio da Messina est la seule œuvre de l’artiste de Messine possédée par le musée. Il est composé de cinq panneaux, saint Grégoire et saint Benoît, la Vierge à l’Enfant de 1473, l’Annonciation et l’Ange.

La madone de la Chambre, du XIIIe siècle, est une Vierge trônant avec l’Enfant, en mosaïques, de style italo-grec. Une tête d’apôtre en mosaïques, du XIVe, est très délicate.

Un rostre en bronze de galère, d’Acqualadroni montre l’éperon redoutable qu’il devait être pour les bateaux en bois.

De l’Ignoto (inconnu), un Christ à la colonne du XVIe, au ventre assez maladroit mais au visage souffrant expressif.

Le monument à l’amiral Angelo Balsamo, postérieur à 1507, de Giovan Battista Mazzolo, montre son très jeune page à l’entrejambe très moulé, à se demander si, comme Titeuf, il n’a pas oublié son slip. Son sarcophage montre le Triomphe d’Amphitrite. Il serait sculpté par Antoniello Freri.

Des statues de Giovanni Antonio Montorsoli, Neptune et Scylla, Trinité, un Noli me tangere en ronde bosse.

Un saint Sébastien d’Antonio Barbalonga Alberti d’avant 1649 ; un Christ déposé de Mattia Preti d’avant 1699, une sainte Lucie de Giovanni Tucari du XVIIe, les Quatre docteur de l’Église d’Agostino Scilla, du même siècle, qui semblent tourner en rond dans l’entre-soi tandis qu’une colombe vient les sortir des radotages.

En repartant de la ville, nous passons une suite d’échangeurs dans tous les sens. Pourquoi faire simple ?

Nous avons deux heures pour déjeuner dans un restaurant du port de Milazzo, le Zicily, sis en face du quai des hydrofoils. Je prends une salade de la mer, du poulpe, des moules, des crevettes à l’huile d’olive. Cela change et c’est très bon. Les autres prennent un risotto aux quatre graines, la prof un poulpe grillé. 18,5 euros avec l’eau et le café. Milazzo (Mylai) est une ancienne colonie grecque de Zancle (Messine), fondée en 717 avant.

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Hiroshima fleurs d’été de Tamiki Hara

Hiroshima fut le théâtre du premier bombardement atomique le 6 août 1945 à 8h15 du matin. Trois jours plus tard, ce fut le tour de Nagasaki. Le Japon impérialiste a capitulé immédiatement, épargnant des centaines de milliers de vies. Mais tout ça pour ça… La bêtise humaine reste insondable, comme l’obstination des hommes de pouvoir. Il fallait probablement en passer par cette destruction massive pour terminer la guerre. Mais ce qui se justifie en termes de stratégie est une tragédie en termes individuels.

Tamiki Hara, écrivain japonais, est né à Hiroshima quarante ans avant la bombe. Il était présent dans la ville, base militaire importante, au moment où la première bombe A est tombée dans l’histoire sur une population civile et militaire mêlée. Sa famille dirigeait une usine produisant des uniformes pour l’armée. Il a survécu. Il écrit ici trois nouvelles en forme d’hommages – de fleurs – aux victimes d’Hiroshima. Avant, pendant, après la première bombe A. Tamiki Hara est sorti de la vie en se jetant sous un train en 1951.

Son premier texte est le plus long, abordant lentement par le souvenir ce que fut la vie d’Hiroshima avant la bombe. Les écoliers sont évacués dans la campagne, en bandes organisées – sous l’égide de leurs maîtres. Collégiens et collégiennes sont mobilisés pour la patrie. Ils travaillent en usines, dont celle de la famille de l’auteur. Il entendra les cris de détresse des garçons piégés dans les bâtiments écroulés, le 6 août 1945, avant que l’incendie ravageur ne les fasse taire. Avant le bombardement, les alertes sont nombreuses. Des avions passent en hordes au-dessus de la ville, mais gardent leurs bombes pour Tokyo, au nord-est. Les gens ne savent pas trop s’ils doivent évacuer ou rester. Les enfants sont exilés, mais c’est un mouvement collectif ; les familles restent, prises par le travail et ce « patriotisme » qui est surtout le sens des convenances : faire comme tout le monde. Il y a longtemps que la guerre de conquêtes n’est plus populaire dans le peuple japonais.

Le second texte est centré sur l’événement. « J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets », écrit sobrement l’auteur. Il s’installe sur le trône, ôtant son kimono de nuit sous lequel il est nu. « Quelques secondes plus tard, je ne sais plus exactement, il y eut un grand coup au-dessus de moi et un voile noir tomba devant mes yeux. Instinctivement, je me mis à hurler et, prenant ma tête entre mes mains, je me levai. Je n’y voyais plus rien et n’avais conscience que du bruit : c’était comme si quelque chose comme une tornade s’était abattue sur nous. » Caché, lui n’a pas été brûlé par l’éclair. Solide, la maison construite par son père l’a protégé du choc initial. Avisé, il a eu le temps de fuir le souffle de retour et l’incendie général qui s’est ensuivi. Tous les autres n’ont pas eu cette chance, surpris sur le chemin ou ensevelis sous les décombres avant d’être cramés sans merci. Il sera irradié, mais moins que certains ; il s’en sortira, bien qu’atteint dans sa chair et dans son âme.

Car le pire – si l’on peut dire – réside moins dans les destructions immédiates de la bombe que dans les séquelles qu’elle entraîne sur des dizaines d’années. Un bombardement est un bombardement, mais l’irradiation initiale ou celle des pluies noires qui suivent, ou celle encore des aliments contaminés durant des saisons, vont atteindre les gens bien après le choc. Dire qu’ils sont « innocents » est faire bon marché de la mobilisation totale (totalitaire) du fascisme de ces années là, aussi bien au Japon qu’en Allemagne ou ailleurs. Il n’y a pas de gens innocents, s’ils laissent faire la politique et gardent leur adhésion à des nationalistes extrémistes. C’est le cas en Russie aujourd’hui, comme en Corée du nord, en Iran, en Afghanistan…

Reste la plainte humaine qui déchire, quoi qu’on en ait. Il suffit d’aller à Hiroshima ou à Nagasaki aujourd’hui (j’y suis allé). Il suffit de visiter les musées de la bombe où les Japonais se présentent moins comme victimes que comme les condamnés d’un destin aveugle. Ils ont raison, il suffit de lire Tamiki Hara. Tout cela pour compatir, se souvenir. Rien n’excuse jamais la destruction aveugle, la mort industrielle, la technique devenue folle.

Jamais la bombe, A ou H, n’a été utilisée depuis Nagasaki le 9 août 1945. Souhaitons que cela perdure, malgré les fanatiques de tous bords, les tyrans obtus à la Poutine et les clercs des religions sectaires.

Tamiki Hara, Hiroshima fleurs d’été, 1947, Babel 2007, 131 pages, €7,10

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Messine

Au large, isola Bella, le lieu du tournage du film le Grand Bleu de Luc Besson. Un téléphérique permet de joindre le centre de Taormina, perché, aux plages dont certaines sont privées. Sur la plage de Lettoiani, la Calabre se voit en face. Dans ce détroit de Messine, Ulysse dut louvoyer pour éviter autant Charybde que Scylla, deux rochers hurlants.

Nous passons Aspromonte où Garibaldi est blessé au pied. Sa botte au musée du Risorgimento à Rome est célèbre.

Messine est la troisième ville de Sicile, plus de 150 000 habitants. Les deux premières sont Palerme et Catane, la quatrième est Syracuse. Dévastée par le tremblement de terre de 1693 et rasée par celui de 1908, Messine était à l’origine un comptoir fondé par des commerçants-pirates de la Chalcidique macédonienne vers 700 avant Il contrôlait le passage entre la Calabre et la Sicile. Son nom sicule de Zancle signifie la faucille, selon la forme de son port. Le détroit fait 3 km de large au plus étroit. Les vents dominants de 25 nœuds viennent du Nord, ce qui rendait le passage difficile pour les bateaux à voile de l’antiquité qui venaient du sud.

Sur la piazza del Duomo, face à la fontaine d’Orion de Montorsoli (1547), la cathédrale a été fondée par le comte Roger II. Elle est terminée en 1169 mais le tremblement de terre l’endommage ; elle est consacrée en 1190 par Henri VI mais brûle lors des funérailles de Conrad. Reconstruite au XIIIe siècle, les Vêpres siciliennes arrêtent les travaux. Le tremblement de terre de 1793 la détruit puis le tremblement de terre de 1894 ainsi que ceux de juillet 1905 et de 1908. Ce dernier détruit 80% de toute la ville. Il a plus de 60 000 morts. En 1943, c’est le bombardement des Américains qui détruit la cathédrale reconstruite. Quelle suite de catastrophes !

Mais il suffit d’y croire. Comme cette Lettre de la Vierge (!) qui aurait été remise en 42 de notre ère à des ambassadeurs de Messine. Elle qui ne savait pas écrire… Alors on a dit qu’un ange l’avait écrite sous sa dictée. Mais les anges n’ont pas de corps, ils sont purs esprits. N’importe quoi pourvu que l’on croie.

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Taormina 2

Une longue promenade nous permet de voir les détails qu’affectionne le guide, un petit théâtre romain caché en haut d’une ruelle, un portail en pierre entourée de basalte du XVIIIe siècle, une naumachie, une église. Devant laquelle, s’ouvre un beau panorama sur la mer.

Dans la cathédrale du XIIIe à la silhouette crénelée de l’architecture normande, une Vierge au long cou portant l’Enfant sur le dos qui suce son doigt, une attitude rarement représentée, sinon jamais. L’église aux trois nefs recèle également une statue en marbre de sainte Agathe par Montanini au XVIe siècle. Elle porte d’une main la palme du martyre et de l’autre les tenailles qui vont lui arracher les tétons, avant que ses seins ne soient coupés. Cette scène de torture figure dans un cartouche à son pied. Trois petites filles et un petit garçon qui jouent devant la porte sont indifférents à tout ce sadisme humain, et c’est heureux.

Enfin l’hôtel, la Villa Diodoro, via Bagnoli Croci, quatre étoiles mais à l’accueil peu aimable, des escaliers incohérents, le bar en chambre caché au point que je ne l’ai pas trouvé, et une seule prise de courant planquée derrière le lit. Je ne ressors pas pour le dîner libre, je mange les deux bananes prises au petit-déjeuner et bois deux verres d’eau du robinet. Le bruit d’un orchestre de fiesta dans le parc municipal à côté de l’hôtel a tenu jusqu’à minuit. Boum ! Boum ! Le store comme les volets sont inexistants sur la moitié de la fenêtre.

Au matin, je suis le labyrinthe pour sortir et trouver l’endroit du petit-déjeuner. Je suis au niveau 0, donc au niveau -2 à partir de la réception – logique… et le petit-déjeuner est en -1, à l’autre bout du bâtiment en U ouvert, avec vue heureusement sur la baie, la pente et le volcan Etna au fond, qui fume. Il est bien visible ce matin.

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Taormina 1

Le bus prend l’autoroute jusqu’à Taormina. Nous passons devant le complexe pétrochimique de Thasos.

La cité de Taormina est perchée au sommet du mont, celle de Naxos est au bord de la mer, juste au pied.

A l’entrée du Corso un adolescent de 13 ou 14 ans est assis sur une borne. Il porte une chaîne d’or au cou et des lunettes transparentes qui lui couvrent les tempes. Étonnant comme les Italiens font frime, arborent des déguisements à la mode pour se mettre en valeur. S’y ajoute, à cet âge, l’obsession de l’identité, savoir comment se positionner par rapport aux autres.

Des céramiques très colorées trônent dans les vitrines. Elles sont vives, fraîches, méditerranéennes ; elles donnent envie.

Nous visitons le théâtre grec (encore un) creusé dans la colline au IIIe siècle avant. Il fait 109 m de diamètre et a été remanié par les Romains. La vue porte sur le mont Venere et sur l’Etna.

Le Corso Umberto est très touristique et tout luxe, comme à Capri, Cannes ou Saint-Tropez. Il n’a aucun intérêt à mes yeux, sauf à voir défiler des pétasses qui se dandinent couvertes de falbalas fluides et ornées de bijoux clinquants, des lunettes plus ou moins noires permettant de voir sans être vu l’effet de leur séduction. J’observe au théâtre quatre riches femmes qui font jeunes de loin mais assez mûres de près ; elles portent chacune une robe de couleur différente, bleu azur, beige doré, rose fuchsia, blanc ; elles sont peut-être polonaises ou biélorusses.

Un couple chinois aux deux grosses valises portant une étiquette avec l’indicatif téléphonique +66 débarquant d’un van Mercedes noir aux vitres fumées devant le seul hôtel cinq étoiles du théâtre, avec une plaque de carte Gold. Peut-être de gros compradores chinois de Thaïlande. Ou les nouveaux Maîtres du monde de Shanghai.

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Catane 2

Nous empruntons la voie des crucifères, la via dei Crociferi, qui étaient des porte-croix. Elle est bordée d’églises baroques, celle de saint Benoît, celle des Jésuites, celle de saint Julien (Giuliano), celle de san Niccolo. Puis l’ancien couvent des Bénédictins. L’université de droit fondée en 1434 par Alphonse, roi d’Aragon et de Sicile s’ouvre au bout de la rue dans une belle villa XVIIIe. Des étudiants discutent devant ; ils sont revêtus de tee-shirts moulants selon la mode actuelle, mais tous coiffés différemment.

Plus loin, le musée Bellini, au n°1 de la piazza San Francesco, du nom d’une autre gloire locale à laquelle est rendue un culte. Nous visitons hors programme les appartements du musicien, ornés de portraits de lui, enfant très décolleté romantique né en 1801, adolescent de peu de santé, et adulte au sommet de sa gloire avec ses opéras à Paris. Sa mort à 34 ans en 1835 d’une angine de poitrine, a permis de prélever un masque mortuaire. Son dernier portrait, en 1871, a été pris lorsque son cercueil fut ouvert puis ramené du Père-Lachaise à Paris jusqu’à Catane où il est enterré.

L’église sans Franceso dei Assisi a été bâtie vers 1255 et tant rénovée qu’il ne reste d’original que les côtés et l’abside. Sa façade est gothique XIVe avec une rosace normande. La voûte est en bois.

Nous déjeunons au restaurant Sikula où nous sommes les seuls clients. Le plat est une boulette de sardines et purée accompagnées de bruschetta, d’une demi-tranche d’espadon panée avec l’autre demi-tranche roulée farcie de poisson blanc et crevettes, très bon, puis d’un carré de tiramisu goûteux en dessert. Je descends à moi tout seul 1 l d’eau. J’ai pourtant bu deux cafés allongés et deux verres de jus de fruits ce matin.

Le guide nous explique comment cuire les pâtes à l’italienne. Pour lui, il faut enlever une à deux minutes sur les indications du paquet, garder un verre de l’eau de cuisson lors de l’égouttage, puis verser les pâtes sur la sauce déjà chaude. Enfin, il faut verser l’eau réservée sur le tout afin de donner une onctuosité générale grâce à son amidon.

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Catane 1

Aujourd’hui, nous aurons six heures de marche – pour un circuit culturel troisième âge, c’est beaucoup. Nous verrons deux villes, Catane et Taormina.

Catane a été fondé au huitième siècle avant au pied de l’Etna par des Grecs de Naxos. Prise, vaincue, détruite par le tremblement de terre de 1693, reconstruite en baroque tardif, nous pouvons voir aujourd’hui la coulée de lave noire sur laquelle ont été rebâtis les bâtiments, dont la cathédrale. Il faut dire que le volcan de 3357 m d’altitude n’est pas loin, même si sa silhouette est estompée par la brume de chaleur.

Nous passons dans le marché central, avec ses étals de poissons, surtout du thon et de l’espadon, et des légumes dont de grosses noix de Sicile de la taille d’un citron.

Dans un angle de la place, la fontaine jaillissante de l’Amenano se trouve à l’orée du marché.

L’avenue Etnea mène à la piazza del Duomo, la cathédrale – où a lieu évidemment un office qui dure deux heures avant que nous puissions entrer. Nous ne voyons sortir que peu de fidèles. Sa façade baroque à trois niveaux a été dessinée par Giovanni Battista Vaccarini qui a utilisé la roche noire du volcan comme décor. Le monument recèle le tombeau de Vincenzo Bellini, mort en 1835. A droite du chœur, la chapelle de sainte Agathe, patronne de la cité, avec le retable en marbre début XVIe de Fernandez d’Acunia. Deux petites filles passent en tutu rose ; leur grand-mère me sourit quand je prends leur photo de dos. Jolies enfants, semble-t-elle me dire. Au-dessus, une envolée d‘anges tout nu, leur future progéniture espérée.

La mairie est le palais de l’Eléphant. Il a été construit après le terrible terremoto de 1693 par les architectes Longobardo, Vaccarini et Battaglia ; un escalier d’honneur a été ajouté au XIXe. Un film destiné aux visiteurs montre la fête de Saint Agathe, le personnage principal de la ville. Elle aurait arrêté la peste. Un char décoré trône dans un coin.

Au centre de la place trône une fontaine à éléphant en basalte noir de l’Etna, surmontée d’un obélisque carthaginois. Passent des gamins italiens blonds à cheveux longs à la Brad Pitt.

A noter qu’à l’été 2025, une série policière sicilienne intéressante se passe à Catane, visible sur la 3 : Vanina – Meurtres en Sicile. 1h50 mn chaque épisode – a consommer à petites doses.

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Théâtre de Syracuse

Le théâtre, agrandi au IIIe siècle avant par Hieron II pour totaliser 138 m de diamètre au sommet, est creusé dans la colline face à la mer. Il est en plein soleil mais les spectacles avaient lieu à la saison froide et les spectateurs n’avaient pas besoin de velum, comme dans les théâtres romains. Les Perses d’Eschyle y auraient été représentés en 372 avant et il a été fréquenté par Platon, Pindare et Euripide. Sur ses 61 gradins pouvaient tenir 15 000 spectateurs. La représentation durait une journée entière. La cité a connu son maximum démographique sous Denys l’Ancien entre 405 et 367 avant, avec environ 300 000 habitants !

Des tombes paléochrétiennes sont creusées dans la banquette du sommet. Alors que j’avance, un bruit grandit. C’est le jaillissement en cascade d’une résurgence de l’aqueduc qui permettait aux spectateurs de boire.

Dans le parc archéologique, le grand autel d’Hiéron II mesure 198 m de long. Il a permis en 228 avant le sacrifice public de 450 bœufs pour répartir la fumée pour les dieux et la viande aux quelques 150 000 habitants de la ville au quatrième siècle avant.

Un amphithéâtre romain, assez petit par rapport aux autres monuments mais tout de suite après celui de Rome ou Vérone, permettait des spectacles d’évergètes, ces riches qui invitaient les citoyens à voter pour eux. Il date du IIIe siècle après. L’arène où l’on mettait à mort les condamnés et où l’on combattait était destinée à réjouir le bon peuple.

Le guide nous dit que le métier de gladiateur n’était que très rarement mortel, sauf sur ordre exprès de l’empereur. Les gladiateurs étaient d’anciens soldats qui se donnaient en spectacle, chacun se spécialisant dans une arme et un mode de combat. Il étaient chers à former et la lutte s’arrêtait au premier sang, en général sur les bras, les épaules ou les pectoraux. Un flux spectaculaire inondait la poitrine et tombait sur le sol, faisant frissonner les mâles comme les femelles, toujours avides d’émotion. C’était une réminiscence du sacrifice fait aux soldats tués au combat, un hommage aux guerriers. Les études archéologique remettent en question Quo vadis et la vulgate romantique du XIXe siècle. le guide nous conseille de lire la thèse de Georges Ville sur le métier de gladiateurs.

Dans une conclusion reconstruite après le décès prématuré de l’auteur, sont décrits les trois sentiments d’époque envers les spectacles de l’arène : « Le premier sentiment n’interdit pas la violence, la guerre, les supplices de criminels ; il interdit seulement qu’on s’en réjouisse ou qu’on y assiste. Le second sentiment, le plus répandu, ne fait pas du tout s’évanouir au spectacle du sang versé et n’empêche pas de se délecter sadiquement ou suicidairement de ce spectacle, mais il fait éprouver une sourde inquiétude pour l’avenir. Inquiétude qui s’accommode fort bien, du moins sur le moment, de la délectation que procure à la grande majorité des individus le spectacle des supplices. Car est un troisième sentiment, sans lequel toute cette histoire serait incompréhensible, à savoir le plaisir que procure très généralement la souffrance d’autrui. » Le métier de gladiateur est impur comme celui de pute. « Ainsi font les Romains envers leurs gladiateurs, on les admire on va les voir amphithéâtre sans scrupules, mais il est de mauvais ton de fréquenter le milieu des gladiateurs et des lanistes. (Histoire Auguste, Hadrien XVIII Commode II 9). Le gladiateur va de pair avec l’ivrogne et le débauché, dit Sénèque le Père. D’un pilier de mauvais lieu on disait il courait lupanaria et ludos (Apulée Apol. XCVIII). »

Nous revenons à l’hôtel vers 17h45 pour un dîner à 19h30 de pâtes sauce tomate au fenouil (les Siciliens en mettent partout) et d’une boulette de « farci maigre » comme ils disent, qui ressemble au jambon du petit-déjeuner recyclé au fromage. Il s’agit d’une variante d’arancini, ces boulettes de riz mou à risotto que l’on farcit de divers ingrédients avant de les enrober de chapelure et de les faire frire en poêle à l’huile d’olive. Une purée de pommes de terre l’accompagne, puis un sorbet citron. Nous prenons deux bouteilles de vin pour neuf, de l’eau, et chacun en a pour six euros.

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Latomies du Paradis à Syracuse

Ces carrières s’appellent les Latomies et sont dites du paradis.

Ce sont de gigantesques excavations de pierres calcaires à ciel ouvert, exploitées pour vendre et pour bâtir Syracuse. Mais les blocs de pierre étaient aussi exportés dans toute l’Italie. Deux siècles d’esclavage ont excavé un grand territoire.

L’oreille de Denys, selon l’expression du Caravage en 1608, est une faille en forme d’oreille de satyre de 65 m de haut dans la roche. On dit que l’anfractuosité au sommet aurait permis à Denys l’Ancien, le tyran de Syracuse, d’écouter les propos des prisonniers carthaginois faits après la bataille d’Himère et qui travaillaient comme ouvriers. Il graciait alors ou suppliciait tel ou tel selon son bon plaisir. On en dit, des choses…

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Île d’Ortigia à Syracuse 2

Devant le Duomo, le palais est du XVe rénové au XVIIIe siècle. La cathédrale est l’ancien temple d’Athéna aux colonnes reprises et leurs intervalles murés au VIIe siècle e notre ère. En 1754, Andrea Palma a ajouté une grande façade baroque pleine de mouvement. La nef centrale est l’ancien naos percé de huit grandes arcades de chaque côté. Les colonnes du périptère furent comblées pour faire les murs extérieurs. En 1518, un plafond de bois fut ajouté sur la nef. Nous sommes dimanche et un office interminable se déroule à l’intérieur, bien après midi juste. Nous ne pouvons nous y attarder. Des ados attendent à l’extérieur, assis sur les marches, consultant leurs smartphones ;

A un carrefour près du Lungomare, la source dite d’Aréthuse. Cette nymphe d’Artémis, pour Ovide (Métamorphoses, 4, 494), est aimée par Alphée, le dieu-fleuve. La voyant se baigner nue, il s’éprit de son corps juvénile et la poursuivit, métamorphosé en chasseur. Diane changea Aréthuse en une source souterraine qui jaillit à Ortygie. De l’eau douce y coule encore. La présence d’une source d’eau douce jaillissant au niveau de la mer est un phénomène géologique.

Nous déjeunons libre à cinq à la Trattoria Kalliope avec l’infirmière Mirande et son mari Eloi, et le couple de prof. Ils parlent de leurs voyages, ils en font un grand par an et deux petits depuis des années. Qui dit encore que les profs ne sont pas assez payés ? Je prends une tranche d’espadon sauce au fenouil et menthe, olives noires et câpres. C’est très bon. L’espadon est mariné au citron et à l’huile d’olive avant d’être frit sous le grill, puis arrosé de sa sauce. On le prépare parfois avec une compotée de tomate, poivron et piment, avec toujours des câpres et des olives noires. Deux petites chattes à qui je donne les peaux de poisson me sont très amicales.

Nous avons rendez-vous à 15 heures pour reprendre le bus, direction Neapolis, le quartier neuf antique où sont les carrières.

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Île d’Ortigia à Syracuse 1

Notre hôtel est bâti au-dessus des latomies, ces carrières antiques, dans un parc isolé de la rue. Il est très calme, au luxe aristocratique 19e mais avec l’air conditionné en plus et une piscine. Mirande et son mari ont été nager une demi-heure hier soir.

Je lis Les Désarçonnés de Pascal Quignard, trouvé à l’hôtel de Raguse et échangé contre un mauvais Ludlum. Pour lui, tous ceux qui ont fait une chute grave, de cheval pour la plupart, sont nés à nouveau, comme neufs. Ils voient la vie autrement. Le style est aride et pourtant assez prenant. Il y a des fulgurances, des chocs d’événements, d’images et de mots.

Le bus nous emmène sur l’île d’Ortigia, une presqu’île devenue île par le percement d’un canal pour relier les deux petits ports antiques. Cette île est la ville grecque originaire, bâtie en 734 avant par les Corinthiens.

Piazza Pancali, dans l’axe du port, le temple d’Apollon du VIe siècle est devenu église byzantine puis mosquée musulmane et basilique normande ; il n’en reste que des vestiges. Des gens déguisés reviennent de quelque part, peut-être des acteurs de film ; c’est assez cocasse.

Le corso Matteotti, du nom d’un résistant au fascisme, conduit à la piazza Archimède, du nom d’un célèbre inventeur grec qui mourut ici en 212. Perdu dans ses calculs, il n’avait pas répondu à un centurion romain qui, impatient et direct, lui a passé son épée au travers du corps. Place Archimède, la fontaine représente Artémis portant l’arc, entourée d’une famille de tritons, un couple et trois enfants, un garçon, une fille et un bébé ; tous ruissellent fraîchement sous le soleil du climat réchauffé d’octobre. Autour de la place, des palais de banque, celle d’Italie, celle de Sicile.

Au musée Bellomo, galerie régionale, le nom de peintre le plus représenté sur les étiquettes est Ignoto. Il semble l’auteur de la majeure partie des œuvres de la Renaissance. Mais « ignoto » veut tout simplement dire inconnu en italien. le guide nous compte avec humour cette anecdote de touristes ignorant.

Une Annonciation d’Antonio da Messina, peinte en 1474 a été abîmée par le tremblement de terre mais reste terriblement vivante. Deux colombes fusent vers la Vierge depuis la fenêtre, laissant derrière elles un trait de feu. Comme si le message venait directement du ciel et non pas de l’archange Gabriel qui se tient face à elle. La plus avancée des colombes est blanche, celle qui la suit de près est noire. Est-ce le symbole de la vie qui va naître, puis de la mort programmée de Jésus ?

Un gisant de chevalier en marbre sur des drapés exquis trône dans un couloir, celui de Giovanni Cabastida de Barcelone, 1472. Une scène de peste réalisée en céroplastie du XVIIe siècle baroque.

Nous visitons à pied la ville. Place de la cathédrale, un petit garçon blond coiffé en casque fait tomber sa boule de glace au chocolat par terre ; il en est tout marri. Son père le prend dans ses bras pour lui en acheter une autre.

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Musée archéologique Paolo Orsi de Syracuse

Nous marchons sur les trottoirs de marbre des rues en damier pour trouver le musée archéologique, sis dans la villa Landolina.

De nombreuses salles sont consacrées à l’histoire de la ville et de la région, de l’époque néolithique jusqu’aux Grecs. Il y a pléthore de vitrines de tessons, quelques panneaux explicatifs pour agrémenter. Le site de Castelluccio, la culture de Thapsos avec ses grandes jarres funéraires, la culture de Pantalica fin de l’âge du bronze, la tombe du bronze de Madonna del Piano, les spirales de pectoraux de San Cataldo, puis la colonisation des cités grecques dès le VIIIe siècle avant. Syracuse est la ville grecque la plus importante de l’île, plus qu’Athènes elle-même à son apogée.

La céramique polychrome de Megara Hyblaea, importée puis produite localement, montre des chevaux, des frises de bouquetins, des oiseaux. Quelques statues de kouros du VIe siècle ionien, de très jeunes hommes pubertaires, et d’athlètes adultes, une déesse allaitant du VIe, peut-être une Mère sicule à laquelle on vouait un culte. Une stèle funéraire d’un jeune garçon nu près d’une figure féminine drapée, de la première moitié du IVe est émouvante.

Sont exposés encore des statuettes féminines en terre cuite de style Tanagra provenant de la cité grecque et sicule de Terravecchia (VIe et Ve siècle avant), des vases peints, des armes en bronze du VIIIe siècle de la cache d’Adrano, un petit éphèbe en bronze du Ve, une Méduse de Naxos en terre cuite de la première moitié du Ve. Des vases ossuaires après crémation sont ornés de scènes de guerriers ou de banquets. Une maquette du temple d’Apollon, bâti vers 560 avant, avec ses 6 et 17 colonnes monolithes est reconstituée.

Un dépôt votif aux nymphes a été découvert en 1934 à l’embouchure de la rivière Palma in Contrada Tumazzo. Il contenait des statuettes votives en bois, bien conservées par le milieu anaérobie, des figurines et des poteries de terre cuite. Les trois figures femelles en bois, dressées rigides, sont vêtues d’un péplum dorique et coiffées d’un polos. Elles sont datés de la fin du VIIe ou de la première partie du VIe siècle avant.

Nous ne verrons pas la Vénus Landolina, anadyomène, dont Maupassant a célébré au printemps 1885 les charmes avec un érotisme torride :« la fameuse femelle de marbre », comme il dit, « on la rêve couchée en la voyant debout ». La salle était fermée pour restauration.

Notre hôtel est la Villa Politi, via Maria Politi Laudien, naturellement quatre étoiles. Churchill y aurait séjourné et très bien dormi, selon le ragot colporté par le guide. Le dîner est à 19h30 dans l’hôtel et le menu est un risotto au fenouil, un filet de bar pané aux pommes de terre avec épinards acidulés, et une salade de fruits. Le vin nous est offert car notre horaire a été changé de même que la salle, réservée par un congrès médical.

J’apprends que Jim a passé son bac en 1967. Il est à la retraite depuis bien longtemps, d’autant qu’il avait le droit de partir à l’époque à 60 ans. Quant à Mirande, cela fait plus de dix ans qu’elle est à la retraite, avec deux enfants. Ce couple passe de belles années à voyager et à se gaver de loisirs, en n’ayant travaillé que 37 ans. Cela paraît privilégié aujourd’hui mais c’était la norme à l’époque – pas si lointaine – où les baby-boomers n’étaient pas arrivés encore en masse à l’âge de se retirer.

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Syracuse

Fondée en 734 avant par les Corinthiens, le nom de la ville vient des marais, syraca. La cité a été gouvernée par des tyrans, dont celui de Gela qui mata la révolte des Sicules en 485 avant. Allié au tyran d’Agrigente, le tyran Théron a vaincu à Himère en 480 une grande expédition carthaginoise. Son frère Hiéron, nouveau tyran a vaincu à son tour les Étrusques en 474. Eschyle fut l’un des poètes de sa cour. Son frère, le tyran Thrasybule est chassé pour ses excès au bout d’un an. Passée sous régime démocratique, Syracuse a vaincu aussi les Athéniens d’Alcibiade avec l’aide de Sparte en 415. Suit la tyrannie militaire avec Denys l’ancien de 405 à 387 avant, puis Denys le jeune chassé pour ses vices par deux fois, Agatocle de 319 à 289, Hiéron II le modéré de 265 à 215. Hiéronymos qui lui succède favorise le parti punique et Rome l’attaque en 212. « Euréka ! » – Archimède y périt.

C’est à Syracuse que le christianisme a en premier abordé l’Europe de l’Ouest. Saint Paul, en route pour Rome, y fit escale.

Nous passons devant l’église moderne des Larmes de la Vierge, construite dans les années 1960 sur un site archéologique, sorte de fusée de verre et de béton que le guide n’aime pas du tout. Elle recèle une petite image de Marie pleurant à plusieurs reprises.

Sainte-Lucie al Sepolcro des Capucins, construite au XIIe sur l’emplacement supposé du martyre de la Vierge en 304, remaniée au XVIIe, recèle l’Enterrement de Sainte-Lucie par le Caravage en 1609, qui trône au-dessus de l’autel. Réfugié en Sicile après sa fuite de Malte, il a représenté son ami Mellotti et s’est lui-même représenté à côté. Le guide nous décrit la diagonale montante de la gauche vers la droite, l’atmosphère sombre, sauf le jeune homme au centre à l’écharpe rouge. Un soldat et un évêque sont dans un coin, les fossoyeurs sont bâtis sur le modèle des athlètes antiques.

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Noto

À Noto, ville Unesco, la porte d’un collège de jésuites est surmontée d’une chimère aux deux seins nus. Drôle d’illustration pour une ancienne école de jeunes garçons en pleine puberté.

Nous passons la Porta Nova refaite au XIXe siècle à une quinzaine de kilomètres de la cité détruite après le tremblement de terre de 1693. Toute la ville a été reconstruite par les architectes baroques Landolina et Gagliardi sur un plan orthogonal autour d’une rue principale, le corso Victor Emmanuel II, où s’ouvrent trois places en décors de théâtre.

L’artère est parsemée de beaux palais en pierre blonde du pays, stuqués de putti aux sourires sensuels et de sirènes aux seins voluptueux. Les balcons sont rigolos, ornés de têtes grimaçantes. Les églises sont de style baroque et un mariage – encore un – a lieu au Duomo, en face de la mairie. De jeunes garçons aux corps un peu épais jouent au ballon sous les arbres, à son pied.

Des palais ont été construits par les industriels du thon et leurs titres achetés au roi d’Espagne qui avait besoin d’argent. D’où l’inflation des comtes, ducs et princes dans cette île. Le balcon central est orné d’une frise et flanqué de deux fois trois balcons latéraux « apotropaïques » ornés de sirènes et de victoires, d’animaux, cheval et lion, et d’anges.

Nous déjeunons au Mirabella face au palais du roi du thon. Le menu est de sardines à la becfigue, farcies de pignons et accompagnées de tranches d’orange, puis d’une salade avec des tomates. 23 € avec l’eau, le café et le service. Les sardines en becfigue sont des filets roulés dans une farce composée de chapelure et d’huile d’olive, de raisins secs ramollis dans de l’eau tiède, de pignons, de sel et de poivre, et d’un hachis de persil et d’oignon. Le tout est cuit au four arrosé de chapelure à l’huile et servi avec du jus de citron.

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Modica

La douche est très étroite malgré la grandeur de la chambre. Il fait bon ce matin mais de la pluie est possible pour cet après-midi.

Nous partons en bus pour Modica, ville sicule. Nous croisons la voie de chemin de fer où un train à voie unique, très lent, avec un seul wagon, passe sous nos yeux à un passage à niveau fermé. le guide nous dit que les trains en Sicile sont très longs, faute d’investissements. La région préfère réaliser des autoroutes en béton plutôt que d’améliorer les liaisons ferroviaires. Probablement parce que les contrats de BTP sont convoités par la mafia.

À Modica, ville Unesco sur un éperon rocheux des monts Hybléens, nous visitons l’église Saint Georges, chef d’œuvre baroque au sommet d’un long escalier monumental. Une peinture de 1513 illustre la vie de saint Georges.

Puis c’est l’église Saint-Pierre. La vierge de Trapani par Francasco Laurana date de 1470 environ.

Nous passons devant le couvent devenu pour partie un musée… de la pipe. Drôle de destination pour un ancien asile de bonnes sœurs catholiques.

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Raguse 2

Les hôtels particuliers ont des balcons soutenus par des visages grotesques, grimace de carnaval, cinq au balcon. De quoi inciter à se révolter contre une religion catholique à l’époque, de plus en plus austère, pessimiste, intolérante et inquisitoriale. Le fameux restaurant au Michelin 2023 Ciccio Sultano s’ouvre dans cette rue. Trois plats pour 155 € et le menu dégustation à 198 € ; le plat « signature » seul est à 38 €.

Une vieille dame nous appelle du haut d’un escalier pour vendre ses productions au crochet, napperons et bavoirs en dentelle. Mais ce genre graphique ne se porte plus depuis deux générations. Nous n’achetons rien, elle est déçue, mais nous permet d’admirer le panorama de la ville depuis chez elle.

Le palais Cosentini, du 18ème, offre sa façade orangée, ses encadrements de fenêtres blancs et ses balcons ouvragés de beau style dans une rue étroite. Un papa passe avec son bébé contre lui tandis que maman conduit la poussette devant eux.

Un mariage se termine dans la petite église du Purgatoire. Une Coccinelle pourpre attend les mariés à la fin. Celle-ci contient les seins de Saint Agathe aux coupelles. Saint-Roch, Sainte-Lucie, portent la palme du martyre et une coupelle contient ses yeux arrachés. Un plâtre montre les corps nus émergeant du purgatoire et appelés au ciel.

Montée, escalier, marches à descendre, c’est assez fatiguant aux talons et aux genoux, mais il y a souvent des bancs pour s’asseoir et écouter l’intarissable guide.

Il se sent toujours obligé de meubler le silence. Certes, il se goinfre d’art et d’histoire, se vautre dans la culture, la peinture, la littérature, la musique ; certes, il se sent accéder à une élite, loin de la petite bourgeoisie de province dont il est probablement originaire, comme la plupart d’entre nous – mais il ne sait pas faire silence. Lorsqu’il ne trouve plus rien à dire dans le bus, il passe de la musique extraite de son téléphone et soigneusement sélectionnée à propos de la Sicile et du circuit. Ou alors il nous lit une page de Pirandello où nous raconte la vie de Verga, le Giovanni sicilien du vérisme décédé en 1922. Il se rempare derrière ses références, par crainte de ne pas apparaître à la hauteur.

Nous rejoignons le quartier de Saint-Jean en bus mais nous devons encore marcher 500 m dans des rues en damier qui se coupent à angles droits (que le guide appelle évidemment « plan hippodamien », en référence à l’architecte urbaniste Hippodamos de Milet, au Ve siècle avant) pour rejoindre l’hôtel Di Stefano, un nouveau quatre étoiles.

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Raguse 1

En prenant la direction sud-est, nous parvenons dans le Val de Noto, dans les monts Hybléens.

Raguse est une ville spectaculaire, bâtie de part et d’autres d’une gorge. Rebâtie plutôt, après un tremblement de terre, celui de 1693. Le quartier Saint-Georges est en bas, le quartier Saint-Jean est en haut, à l’emplacement de la ville déjà détruite. Querelle des anciens et des modernes.

Nous visitons le quartier Saint-Georges. Un orage s’amasse et gronde mais il ne pleut que quelques gouttes. Heureusement, car tout le monde a oublié son parapluie. Dans l’église Sant’Agata des Capucins, une peinture d’un élève du Caravage de style réaliste ; un ange adolescent plonge vers le sol en laissant entrevoir sa poitrine par son décolleté. Un autre tableau montre saint Pierre « recollant » les seins coupés d’Agathe.

En l’église san Giacomo, un autel tarabiscoté et chantourné orné de mosaïques et de dorures, pour encadrer un Christ supplicié nu.

A San Giuseppe, la façade baroque est en pierre drapée et l’intérieur est une bonbonnière 18ème. Bien trop décoré, kitsch et étouffant. Le baroque est caractérisé par le goût de la mise en scène, l’utilisation de la volute en architecture, les façades incurvées, la complexité des formes, les jeux d’ombres et de lumière, le goût du trompe-l’œil, la fusion des arts et des genres – en bref un métissage à l’opposé du clair et sobre classique, trop rationnel.

Le Duomo de Saint Georges est vaste mais plus sobre ; il comprend des chapiteaux très sculptés mais les visages des anges sont ratés. N’y avait-il pas assez de beaux modèles vivants ? Est-ce l’inaptitude de l’artiste a représenter la figure humaine ? Un Christ en bois réaliste, dans le style doloriste, griffé d’épines, les genoux écorchés, le torse émacié et les larmes humaines présentées telles quelles au public de dévotes. Devant le Duomo, le palazzo du film Divorce à l’italienne avec Mastroianni, film de Pietro Germi sorti en 1961.

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Villa Casale à Piazza Armerina 2

Dans la salle à manger, les douze travaux d’Hercule, dans les appartements privés des scènes avec des oiseaux, de l’érotisme. Le propriétaire était préfet du prétoire, poste d’honneur consistant à gouverner des provinces, dont ils n’existait que trois ou quatre représentants dans toute l’Italie romaine. Une salle présente des sportives en bikini. Toutes des femmes, toutes s’exerçant à des jeux sportifs.

Dans la chambre, sont représentés en mosaïque Ariane et Dionysos. Dans une autre, Polyphème aux trois yeux est montré au moment où Ulysse lui tend du vin pur dans une outre. L’intelligence contre la brutalité : les Grecs ne buvaient jamais de vin pur, ce qu’un barbare acceptait sans vergogne. Arion joue de la lyre sur le dos d’un dauphin et enchante les habitants de la mer. Orphée apaise les animaux sauvages.

Dans une pièce, un agoniste entre Éros et Dionysos, chacun accompagné de ses dieux : les dieux ouraniens Apollon, Aphrodite, Athéna pour Éros, et les dieux chthoniens pour Dionysos : Hadès, Perséphone, Déméter et Hécate. « Agoniste » est encore un terme de spécialiste utilisé par le guide, il signifie « qui combat dans les jeux ».

Nous déjeunons à Piazza Armérina à six kilomètres de la villa, sous le cèdre et le laurier-rose à fleurs blanches. Nous sommes au-dehors, dans un parc face au petit restaurant, et la table est dressée avec une assiette d’antipasti et un plat de pâtes, bonnes mais en trop pour notre appétit réduit par la chaleur. Les penne sont accompagnées d’une sauce au jambon cru, aux pistaches écrasées et au fromage local râpé. Un cannolo de ricotta et un café complètent l’ensemble. Les cannolli sont des cylindres de pâte frite bourrée de ricotta parfumée au sucre et au Marsala, éventuellement de fruits confits.

Sur les murs des appartements de la ville, pas mal de pancartes annonçant la vente, «Vendesi ». A propos, sur ma question directe, Mérule ne met pas au propre ses carnets mais elle les conserve tout simplement.

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Villa Casale à Piazza Armerina 1

Nous arrivons à la villa romaine de Casale, une bergerie du quatrième siècle devenue vers 320 villa administrative du gouverneur car placée au centre stratégique de la route du blé et de la poste de Catane à Agrigente, portant les denrées et les impôts à Rome. Après la perte de l’Égypte due à la scission de l’empire romain, la Sicile était devenue le grenier à blé de Rome. Dévastée par les Vandales mais occupée par les Byzantins et les Arabes, elle fut recouverte de boue par une inondation au XIIe siècle. Elle n’a été redécouverte que dans les années 1920 et fouillée par l’archéologue Pietro Orsi.

Contrairement aux Grecs, les Romains ne se faisaient pas représenter nus, sauf les dieux et les empereurs. La nudité était considérée comme peu virile, selon le guide, les Grecs étant réputés efféminés. Ils sont dûment habillés, les ragazzi de 15 et 16 ans italiens et américains, accompagnés de trois profs. Ils sont bruyants, au point que le guide doit leur demander par deux fois de baisser le ton. On ne s’entend plus dans les écouteurs.

La villa a été bâtie et décorée comme expression de la puissance de son propriétaire : un aqueduc, des thermes, des latrines, un grand atrium décoré de mosaïques. Elle articule le public et le privé, l’ostentatoire et l’intime. La vaste cour d’accès pour les invités avait ses murs peints de personnages grandeur nature. La porte monumentale ornée d’une fontaine permet d’accéder à une seconde cour à portique, avant le vestibule où la mosaïque de sol met en scène la cérémonie d’accueil.

Après le grand jardin enjolivé de bassins et un portique de colonnes corinthiennes en granit aux chapiteaux de marbre blanc, survient le sol représentant 84 protomés d’animaux, un corridor dit faussement « de la grande chasse ». Ce grand couloir composé de mosaïques présente des scènes – non de chasse comme on l’a cru et répété aveuglément – mais de capture d’animaux exotiques pour le cirque de Rome. Après quelques degrés, les visiteurs accèdent à la basilique, lieu des cérémonies publiques ; elle est pavée de marbre et ornée d’une statue d’Hercule.

Il faudrait tout montrer, tout est beau, réaliste, vivant. Avec les fameuses « baigneuses » en bikini, qui sont des athlètes femmes. Comme quoi les Romains n’étaient pas si misogynes que l’on croit.

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Écrivains de Sicile

Dans le bus, le guide en profite pour nous bourrer d’informations. Selon lui, Agrigente est la province la plus littéraire de Sicile, une île qui a quand même connu déjà deux prix Nobel de littérature, Pirandello en 1934 et Quasimodo en 1959. Pirandello est l’homme de l’angoisse existentielle ; il cherche son identité. Il est né dans une propriété nommée Chaos, « je suis le fils du chaos », a-t-il écrit. Salvatore Quasimodo est un représentant de l’hermétisme contemporain.

Nous traversons des terres arides, le paysage intérieur de la Sicile sec et rocheux. Nous passons devant le château de Frédéric II à Enna, cité nombril de l’île. Au pied des monts, Pergusa est le seul lac d’eau douce naturel de la Sicile.

Giovanni Verga, mort en 1922, était le représentant du vérisme. Il a conceptualisé « l’ideale dell’ostrica » (« l’idéal de l’huître »), l’attachement au lieu de naissance, aux anciennes coutumes, la résignation à la dureté d’une vie parfois inhumaine, la conscience, enracinée en chacun, que cette société fermée, archaïque, souvent bornée, est la seule défense contre les nouveautés venues de l’extérieur et que l’on n’est pas préparé à accepter – mais l’obstination à résister aux obstacles malgré tout. Une vraie régression populiste comme aujourd’hui, un « retour à », au « c’était mieux avant » style rassemblement et national.

Un autre écrivain, Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, duc de Palma, baron de Montechiaro et de la Torretta, Grand d’Espagne de première classe, est sicilien. Il est né à Palerme et resté fermé sur son enfance ; solitaire, il était plus à l’aise avec les choses qu’avec les gens. Son roman Le Guépard, adapté au cinéma par Lucino Visconti an 1963 avec Alain Delon, Burt Lancaster et Claudia Cardinale, a été publié à titre posthume en 1958. Il donne à voir la transition de l’ancien monde féodal au nouveau monde démocratique, personnifiés par Don Fabrizio et Tancrède, qui avoue « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». C’est le principe de la révolution au sens littéral : le tour à 360°. Ainsi les anciennes élites laissent la place à de nouvelles élites, mieux adaptées mais toujours élites. Le pouvoir de quelques-uns ne change pas, le tout est de s’immiscer dans la nouvelle donne.

L’auteur le plus connu aujourd’hui est Andrea Camilleri, né à Port Empédocle en Sicile (dont il a fait Vigata dans ses romans policiers) et mort à Rome en 2019. Il est l’auteur du commissaire Montalbano, qu’une série télévisée italienne a rendu célèbre dans la péninsule.

Selon le guide, il faut lire aussi Goliarda Sapienza, L’art de la joie, publié en 1998. Il s’agit de son enfance sicilienne brute et réaliste, dépucelage précoce, inceste, avilissement et trahisons. Un art de l’énergie et de la résilience, pauvreté dans l’enfance, emprise de l’Église à l’adolescence, bisexualité assumée dans sa jeunesse, découverte du communisme et de la maternité adulte. Modesta l’héroïne évolue avec le monde tout en restant fidèle à sa nature.

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Agrigente, la vallée des temples 2

Le temple d’Héraclès, après la Porta Aurea, dont Verrès a tenté de voler la statue de bronze, a été lui aussi anastylosé par sir Alexander Hardcastle au début du XXe siècle. Ce capitaine de l’armée anglaise a acheté en 1921 une parcelle de terrain et a bâti sa maison près du temple d’Héraclès. Il y vivra jusqu’à sa mort en 1933. Il a financé de nombreuses fouilles archéologiques et a fait redresser huit colonnes du temple d’Héraclès. Nous visitons d’ailleurs la courte exposition qui s’y tient, laquelle nous présente que deux ou trois peintures intéressantes du baroque italien.

Un enclos de chèvres de race locale Girgentana, montre des bêtes aux cornes entortillées en forme de lyre. Les Grecs ou les Arabes auraient importé ces chèvres d’Afghanistan. Son lait est très renommé pour sa teneur en protéines et la race, vouée à disparaître, est désormais sauvées par une association.

La lune s’élève, pleine, à l’opposé du soleil qui se couche. Une statue de bronze d’Icare aux ailes brisées de l’artiste contemporain Igor Mitoraj, un Polonais, trône devant le temple F, dit de la Concorde, depuis 2011. Lequel temple, érigé en 440 avant pour les Dioscures, est le mieux conservé parce que transformé un temps en église par les chrétiens. L’évêque Grégoire l’a consacré, au VIe siècle après, aux saints Pierre et Paul. Il élève ses six colonnes de face pour treize de côté vers le ciel bleu nuit. Les projecteurs leur donnent une belle couleur orangée, intermédiaire entre celle de l’astre finissant est celle de l’astre montant. Une nombreuse jeunesse s’est assise devant le temple pour jouir de l’instant. L’endroit était peut-être consacré aux Dioscures, les fils jumeaux de Léda, Castor et Pollux. Le mari de Léda était Tyndare, le roi de Sparte, mais le père biologique des gamins unis comme des frères était Zeus. Des niaises aux gros seins moulés dans des hauts blancs profitent des derniers rayons de l’astre pour se faire prendre les bras levés. Je parle de photo. Comme si elles tenaient le temple à bout de bras, à la mode du narcissisme de dérision des réseaux sociaux anglo-saxons. Un jeune homme bien bâti, bien planté sur terre par des pieds en canard, est flanqué d’un copain qui garde ses lunettes noires même en pleine obscurité. Ce doivent être des lunettes de vue qu’il ne peut enlever sous peine de buter sur les pierres.

Journée fatigante mais passionnante et très variée. Nous ne revenons à l’hôtel pas à pied, trop long et de nuit, mais en bus, en passant par la route qui longe les temples illuminés. Nous les verrons de loin de la terrasse des jardins de notre hôtel, mais ils sont trop petits pour être photographiés avec netteté. C’est une dernière lumière de Grèce, même si les paléochrétiens ont creusé les fondations du temple pour en faire leurs sépultures.

Nous dînons aussitôt à l’hôtel, à peine avons-nous le temps de nous laver les mains car il est tard. Le menu est à peine meilleure qu’hier, composé de risotto au citron avec des brins de courgettes grillées, une tranche de bœuf sauce champignon poivron assez fade, et d’une glace aux amandes. Le vin rouge que nous choisissons cette fois, un Syrah, plus vert qu’hier, de la récolte 2022, est moins goûteux au palais. C’est un vin de soif, pas trop cher., Pour les deux soirs, l’eau et le vin nous reviennent à 12 euros par personne.

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Agrigente, la vallée des temples 1

L’après-midi dans la vallée des temples est une visite très courue, au patrimoine de l’Unesco. Il y a du monde, même des lycéens et collégiens italiens. Il fait très chaud au début mais nous nous arrêtons souvent, à l’ombre, et le guide nous saoule moins. Il digresse peu et explique plutôt ce que l’on voit. La marche est lente parmi les sept temples de la colline méridionale, et les arrêts fréquents, ce qui nous laisse le temps de nous reposer.

Tout cela afin d’arriver au coucher du soleil seulement au temple dit « de la Concorde » et pour les illuminations de nuit au dernier temple. Celui-ci est fort imposant avec sa symétrie classique. Après la porte cinq, est remonté en partie le temple faussement appelé de Castor et Pollux, mais qui s’avère celui de Déméter, une déesse chthonienne. Sa reconstitution est un pastiche du XIXe siècle avec des pièces raboutées et récupérées sur le site, resculptées pour l’occasion. Mais faut-il railler cette tentative de redonner vie à un mythe ? Au vu des ruines éparses des temples suivants, peu attrayantes, reconstituer pour donner à voir, si ce n’est vrai, c’est bien trouvé – selon le célèbre proverbe italien si non est vero, e bien trovato !. Maupassant parlait de « colonnes éboulées (…) tombées (…) comme des soldats morts. »

Sous le temple, ont été retrouvés des statuettes de Déméter, ce qui peut laisser supposer un temple destiné aux Thesmophories, réservé aux femmes en âge de procréer, mariées et abstinentes depuis un mois avant la cérémonie, et cooptées entre elles. Il s’agit d’un rite de fertilité pour l’agriculture. Ces quatre colonnes sont devenues le symbole touristique de la ville.

Le temple de Zeus olympien in situ est immense. Il comprenait sept colonnes sur le devant et quatorze sur les côtés, 110 m de long. Les télamons, alternativement barbus et imberbes, étaient peut-être orientés vers l’intérieur et non pas vers l’extérieur comme on l’a longtemps supposé et tel que la reconstitution du musée le présente. Il n’y avait pas de toit, le sanctuaire était à l’air libre. Le temple n’était pas fini lorsqu’il fut détruit en 406 par les Carthaginois.

Toute une bande de ragazzi des deux sexes est en promenade sur le site, bavardant plus qu’écoutant leur professeur pérorer – il est vrai qu’il s’agit surtout d’un tas de pierres. Une petite espagnole de cinq ans s’amuse à monter et descendre les tambours brisés de colonnes et les morceaux morceaux épars des murs. Elle se fait morigéner par sa mère qui veut quitter le site, fatiguée. Je croise une jeune fille aux seins nus sous son corsage translucide noué négligemment. Le tissu lâche laisse voir l’intégralité du ventre et du nombril et, au-dessus, les deux renflements dégagés de la poitrine.

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Agrigente, Santa Maria dei Greci

Après deux heures au musée, direction Agrigente-centre voir l’église Santa Maria dei Greci, Sainte-Marie des Grecs. C’est une église banale dont le seul intérêt est d’être établie au XIIIe siècle de notre ère sur un ancien temple à Déméter. Après de multiples volées de marches dans les ruelles, on peut apercevoir encore la base des murs antiques. Une crypte creusée au XVIIe siècle pour y momifier les capucins est visible. Aujourd’hui, plus de capucins mais un plancher de verre qui permet de voir les stalles vides. Une fresque du XVe siècle représente la Vierge offrant son sein au Bambin, lequel est représenté avec une tête d’adulte. Avant la Renaissance, on ne portait guère d’intérêt aux enfants. Quant au sein, il est détaché du corps, masqué par une tunique, et le lait coule dans la main.

Nous redescendons les multiples escaliers avec Eloi pour retrouver Mirande, l’ex-infirmière qui n’a pas voulu monter à cause d’une méchante tendinite au talon gauche. C’est une usure de l’âge, me dit-elle. Elle a arrêté a 70 ans, l’année du Covid. Dans ses dernières années, elle a été formatrice d’infirmières en libéral. Elle passe aujourd’hui ses journées à peindre et est présidente d’une association de peintres amateurs dans sa région. Eloi, quant à lui, pratique beaucoup la piscine municipale. Il est d’ailleurs vêtu comme un jeune garçon, sandales aux pieds et bermuda, le corps fluet, la tête sans âge malgré des cheveux blancs blonds, et des lunettes d’étudiant.

Nous déjeunons d’une salade et d’eau dans un bar près de la place ombragée, peut-être Nico Galli. Un collégien passe en T-shirt bleu marine, son copain en débardeur de la même couleur d’uniforme. Ddu plus habillé au plus nu, nous verrons successivement un sweat, un polo, un T-shirt un débardeur : qu’importe le vêtement s’il est uniforme – de la couleur imposée. Ils ont 14 ans et la fraîcheur de la jeunesse qui nous a fuie. Jim et Marina nous rejoignent par hasard pour choisir un gros plat de charcuterie qui met beaucoup de temps à se préparer mais se révèle plantureux. Au point qu’ils ne peuvent tout finir et qu’ils nous invitent à picorer quelques tranches ou morceaux.

Les autres sont partis voir la cathédrale, encore plus haut sur l’acropole, avec encore plus de marches à monter. Mérule ne prend pas de photo mais des pages et des pages de notes dans un carnet à spirale. Je ne sais pas ce qu’elle en fait ensuite. Elle est agrégée en anglais et spécialiste, selon Internet, de la période élisabéthaine. Cheveux courts, mâchoire proéminente, pas de seins, toujours en pantalon et chaussures plates, elle s’est façonnée une silhouette standard d’anglaise post-victorienne.

Nous sommes de retour à 14h30 à l’hôtel pour une sieste ou simplement nous reposer car il fait trop chaud et nous ne repartirons qu’à 16h30 pour visiter la vallée des temples et voir les couleurs au coucher du soleil.

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Musée archéologique d’Agrigente 2

Provenant du temple d’Héraklès, une statue de « warrior » nu à genoux (selon le terme de l’étiquette) en marbre de 480 avant environ. Il est de style « sévère » et équilibre la masse des muscles pour donner une impression de puissance tout en donnant l’illusion du mouvement par la tension du corps.

Est exposée une reconstitution du grand temple grec de Zeus à 7 colonnes frontales et 14 latérales, ce qui inclut un second péristyle unique à pierre levée, signe symbolique de domination des Grecs sur les Puniques. Avec de gigantesque télamons soutenant l’architrave. Ce temple a été évidemment détruit par punition dès que les Puniques ont été vainqueurs. Un télamon à tambour s’est réfugié dans le musée. Ce gigantesque mâle soutenant l’architrave est le seul qui subsiste en entier.

La statue d’éphèbe en marbre poli des Cyclades est d’une pose statique et rigide, mais on note le début du réalisme des muscles et de la chevelure. Le garçon est encore non-initié mais il porte déjà une stature adolescente ; il pourrait avoir 14 ou 15 ans. Un torse féminin incomplet est délicatement dessiné. Une tête d’Athéna originelle peinte du Ve en terre cuite. Un torse de banqueteur juvénile aux longs cheveux sur les épaules, la tête couronnée, à la fois fragile, sensuel et délicieux, seconde moitié du Ve. Une terre cuite comique du IVe siècle représentant un nain ou un pygmée nu, portant hache à double tranchant, le pénis démesuré avec une cloche pendante qui sonne lorsqu’il se raidit en gloire. Deux têtes de nègres en terre cuite de la fin du VIe siècle avant. De même la triachria, ces trois jambes qui tournent autour d’une tête de Méduse, qui symbolisent des trois caps de la Sicile. Laquelle a été envahie – nous rappelle pédagogiquement le guide pour la énième fois – par les Grecs descendant d’Énée, les Phéniciens devenus Puniques, les Carthaginois, les Sicules, les Romains, les Arabes, les Normands, les Germaniques, les Angevins, les Aragon, les Espagnols, les Italiens, les Allemands au XXe siècle puis les Américains un moment.

Le jeune guerrier grec en marbre nu de 480, découvert en 1897 dans le temple de Déméter du Rupe Atenea, marque une transition entre le style archaïque et le style sévère. Il est appelé le Kouros d’Agrigente. Un jeune satyre du IIIe ou IIe siècle est d’influence hellénistique et de forme plus douce ; n’est conservé malheureusement que le torse au bras droit levé.

Des sarcophages romains en marbre avec des scènes de vie. L’un représente les jeux d’un enfant, sa mort et la mélancolie de sa mère. C’est une scène rare dans l’art romain du IIe siècle après, selon le guide.

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