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Michel Henry, Marx philosophe de la réalité (1)

Karl Marx est un monstre comme le siècle 19e a su en faire naître. Il s’agissait de tout embrasser de l’histoire et du savoir humain, d’être philosophe, politicien, économiste, sociologue. Marx est Protée.

  • Il écrivait en journaliste, pas en hégélien, ce pourquoi il reste lu ;
  • Sa pensée était mouvante comme la vie, chaque événement le faisait retoucher l’ensemble, ce pourquoi son œuvre est inachevée ;
  • Son existence ne devrait pas parler en sa faveur, lui qui a laissé mourir de faim ses enfants plutôt que de s’abaisser à travailler pour gagner sa vie, mais ce misérabilisme passe bien auprès des démagogues.

En bref, Marx est incontournable et compliqué. Ma génération, celle des années 1970, a été tellement imbibée de marxisme approximatif, dogmatique et prédigéré, qu’il nous a donné une indigestion : trop rationaliste, trop je-sais-tout, trop bardé d’interdits. Mais Marx existe, comme d’autres, il est bon de ne pas l’ignorer. Il faut cependant lui ôter les oripeaux des contresens et des récupérations. Jamais peut-être un homme n’a été autant catéchisé par ses disciples. La catéchèse simplifie, déforme, met l’accent sur ce qui est utilisable au détriment du tout. C’est le mérite de Michel Henry, philosophe, de nous resituer Marx dans sa dynamique philosophique.

Karl Marx est avant tout un philosophe ; il n’est économiste que par dérivé et politologue que par suite. Ce qui l’intéresse est de comprendre le monde avant de le changer. Ce pour quoi il est nécessaire d’aborder Marx par la philosophie. Michel Henry écrit chiant, trop complaisant envers les formes de la tradition allemande férue d’obscurité, de mots-valises et de complexité qui conduit souvent à l’obscurantisme. Mais résistez au touffu de l’expression et vous verrez Marx débarrassé du marxisme.

Car le marxisme est l’ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx. La théorie retenue jusqu’aux années 1960 n’était qu’une caricature justifiant l’activisme politique de certains récupérateurs. La pensée philosophique même de Marx est restée volontairement ignorée, les ‘Manuscrits de 44′ et ‘L’idéologie allemande’ inédits jusqu’en 1932 en allemand ! Engels lui-même, l’ami et mécène, avait appauvri les concepts faute d’intelligence aussi vaste et de scrupules intellectuels aussi pointilleux que ceux de Karl.

Michel Henry montre que la pensée de Karl Marx n’est ni matérialiste, ni dialectique, ni activiste politique, ni positiviste scientiste, ni althussérienne – ni même une idéologie !

Marx critique l’essence politique. Le manuscrit de 1842 met en cause la philosophie de l’Etat de Hegel pour qui la Nation s’inclut dans l’Esprit pour le rendre possible – un avatar de Dieu dont il faudrait réaliser la Cité chrétienne… Pour Marx, la réalité est politique – pas l’essence. Et la réalité est avant tout économique.

L’aliénation est la condition dans laquelle l’amour est contrarié, la volonté empêchée. La vie morale authentique est extérieure à la réalité de l’État, ce carcan moralisateur qui enferme dans le collectivisme. Et l’économique est l’aliénation du politique. La signification pour la cité (polis) de l’activité de chacun ne consiste pas dans sa participation aux affaires de l’Etat, mais doit qualifier son activité personnelle et professionnelle. Car l’individu n’existe qu’en relation – ce qui fonde une société. L’universalité idéale du politique est donc remise en cause.

L’humanisme du jeune Marx fait de la religion une illusion de l’essence humaine, une représentation fantasmée. Elle est compensation imaginaire de ce qui n’est pas satisfait dans le réel. Le secret de la religion est donc à chercher dans l’utilité personnelle, l’égoïsme, le trafic, l’argent. Luther a vaincu la servitude par dévotion en la remplaçant par la servitude par conviction. Il s’agit d’aller au-delà.

L’origine de la dialectique allemande est dans l’alchimie médiévale où le fond du réel est le changement, le plomb transmuté en or. Le Prolétariat est le Christ, c’est seulement en sombrant dans le désespoir absolu que peuvent naître la foi et le salut. Par invasion de la philosophie allemande dans l’économie, la politique retrouve sa position dans l’Etat hégélien. Mais la vraie vie y est absente : la politique y est considérée comme protestation contre la misère, en bref une religion qui est le complément idéologique du monde vrai. La mythologie de l’Histoire devient alors une conception apocalyptique, messianique. La métaphysique allemande a été recyclée dans le romantisme de Schiller, Novalis et Hölderlin, avant d’être rationalisée par Hegel – qui reprend le bon vieil ordre hiérarchique catholique. Le salut est annoncé, le passage se fera par la négation des contraires.

Marx lui préfère le fond des choses, le matérialisme historique. Pour lui l’histoire n’est pas Esprit mais réalité. Seule existe la relation des individus entre eux, toute explication par un Tout n’est que théorie verbale. Le cœur de l’histoire, ce sont les individus, leurs actions et interactions. L’essence du mouvement historique est « la réitération indéfinie du désir, du besoin et du travail » p.198. Ce qui fait qu’il y aura toujours une histoire en train de se faire. La proposition célèbre que « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes » (Manifeste du parti communiste) énonce une propriété de l’histoire accomplie. Elle appartient à la science empirique : « la théorie de la lutte des classes est étrangère au matérialisme historique » p.201. Car « s’il peut encore être question de dialectique, c’est seulement d’une dialectique de la vie, c’est de son mouvement, celui de la souffrance qui, de par sa nature et en vertu de ce qu’elle est, essaye de se supprimer soi-même » p.214. Marx est un Bouddha positiviste : « La forme de production, l’état social et la conscience peuvent et doivent entrer en contradiction parce que la division du travail entraîne la possibilité et même la réalité que l’activité spirituelle et matérielle, la jouissance et le travail, la production et la consommation, échoient à des individus différents. » (Idéologie allemande VI, 171, cité p.218).

Les classes sociales naissent de ce que les individus ne sont pas seuls mais en interactions entre eux et prennent conscience d’être dans un même état. Une société est la somme des rapports entre individus. Le concept de classe est hégélien parce qu’il est une ‘totalité objective’ où un concept théorique remplace la réalité vécue. Il entraîne l’illusion que les conditions sociales sont ‘objectives’ et que des ‘structures’ sont objets de science (grand tropisme français des années 60 que le structuralisme…).

Marx s’élève contre cette abstraction, affirmant que la seule réalité réside dans l’existence individuelle concrète. Le concept de classe est utile aux manipulateurs politiques parce qu’il leur permet des généralités, d’enflammer les gens sur la peinture de conditions semblables, créant ainsi une unité idéale. Or ce n’est pas la liberté que Marx réclame comme désaliénation de chacun ! La liberté est avant tout un certain état de la société : les déterminations de l’existence qui sont une condition sociale et le produit de l’histoire. Ces conditions sociales ne sont pas objectives. On ne peut pas les changer volontairement d’en haut, par la politique (illusion du XVIIIe siècle). Les conditions sont modifiées par les hommes eux-mêmes dans leur existence concrète – et les éducateurs doivent être eux-mêmes éduqués (ce qu’ignorent apparemment les profs de gauche français…). D’où la dérive courante du politique (et des partis communiste ou socialiste) vers l’autoritarisme et la dictature d’avant-garde : ils croient savoir tellement mieux que vous ce qui est bon pour vous !

L’état de la société qui aliène est dû, pour Marx, à la division du travail. Les oppositions ville/campagne, production/commerce, manuel/intellectuel, comme le travail en miettes ou Paris et le désert français – enlèvent à la personne son pouvoir sur les choses et sur sa destinée. L’homme est agi par des structures imaginaires qui tiennent à l’organisation de la société. La suppression de la division du travail est donc la condition même du socialisme, entendu par Marx comme une ‘communauté sociale organique’ à l’allemande (pas une ‘société par adhésion volontaire’, à la française). Nous avons donc deux socialismes et il est clair que Marx avait en tête le premier lorsqu’il parlait de conditions objectives :

  1. Le socialisme qui vient de la base et se fonde sur les syndicats et associations émanant de la société même (Proudhon puis la social-démocratie allemande),
  2. Le socialisme qui vient d’en haut, d’un modèle théorique qu’une avant-garde s’efforce d’imposer au bas peuple ignare (le socialisme bismarckien puis le communisme léniniste, qui sans cesse houspille le ‘socialisme’ à la française).

Michel Henry, Marx, 1976, Gallimard Tel 2009, 966 pages, €91.84

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Problèmes de poids : on vous doit la vérité

Dr Rakotovao Problemes de poids

Repris dans le blog Sélection des meilleurs articles

Vous avez fait les fêtes ? Pris quelques kilos ? Ne faites surtout pas régime amaigrissant, ce genre de commerce ne fait qu’amaigrir votre porte-monnaie – tout en engraissant les charlatans. Le mérite de ce livre est qu’il ne sera jamais un best seller : il ne promet pas de perdre des bourrelets en quelques semaines, ni d’avoir un corps de rêve, ni de ressembler aux modèles des magasines. Mais c’est justement parce qu’il a du bon sens que ce manuel est précieux.

Le docteur Rakotovao est d’origine malgache et a passé le bac à 16 ans (dans plusieurs séries). Il a étudié la médecine à Tananarive puis à Marseille avant de suivre la formation universitaire Nutrition de Rennes. Il est à la fois médecin généraliste et spécialisé en nutrition : l’idéal pour soigner les gens dans toutes leurs dimensions.

Car nous ne sommes pas qu’un corps… Nous sommes aussi émotions et sociabilité. Manger n’a pas pour fonction que de se remplir, mais aussi de converser agréablement ou de gérer le stress, tout en obéissant à des normes sociales et culturelles. Vaste programme ! Comment voulez-vous qu’un régime diktat, qui n’agit que sur un seul facteur, vous réussisse durablement ? « Il faut admettre et ne pas hésiter à dire qu’un régime d’amaigrissement est une des principales causes de l’obésité, si ce n’est la première » p.59. Surveiller et punir troublent la régulation naturelle, engendrant ces yoyos de poids que forme le couple infernal restrictions/boulimie.

Pour arriver à cette prise de conscience, le Dr Rakotovao a appliqué une méthode simple : « J’ai organisé régulièrement des soirées avec des personnes souffrant de problèmes de poids : j’ai réuni à chaque fois de dix à quinze patients, au rythme d’une fois par semaine pendant deux ans. Nous avons travaillé les ressentis, les problèmes auxquels ils avaient été confrontés, ce qu’ils avaient entrepris précédemment au niveau du poids, les personnes qu’ils avaient déjà rencontrées, etc. » p.16. Le docteur a aussi rencontré ses confrères, en médecine et autour : diététiciens, psychologues.

Il publie ce manuel court et facilement compréhensible en deux parties : ce qu’il faut savoir et ce qu’il faut faire. Dans la première, il apprend qu’une alimentation équilibrée doit provoquer trois équilibres : le physiologique (varier les aliments), le psychologique (goût et plaisir), le social (identité culturelle). Il insiste sur le rôle néfaste des additifs dans l’alimentation industrielle. Tout le monde évoque les cancers possibles, le Dr Rakotovao pointe surtout la perturbation de la sensation de faim : les colorants, conservateurs, exhausteurs et autre E000 servent à exciter l’appétit dans un but commercial. Manger naturel est la première leçon pour perdre du poids.

La seconde est de surveiller son IMC (indice de masse corporelle) = poids / (taille)². Pas de tyrannie du surpoids ! On n’est obèse qu’avec un IMC>30, en-dessous il faut faire attention aux prédispositions génétiques de maladies liées au poids (diabète, hypertension, os et articulations). Rien de moins, mais rien de plus. Il n’y a de poids « idéal » que celui dans lequel on se sent bien, mangeant à sa faim et en société, sans risque de santé.

La troisième est de gérer son état psychologique. Pour ce faire, le docteur donne l’exemple de patients concrets : régimes à répétition, arrêt du sport, stress et grignotage de compensation, manque de confiance en soi et intériorisation de la colère qui pousse à manger pour se faire plaisir, fantasme du carré de chocolat « qui fait prendre 1 kg », repas tout prêts avec additifs qui excitent et perturbent, médicaments, pilule… Chaque cas est différent mais, pour tous, « l’apprentissage d’une régulation (…) permet de vous faire perdre du poids » p.98. « Le résultat final doit devenir un comportement, c’est-à-dire un réflexe naturel ne nécessitant pas d’effort et qui stabilise l’organisme quelles que soient les circonstances » p.102.

Tyrannie de la mode…

torse nu mode

Il faut apprendre à manger de bonnes choses, et avec plaisir. Avec la variété, la présentation, l’absence d’interdits, le calme d’une mastication nécessaire à une sensation de satiété, vous perdrez du poids. Cela prendra plusieurs mois mais perdurera. Finis les diktats péremptoires : pas de sel, que des protéines, ni graisses ni alcool, voire régime de bananes… Ou boire en mangeant : à proscrire, disent les uns, car le bol alimentaire file plus vite vers l’intestin et ne favorise pas la sensation d’être rassasié ; au contraire, disent les autres, boire leste l’estomac, ce qui empêche de trop manger. Rien de tout ça, dit le Dr Rakotovao : boire trop est néfaste en effet, mais boire un peu est utile car hydrate le bol alimentaire et rassasie. Et le vin est bon car il ouvre l’esprit et calme le corps (1 verre par repas).

Point trop n’en faut, mais de tout un peu. Manger avec plaisir et laisser le corps réguler. Faire de l’activité physique mais pas forcément « du sport » passé un certain âge. Laisser les magasines de mode et les conversations de pintades à leur inanité. Ne pas croire aux miracles (des régimes). Prendre conscience du lien entre les croyances et leurs conséquences sur le comportement. Telles sont les leçons de bon sens du Dr Rakotovao, bien loin de l’hystérie médiatique qui ne pousse à toujours plus faire vendre (tout en se revendiquant anticapitaliste). Un manuel du bien vivre.

Docteur M. Rakotovao, Problèmes de poids : on vous doit la vérité, 2012, éditions Baudelaire, 166 pages, €15.50 Préface du professeur honoraire de cardiologie Bernard Denis.

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Apprendre à bien écrire

Je reprends de mon ancien blog disparu, qui a duré six ans, un article qui a eu beaucoup de succès pédagogique : apprendre à bien écrire. Il a été rédigé pour aider François, treize ans alors et qui en a désormais dix-huit.

Pour bien écrire, il faut d’abord aimer écrire, exprimer ses sentiments, jouer avec les phrases. S’exprimer par les mots (François a choisi plutôt la musique) aide à devenir soi-même, tout en se coulant à peu près dans le moule. Pas besoin pour grandir de faire obligatoirement comme « tout le monde » : aimer le foot, la moto et la musique hard ou le rap. On peut être sensible et avoir des goûts raffinés en étant pour autant un garçon. Pourquoi ne pas devenir « bon en français », selon le vocabulaire de l’école ? Une matière aimée, où l’on réussit, et voilà une identité fragile confortée, prête donc à d’autres expériences.

Que faut-il donc pour « bien » écrire ? De ma propre expérience, je listerai ces ingrédients nécessaires. Chacun y rajoutera ce qu’il croit, en fonction de la sienne :

1. Écrivez tous les jours, même un texte court, même un récit destiné à rester intime, mais écrivez. Tout comme les sportifs s’entraînent, l’écrivain doit plier sa plume ou son clavier à la discipline chaque jour. Aucun sujet n’est vil, ni sans intérêt ; ce qui compte est d’abord votre curiosité pour la chose sur laquelle vous écrivez.

2. Lisez un peu tous les jours, et si possible de la littérature, de la « belle langue » bien écrite qui assouplit l’esprit et fait entrer sans y penser et sans efforts la musique des mots (et leur orthographe). Ne lisez pas que cela, si vous aimez autre chose, mais n’oubliez pas de le faire.

3. Sortez de vous-même dès que l’opportunité se présente, soit en vivant des expériences nouvelles, soit en allant à la rencontre d’autres gens, soit en pratiquant une activité. L’imagination ne peut fonctionner sans quelques aliments, et la diversité du réel est incomparable pour la stimuler. L’internat, en ce sens, peut être une opportunité de vivre autrement que dans le cocon familial, de sortir de la rencontre obligée des amis habituels, d’observer une communauté assez fermée. Cela peut être l’occasion d’émotions et de remarques nouvelles. Et vous retrouverez famille et amis avec un œil neuf, plus riche d’expérience de la vie !

4. N’ignorez surtout pas votre corps – comme si l’être humain n’était qu’esprit ! Ce travers scolastique qui persiste dans l’éducation française n’est pas sain. Un corps épanoui, fatigué, donne un esprit équilibré et heureux. Tentez donc l’expérience de faire le récit de votre randonnée, de votre course ou de votre match, une fois l’épreuve terminée : vous serez surpris du résultat obtenu ! Vous aurez sous la plume une fluidité jamais vue, vous écrirez direct, avec des sensations et des passions encore neuves. Je le sais, c’est ainsi que j’écris mes carnets de voyages. Le mouvement lui-même fait circuler le sang et dissipe les pensées fumeuses : Montaigne tout comme Nietzsche, écrivaient dans leur tête « en marchant ».

5. Jetez dans la fièvre sur le papier ce qui vous vient à la plume sans trier, puis laissez reposer. Rien de tel qu’un délai d’un jour ou deux (voire plus) pour corriger, affiner, préciser, compléter ce que vous voulez dire. L’instinct qui vous pousse, la passion que vous y mettez, sont la sève même de ce que vous écrivez. Mais, tout comme on forge une épée, le feu ne suffit pas : il y faut aussi l’épreuve du froid, la raison glacée qui examine et critique le texte émis dans l’excitation pour élaguer, redresser et bien exprimer ce qui doit être compris.

6. Ne cherchez pas l’affèterie dans le style, sauf pour parodier ou parce que le thème s’y prête. Trop souvent, le baroque n’est que le masque d’indigence de sentiment et de pauvreté d’idées. Écrivez clair, net et dynamique. Vous pourrez toujours, comme le faisait Balzac, rajouter de la « sauce » par des détails ou des descriptions ultérieures. Mais vous aurez de suite un récit en mouvement, une « histoire » à raconter. Et ce n’est pas grave si vous « imitez » un modèle : on ne crée par soi-même que lorsqu’on a testé les expériences des autres.

7. Ne cherchez pas à faire trop bien tout de suite. Écrivez d’abord et reprenez après. Si vous êtes pris par votre sujet, votre esprit composera lui-même le plan et mettra le suspense là où il est nécessaire. La correction ensuite visera non à changer l’architecture, mais à orner le propos et à fignoler les détails.

Lancez-vous, c’est le premier jet qui coûte ! Et lorsqu’on est solitaire, le texte est un ami qui aide à réfléchir.

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Le scandale du Médiateur

Il y a trois jours, le Front national balayait dans les médias, sinon dans les urnes, la vieille oligarchie UMPS qui n’écoute plus depuis longtemps les citoyens. Avant-hier, l’Élysée a brûlé (à Montmartre), symbole s’il en est : le théâtre de la Goulue vaut bien celui du Président avale-baraque. Hier, le « nuage » de Fukushima a surplombé la France, sans élever la radioactivité de façon tangible. De toute façon, de l’activité, il y en a de moins en moins en France. Près de 40% des emplois industriels ont disparu en vingt ans. Les Français ont le blues, comme d’habitude, et voilà que le Médiateur, dénoncé par l’Agence française de la rationalisation publique, ne va plus être remboursé.

Il a livré lundi son dernier rapport d’honneur, un baroud. Pour lui, c’est la Bérézina. Napoléon le petit a échoué à réformer le « modèle » qui fuit et à entraîner les Français dans la modernité. Le peuple en a marre de cette modernité qu’il chantait pourtant hier avec Jules Verne. Elle lui échappe, il y en a trop, ça va trop vite. Les Français sont largués par le petit qui, à 5 ans, sait faire marcher mieux qu’eux le lecteur de DVD sans avoir lu la notice écrite en jargon traduit de l’anglais lui-même retranscrit du coréen par ordinateur. Largués par le préado qui a déjà vu des films pornos et a embrassé ses premières filles sans que papa ait vu comment. Largués par l’ado qui « poursuit » le bac sans en vouloir vraiment, pas motivé par les quelques sept à neuf années de boulots précaires qui l’attendent avant d’en décrocher un stable…

Sarkozy a beau cocoricoter sur la Libye, c’est un poste de commandement américain en Allemagne qui gère l’opération coordonnée. Et il a fallu des jours avant de rameuter les avions du Charles-de-Gaulle dispersés on ne sait où. Le modèle « universel » français fait bien rigoler en Chine, en Inde, au Brésil, en Russie, au Mexique… Nous montons trop sur nos ergots alors que nous ne sommes plus qu’une nation moyenne qui voit, chaque année, reculer son rang. Nos vanités, l’étatisme, le caporalisme, la morale au monde entier ne prennent plus. Ce pourquoi Chirac reste aimé, bien qu’il ait été copain comme cochon avec Saddam Hussein et ait empêché les avions de Reagan de survoler la France pour bombarder Kadhafi le terroriste à Tripoli, en 1986. Il a été l’inspirateur du dernier discours mondialiste de la France à l’ONU, contre l’invasion de l’Irak. Mais notre littérature se vend mal, et pas seulement parce qu’elle n’est pas écrite en anglais : les Islandais, les Norvégiens sont plus traduits que nous !

Nous vivons dans l’illusion, entretenue sous de Gaulle mais avec des moyens, reprise par la gauche dans la gabegie des dépenses à tout va de 1981 et de la facilité des dévaluations (trois en 18 mois !). Depuis, nous sommes arrimés à l’euro, qui est tenu par la rigueur monétaire des Allemands. Eux savent se discipliner, faire des sacrifices, assurer un bon service après vente. Nous pas. Chaque élection est le grand théâtre du toujours plus où chacun est victimisé pour qu’il vote « bien ».

La population vieillit, chôme, se déclasse, n’offre plus d’avenir à ses jeunes, consomme à tout va de la « sécurité » (sociale tant qu’elle est remboursée et policière tant qu’on en veut). Le Médiateur ne mâche pas ses mots, il n’a plus rien à perdre puisque son poste est supprimé. Enfin quelqu’un qui dit la vérité ! « Notre contrat social n’est pas un contrat de services mais d’engagement. Or, aujourd’hui la citoyenneté décline des deux côtés : celui qui paie l’impôt a perdu la dimension citoyenne de l’impôt et, s’il y consent encore, s’estime néanmoins lésé. De même, celui qui bénéficie de la solidarité publique a perdu le sens de cette solidarité et, ne recevant pas assez, se sent humilié. L’éducation, en échec aujourd’hui sur l’acquisition des savoirs, l’aptitude au travail et l’éveil à la citoyenneté, interroge notre système administratif global qui échoue sur sa capacité d’inclusion et devient une machine à exclure. » Jean-Paul Delevoye ajoute : « Le service public ne porte plus son nom. »

La faute à qui ? « Les débats sont minés par les discours de posture et les causes à défendre noyées parmi les calculs électoraux ». A droite comme à gauche ! Et de lister dans son dernier rapport : l’empilement législatif, les réformes précipitées, les moyens limités, les lois pas toujours applicables, leur manque d’explication, leur application mécanique par l’Administration, les décisions de bureau au mépris des textes, l’excès de précipitation parfois et l’excès de lenteur, les procédures déshumanisées (vous n’êtes qu’un numéro ou un dossier), l’absence complète d’empathie et de communication entre ceux qui détiennent un petit pouvoir et les citoyens…

Le  collectivisme jacobin français, fondé sur de gros impôts et leur redistribution électoraliste, n’est plus un modèle de vivre ensemble. La classe moyenne se sent lâchée. Les petits, les sans-grades, ne sont ni écoutés ni compris. Mieux vaut être immigré, sans-papiers ou mal logé pour qu’on s’occupe de vous, à grands coups de projecteurs médiatiques. La posture, toujours. D’où le ras-le-bol des citadins qui retournent à la campagne, des diplômés qui vont chercher aux États-Unis ou en Suisse, voire en Chine, de ceux qui pourraient créer une entreprise mais qui préfèrent vivre de peu mais sans le regard de jalousie des autres ni d’inquisition de l’Administration. Chacun se rencogne sur ses petits zacquis, l’école décline, corporatiste, prônant l’élitisme par les seuls maths au détriment des qualités humaines propres à vivre ensemble.

Pourtant la France a de beaux restes. Les Français font des enfants, ce qui peut s’interpréter comme signe d’optimisme (c’est la tarte à la crème des débats dans les médias !), mais que je vois plutôt comme un repli sur la famille. Avec l’égoïsme d’enfant gâté de la génération née après 1968 : nous on jouit d’eux, après ils n’ont qu’à faire leur vie. Il n’empêche, des enfants, c’est du dynamisme, dommage qu’ils ne rêvent que d’Amérique ou d’Asie… Les Français ont de grands projets d’État, financés sans chercher de profits. Bravo pour la recherche fondamentale en avionique, médecine, trains, dommage que la sécurité industrielle soit si mal assurée (voir Renault) et que la naïveté des commerciaux laisse piquer les fleurons sans réciprocité (voir Alstom et son TGV, Dassault et son Rafale, Areva et son EPR)…

En fait, manque à la France un personnel politique à la hauteur. Ce n’est pas grand-chose mais aucune école ne forme à cela. On appelle le charisme, cette faculté de présenter un avenir et d’entraîner les gens derrière vous. Encore faut-il former des têtes bien faites et pas des têtes bien pleines. Nicolas Sarkozy l’a incarné un temps en 2007, ce pourquoi il a été largement élu face aux zénarques qui récitaient leurs leçons mal apprises en face de lui. Mais il a failli. Les sondages et le vote de dimanche montrent l’ampleur de la déception. Il sera probablement battu en 2012 et entraînera la droite dans sa chute. Tant pis pour les perdants puisqu’ils ne veulent rien voir. Sauf qu’on ne perçoit guère la gauche en profiter, tant le charisme manque à ses chefs. Ce sera au profit de l’extrémisme peut-être : avec une présidence de gauche que dirait-on de législatives où le Front national aurait le quart des députés ?

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