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Richard North Patterson romance le système judiciaire américain

Article repris par Medium4You.

L’affaire Strauss-Kahn est traitée dans les romans judiciaires américains. ‘Pour les yeux d’un enfant’ parle de viol d’une journaliste dans une chambre d’hôtel… Comment prouver que c’est vrai… ou faux ? Suspense.

Ancien avocat puis procureur de l’Ohio, fonctionnaire de liaison entre la SEC (l’autorité des marchés financiers américains) et procureur du Watergate, militant du parti Démocrate, ami de Ted Kennedy et heureux père de cinq enfants, Richard North Patterson est également l’auteur depuis 1979 de roman policiers juridiques. Outre qu’ils donnent une description précise et vivante du système judiciaire en vigueur aux États-Unis, ils ont pour particularité d’être très bien écrits et d’offrir une psychologie fouillée des personnages. Il a vendu 25 millions d’exemplaires de ses 15 romans, ce qui lui permet de vivre entre la baie de San Francisco et Martha’s Vineyard, deux lieux qu’il décrit parfois dans ses livres.

Ceux que je préfère dans le lot sont anciens, mais on les trouve encore – c’est dire ! Le temps qui vinifie donne aussi sa patine aux vraies œuvres. ‘Degré de culpabilité’ (Degree of guilt, 1993) et ‘Pour les yeux d’un enfant’ (Eyes of a child, 1994), racontent chacun un procès, mais mettent surtout en scène un père et son fils. C’est profond, émouvant et vrai. L’expérience a d’ailleurs été vécue telle, Richard North Patterson ayant obtenu la garde de son premier fils adolescent après un divorce. « Être un parent solitaire, dit-il dans une interview, a été probablement l’expérience la plus importante de ma vie d’adulte. »

Dans ‘Pour les yeux d’un enfant’, on interroge le fils de 16 ans : « Qu’est-ce qui te fait dire que Chris a été un bon père, Carlo ? – Il a toujours été très présent. Carlo parlait d’une voix un peu rauque. J’ai toujours su à quel point je comptais pour lui. Caroline sourit. – Que veux-tu dire par ‘il a toujours été très présent’ ? – Pour l’école, pour mes matches, pour me conduire là où je devais aller, et puis pour parler. » p.585 En quelques phrases, voici résumé tout un traité d’éducation et de psychologie, en plus clair et plus efficace : un gamin a besoin qu’on s’intéresse à lui, qu’on se préoccupe de qui il est et de ce qu’il fait, ni plus, ni moins.

La seconde expérience est probablement celle d’écrire, de fouiller les personnalités, d’accuser les caractères tout en conservant les nuances qui donnent la couleur de chaque individu. « Écrire, c’est réécrire », dit-il encore, « écrire est difficile et doit être maîtrisé. » Il se défend d’écrire des énigmes policières, ce qui tend à faire croire que le monde est un endroit logique où des solutions peuvent être trouvées à tout. Il préfère les romans qui prennent la loi pour prétexte car ils explorent les territoires moralement ambigus du crime, du mensonge et de leurs motifs. La clé est l’empathie : pour les victimes comme pour les bourreaux. Non pour les excuser, mais pour observer leurs ressorts et analyser les passions qui les meuvent, avec cette surdétermination de l’humain qui met de la valeur partout.

‘Nulle part au monde ‘(No safe place, 1998), paraît à Richard North Patterson le type même du livre qu’il aime à écrire, son « meilleur et le plus accompli », l’exploration la plus complexe d’un rôle d’homme. Le sénateur Kerry Kilcannon, d’origine irlandaise comme l’auteur, est candidat démocrate à la Présidentielle. Sa campagne se heurte aux minorités violentes anti-avortement et pro-armes à feu. Tout est bon pour casser sa campagne… jusqu’à la manipulation du secret professionnel et du fanatisme. L’instrument du destin sera un gamin mal grandi, que le héros se reproche de ne pas avoir accueilli le jour où il avait besoin. Du grand art dramatique !

Richard North Patterson est un auteur américain à lire. Ses qualités d’écriture captivent le lecteur et le pavé que représente chaque livre est avalé sans s’en apercevoir. Il montre aussi un autre visage des États-Unis, que nous avions oublié : celui qui se préoccupe de l’homme plus que du business, de l’épanouissement des enfants plus que de l’égoïsme des adultes. Je n’ai cité que trois livres, mais les autres sont tout aussi attachants.

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Démagogie sur l’Europe

Article repris par Medium4You.

Le cas grec est symptomatique de la cacophonie européenne. Il n’y a pas de pilote dans l’avion, pas d’avenir rêvé ni d’édifice solide. Il est loin le temps de Jacques Delors… Certains disent qu’à 27 l’Europe est ingérable, qu’à 16 (bientôt 17) la zone euro est mosaïque. Oui mais elle est une construction qui avance, pas à pas, poussée par les crises. Nous sommes en plein dedans : l’Europe va-t-elle avancer une fois encore ou éclater ? Chacun selon son tempérament verra le verre à moitié plein ou à moitié vide. Je me situe parmi les optimistes… ou plutôt parmi les réalistes : que serait le petit pays France dans le monde globalisé ? Nous ne pouvons exister qu’au travers de l’Europe, peser sur le destin du monde par le droit, la diplomatie, l’économie et la monnaie que par l’Europe. A condition que celle-ci parle d’une voix homogène, pas chacun dans son coin.

Or, sur le cas grec, chacun y va de sa tirade. Les politiciens à courte vue ne parlent qu’à leurs électeurs locaux, sans souci des nouveaux moyens de communication mondialisés. Les politiciens imbus d’eux-mêmes croient disposer de tous pouvoirs pour étrangler qui ils veulent, dont ces « marchés » dont ils font le bouc émissaire commode sans savoir qui ils sont. Les politiciens agissent comme des pantins d’un théâtre qui les dépasse, archaïque et histrion. Pendant ce temps, nul ne veut plus prêter d’argent à la Grèce, ses politiciens ayant menti pour entrer dans l’Europe, menti sur les réformes, menti à leur peuple en garantissant leurs zacquis. Ces zacquis, il faut bien reconnaître qu’ils ont été volés, fondés sur la fraude fiscale, les passe-droits, les prébendes d’État endetté. Tout cela en bénéficiant d’un euro fort à l’extérieur et d’un crédit à faible taux sous le parapluie de la Banque centrale européenne. Le reste du monde dit maintenant : « Rendez l’argent », au moins faites ce qu’il faut pour rembourser.

Le peuple grec dit « cépanou » mais les politiciens qui ont favorisé les riches. Ce à quoi on peut leur rétorquer : conservateurs et socialistes confondus, qui les a élus ? Qui les a contrôlés ? Qui a profité de l’euro fort et de la liberté de circulation des hommes et des capitaux dans l’espace européen pour travailler ailleurs, planquer ses capitaux ailleurs, investir ailleurs qu’en Grèce même ?

Les politiciens grecs disent « cépanou » mais les précédents au pouvoir, le système, les traditions, les électeurs, l’absence de contrôle européen fiable. Dommage pour eux, le système ne veut plus leur prêter à moins de 18% l’an, les traditions explosent parce qu’Internet permet de comparer avec les autres pays, les électeurs ne sont pas d’accord pour voir leur niveau de vie baisser d’un tiers brutalement et l’Europe se préoccupe enfin d’organisation et de surveillance.

Les technocrates européens disent « cépanou » mais les politiciens qui ont voulu que la Grèce entre dans l’Union européenne, Giscard en tête, et même dans l’euro, Kohl-Mitterrand en tête. Cela pour que les Français et les Allemands puissent passer leurs vacances en euro sur les plages du club Med. L’effet monnaie unique a conforté la Grèce dans sa gabegie, la technocratie de Bruxelles étant censée surveiller les finances pour la convergence. Il n’en a rien été évidemment et c’est lorsque le feu prend à la maison qu’on distingue une maison de paille d’une maison de pierre.

Les politiciens européens ne disent rien, eux qui sont élus pour cela. Ils préfèrent leur théâtre pour Gaza ou contre le nucléaire. C’est loin Gaza, c’est lointain le nucléaire. Se poser en moraliste sur le lointain est moins risqué politiquement que sur le proche grec, n’est-ce pas ? Quel courage !

Les politiciens nationaux font alors leur petite danse du ventre électorale puisque des législatives approchent en 2012 pour beaucoup de pays de la zone. Il s’agit toujours de préserver les zacquis locaux et de faire payer les autres, rien de nouveau en politique. Tant pis pour l’Europe et pour l’avenir : seul compte le pouvoir ici et maintenant ! Ce pourquoi je reste persuadé que la politique médiatique (celle d’aujourd’hui, pas celle de toujours) est un travail de mensonge et de manipulation, un théâtre où la réalité a peu de chance de s’imposer… sauf par le global.

Car le global, pour le meilleur comme pour le pire, s’impose à nous au XXIe siècle.

Le climat exige, la limitation des ressources empêche, la communication instantanée oblige, les marchés financiers prêtent ou pas. Les politiciens dans leurs petits coins ne peuvent plus dire impunément n’importe quoi : ils sont surveillés par toute la planète. Qu’ils disent « l’Allemagne paiera » et les marchés dévissent, car personne de sensé ne peut croire que les Allemands travailleurs et précis vont payer pour les je-m’en-foutistes grecs, italiens ou (un jour ?) français. Car les Français sont en déficit public depuis 35 ans, tout le monde le sait. Les Allemands aussi subissent l’euro fort et la concurrence asiatique : leur industrie s’en sort-elle si mal ? Ils travaillent même moins que les Grecs, selon une étude de Patrick Artus. Pourquoi ce qui leur est possible ne se serait-il pas pas aux Grecs ou aux Français ?

Il est facile de dire « les marchés » pour les accuser de tous les maux. Mais qui sont « les marchés » ? Ce sont les fonds de pension des retraités californiens ou hollandais, les veuves écossaises et celle de Carpentras, les réserves des collectivités locales comme la ville de Saint-Denis ou le département des Charentes, l’assurance-vie de Monsieur pour ses vieux jours, ou de Madame en réversion, faute de retraite suffisante.

Ce sont aussi « les spéculateurs », mais il y a là encore du monde très différent : les entreprises pour couvrir leurs risques de change ou de prix des matières premières, les peutizépargnangnans qui « jouent » en bourse via les trackers ou les hedge funds, les gros capitaux qui vont au plus offrant, les escrocs comme… non justement pas comme Madof, qui n’a jamais rien investi, payant les intérêts des anciens avec les capitaux des nouveaux. Quand on critique « les marchés », il faut préciser les spéculateurs à la seconde – pas les autres. Mais la démagogie se mêle à l’ignorance pour accuser en bloc : ça fait toujours bien sur les estrades.

Donc quittons l’euro, instaurons le protectionnisme, fermons les frontières aux produits à bas coûts payés par l’exploitation du peuple et de l’environnement, faisons payer les riches. C’est ce que réclament les Le Pen, Dupont-Aignan et Mélenchon, jamais à court de populisme. Nous l’avons dit plus haut, c’est facile, la politique : promettre la lune, garantir à chacun ses zacquis et faire toujours payer les autres. Tout cela en appelant au peuple, bien sûr, tous les tyrans ont toujours agi au nom du peuple qui les acclamait…

Facile à dire, difficile à faire. Car il s’agit de changer de système complètement :

  • juridiquement, diplomatiquement et militairement se retrouver tout nu sans l’Europe,
  • dévaluer brutalement le pouvoir d’achat et faire exploser la dette extérieure,
  • voir chuter nos exportations par rétorsion des pays lésés par notre protectionnisme,
  • laisser piller notre technologie par espionnage plutôt que par contrats devenus impossibles,
  • encourager la fuite des cerveaux vers des cieux plus favorables à l’innovation récompensée…

Simple : yaka interdire les exportations de capitaux et la circulation des gens, yaka nationaliser les banques, yaka créer des emplois de fonctionnaires, yaka consommer local. Certes, c’était le monde avant 1945… Les Français étaient à plus de 70% ruraux, gagnaient leur survie dans leurs champs et avec leurs bêtes, mangeaient bio et beaucoup, mourraient gros et vingt ans avant l’espérance d’aujourd’hui, ne possédaient pour épargne qu’un livret A dès la naissance (et les terres des parents) et aucun des gadgets électroniques de la modernité. On a vu comment cela s’est terminé : par une bonne guerre où le plus fort industriellement et moralement l’a emporté. Des communistes sont devenus fascistes, des socialistes ont voté les pleins pouvoirs au vieux conservateur-maréchal, des bourgeois bien français ont collaboré, le peuple a fait le gros dos, toujours en faveur de qui gagne.

Mais oui, c’étaient les années trente. Cela vous dit-il quelque chose ?

L’Europe accouche toujours dans la douleur. Malgré les démagogues histrions, focalisés sur leur seul petit pouvoir local égoïste.

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Ce qui se révèle de l’ex-candidat Strauss-Kahn

La chute du candidat potentiel libère la parole – et pas seulement des femmes. On apprend ainsi ce que l’on n’aurait jamais su des pratiques du parti qui se dit le plus vertueux de France : la manipulation. Le Congrès de Reims et le recomptage léniniste des votes en faveur de Martine Aubry n’était pas qu’un écart… Les déjeuners secrets avec la presse sont-ils l’autre scandale de l’affaire DSK ? Strauss-Kahn avait convoqué en rendez-vous secrets certains journalistes d’organes de gauche pour qu’ils fassent allégeance et soutiennent activement sa campagne. Marianne, le Nouvel Observateur et Libération ont été arrosés en trois déjeuners ‘off’ dans de grands restaurants parisiens. Denis Jeambar, dans Marianne, vend la mèche… mais bien tard, une fois le loup renvoyé en tanière.

Le métier de journaliste n’en sort pas grandi, pas plus que les mœurs politiques, restées très féodales dans ce pays qui se veut constamment « révolutionnaire ».

Le métier de politicien socialiste non plus. Ce sont ses étudiants de Science Po qui ont assisté médusés à un cours sur le travail et le salaire minimum, et à des propos télé le même soir à l’inverse. C’est qu’il n’est pas politiquement correct au parti socialiste de déclarer que le SMIC est trop haut en France, qu’il pèse sur les salaires juste au-dessus et sur la compétitivité du pays. Entre théorie économique et discours politique, Dominique Strauss-Kahn avait parfaitement assimilé l’hypocrisie nécessaire. Il avait le cynisme du parfait socialiste prêt à tout dire pour arriver au pouvoir, tout en n’en pensant pas moins. La « pensée de gauche » – si tant est qu’il y en ait une en France – n’en sort pas grandie.

De même la référence aux « valeurs républicaines », si souvent affirmées, sont-elles le plus souvent du théâtre. La pratique ne résiste pas aux tentations communautaristes.

On se pose en multiculturel, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, dans la lignée droitdelhommiste d’égale dignité de tous. Voilà qui est très libéral, sens XVIIIème siècle et j’y adhère complètement. Sauf que les femmes sont une espèce soumise, si l’on observe les pratiques de ces messieurs habitués des suites et des ors républicains. Sauf que les indigènes de la république sont renvoyés à leurs différences, tout écart de leur part à la norme dite républicaine étant solidifié en pratique culturelle, particularisme cultuel ou coutume traditionnelle. Ce multiculturalisme bobo, qui n’a rien du regard ethnologue, dépolitise en figeant les différences. Il n’y a rien à faire, tout est ethnique, aucune politique particulière à mener, c’est culturel. L’autre est enfermé dans son origine originale, conservé en indigène irréductible.

C’est la même chose à l’extrême droite avec l’irrédentisme gaulois, celui qui « résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Comme s’il existait encore un « peuple gaulois » conservé dans la glace, différent de l’italien du nord, du germain de l’est, de l’anglais du nord et des celtibères de l’est… Le Gaulois est sommé de respecter une « identité française » dont on a peine à savoir ce que c’est.

Les intellos rejettent le multiculturalisme anglo-saxon sous le nom de communautarisme. Ils revendiquent l’intégration à la française. Le cosmopolitisme universaliste est une composante de l’esprit des Lumières, donc appartient à l’esprit français. Mais certains n’ont pas peur de la schizophrénie : ils vilipendent tout ce qui est américain ou anglais, communautarisme, ultralibéralisme comme mondialisation… mais s’empressent de l’adopter candidement s’il sert leurs intérêt immédiat. Tel le lobby juif à l’œuvre dans l’affaire DSK. Nous savons qu’il existe un lobby officiel aux États-Unis ; nous ne savions pas qu’il en existait un occulte en France. Or nous avons tous entendu le chœur des intellos-médiatiques qui se revendiquent juifs défendre le fils de famille sur les télés françaises, comme s’il suffisait d’appartenir à la communauté pour être de facto vertueux. Être juif n’a rien de déshonorant et nombre d’envieux sont antisémites faute d’avoir réussi comme les bons élèves. Mais pourquoi revendiquer l’intégration républicaine, haïr le communautarisme s’il est musulman… mais le pratiquer ouvertement pour soi ?

L’avocat newyorkais de DSK, Benjamin Brafman, revendique son appartenance à la religion juive orthodoxe. Que vient faire la religion dans une affaire de mœurs ? Est-ce que la seule croyance en une religion du Livre expliquerait que les femmes soient dominées et sans leur mot à dire ? Il va plus loin en confiant ses propos sur l’affaire non pas à un journal français comme Le Monde, Le Figaro ou Libération, mais à… Haaretz, quotidien israélien. Que vient faire Israël dans ce procès qui met en cause un citoyen français sur le territoire américain ? Il faut certes y voir une tactique judiciaire qui consiste à détacher DSK des préjugés yankees à l’égard des Froggy bastards, tout en agitant la compassion de la minorité juive américaine, mais imagine-t-on les dégâts dans l’opinion française ? Dominique Strauss-Kahn se trouve extradé de sa culture et de son pays, au profit d’une ethnie mondialiste particulière, qui est montrée pouvoir s’installer ici ou là sans être attachée nulle part…

J’aimais assez l’homme, que j’ai pu rencontrer ici ou là dans des colloques, son intelligence aiguë, son sens de la mesure, sa vision globale. Peut-être aurait-il été un bon président pour la France, donnant les grandes impulsions que ses ministres auraient mises en œuvre. Mais l’expression affichée de ce multiculturalisme-là par son entourage est une forme de racisme qui consiste à dire, qu’on le veuille ou non, « je ne suis des vôtres qu’en partie, je suis avant tout de mon clan ».

Manipulation en sous-main, discours idéologique pour plaire aux militants, refuge communautaire quand sa vertu est attaquée, certitude absolue d’avoir raison et de n’être jamais « coupable » de rien : l’état d’esprit léniniste, ce bunker de la pensée, a décidément beaucoup de mal à lâcher les consciences des hommes de gauche français.

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Cataclysme japonais et changement de civilisation

Article repris par Medium4You.

Alors, quoi, nous étions tranquilles, « maîtres et possesseurs de la nature » depuis trois siècles, selon Descartes… et patatras ? Suffirait-il de plaques continentales qui se réajustent (ce qui était prévu) pour changer de civilisation ? Presque. Il y a eu enchaînement : tremblement de terre, tsunami, accidents en cascade dans la centrale nucléaire de Fukushima à cause des routes défoncées et des installations endommagées qui ne permettent pas d’être pleinement opérationnel pour refroidir les réacteurs. Tout avait été prévu… mais dans le détail. Pas dans l’ensemble. Sortis des « modèles », rien ne va plus. Notre civilisation technique fait tellement confiance au calcul raisonnable que tout ce qui sort de l’épure est réputé ne pas exister. Dans le même temps, notre population infantilisée depuis l’école et traitée en mineure par les politiques de tous bords qui, eux, « savent pour tout le monde » (ainsi le croient-ils), panique dans l’émotion médiatique (à 9800 km de toute radiation fukushimesque) et coure se réfugier dans le doudou d’État. Ce n’est qu’un cri unanime : « Que fait le gouvernement ? »

Les vautours sont partout, ceux qui récupèrent l’émotion pour manipuler les opinions. Les zécolos se « réjouissent », jevoulavéb1di, avec une joie indécente (et préélectorale) – les Japonais seraient-ils à leurs yeux un genre de « fourmis » vaguement fasciste que la terre ne regrettera pas ? Le BHL a fait XXL lui aussi avec les révoltes “arabes”, façon DHL, aussi vite parlé que raisonné. Quant à Sarko, le célafôta est un bon moyen de se défausser de ses incompétences – surtout à gôch…

Fukushima, Tunisie, Libye, le problème fondamental est la démocratie. Donc le débat, la transparence. Sur le nucléaire comme sur les révoltes arabes et l’émigration. Depuis combien de temps dis-je sur ce blog et dans le précédent (Fugues & fougue) que l’infantilisme Mitterrand-Chirac a laissé les citoyens français à la tétée ? L’histrion actuel ne fait « participer » les citoyens que par le spectacle qu’il met en scène sur le petit écran, tout comme sa Royal challenger il y a peu. Ce n’est pas ça la politique !

Mais qui donne des leçons ? Les zécolos qui se chamaillent tant et plus entre la juge rigide, ce bon Monsieur Hulot, le sarcastique très politicien Cohn-Bendit, sans parler de l’ânonnante adolescente attardée Duflot ? Le Parti socialiste dont on se souvient (s’en souvient-on ?) combien il a été dans la ligne pure d’une démocratie idéale et pleinement transparente lors de son Congrès pour savoir qui allait être première secrétaire ? Sans parler de la primaire (je fais, je fais pas ?) et du “candidat unique” démocratiquement « choisi » tout à fait librement par le “peuple de gauche”…

Le problème de la démocratie était évoqué par Marcel Gauchet dans les Matins de France-Culture (eh oui, il y a des gens qui réfléchissent au-delà de la caméra braquée sur eux). Il est la tension entre l’individu qui, narcissique, égoïste, infantile, veut “tout tout d’suite, na !” – et la cité qui a besoin de temps long, d’examens, de débats, de négociations, d’arguments réalistes.

Par quoi remplacer AUJOURD’HUI le nucléaire ? Par ces éoliennes qui ne fonctionnent qu’un tiers du temps et dont personne ne veut près de chez lui ? Par le solaire qui ne brille que dans le nord en ce moment (pour une fois) ? Tout ce basculement d’énergie vers le renouvelable demande du temps et de l’argent (qui en a ?). Et demande surtout de CASSER le monopole d’EDF et de ses technocrates ingénieurs imbus d’eux-mêmes : il faudrait décentraliser, miniaturiser, adapter la production d’énergie à la consommation particulière de chacun. Les panneaux solaires ont un sens sur les toits, tout comme les petites éoliennes ou les ballons d’eau chauffée au plastique noir. Mais pas pour faire rouler les trains ni alimenter les entreprises. Mais dire tout cela est incompatible avec la médiAcratie, trop d’intérêts catégoriels et de lobbies seraient vexés.

Donc nous vivons la médiOcratie. La grande bêtise populiste des récupérateurs devant les caméras. Ceux qui en rajoutent d’autant plus qu’ils ne sont pas au pouvoir parce que, depuis des années, les électeurs ne les croient pas. « Yaka », clament-ils ! Yaka quoi ? Ben euh… yaka faire des TGV et des trains de banlieues et taxer la bagnole. Mais avec quoi vont rouler les TGV et les trains de banlieue ? Ben euh, avec l’éolien ou les barrages, peut-être la géothermie ou la biomasse, euh, voilà… Et pourquoi pas le charbon ? Ou le schiste enfoui profond ? Ou le gaz venu de pays non démocratiques ? Pour qui se souvient (mais s’en souvient-on ?) des élégies en faveur de l’éthanol (qui affame le peuple mexicain en faisant monter le maïs) ou des merveilles de la voiture électrique non-polluante (mais alimentée par le nucléaire et tellement plus chère à produire), on ne peut que se poser des questions. C’est « ça » la politique écolo ? Cette démagogie ?

Ne vous trompez pas sur mon propos : les écologues ont raison, mais pas les écologistes. Les premiers sont des scientifiques qui donnent des arguments ; les seconds sont des histrions qui paradent à la télé en rêvant de se faire élire. Dès lors, tout leur est bon, des peurs millénaristes aux engouements dont les conséquences n’ont pas été mesurées. Les écologues, en revanche, disent que la terre est une planète finie, sur laquelle les ressources ne sont pas illimitées et dont l’équilibre est précaire, influencé par l’humanité devenue très nombreuse. Ils ont raison. Mais le paquebot de la civilisation ne vire pas comme un vélo.

La question est donc non celle des politicards, mais celle de la civilisation. Les Japonais vivent dans une partie dangereuse de la planète. Ils n’y sont pour rien et ont beaucoup plus de dignité, à quelques dizaines ou centaines de kilomètres de la centrale touchée que les zécolos à des milliers de kilomètres, qui jouent à la bergère dans leur confortable maison de campagne en se donnant bonne conscience avec des mots.

La civilisation, c’est autre chose. C’est toute notre façon de penser et de concevoir le monde qui est mise en cause. L’arrogance technocrate, l’adoration de la raison pure, la mathématisation du monde. Les maths sont fort utiles comme outil d’appréhension du monde. Ils aveuglent s’ils sont pris pour le tout. Ce qui n’est pas calculable est ignoré ? – La nature se venge, par indifférence aux croyances. Ce qui est calculé en probabilités est « négligé » pour ses extrêmes (si peu « probables ») ? – Les faits submergent les modèles comme rien. Notre culture faustienne, alimentée par le désir et l’incessante exploration curieuse des choses disait Spengler, se meurt. Elle est désormais ‘civilisation’ : matérielle, matérialiste, comptable. Zéro défaut, précaution par principe, État papa, jouissance sans souci façon Club med ou paradis biblique. Tout ce qui sort de l’épure est à la lettre « impensable ». Donc pas pensé. Nous sommes dans la culture du déni.

C’est justement ce qu’il va falloir penser, le tragique du monde entre nos naïves croyances bizounours et la réalité des éléments naturels. Vivre est dangereux, qu’on se le dise ! Pourtant, nul n’a interdit les voitures sous prétexte qu’elles font PLUS de morts par an que tsunami + tremblement de terre au Japon ? La centrale de Fukushima n’est pas une « bombe » nucléaire mais un site qui émet des éléments radioactifs dans l’atmosphère. Le troisième accident grave en 60 ans de centrales. La technique est un outil, pas une foi. Il y a des risques partout, y compris chez les fonctionnaires de l’Agence de santé, qui a su si bien « prévoir » les effets du Mediator, après le sang contaminé et la vache folle…

Il est dangereux de voir ressurgir la guerre de religion entre les technocrates matérialistes et les zécolos mystiques. Est-ce le monde qui nous attend ? Ce retour au millénarisme, à l’ordre moral, au fascisme du premier qui prend le pouvoir et règne par la peur ? Écrasez l’infâme ! disait déjà Voltaire, le vrai, pas le réseau qui usurpe son nom.

Le blog d’un Français au Japon, volontaire comme interprète à Sendaï ces derniers temps.

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