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Celui par qui le scandale arrive de Vicente Minnelli

Le titre français tire le film du côté biblique par cette citation de Matthieu (18.7) : « Malheur à l’homme par qui le scandale arrive ». Abandonner la voie droite pour celle du démon est certes un bon résumé de la vie du pater familias texan (Robert Mitchum), riche de 25 000 hectares et cavaleur de filles en sa jeunesse. Mais l’injonction morale rigide est nuancée par les progressives révélations sur son couple, qui le rendent moins coupable. Tiré d’un roman de William Humphrey intitulé L’Adieu du chasseur, le film y ajoute un personnage, celui du fils bâtard. Le mélodrame du mâle américain blanc des années cinquante est ici joué à la perfection. Hollywood savait s’intéresser à la psychologie avant la décadence des décennies qui suivront.

Qui va à la chasse est chassé… telle est l’acte par où commence le film ; il finira de même. Le grand mâle blanc patron Wade Hunnicutt se fait tirer dessus lors d’un tir aux canards par un bouseux dont il a lutiné la femme – apparemment consentante. Il n’avait qu’à « la tenir » comme on disait alors. La Bible reconnait que la femelle de l’homme, issu de sa côte, est douée d’insatiable désir qu’il s’agit de dompter par le mariage, le « devoir conjugal » régulier et surtout les enfants. Mais Hannah sa femme (Eleonor Parker) lui a fermé ses cuisses comme une huître depuis la naissance dix-sept ans auparavant de leur seul enfant, Theron (George Hamilton un peu âgé, 20 ans au tournage). Le spectateur ne saura pas pourquoi elle a cristallisé une telle haine envers son mari (haine de classe ? haine de réputation ? haine du sexe ? haine chrétienne ?) – mais la guerre du couple a bien lieu.

Au détriment du fils, comme de bien entendu. A 17 ans, le gamin est mince et naïf, élevé par sa mère qui l’a voulu pour elle seule, condition mise pour rester en couple et sauver les apparences. Sauf qu’à l’aube de l’âge adulte, la niaiserie n’est plus de mise. Les fermiers du patron bizutent un soir Theron en le conviant à participer à une chasse à la bécassine, la nuit dans la forêt (alors que chacun sait que les oiseaux dorment, sauf les rapaces nocturnes). Il doit se tenir avec un grand sac ouvert et siffler, tandis que les « rabatteurs » lui feront déverser le gibier tout droit. L’adolescent le croit, propre et bien mis, les boutons tous attachés, en mocassins dans les fourrés. Le père se rend alors compte qu’il doit prendre en main l’éducation de son fils pour en faire le digne héritier du domaine. Celui-ci l’exige d’ailleurs de lui, après son humiliation par les hommes : « tu es mon père, c’est à toi de m’apprendre ». La « parole » donnée à sa femme tombe d’elle-même, malgré son amertume.

Wade convie son fils Theron dans son sanctuaire, un bureau orné de trophées de chasse et de carabines, ses trois chiens soumis à ses pieds, le bourbon dans le verre, la pipe à la gueule. Il lui donne des conseils de tir et manifeste par une balle dans la chemisée, son intention de prendre en main son garçon à toute la maisonnée, un brin terrifiée. Il mandate comme « grand frère » Raphaël (George Peppard), son autre fils bâtard issu d’une précédente liaison, pour enseigner et surveiller Theron dans son initiation. Celui-ci, avide d’exister contre maman, délaisse ses « collections » de timbres, papillons et autres cailloux (loisirs bourgeois féminins) pour se vouer au tir et à la chasse (loisirs pionniers masculins). Il est habile, passionné, au point de vouloir abandonner ses études – contre son père, mais qui ne récolte que ce qu’il a semé.

Un gros sanglier ravage la contrée et les fermiers demandent au patron d’intervenir, tel un seigneur d’Ancien régime en ce Texas resté au fond peu « démocratique ». Wade mandate Theron pour ce faire : c’est son initiation. Mais il sera sous la tutelle de Rafe. La traque se prolonge le long des marais sulfureux dans lesquels il ne faut pas s’aventurer, symboles de la frontière infernale ; le sanglier semble issu de l’enfer et le vaincre une victoire contre le Mal. Les deux hommes doivent passer la nuit dehors car les chiens sont épuisés et l’un est tué. Mais Theron veut prouver à son père qu’il est digne de lui et se prouver à lui-même qu’il peut le faire et devenir un homme, un vrai. Il ne réveille pas Rafe et quitte le bivouac en léger appareil, torse nu sous sa veste ouverte. Il montre les muscles… et tire effectivement le sanglier.

La suite de l’initiation va consister à la chasse aux filles. Mais comme Theron n’est pas Wade, pas question de papillonner de l’une à l’autre comme la réputation du père, qui le précède, le voudrait. Theron ne jette son dévolu que sur une seule, Elisabeth (Luane Patten). Mais il est trop timide pour aller draguer lui-même et mandate Rafe à sa place (qu’il ne sait pas encore être son grand frère). Celui-ci, sans copine, est ébloui par la belle et trouve les mots choisis pour la convaincre. Commence alors une idylle d’adolescent entre elle et Theron, encore une fois chemise ouverte avec elle comme à la chasse. La symbolique du vêtement ne s’arrête pas là. L’adolescent, pour faire viril, imite les grands et déboutonne largement sa chemise sur son poitrail encore étroit – l’inverse des convenances enseignées par maman toujours impeccablement coiffée et en hauts talons, même sur la pelouse. Il trouve du travail comme ouvrier à l’égreneuse de coton pour s’éprouver et quitter le cocon.

C’est que les rêves des parents pour leurs enfants se heurtent à la réalité de ces mêmes enfants : ils ont leur personnalité et ne sont pas façonnés à partir de rien. Le rêve maternel se brise sur l’exigence de virilité de la société ; le rêve paternel sur le dégoût de « la vie de famille » qu’a connu le fils avec des parents séparés en guerre permanente ; le rêve d’Elisabeth sur la volonté de Theron d’éviter de reproduire le modèle familial… Les rêves sont des volontés de domination sur les autres, qui doivent y résister s’ils ont quelque consistance. Il n’y a guère que le rêve de Rafe (qui n’ose pas en avoir vraiment) qui se réalise : épouse, fils, maison. Car Theron a engrossé Elisabeth sans le savoir, dans sa naïveté, et l’enfant est réputé être celui de Wade, le dragueur impénitent. Mais Elisabeth ne dit rien à Theron car il a déclaré ne pas vouloir se marier pour ne pas reproduire l’antimodèle de ses parents, surtout lorsqu’il apprend que Rafe est son demi-frère. Alors Rafe, qui a toujours aimé Elisabeth mais s’effaçait comme d’habitude devant son frère chéri, se dévoue pour épouser l’engrossée et endosser la paternité de l’enfant. Lui sera un bon père. Surtout lorsqu’il sera reconnu – post mortem – par son véritable géniteur avec son prénom gravé sur sa pierre tombale afin que tous le voient.

Wade disparaît d’un coup de fusil réussi, après la parenthèse de l’initiation du fils par le fils. Mais il est cette fois tiré par le père d’Elisabeth parce que la rumeur l’accuse de l’avoir engrossée – alors qu’il n’y est pour rien, semble-t-il. Mais le film reste ambigu : l’enfant (qui ressemble à Wade pour autant qu’un bébé puisse réellement ressembler à un adulte) est-il son propre fils ou celui de son fils ? Je penche pour la seconde hypothèse mais la réputation sociale penche pour la première. Lorsque le père d’Elisabeth l’apprend (Everett Sloane), il entre chez Wade et le tue. Theron se lance à sa poursuite et le tue. Désormais meurtrier, inapte à la famille à cause de ses parents, il n’a comme héritage que la destruction : le goût du sang et de la chasse, l’alcool, le dégoût du couple et de la progéniture, l’absence d’instruction. Un bel exemple !… Seul Rafe est conscient de ses manques, une enfance orpheline, l’absence de reconnaissance, un savoir concret dans la nature. Il prend la vie comme elle vient, sans rêver, et la vie le récompense.

Robert Mitchum en chef de tribu est magnifique, son fils George Hamilton moins ; il fait pâle figure avec sa silhouette de gamin monté en graine contradictoire avec un sternum velu. Il expiera les « péchés » d’être riche et fils chéri en délaissant son domaine pour partir travailler au loin, et en laissant sa fiancée à son demi-frère, avec le bébé qu’il ignore couvant dedans. Le fils bâtard héritera de tout, par compensation biblique (les premiers seront les derniers). La mère, Eleonor Parker, en frigide rigide est la poupée sociale corsetée en devoirs, enfermée dans ses certitudes moralisantes et inapte à comprendre son enfant comme son mari… et les autres. Il faut la « violer » au sens métaphorique pour qu’elle se bouge : imposer la virilité au fils, imposer la réconciliation comme remède à l’asthénie du fils, imposer le voyage de noces à Naples pour à nouveau coucher ensemble, l’appâter avec le petit-fils pour qu’elle sorte de sa grande maison vide après la mort de son mari et le départ de Theron. C’est une potiche, dont la « volonté » n’est que cuirasse de refus, pas une action positive.

DVD Celui par qui le scandale arrive (Home from the Hill), Vicente Minnelli, 1959, avec Robert Mitchum, Eleanor Parker, George Hamilton, George Peppard, Warner Bros 2006, 2h24, €24.99 blu-ray €22.77

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Les nerfs à vif de John Lee Thompson

Le titre américain peut se traduire comme « le cap de la peur » ou « la peur au collet » ; il dit bien l’atmosphère angoissante du film. Le noir et blanc de la vengeance initiée par le crime face à la justice instaure un climat de souricière : que faire ? Toute action raisonnable est barrée. Un cap est franchi, où la société est impuissante. A chacun de se débrouiller pour survivre…

Cette mise en situation est très américaine, dans un pays où le collectif ne compte que dans les communautés religieuses des bleds agricoles. Pour les autres, chacun pour soi !

Sam Bowden (Gregory Peck) est avocat installé dans une petite ville tranquille. Un jour, en sortant du tribunal, un homme l’aborde en lui subtilisant ses clés de voiture alors qu’il est au volant et qu’il s’apprête à démarrer, farfouillant une seconde dans sa sacoche pour vérifier on ne sait quoi. Max Cady (Robert Mitchum) est un puissant animal portant panama et cigare, qui se rappelle à son bon souvenir. Car, il y a huit ans et demi de cela, Sam a témoigné contre lui dans une affaire d’agression sexuelle. Il a vu de ses propres yeux comment Max traitait les femmes – à coups de poing.

Depuis, dans sa prison où il s’est morfondu, Max a rêvé chaque jour de tuer celui qui l’avait fait enfermer. Puis il a réfléchi, car cette brute est douée de ruse. Il a fait son affaire à son ex-femme, remariée avec un plombier qui lui a enfournée une flopée de gosses. Son affaire, c’est-à-dire la menace physique sous les coups, l’écriture sous contrainte d’une lettre d’amour désirant le revoir pour une nouvelle nuit de noce, puis une orgie de trois jours avant de relâcher sa proie, meurtrie, essorée, mais sans moyen juridique d’accuser de viol répété son ex-mari – puisque la lettre existe. Car Max a étudié le droit en prison, à sa manière obsessionnelle, dans le but de se venger.

Après la première passe d’arme verbale avec Sam, Max le poursuit partout où il va, au bowling, sur la côte, se contentant d’être là en arborant un sourire satisfait, distillant des menaces de plus en plus précises concernant la femme et surtout la fille de l’avocat. Ce n’est pas pour rien qu’il lui conte comment il s’est vengé de sa propre femme, après la prison, parce qu’elle l’avait laissé tomber.

Sam se sait menacé. Cady connait sa maison, a empoisonné sa chienne en plein jour – mais pas de preuve. Son ami inspecteur (Martin Balsam), à qui il demande conseil, ne voit rien qu’il puisse faire en-dehors de la loi : vérifier que Max Cady s’est bien enregistré comme tout détenu sorti le doit auprès de la police de la ville, vérifier ses moyens d’existence pour le coffrer en délit de vagabondage, le mettre en cellule de dégrisement pour la nuit au sortir d’un bar. Mais rien n’y fait, la loi ne saisit ni l’intention ni la menace verbale, seulement les faits : les actes, les écrits, les témoignages.

Un détective privé (Telly Savalas), plus libre que la police, est engagé pour voir s’il n’y aurait pas moyen de coincer Cady. Mais celui-ci est adroit et ne commet aucune erreur. Il va même jusqu’à provoquer Sam en lui rappelant son témoignage et ce qui risque de s’ensuivre sur sa fille, lorsqu’il lève une poule conne dans un bar et la tabasse rudement dans un hôtel. Le temps que le détective alerte la police, il a filé par la porte de derrière et tellement terrorisé la fille qu’elle ne veut pas témoigner et s’enfuit par le premier autocar en partance.

La justice est faite pour les êtres humains, mais que peut-on contre une bête ? C’est la conclusion à laquelle arrivent les raisonnables : l’avocat, le commissaire, le détective. Le tuer serait un meurtre qui mettrait Sam au banc de la société et détruirait sa vie et sa famille – réalisant ainsi la vengeance de Cady. Il ne reste comme moyen que celui des chasseurs envers un animal trop puissant : le piège.

Sam va donc simuler un départ en avion vers Atlanta, après avoir planqué femme et fille dans une péniche amarrée dans un bayou. Avec un adjoint du shérif local, demandé par l’inspecteur, il va revenir et surveiller les femmes, tandis que le détective va tout faire pour être suivi jusqu’à la planque. Max Cady ne pourra que venir se venger et il sera pris en flagrant délit.

C’est à peu près ce qui se passe, sauf les inévitables dérapages du trop beau scénario. Je ne vous dis pas comment tout cela finit, sauf que c’est bien haletant, avec bagarre dans la boue et empoignade des femmes terrorisées. Une ambiance d’obscurité glacée à la Hitchcock (John Lee Thomson est né en Angleterre), malgré une musique parfois lourdement Hollywood.

Robert Mitchum, torse nu et pieds nus pour nager vers la péniche, apparaît comme une sorte de zombie effrayant, ayant presque tous les accessoires du diable : la puissance physique, la nudité sensuelle, le langage rauque et les invites sexuelles. Les Yankees n’en ont jamais fini avec la Bible, ni avec le monde en noir et blanc qu’elle suggère. Max Cady est le Mal, sa ruse en fait l’incarnation du Malin. Il a la poitrine velue et ne manquent que les pieds de bouc et la queue dressée pour être comme son Maitre…

Gregory Peck joue l’homme sain et installé dans la société, beau, professionnel et décidé, jamais en marge de la loi. Même au tout dernier moment, comme si les bêtes devaient être traitées en humains (ce qui, aujourd’hui, ressurgit dans la pensée Vegan, signe de faiblesse vitale).

Quant aux femmes, elles ont le rôle hystérique conventionnel de tous les films américains jusqu’aux dernières décennies. La fille (Lori Martin), bien qu’arrivant à peine à l’épaule de son père, est habillée et coiffée comme une adulte en miniature, toute d’émois et de niaiserie, ne sachant jamais comment réagir. L’épouse, bourgeoise emperlée et emberlificotée dans ses robes serrées, fait toujours comme si de rien n’était, ne pouvant imaginer une seconde que le Mal existe ni qu’elle pourrait faire attention. Elle va faire une course « de quelques secondes » – qui durent un bon quart d’heure – alors que sa fille sort du collège et que le méchant rôde ; elle reste hypnotisée par l’apparition de Cady sur la péniche où elle se croyait en sécurité, sans même saisir le couteau de cuisine qui se trouve à portée. Toute une époque de femelle comme soumise au modèle chrétien de vierge et mère !…

Depuis le 11-Septembre, les Américains ont appris non seulement que le diable existe toujours, malgré l’avancée du niveau de vie, mais que ni la loi ni la technologie ne protègent in fine de qui vous veut du mal. Il s’agit de garder toujours les réflexes de survie des pionniers face au monde hostile. L’être humain qui se réduit au rang de bête doit être traité comme une bête, pas comme un homme. Car, lorsque tous les moyens sociaux sont épuisés, c’est lui ou vous.

DVD Les nerfs à vif (Cape Fear) de John Lee Thompson, 1962, avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Universal Pictures France 2016, blu-ray €6.75

Un remake de Martin Scorsese avec Robert de Niro en Max, sorti en 1991, n’a pas la même intensité, introduisant le sexe et la culpabilité chrétienne dans la famille Bowden et faisant de « la bête » une sorte de justicier.

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Roscoff

Article repris par Medium4You.

A la pointe nord de Morlaix, de l’autre côté de la Penzé et face à Carantec, protégée par l’île de Batz, Roscoff est une cité qui eut une histoire d’amour avec l’Angleterre. Amour et haine, comme ces lettres sur chaque phalange du pasteur (Robert Mitchum), dans ‘La Nuit du Chasseur’, fameux film d’angoisse américain. Durant la guerre de Cent ans la ville est détruite par la razzia du ‘rosbif’ Arundel.

En 1548 au mois d’août, la petite Marie Stuart y débarque pour se fiancer au dauphin de France, futur François II. Elle n’a que 6 ans et le peuple venu en foule l’appelle la « Reinette d’Écosse », sans doute à cause de l’émotion qui rougit ses pommettes.

C’est sur ses quais encore qu’en 1746 le prétendant Charles-Édouard, le dernier des Stuart, débarque afin de trouver asile. ‘Bonnie Prince Charlie’ sera vaincu, comme l’évoque Robert-Louis Stevenson dans l’une de ses premières œuvres, ‘Enlevé !’ A l’inverse, nombre de prêtres réfractaires ont embarqué ici pour l’outre-manche, durant les années révolutionnaires. De même que sur cette côte, dans les anses désertes mal surveillées des Allemands, la Résistance a embarqué et débarqué nombre de clandestins, et pas des moins connus – un certain François Morland entre autre, d’identité officielle ‘Mitterrand’.

De ce port qui commerçait volontiers avec les Flandres et le Portugal, sont parties aussi les échalotes tressées pour l’Angleterre. Les ‘Johnnies’, petits marchands encore adolescents, prennent la suite d’Henri Ollivier, Roscovite qui inventa ce commerce en 1828 à l’âge de 20 ans. C’est que l’oignon rose de Roscoff est plein de vitamine C et l’on connaît la hantise du scorbut pour les marins partant en longues traversées. La confrérie des Johnnies existe toujours et vous pouvez rencontrer l’un de ses membres, coiffé de son béret, au hasard des marchés. Celui de Carantec – un Johnny dont l’épouse s’appelle Laetitia… – nous donne même l’adresse de la Maison des Johnnies à Roscoff : 48 rue Brizeux.

La chapelle Sainte-Barbe, patronne de Roscoff, veille dès 1619 sur le port et sur la ville depuis le roc en promontoire où elle est érigée. Les grands viviers se tiennent à ses pieds, réservés aux professionnels et défendus par une barrière. Les particuliers n’y ont accès que par intermédiaires et doivent prendre le poisson ou crustacé qu’on leur vend à la porte, sans voir ni toucher la marchandise. Ils achètent « un chat dans un sac », comme disent volontiers les Anglais. Cela c’est pour le marché de gros.

Une criée est aménagée chaque jour sur les quais du vieux port à chaque rentrée de pêche : là on peut voir et toucher, en discutant avec le marin ou sa femme, ou son adolescent de fils. Les bêtes sont fraîches et pincent vigoureusement ; les poissons ont encore l’œil vif, rempli des spectacles de l’univers liquide.

Le port de pêche à marée basse a beau ressembler à un cimetière, de gros ferries parviennent à aborder ou à quitter Roscoff par des bassins en eau profonde qu’il faut parfois atteindre au bout d’interminables estacades – un exploit si le vent souffle. C’est que la mer est toujours une aventure et Roscoff le rappelle à qui veut. Malgré son nom anglais, la Brittany Ferries a été créée en 1972 par des Bretons.

C’est contre le vent que les rues sont étroites et font des coudes. La rue Albert de Mun recèle encore des maisons du 16ème siècle, d’autres du 19ème. Elles sont solides, flanquées parfois de tourelles ou de gargouilles. Celles face au quai comportent des caves ouvrant directement pour entrer marchandises et barriques.

L’église Notre-Dame est gothique flamboyant avec un clocher Renaissance. Elle a conquis de haute lutte son existence, face à Saint-Pol de Léon, trop proche, qui avait les faveurs de l’évêque-comte.

La voûte intérieure est un ciel bleu nuit en forme de carène où brillent des étoiles peintes. Des retables en bois sculpté et doré, des bas-reliefs d’albâtre, des colonnes torses, montrent la prospérité et le goût de l’ailleurs.

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