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Les nerfs à vif de John Lee Thompson

Le titre américain peut se traduire comme « le cap de la peur » ou « la peur au collet » ; il dit bien l’atmosphère angoissante du film. Le noir et blanc de la vengeance initiée par le crime face à la justice instaure un climat de souricière : que faire ? Toute action raisonnable est barrée. Un cap est franchi, où la société est impuissante. A chacun de se débrouiller pour survivre…

Cette mise en situation est très américaine, dans un pays où le collectif ne compte que dans les communautés religieuses des bleds agricoles. Pour les autres, chacun pour soi !

Sam Bowden (Gregory Peck) est avocat installé dans une petite ville tranquille. Un jour, en sortant du tribunal, un homme l’aborde en lui subtilisant ses clés de voiture alors qu’il est au volant et qu’il s’apprête à démarrer, farfouillant une seconde dans sa sacoche pour vérifier on ne sait quoi. Max Cady (Robert Mitchum) est un puissant animal portant panama et cigare, qui se rappelle à son bon souvenir. Car, il y a huit ans et demi de cela, Sam a témoigné contre lui dans une affaire d’agression sexuelle. Il a vu de ses propres yeux comment Max traitait les femmes – à coups de poing.

Depuis, dans sa prison où il s’est morfondu, Max a rêvé chaque jour de tuer celui qui l’avait fait enfermer. Puis il a réfléchi, car cette brute est douée de ruse. Il a fait son affaire à son ex-femme, remariée avec un plombier qui lui a enfournée une flopée de gosses. Son affaire, c’est-à-dire la menace physique sous les coups, l’écriture sous contrainte d’une lettre d’amour désirant le revoir pour une nouvelle nuit de noce, puis une orgie de trois jours avant de relâcher sa proie, meurtrie, essorée, mais sans moyen juridique d’accuser de viol répété son ex-mari – puisque la lettre existe. Car Max a étudié le droit en prison, à sa manière obsessionnelle, dans le but de se venger.

Après la première passe d’arme verbale avec Sam, Max le poursuit partout où il va, au bowling, sur la côte, se contentant d’être là en arborant un sourire satisfait, distillant des menaces de plus en plus précises concernant la femme et surtout la fille de l’avocat. Ce n’est pas pour rien qu’il lui conte comment il s’est vengé de sa propre femme, après la prison, parce qu’elle l’avait laissé tomber.

Sam se sait menacé. Cady connait sa maison, a empoisonné sa chienne en plein jour – mais pas de preuve. Son ami inspecteur (Martin Balsam), à qui il demande conseil, ne voit rien qu’il puisse faire en-dehors de la loi : vérifier que Max Cady s’est bien enregistré comme tout détenu sorti le doit auprès de la police de la ville, vérifier ses moyens d’existence pour le coffrer en délit de vagabondage, le mettre en cellule de dégrisement pour la nuit au sortir d’un bar. Mais rien n’y fait, la loi ne saisit ni l’intention ni la menace verbale, seulement les faits : les actes, les écrits, les témoignages.

Un détective privé (Telly Savalas), plus libre que la police, est engagé pour voir s’il n’y aurait pas moyen de coincer Cady. Mais celui-ci est adroit et ne commet aucune erreur. Il va même jusqu’à provoquer Sam en lui rappelant son témoignage et ce qui risque de s’ensuivre sur sa fille, lorsqu’il lève une poule conne dans un bar et la tabasse rudement dans un hôtel. Le temps que le détective alerte la police, il a filé par la porte de derrière et tellement terrorisé la fille qu’elle ne veut pas témoigner et s’enfuit par le premier autocar en partance.

La justice est faite pour les êtres humains, mais que peut-on contre une bête ? C’est la conclusion à laquelle arrivent les raisonnables : l’avocat, le commissaire, le détective. Le tuer serait un meurtre qui mettrait Sam au banc de la société et détruirait sa vie et sa famille – réalisant ainsi la vengeance de Cady. Il ne reste comme moyen que celui des chasseurs envers un animal trop puissant : le piège.

Sam va donc simuler un départ en avion vers Atlanta, après avoir planqué femme et fille dans une péniche amarrée dans un bayou. Avec un adjoint du shérif local, demandé par l’inspecteur, il va revenir et surveiller les femmes, tandis que le détective va tout faire pour être suivi jusqu’à la planque. Max Cady ne pourra que venir se venger et il sera pris en flagrant délit.

C’est à peu près ce qui se passe, sauf les inévitables dérapages du trop beau scénario. Je ne vous dis pas comment tout cela finit, sauf que c’est bien haletant, avec bagarre dans la boue et empoignade des femmes terrorisées. Une ambiance d’obscurité glacée à la Hitchcock (John Lee Thomson est né en Angleterre), malgré une musique parfois lourdement Hollywood.

Robert Mitchum, torse nu et pieds nus pour nager vers la péniche, apparaît comme une sorte de zombie effrayant, ayant presque tous les accessoires du diable : la puissance physique, la nudité sensuelle, le langage rauque et les invites sexuelles. Les Yankees n’en ont jamais fini avec la Bible, ni avec le monde en noir et blanc qu’elle suggère. Max Cady est le Mal, sa ruse en fait l’incarnation du Malin. Il a la poitrine velue et ne manquent que les pieds de bouc et la queue dressée pour être comme son Maitre…

Gregory Peck joue l’homme sain et installé dans la société, beau, professionnel et décidé, jamais en marge de la loi. Même au tout dernier moment, comme si les bêtes devaient être traitées en humains (ce qui, aujourd’hui, ressurgit dans la pensée Vegan, signe de faiblesse vitale).

Quant aux femmes, elles ont le rôle hystérique conventionnel de tous les films américains jusqu’aux dernières décennies. La fille (Lori Martin), bien qu’arrivant à peine à l’épaule de son père, est habillée et coiffée comme une adulte en miniature, toute d’émois et de niaiserie, ne sachant jamais comment réagir. L’épouse, bourgeoise emperlée et emberlificotée dans ses robes serrées, fait toujours comme si de rien n’était, ne pouvant imaginer une seconde que le Mal existe ni qu’elle pourrait faire attention. Elle va faire une course « de quelques secondes » – qui durent un bon quart d’heure – alors que sa fille sort du collège et que le méchant rôde ; elle reste hypnotisée par l’apparition de Cady sur la péniche où elle se croyait en sécurité, sans même saisir le couteau de cuisine qui se trouve à portée. Toute une époque de femelle comme soumise au modèle chrétien de vierge et mère !…

Depuis le 11-Septembre, les Américains ont appris non seulement que le diable existe toujours, malgré l’avancée du niveau de vie, mais que ni la loi ni la technologie ne protègent in fine de qui vous veut du mal. Il s’agit de garder toujours les réflexes de survie des pionniers face au monde hostile. L’être humain qui se réduit au rang de bête doit être traité comme une bête, pas comme un homme. Car, lorsque tous les moyens sociaux sont épuisés, c’est lui ou vous.

DVD Les nerfs à vif (Cape Fear) de John Lee Thompson, 1962, avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Universal Pictures France 2016, blu-ray €6.75

Un remake de Martin Scorsese avec Robert de Niro en Max, sorti en 1991, n’a pas la même intensité, introduisant le sexe et la culpabilité chrétienne dans la famille Bowden et faisant de « la bête » une sorte de justicier.

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Michel Pastoureau et Élisabeth Delahaye, Les secrets de la licorne

L’animal fabuleux fait rêver. Cinq siècles avant notre ère, le médecin grec Ctésias écrit dans son Histoire de l’Inde un monokeros (unicorne). C’est une sorte d’âne sauvage plus grand qu’un cheval, au pelage entièrement blanc sauf la tête, pourpre, et une corne d’une coudée pointue et tricolore blanc-noir-rouge. Cette corne phallique est bien sûr vitale : aphrodisiaque, fertile, antipoison. La licorne antique est née, même si Aristote doute de son existence.

La Bible cite un animal cornu, mais rien dans le contexte ne permet de préciser s’il s’agit d’une licorne. Ce sont les exégètes qui vont forcer l’interprétation pour récupérer le savoir antique et l’incorporer au christianisme. La licorne plutôt mâle à l’origine, farouche, rapide, guerrière, se féminise avec les Chrétiens, symbolisant Jésus attiré par la Vierge, alléché par « l’odeur de virginité » (?). La trop gentille bête s’endormant sur son sein, permet aux chasseurs (les Juifs, hérétiques et autres partisans du Malin) de la tuer ou de lui passer licol – pour récupérer son épée génésique.

pastoureau delahaye les secrets de la licorne

Personne n’a jamais vu de licorne, mais peu importe. Le Moyen-âge est symbolique et ne s’embarrasse pas de science : tout lui est allégorie pour parler et reparler de la Croyance seule et unique. La Renaissance doute un peu mais, révérence aux Anciens, se contente de répéter la compilation des textes antiques. Les Lumières exigeront des preuves mais il faudra attendre le début du 19ème siècle (eh oui !) pour que la « corne de licorne » soit prouvée comme étant de narval et que l’animal composite disparaisse des faunes encyclopédiques…

Oui, le savoir scientifique est un savoir récent ; non, il n’est pas naturel à l’esprit humain mais un effort de neutralité, de méthode et de hauteur. De nos jours même, la plupart des gens préfèrent croire aux on-dit et aux complots plutôt qu’aux preuves scientifiques. L’éducation sélectionne certes sur les maths, mais détachés de toute application, donc de tout concret !

Ce pourquoi la licorne fait toujours recette, et pas seulement parmi les poètes ou les écrivains (Haruki Murakami entre autres). Les ésotéristes, les brownistes (le Dan Brown du Da Vinci Code), les gnostiques, tantriques et autres magiciens avides de potions à la Harry Potter s’en donnent à cœur joie. C’est le mérite de cet ouvrage sérieux, bien documenté, écrit par deux spécialistes de la symbolique médiévale, de remettre les choses à leur place.

Animal fabuleux de l’antiquité, la licorne est reprise dans les bestiaires médiévaux, devient relique dans les églises et emblème héraldique, symbole d’amour courtois, avant de culminer vers 1500 dans les tapisseries de Dame à la licorne, visibles à Paris (au musée de Cluny) et à New York (Cloisters Collection), avant que le mythe ne décline jusqu’aux peintres symbolistes.

Un beau livre richement illustré et savamment documenté qui ravira tous ceux qui habitent proches de la tapisserie millefleurs sur fond rouge de la Dame, ou qui s’intéressent à l’amour courtois.

Michel Pastoureau & Élisabeth Delahaye, Les secrets de la licorne, 2013, éditions Réunion des Musées nationaux, 144 pages, €27.55

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William Faulkner, Le Hameau

faulkner le hameau

Éblouissant Faulkner ! Il écrit son Hamlet, mais son personnage n’est pas prince de Danemark mais hameau perdu de la campagne sudiste. En pleine possession de ses moyens littéraires, il offre un feu d’artifice pour son 12ème roman. Fait de nouvelles raboutées mais emportées par un lyrisme puissant et construit en labyrinthe, Le Hameau est le début de la trilogie. Il conte l’ascension des petits Blancs après la guerre de Sécession. Vaincues, les grandes familles aristocratiques à esclaves laissent la place aux petit-bourgeois malins. Dans le comté imaginaire de Yoknapatawpha, à des milles de Jefferson, une agglomération d’une centaine d’âmes est envahie de rats.

Ce sont les Snopes, une famille du coin, petits Blancs au passé douteux, métayers qui n’hésitent pas à mettre le feu à une grange lorsqu’on les contrarie – ou qui en font courir la rumeur. Snopes sonne en anglais comme snoop, fouiner, et la référence à ce genre de prédateur (belette, fouine, vison ou rat) est répétée avec des variantes tout au long des chapitres. De l’ancêtre Ab, qui convainc Will Varner le propriétaire du lieu de lui louer une ferme, naît Flem qui s’impose au magasin du même propriétaire, épouse sa dernière fille enceinte d’un autre, puis roule dans la farine tous ceux qui l’entourent, n’hésitant pas à faire appel à d’innombrables cousins et neveux tels Eck, I.O. Mink, Lumb… Certains sont idiots, tel cet adolescent qui se fait chaque soir une vache, sous les yeux égrillards de la communauté mâle rivée au spectacle gratuit au travers d’une planche déclouée. D’autres sont touchants, comme le petit Wallstreet Panic (prénommé d’après la Crise parce que « cela porte bonheur »), modèle réduit de son père Eck, yeux pervenche et salopette bleue, toujours pieds nus et col sans boutons, qui passe tel un elfe innocent entre les poneys déchaînés comme dans une case de bande dessinée.

gamin salopette gamine

Le principal est l’avarice, l’obsession d’accumuler, la crainte donnant le pouvoir, le fait d’impressionner permettant de trafiquer. « T’es trop malin pour essayer de vendre quoi que ce soit à Flem Snopes, dit Varner. Et t’es pas assez bête, sacré nom, pour lui acheter quelque chose » p.594 Pléiade). Lorsqu’un Snopes consent, c’est que vous avez fait une mauvaise affaire. Et même Ratliff, le colporteur conteur, à qui s’adresse la phrase, observateur aigu du hameau et de ses ignorants, se fera avoir… Ratliff sonne comme l’antithèse de Ratkill, éleveur de rats (life) plutôt que tueur (kill) ; il est un peu le joueur de flûte de Hameln, mais pas celui qui ensorcelle les rats pour en délivrer la ville. Il est l’observateur, au-dessus de la mêlée, faisant office de journal local en allant d’un coin à l’autre du comté pour vendre ses machines à coudre, et d’intermédiaire à qui l’on confie un paiement ou une transaction.

La terre est ingrate, qu’il faut travailler sans arrêt tout le jour pour produire maïs et coton. L’existence est dure aux petits Blancs. On ne peut s’en sortir que par le commerce, avant la banque et l’industrie, pas encore arrivées dans d’aussi lointaines provinces. Quoique… signer des billets à ordre entre cousins (ce que font les Snopes au début) n’est-il pas une forme de cavalerie bancaire ? Choisir une femme dure à la tâche et pondeuse d’enfants est le premier pas ; bien marier ses gars à des propriétés est le second. Il y a une ironie peut-être volontaire à faire suivre le mariage de Flem avec Eula, du mariage païen entre l’idiot et la vache, seul dans la forêt d’abord, dans l’étable où tout le monde peut le voir ensuite. Le fils malingre du petit Blanc prend pour femme la dernière fille compromise du gros propriétaire, Eula. Déjà formée à 8 ans, toujours ruminant de la gomme, elle attirait les garçons dès 11 ans par son odeur féminine, toujours molle et placide comme une génisse (le terme est prononcé).

Faulkner donne un portrait sans concession de cette engeance affairiste née des campagnes, sans aucun scrupule, dont la mentalité épouse celle « de l’ancienne loi biblique (…) qui dit que l’homme doit suer ou ne rien posséder (…) un certain goût sévère et puritain pour la sobriété et la ténacité » p.434. Tout le mal ne vient pas des villes, comme le disaient les nostalgiques du monde paysan à la même époque en Europe ; le mal pour Faulkner est dans la nature humaine, à l’image de Dieu mais faite de boue, tiraillée entre Christ et Satan. « Ces Snopes, je ne les ai pas inventés, pas plus que j’ai inventé les gens qui meurent de baisser culotte devant eux » p.562. Par histoires et collages, découpes et montage, cette fresque paysanne à la Balzac est surtout la température mentale qui a fondé l’Amérique. Pour cela passionnant.

Écrit sans ces expérimentations parfois difficiles des premières parutions, voici l’un des meilleurs livres de William Faulkner.

William Faulkner, Le Hameau (The Hamlet), 1940, Folio 1985, 544 pages, €9.40
William Faulkner, Les Snopes (Le Hameau – La Ville – Le Domaine), Gallimard Quarto 2007, 1260 pages, €29.50
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 3, Gallimard Pléiade, 2000, 1212 pages, €66.00

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Dans le wadi gravé au bord du Nil

Nous poursuivons la journée pétroglyphes : des vaches, des lions, des éléphants, des girafes. Nous longeons toujours le Nil, à pied, mais il fait plus chaud. Le soleil se réverbère sur les pierres.

gravure bouquetin bord du nil

Dans le wadi El Chott, Dji nous montre un bas-relief du pharaon Antef V de la XIème dynastie. Il porte la lance, symbole du pouvoir, et est surmonté d’un cartouche avec son nom écrit en hiéroglyphes. Son épouse, plus petite, le suit. Devant lui se tiennent un militaire (pagne court et coiffe d’armée) et un prêtre (pagne long et main sur le cœur). Le bas du relief est scié. Des voleurs ont tenté d’emporter la scène.

 gravure pharaon bord du nil

Dji nous dit l’avoir signalé aux autorités – mais seulement après avoir vérifié que la famille avec laquelle il est lié n’est pas en cause dans ce trafic. Cela choque une jeune fille moderne du groupe : le patrimoine historique est le patrimoine commun non seulement de tous les Égyptiens, mais aussi celui de toute l’humanité. Elle a raison, c’est ainsi que pensent nos contemporains et je pense comme eux. L’archaïsme est de dire que les locaux font ce qu’ils veulent des témoignages historiques à leur portée : ainsi des Bouddhas de Bamyan en Afghanistan. Mais je comprends aussi la position de Dji : il est intégré, fait partie de la famille élargie, il n’a pas à agir autrement que ce l’on attend de lui. C’est cela l’archaïsme, la loi du groupe mené par le patriarche. Dji, individualiste, ne peut s’y opposer s’il veut conserver ses bonnes relations et le confort moral qui est devenu le sien au fil des années.

gravure scene de guerre bord du nil

Le fonds du wadi est couvert de sable blond dans lequel les pieds s’enfoncent. Sur les roches qui le bordent s’étalent des graffitis effectués par les soldats de l’armée victorieuse du pharaon qui rentraient de guerroyer dans les oasis. On distingue des scribes, des personnages debout, des animaux et des hiéroglyphes.

gravure bord du nil

Adj marche devant nous sur le sable, hiératique et royal. Dji parle de lui. Il lui a fait faire un test de personnalité ; il s’agissait de symboles à compléter, dessiner une scène à partir d’un rond, par exemple, ou d’un signe serpentiforme. Ce test a révélé un adolescent bien dans sa peau, se voyant dans la vie hardi comme un footballeur, avec une sexualité jaillissante. Selon lui, « il est malin, plus que les autres, et il s’est débrouillé pour connaître une femme du village avant l’âge de 15 ans. Dans tous les villages il y a des femmes disposées à initier de jeunes garçons, des veuves ou des filles plus indépendantes. » Qu’est-il pour Adj ? « Je l’ai vu naître, je l’ai vu grandir, il m’a toujours connu dans sa famille. Quand il était petit, c’était un sale gosse, toujours à jouer des tours ; je lui ai foutu des claques. Ce que je suis pour lui ? Une sorte d’oncle, je suppose. » Dji m’apparaît comme abou el benat, « le frère des filles », il aime toutes les femmes comme des sœurs et se veut le père de tous les enfants.

bord du désert egypte

Nous montons une superbe dune dont le soleil caresse les flancs, suscitant des ombres multiples. Se dresse un amas rocheux au-dessus du désert. Ce lieu étrange recèle un creux, « la grotte des marins », couvert de dessins de bateaux antiques. Ainsi laissait-on la marque de son passage dans les endroits rendus « sacrés » par leur étrangeté. Signes propitiatoires, conservatoire du souvenir, apprivoisement de la force qui réside là ? Graffiter l’inconnu est bien humain. On distingue la barque d’Horus et celle de Seth, le faucon-soleil et le crocodile-Nil, deux puissances.

navires graves bord du nil

L’astre du jour descend sur le désert. Du haut de l’amas rocheux l’œil voit loin, jusqu’à l’horizon qui est frontière, inaccessible. Un lieu entre monde sensible et imaginaire céleste : le désert est le domaine de la déesse lointaine. Il a attiré depuis longtemps les ascètes, les anachorètes, les cénobites. Macaire, Pacôme, Antoine, furent célèbres aux temps de la christianisation. En hiéroglyphes, le désert s’écrit comme une vallée entourée de deux montagnes et signifie « endroit mauvais » ou « pays étranger ». Loin en contrebas, au-dessus du Nil qui coule comme un ruban d’étain, flotte une brume mauve. L’oasis verdoyant qui l’entoure surgit ainsi du vide désertique comme un long ruban d’espérance. Et l’on comprend que l’opposition du fleuve et du désert ait donné aux hommes d’ici une conscience contrastée du Bien et du Mal : l’eau est la vie, elle permet le végétal et le germinatif, le désert est la mort, il est minéral et stérile. Le Bien est le vivant, le mouvant, le fluide ; il est la naissance et la jeunesse, l’exubérance et le sexe. Le Mal est la solitude, le sec, le rigide ; il est la maladie et la vieillesse, la tristesse et l’égoïsme.

felouque sur le nil au crepuscule

Ce contraste entre la vie et la mort, l’eau qui fait surgir la verdure ou chanter les oiseaux, et la roche ou le sable, desséchants et stériles, donne l’intuition de ce qu’a pu être la religion des nilotiques. L’invisible est quotidien, capricieux, inquiétant. La crue gonfle le Nil chaque année, le soleil disparaît chaque jour, les grains germent sous la terre, la maladie saisit les hommes, ou l’amour, ou l’ivresse… Tout cela suscite une angoisse existentielle qui exige d’en parler. On invente des métaphores pour dire ce que l’on ne peut voir : comment suggérer l’éloignement infini du soleil mieux que par le vol du faucon, qui s’élève si haut qu’il se perd dans le ciel ? Et le lever, puis le coucher, du soleil représentent l’apparente certitude que l’on peut quitter le monde d’ici pour les profondeurs, et en renaître. Comment mieux suggérer qu’il y aurait une nouvelle existence après la mort ? Nommer et dessiner permet d’apprivoiser l’inconnu. La tentation d’agir sur les choses vient des signes objectivés par la main.

La forme humaine des dieux suggère qu’ils sont accessibles ; au contraire, le judaïsme comme l’islam interdiront toute représentation car Dieu leur paraît infini et irréductible. Osiris est plus proche de l’homme : assassiné par son frère Seth, puis reconstitué par l’amour de sa femme Isis, il engendre Horus, son fils qui représente l’éternel retour des choses, le triomphe rassurant de l’ordre cosmique et l’espoir de la survie après la mort. Toute la vie cosmique et sociale repose sur l’équilibre du monde – Maat – le concept du juste, du raisonnable, de l’harmonie en action, l’autre nom du vrai pour les Égyptiens antiques. Il ne suffit pas de s’insérer passivement dans un ordre existant, comme l’islam le préconise, mais de le rétablir, de le recréer constamment comme une musique, une poésie, une mesure du monde.

Nous nous dirigeons vers le village de Nag El Hammam, construit tout en terre. Sur les murs d’une maison de hadj – un pèlerin – est peint le voyage à la Mecque. Sont naïvement reproduits la Kaaba et le mont Arafat, le pèlerin cheminant, les chevaux qu’il a pris. Les villageois ont dit leur foi sur les murs en attendant le retour du pèlerin.

egypte embleme pelerinage a la mecque

Nous rallions les bords du Nil alors que le soleil se cache. Des aouleds jouent au foot sur un terrain nu, dans un nuage de poussière. Ils sont maigres et vifs, très débraillés. Dans la palmeraie, les moustiques commencent à vrombir. Dans le ciel, Horus ferme un œil : la lune et l’étoile du berger sont ses yeux. En hiéroglyphes, la nuit est figurée par un ciel d’où pend, telle une araignée au bout de son fil, une étoile à cinq branches. Et un ciel étoilé s’écrit : un millier est son âme. Au bord de l’eau, à la nuit tombée, assis dans le sable chaud, nous attendons le bateau à moteur qui viendra nous chercher.

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Solotareff et Fromental, Loulou l’incroyable secret

Solotareff et Fromental Loulou l incroyable secret

La BD du film qui sort au cinéma le 18 décembre 2013 – qu’on se le dise !

Loulou est un loup et fait les quatre-cents coups avec Tom son copain, le lapin si malin. Pourquoi Croc et Longues oreilles sont-ils amis, mystère ! Mais c’est dit dans les albums avant.

Les deux ados dorment l’un sur l’autre dans une barque de pêche immobile sur l’étang du pays des lapins quand une vieille corneille croasse mélodieusement. C’est pour mieux attirer Loulou, somnambule ensorcelé, dans les rets d’une bohémienne qui projette ses manipulations derrière la boule de cristal. Lui qui se croyait orphelin, voilà qu’il voit sa mère vivante !

Loulou le croit et les quatre pattes se carapatent au pays des Carpathes. C’est le repaire des loups (garou) où les Sancros sont mal vus. Wolfenberg, le château des loups, est une forteresse prédatrice au-dessus des forêts alentour. La population est un brin xénophobe envers qui ne chasse pas de race et ne va pas chercher la pitance avec les dents. Se tient justement le festival de Carne, et ce n’est pas du cinéma. Il s’agit de chasser la biche changeante, vraie femelle-star qui permet de dominer la forêt (on se croirait au cinéma des adultes où qui tient la femme bien roulée tient les financements).

Il y a de la traîtrise et de la manipulation, de la vantardise et de l’orgueil, de l’ego et de la bande. La violence fait loi mais le croc est bien souvent plus bête que les oreilles (qui contiennent quelque chose entre deux).

Il y a aussi de l’amitié indéfectible et de l’amour inconditionnel, de l’honneur et quelque raison parfois. Loulou bêta, lapin malin, il y aura heureuse fin. Mais pas sans suspense ni rebonds.

Loulou l incroyable secret le film

Un dessin très coloré pour des animaux caricaturés, cela plaît aux gamins jusque vers 8 ou 10 ans ; l’histoire parle du monde de la cour de récré. Mais les adultes, qui lisent parfois avec eux, s’amuseront des jeux de mots et allusions à notre jungle globalisée. De quoi contenter petits et grands !

Grégoire Solotareff (dessin) et Jean-Luc Fromental (scénario), Loulou l’incroyable secret, 2013, la BD du film France3 cinéma, éditions Rue de Sèvres, 62 pages, €11.88

Le film sort le 18 décembre 

le site officiel du film
www.louloulincroyablesecret-lefilm.com
Site officiel qui propose un contenu documentaire sur le film, des mini-jeux, des goodies, des ressources presse et pédagogiques, etc.
Le carrefour pour l’accès à tous les contenus numériques spécialement créés pour la sortie du film, via des espaces dédiés à la presse, aux enseignants, aux parents et aux enfants.

le livre numérique sur le film
www.loulousite.com/descriptions
Loulou l’incroyable secret [A propos du film] Ouvrage numérique enrichi qui propose, pour la première fois en France, une présentation complète et approfondie de toutes les étapes de la fabrication du film au travers de nombreux extraits audiovisuels, dessins de recherches et de production, interviews, musiques… Disponible gratuitement jusqu’à Noël sur l’iBookStore pour iPad et (prochainement) sur Google Play pour tablettes Androïd

l’application-jeux pour tablettes
www.loulousite.com/descriptions
Loulou l’incroyable secret pour apprendre et s’amuser avec les personnages du film; elle contient la bande-annonce, des goodies, des mini-jeux ludo-pédagogiques, les coulisses du film…Disponible gratuitement sur l’App Store pour iPad/iPhone et Google Play pour tablettes Androïd

les dernières nouvelles

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la bande originale
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toutes les musiques composées par Laurent Perez Del Mar pour le film
bientôt disponibles sur les plates-formes numériques (iTunes, Deezer, Spotify…)

la mini-expo
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une mini-exposition éditée en 17 planches disponible à la commande

Une exposition Grégoire Solotareff à Angers dans le cadre du Festival Premiers Plans du 17 au 26 janvier 2014
www.premiersplans.org

Une grande exposition Grégoire Solotareff à l’Abbaye de Fontevraud
du 20 mars 2014 jusqu’à l’été 2014
www.abbayedefontevraud.com/

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Thorgal 32, La bataille d’Asgard

Thorgal 32 couverture

Tandis que Thorgal recherche toujours son dernier fils Aniel, enlevé par des magiciens, Jolan poursuit sa mission dans les autres mondes. Thorgal lie connaissance avec un Russe vigoureux, Petrov, qui va l’aider à remonter le fleuve jusqu’à Bagdad où la confrérie de la Magie rouge semble avoir ses quartiers. Pièges, bagarres, assaut d’honneur, Thorgal reste dans son rôle humain, bien humain.

thorgal cherche son fils

Pas Jolan, éphèbe blond de 15 ans qui a réussi à emprunter le bouclier du dieu Thor dans sa forge d’Asgard, le monde des dieux. Manthor lui confie une armée de poupées, ancien guerriers morts au combat et délaissés par les Walkyries, auxquelles sa mère, la déesse Vylnia, a insufflé une seconde vie.

jolan au lit

Jolan doit aller conquérir une pomme d’immortalité pour la déesse reléguée dans le monde humain où elle vieillit inexorablement. Jolan est un meneur avisé qui réfléchit toujours avant de se lancer. Il n’a pas besoin d’user toujours de force mais d’abord d’astuce. C’est ainsi qu’il parvient sans encombre au verger où vit la déesse Idun, amie de Vylnia.

jolan et la deesse

Celle-ci adore les blonds, encore plus les très jeunes, et elle initie maternellement Jolan aux premières amours.

jolan et la premiere fois a 15 ans

Le dessin de Rosinski se fait très pudique et la scène du dépucelage, qui s’étale sur deux pages, est très mignonne. Tout père aimerait que ses garçons en connaissent une semblable.

jolan depucele

jolan nu

Mais voilà que Loki, le dieu du désordre, le malin qui fait des niches aux dieux, vient fourrer son museau pointu dans les affaires de la déesse. Il veut la séduire par une chevelure blonde qu’il a coupée à la propre femme de Thor. Le brave petit Jolan, tout nouvellement devenu homme, ne se laisse pas faire.

jolan contre loki

Loki lui lance alors un défi : que leurs armées s’affrontent et l’enjeu en sera le bouclier de Thor pour lui si Jolan est vaincu, ou la pomme pour Jolan s’il vainc l’armée de Loki. Ruse valant mieux que force, les poupées de Jolan aveuglent les géants de Loki avant de leur taillader les jarrets. Mais Loki a tout prévu et un filet vient ramasser le gros des soldats de Jolan : Loki met la main sur le bouclier. C’est alors que Thor surgit et reprend son bien, tout en protégeant Jolan du feu craché par Loki.

jolan a vaincu loki

Vigrid, le messager d’Odin, survient comme la querelle des dieux semble s’envenimer ; il appelle tout le monde à la table du dieu suprême qui jugera en équité. Jolan expose son cas, Loki le sien, et le témoignage de la déesse Idun comme de la femme de Thor convainquent tout le monde que Loki est un fourbe – une fois de plus. Il est condamné à l’exil pour 5000 lunes, tandis qu’Odin rappelle les règles de séparation des mondes pour le bon ordre cosmique.

jolan repos du guerrier

Jolan, 15 ans, qui a baisé une déesse, vaincu un dieu et s’est fait reconnaître d’Odin en personne, est ramené dans son monde humain par Vigrid métamorphosé en cheval ailé. On peut dire qu’il a vécu !

jugement d odin

C’est un peu tiré par les cheveux (blonds flottant), mais la geste de Jolan est émouvante et jolie. Même un adulte, qui l’a vu grandir au fil des albums et des années, s’attache à ce garçon qui pourrait être le sien. Il met en acte les qualités qu’il a acquises de son père et dont il est fier. Les scènes alternées où Thorgal, dans le sombre monde humain du nord, se met en quête d’Aniel font redescendre régulièrement sur terre les jeunes lecteurs, ce qui est bienvenu.

Rosinski & Sente, Thorgal 32, La bataille d’Asgard, 2010, éditions Le Lombard, 48 pages, €11.40

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Céline et les bons trucs pour vivre en société

Dans son premier roman, Céline donne sa philosophie de l’existence. Il a déjà 38 ans et acquis une expérience humaine au travers des écoles, de l’apprentissage, de l’armée, de l’arrière, des colonies, de l’Amérique et de la banlieue parisienne. Le peuple, dont il sort, n’est armé que de sa débrouille, il n’a pas fait d’études et n’a pas l’usage familial de la bonne société. Donc il observe, il note, il retient ce qui marche.

Par exemple le culot. Quand on ne sait pas, on affirme. L’énergie développée en société entraîne les autres et vous voilà reconnu, suivi. « Pour qu’on vous croye raisonnable, rien de tel que de posséder un sacré culot. Quand on a un bon culot, ça suffit, presque tout alors vous est permis, absolument tout, on a la majorité pour soi et c’est la majorité qui décrète de ce qui est fou et de ce qui ne l’est pas » p.61.

Pour bien s’entendre avec les autres, il faut savoir se taire et écouter. Ce n’est pas gueuler plus fort ni montrer qu’on a la plus grosse qui compte, mais faire parler et acquiescer. « Ce qu’il faut au fond pour obtenir une sorte de paix avec les hommes, officiers ou non, armistices fragiles il est vrai, mais précieux quand même, c’est leur permettre en toutes circonstances de s’étaler, de se vautrer parmi les vantardises niaises. Il n’y a pas de vanité intelligente. C’est un instinct » p.122.

Aimer est dangereux, on ne sait pas où on met les pieds. « Tant qu’il faut aimer quelque chose, on risque moins avec les enfants qu’avec les hommes, on a au moins l’excuse d’espérer qu’ils seront moins carnes que nous autres plus tard. On ne savait pas » p.242. Ainsi Bébert, le môme de sept ans qui mourra comme le gamin de Camus dans ‘La peste’, absurde. Céline donnera le nom à son chat, douze ans plus tard, pour en perpétuer le souvenir.

Se faire aimer n’est pas difficile au fond, il suffit de se montrer vulnérable et bien gentil. Les femmes n’y résistent pas, mais (c’est moins connu) les patrons non plus. « Un patron se trouve toujours un peu rassuré par l’ignominie de son personnel. L’esclave doit être coûte que coûte un peu et même beaucoup méprisable. Un ensemble de petites tares chroniques morales et physiques justifie le sort qui l’accable. La terre tourne mieux ainsi puisque chacun se trouve dessus à sa place méritée » p.428.

Pour régner, deux méthodes de la « civilisation ». Il y a la classique et la moderne. « A Topo en somme, tout minuscule que fut l’endroit, il y avait quand même place pour deux systèmes de civilisation, celle du lieutenant Grappa, plutôt à la romaine, qui fouettait le soumis pour en extraire simplement le tribut, (…) et puis le système Alcide proprement dit, plus compliqué, dans lequel se discernait déjà les signes du second stade civilisateur, la naissance dans chaque tirailleur d’un client, combinaison commercialo-militaire en somme, beaucoup plus moderne, plus hypocrite, la nôtre » p.156.

Quelqu’un vous impressionne ? Vous êtes tétanisé devant lui, bredouillant et incapable de penser ? Ôtez donc les oripeaux du prestige social pour voir l’homme nu. C’est ce que font les ados de nos jours en se prenant en plus simple appareil au bout de leur téléphone portable et s’exhiber sur leur fesses-book. Il fallait y penser, Céline était un précurseur ! « Et puis je me l’imaginais, pour m’amuser, tout nu devant son autel [le curé]… C’est ainsi qu’il faut s’habituer à transposer dès le premier abord les hommes qui viennent vous rendre visite, on les comprend bien plus vite après ça, on discerne tout de suite dans n’importe quel personnage sa réalité d’énorme et d’avide asticot. C’est un bon truc d’imagination. Son sale prestige se dissipe, s’évapore. Tout nu, il ne reste plus devant vous en somme qu’une pauvre besace prétentieuse et vantarde qui s’évertue à bafouiller futilement dans un genre ou un autre » p.336.

Les passions sont comme les orages, aveugles et sourds. Pour remettre les idées en place, rien de tel qu’un choc. « Depuis toujours l’envie me prenait de claquer une tête ainsi possédée par la colère pour voir comment elles tournent les têtes en colère dans ces cas-là. Ça ou un beau chèque, c’est ce qu’il faut pour voir d’un seul coup virer d’un bond toutes les passions qui sont à louvoyer dans une tête » p.470. On aura noté que la violence n’est pas seulement physique : agir sur les bas instincts de la possession et de l’avarice – par « un beau chèque » – fonctionne tout aussi bien. La carotte plutôt que le bâton, mais les deux méthodes ont le même résultat de ramener à la raison.

Il est malin, Céline, comme le peuple n’est pas fort il est malin. Ce pourquoi le ‘Voyage’ est comme ‘l’Odyssée’ avec un rusé Ulysse en quête de sens.

Louis-Ferdinand Céline, Romans 1 – Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit, édition  Henri Godard, Pléiade Gallimard 1981, 1582 pages, €54.63

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932, Folio plus classiques, 614 pages, €8.93

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