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Les Vikings de Richard Fleischer

« Les » Vikings sont réduits à ceux qui opèrent des raids sur les côtes anglaises, les autres sont laissés de côté. Les années 1950 aux Etats-Unis restent très anglo-saxonnes et portée à juger tout ce qui est « germain » comme barbare. Or les Vikings, venus de Norvège, sont germains. La guerre a laissé des traces. Même si les Angles sont d’origine germanique eux aussi – mais la culture américaine se borne aux préjugés.

Le récit commence donc par un combat et un viol, le chef viking Regnar (Ernest Borgnine) tue le petit roi des Angles de Northumbrie (au sud-est de l’Ecosse) et viole sa femme à même le campement. La sexualité brutale n’est décrite que par ellipse, cris et seuls bras nus sous la tente. Un nouveau roi est désigné par les pairs du royaume, le fourbe Aella cousin du précédent (Frank Thring), faute d’héritier en ligne directe. Mais la reine violée est enceinte d’un petit viking et le chapelain du palais, frère Godwin (Alexander Knox) lui conseille de le confier à un monastère. La reine prend cependant soin d’accrocher au cou du bébé un lacet portant la pierre verte qui ornait le pommeau de l’épée royale, détaché durant la cérémonie d’intronisation du cousin – un mauvais présage.

Vingt ans après, comme aurait écrit Alexandre Dumas, le bébé est homme et se prénomme Erik (Tony Curtis). Il est pris sur le bateau qui le transporte en Italie et réduit en esclavage par les Vikings de Ragnar. C’est là qu’il apprend à vivre : à se vêtir peu (une tunique de cuir au ras des fesses fort échancrée sur la poitrine), à se battre, à chasser au faucon, à construire un bateau et naviguer. Les autres partent en raid et reviennent fêter ça en beuveries homériques dans des cornes à boire en invoquant Odin (dieu de la magie, du savoir et des victoires), mangeant des oies rôties à mains nues, lutinant les jolies filles qui servent et les culbutant sur la table du banquet. Au fond, la « barbarie » c’est cru, joyeux et réjouissant : ils savent vivre ! Mieux que les Anglais réduits à voire pérorer leur roi hypocrite et lâche dans une cour soumise à son bon vouloir.

Ragnar a un fils légitime, le beau blond Einar (Kirk Douglas oxygéné), qui ne se prend pas pour rien et ravit les femmes comme les ennemis avec la même fougue : il plante son épée dans leur intimité avec appétit. Une rivalité ne tarde pas à apparaître entre Einar et Erik (demi frères sans le savoir) lorsque ce dernier prouve devant témoin qu’il a mieux dressé son faucon que le fils du chef. Mais Erik est esclave et a lâché son oiseau sur Einar qui l’a frappé, ce qui lui a fait perdre un œil (tout comme le dieu Odin) et l’a défiguré. La vengeance serait la mort si la devineresse ne lisait dans les runes que quiconque tuerait Erik verrait sa mort prochaine. Regnar décide alors que la marée va s’en charger et Erik est ligoté à un pieu pour que l’eau le noie et que les crabes le dévorent.

Mais la devineresse invoque Odin et le vent du nord se lève, puissant dans le fjord, qui chasse la marée et empêche Erik d’être englouti. Frigorifié, il est délivré par le traître anglais Egbert (James Donald) qui guide les raids vikings contre le roi Aella qu’il n’aime pas. Comme l’esclave lui doit la vie, il en réclame la possession. Einar n’aurait pas cédé si son père ne l’avait convaincu par un projet guerrier : enlever la princesse de Galles Morgane (Janet Leigh) pour exiger une rançon. Elle doit naviguer vers le roi Aella et Egbert sait où et quand. Mais pour être payé, Einar ne doit pas la toucher. Ce n’est pas l’envie qui lui manque mais la fille résiste même à un simple baiser, n’hésitant pas à le mordre. Les Yankees croient que les Vikings étaient maso et n’aimaient rien tant que forcer les gens, à l’amour comme à la guerre. Pas de jouissance sans griffures et blessures, pas de plaisir sans combat. Evidemment, l’amour « chrétien » prôné par la morale en vigueur exige plutôt platonisme et longs préliminaires avant la promesse de mariage et enfin la couche, mais conjugale !

Ragnar montre avec ostentation son mépris de l’argent (comme tous les prédateurs qui pillent ce qu’ils veulent quand ils veulent) et autorise son fils à violer la future reine puisque tel est son plaisir. Ce pourquoi Erik s’empresse d’aller la sauver, déjà amoureux sans le savoir (elle lui rappelle peut-être sa mère ?). Avec son fidèle second, un Noir qui possède une pierre magnétique pointant toujours vers le nord, ils fuient dans la brume et les snekkars de Ragnar et Einar, lancés à leur poursuite, transgressent toute prudence. Le bateau de Regnar se fracasse sur un rocher et le chef coule ; il est récupéré à la gaffe par Erik et fait prisonnier.

Tout ce beau monde gagne l’Angleterre à la voile et à la rame (ce n’est pas si loin) et le roi Aella est ravi, même si Erik lui demande comme récompense la main de Morgane. Il jette Regnar aux loups dans une fosse, mœurs barbares venue des Romains qui n’a rien à envier aux mœurs prêtées par le film aux vikings si l’on y pense. Mais un guerrier suivant Odin doit mourir l’épée à la main s’il veut gagner le paradis, le Valhalla. Erik le sait et contrevient aux ordres du roi en tranchant les liens de Regnar et lui donnant son épée. Ce qui lui vaut d’avoir la main gauche coupée pour avoir désobéi, mais il a la vie sauve sur l’intervention de Morgane qui l’aime de plus en plus.

Pourquoi Erik rejoint-il la Norvège ? Pour défier Einar ? Non, pour se venger du roi des Angles. Le fils de Regnar veut opérer un raid pour reprendre la fille, qu’il veut violer, et Erik veut se venger de sa mutilation. Einar ne trouve presqu’aucun viking pour aller avec lui jusqu’à ce qu’Erik apprenne aux guerriers qui veulent le lyncher après beuverie que Regnar est mort en Angleterre mais en viking, arme à la main grâce à lui. Le raid est donc décidé sur le château du roi anglais, tourné au Fort La Latte en Bretagne, aisément reconnaissable.

Les scènes d’action sont alors grandioses, du bélier qui est un chêne entier à l’escalade du pont-levis par les haches lancées plantées dans le bois, jusqu’à l’éventration du vitrail chrétien pour violer la chapelle où s’est réfugiée Morgane avec le chapelain. La princesse crache à Einar qu’elle n’aime qu’Erik et cela finit par un duel sur les toits. Elle a appris à Einar que l’autre est son demi-frère issu d’un viol de reine et celui-ci, qui a réussi à briser l’épée d’Erik et à le terrasser, a une seconde d’hésitation – une de trop. Erik lui plante son tronçon d’épée dans le bas-ventre – puis lui rend son épée tombée à terre afin qu’il meure devant témoins en vrai viking. Il est porté mort sur son bateau dont les amarres sont larguées, et des flèches enflammées très médiévales en font un bûcher romantique qui s’éloigne sur la mer au soleil rougeoyant.

Amour, rivalité fraternelle, bagarres, paysages bien tournés – rien ne manque à ce film hollywoodien pour plaire au spectateur. Ni même les scènes du village de Norvège où les gamins courent torse nu, comme le fils du réalisateur qui avait 11 ans et que l’on voit courir partout en veste de fourrure ouverte à même la peau. Les snekkars (le terme « drakkar » est une invention des clercs médiévaux) ont été reconstitués d’après le navire de Gokstad conservé au musée d’Oslo. Seul Tony Curtis fait un peu tapette parmi ces vikings virils, court vêtu et cils charbonneux, visage rondelet malgré la barbe et les cheveux trop noirs.

DVD Les Vikings (The Vikings), Richard Fleischer, 1958, avec Kirk Douglas, Tony Curtis, Ernest Borgnine, Janet Leigh, James Donald, 1h51, Rimini éditions 2019, standard €14.46 blu-ray €15.00

Pour en savoir plus sur les vrais Vikings, vient de paraître une somme du professeur d’histoire médiévale à l’université de Caen Pierre Bauduin : Histoire des Vikings – des invasions à la diaspora, Tallandier 2019, 672 pages, €27.90 e-book Kindle €19.99

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Thorgal 32, La bataille d’Asgard

Thorgal 32 couverture

Tandis que Thorgal recherche toujours son dernier fils Aniel, enlevé par des magiciens, Jolan poursuit sa mission dans les autres mondes. Thorgal lie connaissance avec un Russe vigoureux, Petrov, qui va l’aider à remonter le fleuve jusqu’à Bagdad où la confrérie de la Magie rouge semble avoir ses quartiers. Pièges, bagarres, assaut d’honneur, Thorgal reste dans son rôle humain, bien humain.

thorgal cherche son fils

Pas Jolan, éphèbe blond de 15 ans qui a réussi à emprunter le bouclier du dieu Thor dans sa forge d’Asgard, le monde des dieux. Manthor lui confie une armée de poupées, ancien guerriers morts au combat et délaissés par les Walkyries, auxquelles sa mère, la déesse Vylnia, a insufflé une seconde vie.

jolan au lit

Jolan doit aller conquérir une pomme d’immortalité pour la déesse reléguée dans le monde humain où elle vieillit inexorablement. Jolan est un meneur avisé qui réfléchit toujours avant de se lancer. Il n’a pas besoin d’user toujours de force mais d’abord d’astuce. C’est ainsi qu’il parvient sans encombre au verger où vit la déesse Idun, amie de Vylnia.

jolan et la deesse

Celle-ci adore les blonds, encore plus les très jeunes, et elle initie maternellement Jolan aux premières amours.

jolan et la premiere fois a 15 ans

Le dessin de Rosinski se fait très pudique et la scène du dépucelage, qui s’étale sur deux pages, est très mignonne. Tout père aimerait que ses garçons en connaissent une semblable.

jolan depucele

jolan nu

Mais voilà que Loki, le dieu du désordre, le malin qui fait des niches aux dieux, vient fourrer son museau pointu dans les affaires de la déesse. Il veut la séduire par une chevelure blonde qu’il a coupée à la propre femme de Thor. Le brave petit Jolan, tout nouvellement devenu homme, ne se laisse pas faire.

jolan contre loki

Loki lui lance alors un défi : que leurs armées s’affrontent et l’enjeu en sera le bouclier de Thor pour lui si Jolan est vaincu, ou la pomme pour Jolan s’il vainc l’armée de Loki. Ruse valant mieux que force, les poupées de Jolan aveuglent les géants de Loki avant de leur taillader les jarrets. Mais Loki a tout prévu et un filet vient ramasser le gros des soldats de Jolan : Loki met la main sur le bouclier. C’est alors que Thor surgit et reprend son bien, tout en protégeant Jolan du feu craché par Loki.

jolan a vaincu loki

Vigrid, le messager d’Odin, survient comme la querelle des dieux semble s’envenimer ; il appelle tout le monde à la table du dieu suprême qui jugera en équité. Jolan expose son cas, Loki le sien, et le témoignage de la déesse Idun comme de la femme de Thor convainquent tout le monde que Loki est un fourbe – une fois de plus. Il est condamné à l’exil pour 5000 lunes, tandis qu’Odin rappelle les règles de séparation des mondes pour le bon ordre cosmique.

jolan repos du guerrier

Jolan, 15 ans, qui a baisé une déesse, vaincu un dieu et s’est fait reconnaître d’Odin en personne, est ramené dans son monde humain par Vigrid métamorphosé en cheval ailé. On peut dire qu’il a vécu !

jugement d odin

C’est un peu tiré par les cheveux (blonds flottant), mais la geste de Jolan est émouvante et jolie. Même un adulte, qui l’a vu grandir au fil des albums et des années, s’attache à ce garçon qui pourrait être le sien. Il met en acte les qualités qu’il a acquises de son père et dont il est fier. Les scènes alternées où Thorgal, dans le sombre monde humain du nord, se met en quête d’Aniel font redescendre régulièrement sur terre les jeunes lecteurs, ce qui est bienvenu.

Rosinski & Sente, Thorgal 32, La bataille d’Asgard, 2010, éditions Le Lombard, 48 pages, €11.40

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Thorgal 24 Arachnéa

Thorgal 24 couverture

La petite famille, comme prévu à la fin de La cage est partie sur deux barques, mais une tempête se lève. Dans la manœuvre et sous l’assaut d’une vague grosse comme un destin, Louve tombe à l’eau. Thorgal se jette après elle pour récupérer sa petite fille. Après les aventures de Jolan et sa mère (Thorgal 23), c’est au tour de Louve et son père. Louve va montrer des qualités d’enfance : pureté et droiture.

Tous deux récupèrent la barque remorquée dont les amarres ont été larguées pour rendre le bateau principal manœuvrant. Ils se hissent dedans et abordent dans un brouillard éternel une île volcanique entourée de hautes falaises. C’est là que vit un peuple isolé, ignorant des alentours, et débarqué mille ans auparavant pour fuir l’impureté du monde. Un reste de l’Atlantide ? Règne un souverain vieillard qui, au nom de la peur, exige soumission et tribut. Ses prêtres, recrutés dans la jeunesse mâle robuste, font exécuter ses volontés. La moindre n’est pas d’exiger le sacrifice d’un jeune homme beau et vigoureux à chaque équinoxe. Ainsi le roi a-t-il promis à sa fille, devenue un monstre et demeurant désormais dans les entrailles de la terre de l’alimenter en jeunesse…

Thorgal 24 pere et fille

Louve se trouve séparé de son père par un maléfice ; elle est poussée à pénétrer dans une grotte de la falaise par des milliers d’araignées qui ne disent rien, implacables comme des robots, alors qu’elle sait d’habitude parler aux bêtes. Le mécanisme de la tyrannie est ainsi expliqué sans phrase : la mécanisation des âmes.

Thorgal 24 louve et araignees

Thorgal parti chercher de l’aide en escaladant la falaise trouve au-delà du brouillard perpétuel un paysage riant, au climat chaud, planté de vignes. Un gamin presque nu le renseigne et le conduit à la ville, bâtie de pierres, où règne le souverain absolu. Le peuple a peur et prend Thorgal pour un démon surgi des profondeurs ; elle n’a jamais connu personne, que des cadavres rejetés par les flots. La cité est sous le joug de la croyance, alimentée par le roi maudit, résignée à sacrifier la fleur de sa jeunesse deux fois l’an pour continuer à vivre, comme en Crète jadis au minotaure.

Thorgal 24 gamin torse nu

Mais Thorgal est un Viking, il ne se laisse pas faire. Il y a toujours un espoir même lorsque tout paraît perdu. Personne ne revient des enfers ? Chiche ! On verra bien. Comme le fiancé promis au monstre s’est échappé, désormais cadavre au pied de la falaise qu’il ignorait, cachée par le brouillard, Thorgal est envoyé à sa place. Tout le monde le croit perdu à jamais, même le roi qui lui refuse une arme : « à quoi bon ? » Mais Thorgal se saisit vivement des courtes épées des deux gardes et plonge dans la grotte en criant « Odin ! »

Thorgal 24 combat araignee

Il retrouve dans les profondeurs Maïka, la fiancée du jeune homme échappé grâce à elle, ainsi punie. Elle et Thorgal vont tenter d’explorer les ténèbres, en échappant à mille dangers : toiles gluantes, labyrinthe, araignées par milliers, lave en fusion… C’est l’occasion pour Rosinski de dessiner des cuisses à peines recouvertes d’un tissu qui vole dans l’action, délicat érotisme féminin.

fesses nues de maika thorgal 24

Mais Maïka a été vidée de son âme par Arachnéa ; elle est devenue l’une de « ses filles », autre description de la tyrannie, ici inversée sous la surface, image de la prostitution des corps par accaparement des âmes. Si les garçons sont militarisés par le fanatisme de la croyance, les filles voient leur séduction actionnée par la Grande maitresse. Gracilité répond à musculature, mais toujours au service du pouvoir : ainsi est le tyran, qu’il soit mâle ou femelle.

Thorgal 24 maika prostitueee

Tout est bien qui finira bien, Louve a le cœur pur (à 4 ans, évidemment…). Elle a le caractère direct qui plaît tant au scénariste, l’absence de peur due à sa conviction d’être droite parce qu’aimée.

Thorgal 24 11 louve et araignee

Elle fait donc ce qu’il faut malgré son père aux cent coups pour lever la malédiction millénaire. Le couple initial de la fille du roi et de son fiancé tué jadis se retrouve, beau et nu comme au premier jour.

Thorgal 24 amour nu

Un séisme éradique toute cette saleté arachnide, signe que les dieux sont d’accord, et la société en surface, libérée, doit désormais prendre son destin en main. Quant à Thorgal et sa fille, ils retrouvent le reste de la famille – et le chien – poussés sur l’île par leur barque une fois le brouillard levé.

Vont-ils rester dans ce paradis retrouvé ? Ils sont libres… Ils le disent.

Rosinski et Van Hamme, Thorgal 24 – Arachnéa, 1999, éditions Le Lombard, 48 pages, €11.40

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Thorgal 23, La cage

Thorgal la cageCet album est tout entier dédié aux femmes : séductrices, jalouses, vindicatives. Dans les deux albums précédents, Jolan a délivré sa mère et sa sœur, puis Thorgal a été délivré par la déesse Frigg avec l’autorisation d’Odin. Chacun est dans son exil, Aaricia sur l’île domestique, Thorgal chez le prince Galathorn avec qui il s’est évadé.

Mais chacun veut retrouver l’autre, d’où le chassé-croisé de bateaux sur la mer libre, Aaricia et Jolan partis chercher l’aide d’un soudard défiguré, Sardaz l’Écorché, aussi bête que brute ; Thorgal revenant sur son île, après maille à partir avec les envoyés de la princesse jalouse d’avoir été délaissée. Le destin rit de se jouer encore une fois du couple, Thorgal croisant Aaricia sans la voir, Aaricia croisant le bateau désemparé des envoyés sans le voir.

princesse seductrice de thorgal

Reste qu’une fois rentré sur l’île, Thorgal se trouve assommé dans un piège et capturé dans une cage par les ingénieux enfants chargés de se protéger tout seul. Sauf Louve, qui n’a jamais vu son père mais qui comprend les animaux : son chien Muff lui affirme qu’il s’agit bien de Thorgal. Mais comme elle n’a que 3 ans, elle laisse Aaricia décider.

aaricia impardonnable

Et celle-ci décide de mettre « l’homme » en pénitence. C’est ainsi qu’elle le nomme, son Thorgal ayant disparu et – pire – vécu deux années à côté d’elle sans même la voir, allant coucher sans vergogne avec la Kriss qu’elle devait servir. Aaricia a du mal à se faire à l’idée d’oublier tout ça et de pardonner. Elle laisse donc Thorgal en cage – une fois de plus – à peine sorti du couple en l’île pour tomber entre les griffes de Kriss en son noir château, puis prisonnier des exigences d’Odin et enserré dans les filets de la bienséance au château de Brek Zarith avant d’être gardé en cage où le maintient Aaricia !

Thorgal enfants dans le meme lit

La vérité en amour appartient aux enfants, chœur antique qui dorment tous dans le même lit.

aaricia dans l antre de sardaz

Chacun utilise ses « pouvoirs », Jolan en dématérialisant un fouet et en coulant un bateau, petit blond fluet face aux gros mâles avinés et couturés qui rient de sa menace… à tort ! D’ailleurs Jolan plus sage que son âge, l’avait bien dit à sa mère déboussolée que ce n’était pas une bonne idée. Compensation enfantine délicieuse.

Thorgal amour enfant jolan lehla

Louve parle aux bêtes jusqu’à la séquence hitchcockienne des Oiseaux. Derek se montre inventif en piège et Lehla intuitive en amour. Louve reconnaît son papa qu’elle n’a encore jamais vu, Jolan s’élance immédiatement vers lui, Lehla rêve d’être amoureuse un jour et dit comment elle verrait ça. La vérité est d’innocence et Aaricia, qui aperçoit des signes de connivence entre son petit garçon et sa copine, finit par prendre sur elle.

Thorgal la verite sort de la bouche des enfants jolan lehla

Rien de tel pour cela qu’une bonne bagarre avec les soudards de Sandaz, venus sur l’île la relancer pour ce trésor qu’elle leur a fait miroiter afin de sortir Shaïgan du château rempli d’or de Valnor. Une baffe et un coup de fouet plus tard, voilà Aaricia ramenée à la raison. Après tout, son homme revenu, ce n’est pas si mal.

thorgal aaricia comme adam et eve

Dans un paysage de paradis terrestre, Adam-Thorgal et Ève-Aaricia se reconnaissent, loin des morsures du serpent de la jalousie. Rien ne vaut le couple et les enfants qui vont avec. La forteresse fusionnelle de la famille se reconstitue dans le monde hostile.

Oui, vous avez deviné, ça risque de devenir ennuyeux. L’une des dernières case est de style patriarcal, à l’ancienne – sauf qu’il y a inversion : Aaricia préside la table debout, partageant à sa droite les garçons, à sa gauche les filles ; Thorgal n’est qu’en face et décalé, vue de dos par les lecteurs. Ce sont bien les femmes et les filles qui commandent dans cette histoire, du souvenir de Kriss à la vengeance de la princesse bafouée, du pardon arraché d’Aaricia à la confiance de Lehla envers Jolan et de Louve envers ce père qu’elle n’a jamais vu.

aaricia partage garcons filles

Mais l’exil recommence, ce qui redonne du piquant au final ; l’île est trop connue pour rester discrète. Il faut partir, à la grande joie des garçons avides d’aventures. Le couple y résistera-t-il encore une fois ?

Rosinski et Van Hamme, Thorgal 23, La cage, 1997, Le Lombard, 48 pages, €11.40

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Thorgal 22, Géants

Thorgal 22 geants

Jolan a sauvé sa mère et sa sœur dans l’album précédent et les auteurs le laissent récupérer. Au tour de Thorgal de s’évader de sa prison. Sans mémoire, on ne vit que l’instant. On se fait donc manipuler par quiconque vous raconte une histoire.

Kriss de Valnor, amoureuse tragique, a enserré le beau Viking dans ses rets pour servir son pouvoir. Richesse et puissance ne sont en effet que dans l’instant ; ils peuvent basculer à tout moment, soit qu’on les perde, soit qu’ils ne servent plus à rien parce que le cœur est ailleurs. Cet album pour adonaissants est donc une leçon de philosophie à la Bergson : le temps nous constitue humains parce qu’il nous donne une histoire, donc des valeurs et des attachements.

Thorgal kriss amour haine

Pour Kriss, qui n’a lu de Nietzsche que la lettre, « il n’y a que deux races d’hommes sur terre : les puissants et ceux qui les servent ». Ce pourquoi elle joue avec la vie d’un enfant au tir à l’arc dans la toute première page. Le gamin à peine vêtu malgré le climat doit obéir, il risque à tout moment d’être embroché, mais Thorgal évite cette extrémité sans s’en rendre compte par son expertise à l’arc comme Guillaume Tell. Dans le présent, on n’a aucun sentiment sauf les primaires : bouffer, baiser, se protéger. Qu’importent les petits et les faibles ! La banlieue le sait bien. La mémoire rend humain, et la mémoire, ce sont des noms, un langage, une richesse pour décrire le monde et les émotions.

Thorgal kriss maitre esclaves

Ce pourquoi, quand le soudard à la solde de Kriss ramène le revenu de la vente des esclaves et un prince qui n’a pas pu payer, le passé resurgit. Galathorn de Brek Zarith (Thorgal 6) lui rappelle son nom, ses liens parentaux et sa bonté. Malgré les manigances de Kriss, il réussit à savoir – et décide donc de quitter l’amoureuse fusionnelle qui veut enfermer son homme pour servir son plaisir. Autre leçon, en passant : un couple n’est pas une domination mais un compagnonnage d’égaux. La réponse ne se trouve pas dans les caresses d’une poupée ou d’un toy-boy, toujours au présent, mais dans une histoire commune.

Thorgal tire sur le gamin guillaume tell

Évidemment, l’évasion ne se passe pas comme prévu et la déesse Frigg est obligée d’intervenir, elle s’attache à ceux qu’elle sauve, comme Athéna dans l’Iliade. Ce qui nous donne, d’une page double à l’autre (d’une semaine à l’autre dans l’hebdomadaire) ce contraste entre la sombre forteresse battue des vents de Kriss et le jardin lumineux peuplé de fleurs et d’oiseaux de Frigg.

Thorgal chateau sombre de kriss demeure lumineuse des dieux

La déesse est la mémoire longue, ici pas d’immédiat, pas même autre chose que le flirt avec une walkyrie sexy en tunique très légère, le sein nu et des fleurs dans les cheveux blond blanc. La grâce d’un cygne, apparence qu’elle prend d’ailleurs lorsqu’elle se rend chez les humains.

Thorgal et walkyrie sein nu

Asgard n’est pas Mitgard, chacun son domaine. Le premier, celui des dieux, est l’infini du temps, les walkyries y ramènent les guerriers valeureux morts au combat. Le second, celui des hommes, est la mémoire courte, l’histoire que l’on se crée par ses œuvres et ses enfants. Un existentialisme contre un essentialisme.

Mais il est un autre monde dans la mythologie nordique, celui des confins, où ont été refoulés les géants vaincus provisoirement par les dieux – jusqu’au Ragnaröck, la grande bataille finale qui verra le crépuscule des dieux (et le début d’un nouveau cycle). Thorgal est missionné pour aller récupérer Draupnir, le bracelet d’Odin, que le roi des géants porte en anneau pendentif – taille oblige. Aucun dieu ne peut pénétrer chez les géants mais un humain le peut. A ce prix, Odin consentira peut-être à réinscrire son nom sur la dalle du temps, que Thorgal a effacé volontairement à la fin de La Forteresse invisible (tome 19), croyant ainsi se faire oublier des dieux.

Thorgal gremlins gardiens

Tombé de Charybde en Scylla, Thorgal va donc affronter les gardiens des confins, qui ont l’apparence de gentilles horreurs Gremlins (à la méchanceté sans état d’âme). Il sera capturé par deux gamins dénicheurs d’oiseaux, fils du roi géant, qui vont offrir le lilliputien Thorgal à leur sœur dont c’est l’anniversaire. Notre héros devra ruser pour ne pas demeurer en cage une fois de plus…

Thorgal roi des geant et fille rabelaisiens

Les géants sont tout instinct, bâfreurs, ivrognes, crédules, méchants, égoïstes. Ils ont des gueules gargantuesques à la Rabelais. Thorgal va jouer de toute la palette des sciences humaines pour embobiner le roi, se faire poupée de la fille, échapper au chat jaloux Furfur (fourrure-fourrure en français). Il lui faudra ruser comme Ulysse, se battre contre les monstres (rat, chat, faucon) comme Gulliver ou Tintin, pour enfin réussir.

Thorgal retrouve sa memoire

Son plus grand exploit est de pouvoir plaquer sa main à nouveau sur la pierre des destins. Car qui a un destin est enfin « libre », comme il le clame à Kriss du haut de la tour où il se retrouve comme devant. Sauf que la walkyrie en cygne le recueille et le dépose, comme Nils Holgersson sur son oie, là où il a donné rendez-vous à Galathorn pour fuir.

Thorgal is a lonesome sailor

La dernière case est à la Lucky Luke, I’m a poor lonesome sailor… Beaucoup de références littéraires dans cette BD pour gamins. De la culture en concentré ludique, de bonnes leçons pour les têtes blondes, trop brûlées d’exploits imaginaires.

Rosinski & Van Hamme, Thorgal 22 – Géants, 1996, éditions le Lombard, 48 pages, €11.40

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Autoportrait en Viking

Article repris par Medium4You.

Il y a longtemps que j’aime les Vikings, ce pourquoi je voulais aller visiter l’Islande depuis un quart de siècle. Les Vikings, connus durant mes études par les livres et les cours de Frédéric Durand, Lucien Musset et Régis Boyer me fascinent. Non parce qu’ils seraient des héros inaccessibles d’un âge d’or enfui, mais parce que leur tempérament, leur attitude devant la vie, me sont étrangement familiers. Ai-je en moi quelques gènes venus du nord, à bord d’un knorr ondulant sur les vagues ? Ce ne serait pas impossible, mais peu importe.

Les Vikings, dont le mythe a été étudié dans l’histoire littéraire par Régis Boyer (Le mythe viking, éditions du Porte-Glaive 1986) ne sont ni ces barbares cornus du moyen-âge, assoiffés du sang des moines ; ni ces bons sauvages, exemplaires chevaliers du romantisme ; ni ces surhommes nordiques venus régénérer les valeurs appauvries dans l’hédonisme latin, vus par le siècle nationaliste. Les Vikings de la revue Historia de l’été 2010, de l’exposition au Grand Palais 1992, de la bande dessinée Thorgal de Rosinski & Van Hamme, des livres de Régis Boyer dont celui sur leur vie quotidienne, et les personnages que l’on voit vivre dans la saga d’Erik le Rouge, me sont proches.

Fermiers et marins, marchands et guerriers, explorateurs et pionniers, ils portaient la balance à peser d’une main et l’épée de l’autre. Leur nom vient de leur nomadisme : ils commercent de vicus en vicus, de baie (vik) en baie. Guerriers, ils le sont par goût du sport et du profit, non par le goût du sang ou de la violence. Leur réputation fut faite par les lettrés d’Occident, tous moines et renonçant au siècle. Ils se croyaient « la » civilisation parce qu’ils appartenaient à l’Église et savaient écrire le latin. Que pouvaient-ils comprendre de ces païens prédateurs en qui ils voyaient des barbares, proches parents du Démon ?

Pourtant, les dieux principaux des Vikings sont guérisseurs, marchands et fertilisateurs. Régis Boyer les a bien étudiés (Yggdrasill, la religion des anciens Scandinaves, Payot rééd. 2007), il les voit en trois fonctions premières.

1. Thor, dieu du tonnerre et de la magie, dieu des runes et du savoir, de la parole qui guérit, du soleil et du feu, est protecteur et réaliste, pragmatique et fonctionnel ; il incarne le vrai tempérament viking.

2. Odin, dieu des cargaisons et du commerce, de l’intelligence, de la ruse et des stratégies, est le dieu des liens entre les choses et les êtres, donc de la dialectique et de la poésie mais aussi de l’attraction sexuelle, dieu des eaux et de la mer, maître des corbeaux ; il est le dieu que je préfère. Il serait le père de Thor, qui a remplacé le dieu Tyr, ancien garant de l’équilibre cosmique. Il est le père de Baldr, beau jeune homme tragique, invulnérable à tout sauf à la branche de gui. Celui qui renaîtra après le crépuscule des dieux. Mais aussi le père d’Ali (ou Vali, proche de mon prénom Alan), qu’il a eu avec la déesse Ase appelée Rind et qui, en grandissant, est devenu un très habile tireur de traits. Ali, comme Baldr, survivra au Crépuscule des dieux et repeuplera la terre…

3. Freyr est le dieu de la fertilité, de la terre-mère avec sa sœur Freya ; il aime les enfants robustes et l’abondance. Freya fait tirer son char par deux chats.

Le démon de tous est Loki, dieu Ase de mauvais caractère, très changeant donc expert ès métamorphoses, séducteur, voleur et tricheur. Il prend toutes les formes pour subvertir l’ordre des autres dieux et créer, là où il peut, la zizanie et le chaos. Il s’opposera à ses frères dieux lors du Rägnarock, mais périra comme les autres.

Il n’est pas de mot dans la langue norroise pour dire « religion » au sens qui « relie » l’ici-bas à l’au-delà ; on parle seulement de « coutume ». Prier, en viking, ne signifie pas implorer en se prosternant pour obéir, mais demander à un dieu-patron qu’on peut quitter s’il ne répond pas aux attentes. Ni dogme, ni caste cléricale, ni temple, les dieux vikings sont familiers et occupent le monde tout comme les hommes. Ils sont garants de l’ordre cosmique, de la paix qui permet à la vie de croître et prospérer, symbolisée par Yggdrasil, le frêne cosmique situé au centre du monde. L’arbre, comme la vie, puise sa nourriture dans la terre, s’abreuve d’eau et respire le soleil. Sa force est la poussée du destin, comme une sève. La même qui monte aux reins des hommes, irrigue leurs passions et engendre la volonté de connaître le monde et de maîtriser les forces de la nature.

Les dieux sont menacés, comme les hommes, par les géants et les nains, forces maléfiques avides de faire revenir le chaos afin de créer un nouveau monde où ils seront vainqueurs. D’où le sentiment tragique de la vie : tout finira un jour car tout passe, les dieux et l’univers aussi. Tel est le destin. D’où l’attrait pour la vie, cette énergie dont chaque humain a reçu à la naissance une parcelle (appelée ‘megin’), et qu’il doit accomplir pour que l’univers poursuive sa marche contre le chaos originel.

Parce que les climats du nord sont rudes, les Vikings ont valorisé la famille, la ferme, le clan. Avec le développement du pays, ils se sont organisés en landers, fédérés par une assemblée annuelle, le thing, où chacun est libre de parole. Leur individualisme est régi par le droit. Ils n’acceptent aucun pouvoir absolu mais des liens de famille, d’intérêts et d’homme à homme. Leur régime politique ne connaît pas de dictateur à la romaine, ni de seigneur maître de tout sur son fief, à la franque. Chacun est libre de soi. L’organisation spontanée est celle du parlement, une instance où les hommes libres négocient et discutent le droit, où les femmes sont maîtresses des intérieurs et gardiennes de la morale, voire guerrières à l’occasion.

Parce que l’eau est omniprésente dans l’univers viking par la mer, les lacs, les fjords, les rivières, les cascades, les marais – le bateau et la nage sont prépondérants dans l’univers mental. Le navire, plus que le cheval qui sera l’amour des chevaliers francs, est symbole du transport, de la maison qu’on emmène avec soi, de la cargaison à échanger, de l’aventure à l’horizon et au-delà du monde connu. Le Viking, plus que régner sur sa terre, aime agir : marcher, naviguer, chevaucher. Il aime explorer, échanger, créer des liens. Il est très adaptable et le montre par sa souplesse tactique à la guerre, son adoption rapide d’armes nouvelles, ses colonisations commerciales réussies, sa christianisation sans drame. Il a les qualités du négociateur, diplomate ou marchand : tolérant, légaliste, convivial – rusé comme Ulysse.

Il n’est pas métaphysicien mais pragmatique. Sa religion ne spécule pas sur l’au-delà mais liste des rites pratiques. L’allégeance à un dieu est personnelle, les invocations s’attendent à des résultats probants, sorte de méthode Coué qui favorise la fortune en y croyant. Le Viking se sent relié à l’univers matériel, sensible à l’âme du monde dans le spectacle de la nature, au sacré des êtres dans leur individualité unique, à l’interpénétration du monde des morts avec celui des vivants.

D’où cette confiance en ses propres capacités, cet attrait à préparer et prévoir, la valeur accordée à la lucidité. Comme il est sire de soi et relié par un clan à une communauté, le droit, la procédure, sont pour lui vitaux : l’individu n’est rien sans sa famille et son clan. Le bannissement est donc la peine suprême : bien plus que la mort, il retranche de la communauté !

Le Viking cherche à se connaître, à savoir ce qu’il vaut, ce dont il est capable, à réaliser ce pouvoir que la vie a déposé en lui. Ni révolte romantique, ni sentiment de l’absurde, ni déni du monde, il n’a aucun ressentiment envers ce qui est. Il fait avec, sachant que le monde est tragique et que, homme ou dieu, il faut assumer son destin. Il tourne les obstacles à son profit s’il le peut, usant de souplesse et de persévérance. La réputation, la bonne foi, la marque qu’il laisse sont pour lui le plus important parce qu’ils lui survivent. Seul le souvenir ne meurt pas. D’où ces amours profonds, ces amitiés fidèles, ce bon sens lucide et ce réalisme joyeux qui sourdent des sagas. Comme je me sens proche de tout cela !

Régis Boyer, Les sagas islandaises, Gallimard Pléiade 1987, 1993 pages, 65.55€

Interview de Régis Boyer sur les Vikings, téléchargeable sur Canal Académie.

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