Avenir

Ma génération, née à la fin des années 1950, a connu un changement de monde. Ce n’était ni le premier et ce ne sera pas le dernier : avis aux jeunesses ! D’abord Staline est mort, puis nous sommes allés dans l’espace, les techniques de l’information et de la communication ont explosé avant que la finance ne fasse de même, enfin émergent au développement les deux tiers de l’humanité. Ce n’est pas rien, cela change tout.

L’utopie communiste reste, mais sa traduction institutionnelle est jetée aux poubelles de l’histoire. Seuls Cuba et la Corée du nord s’accrochent au pouvoir comme de vulgaires juntes militaristes guère plus recommandables que celle des Birmans. La dictature de quelques-uns au nom d’un mythe est crevée. Le Prolétariat – déclaré « scientifique » pour le sanctuariser – est une blague historique. Si les classes sociales sont un fait, le moteur de l’histoire est une idéologie : un levier politique pour assurer le pouvoir à quelques-uns. Le progrès de ces vingt dernières années est qu’on s’est enfin aperçu (surtout en France !) que le bonheur des gens ne se fait pas malgré eux. La liberté est une valeur plus grande que l’aisance matérialiste, une fois sorti de la faim et du froid. Zola fait pleurer les chaumières mais il faut être resté toute sa vie au chaud dans les écoles pour ne pas voir qu’il n’y a plus d’enfants dans les mines, ni que les chauffeurs de locomotives ne prennent plus les escarbilles dans les yeux ni le poussier dans les poumons. La centralisation d’un parti qui organise et planifie tout est très efficace pour sortir de la pénurie ; une fois le développement enclenché, d’autres aspirations moins matérielles se font jour : aller et venir, s’exprimer et créer, tisser du lien sans la contrainte sourcilleuse de la censure politique. On le voit nettement en Chine et la transition est son problème majeur. Quant à Cuba, gageons qu’une fois les Castro partis rejoindre leurs ancêtres, l’américanisation se fera d’un coup, pour le meilleur et pour le pire.

Je ne regrette donc sûrement pas le communisme ni la politique des blocs avec son goulag mental et son grand jeu entre espions. Mais il y avait dans l’utopie communiste une révérence pour la science, pour le savoir humain d’ici bas, qui semble disparaître avec elle. Là, c’est dommage. La science est d’ailleurs ce qui a fait exploser le système. Tenir blocus de l’information est illusoire dès que l’informatique est née. Pire : l’informatique a vite fonctionné en réseau, puisque telle est sa structure. La société est façonnée par la technique et le lien devenait une exigence. Comment une société autoritaire et hiérarchique, qui voulait tout cloisonner en cellules et tout centraliser au Politburo, pouvait-elle s’en sortir ? C’est un peu le problème de la France, restée catholique et romaine jusqu’à la Cour élyséenne et son aréopage de technocrates parisiens qui centralisent tout, contrôlent tout, autorisent ou interdisent à leur gré. Le Mammouth, de sinistre réputation, montre l’ankylose d’une telle organisation dès que les comparaisons sont possibles avec les voisins !

D’autant que les profs se sentent seuls et déconsidérés. Ils ont raison, le système ne les aide pas et bloque plutôt leurs initiatives. Les élèves dérivent vers la technologie dont le brillant et le divertissement attirent plus que le cours magistral. L’éducation nationale n’est pas formée pour intégrer ces nouveautés ; elle révère toujours l’agrégation et la thèse, comme s’il s’agissait pour les profs de ne former que de nouveaux profs. D’où la baisse du niveau – non pas des connaissances, elles deviennent autres et tout aussi nombreuses – mais de la transmission de la culture. Notamment de la culture scientifique. Tous ceux que les maths rebutent (ou qui ne voient pas leur intérêt) veulent tous être « artistes », passer à la télé ; à défaut être fonctionnaires, là on n’a pas à se bouger. La France forme trente mille ingénieurs où il en faudrait quarante mille, et ils sont moins payés que le moindre commercial, financier ou histrion de télé. Seuls 2% des élèves du secondaire font une prépa mathématique. Encore moins se destinent à la recherche scientifique. Ceux qui le font se trouvent vite bloqués par les inerties et le mandarinat de pénurie de l’université française. Ils vont poursuivre leur doctorat ailleurs, souvent aux États-Unis, mais ce pourra être en Chine ou en Inde prochainement ; souvent ils s’y marient et ne reviennent pas.

Car les deux tiers du monde émergent. Ceux des blocs non « libres » des années 1950 (ce qui voulait dire développés) : le bloc de l’Est et le dit « tiers » monde. Déjà la Chine a formé plus d’ingénieurs qu’il n’en existe aux États-Unis, déjà les informaticiens indiens sont plus nombreux et tout aussi qualifiés que ceux d’Europe et d’Amérique. Le poids du nombre, lorsqu’il est organisé par un État qui impulse la politique et laisse faire la société civile, qui dit le droit et oriente les capitaux pour le bien de la nation, est irrésistible. Contrairement aux idées reçues des journaleux nuls en économie, c’est cela même le libéralisme : un État qui donne règles et cap politique, un État qui laisse l’initiative aux entreprises, écoles et autres associations,  un État qui offre le choix aux individus de réaliser leurs propres goûts ou passions. La Chine l’a bien compris pour l’instant, l’Inde et le Brésil suivent chacun leur voie. Ils valorisent la science, la technique, le savoir concret sur ce monde, loin des spéculations fumeuses dont ils ont assez soupés. Dans le même temps, nos universités sont encore pleines de ces « marxistes » scolastiques qui passent leur temps à disséquer non le concret comme le fit Marx, mais la société idéale et la justice hors classe. Chez nous la science recule : l’appétit pour la recherche diminue, la méthode expérimentale déserte les têtes, l’observation patiente et rigoureuse du réel disparaît dans le zapping. Recherche, méthode et rigueur sont trois mots inconnus au dictionnaire des jeunes d’aujourd’hui :

1.    Patient ? vous n’y pensez pas, vite ! vite ! le monde, les autres, la compétition, n’attendent pas ! Trop long est de lire, vive l’image, réfléchir ça prend du temps et la tronche, vive la passion, la sensation, l’immédiat ; être en bande sur fesses-bouc, fusionnel dans les manifs pour rien, ou les teufs où l’on se défonce, puis se retirer dans son autisme du baladeur, voilà qui est vivre.
2.    Rigueur ? kèskçèkça ? Une névrose de cul coincé ? de psychorigide d’ancien temps ? Juste un survol, ça suffit, on va pas se prendre la tête, dans les jeux vidéo tout est aux réflexes, on a vu on tire, point à la ligne ; pas besoin d’étudier l’ennemi avant de le tirer (pareil pour les meufs d’ailleurs). On twitte à tout va en 140 signes et le n’importe quoi est d’usage, le spontané, le rigolo – au détriment des conséquences quand le patron s’en aperçoit ou qu’untel se trouve diffamé ou harcelé…
3.    Réel ? Allons donc, il y a l’iceberg avec sa face émergée et tout le reste : nous voyons revenir comme en 1899 le règne des Complots, de la magie, des forces cachées, de l’irrationnel. Internet, qui démocratise tout cela en le rendant instantané et de même valeur, est plein de ces folies.

Elles atteignent même le cœur du système : la finance. Les dérives de la raison ne sont telles que parce que l’époque – et l’univers scolaire ! – n’ont pas su faire connaître la méthode scientifique aux élèves. C’était réservé à une élite étroite, gavée de maths, à qui on a laissé croire que tout était calculable, que le monde et les gens n’étaient que rouages dont les arcanes sont maitrisables par les intégrales et le gaussien. Le risque résiduel est « négligeable » parce que probabiliste. La queue de distribution d’une courbe n’est que de 2%, soit deux années de risque sur un siècle. Autant « négliger » dans les calculs ce risque infinitésimal, n’est-ce pas ? Sauf que lorsque vous vous trouvez par hasard vivre dans ces deux années-là, vous être dedans à 100% ! C’est exactement ce qui est arrivé en 2007 et 2008 aux financiers.

Nous sommes donc, un demi-siècle après, dans un pays content de lui qui répugne à tout changement ; avec une jeunesse formée au divertissement et que tout effort de la tête rend malade, appelant à l’aide psychologique pour n’importe quoi ; où l’inculture gagne chaque jour du terrain, préférant la déraison, le coup médiatique et la magie à l’analyse du concret avec méthode ; aux lisières de pays énormes qui émergent et vont – très vite ! – imposer aux nains indigents que nous devenons leur masse, leurs circuits économiques et financiers, leur façon de penser. Eux vont de plus en plus dans l’espace, nous, nous renonçons : pourquoi faire ? à quoi bon ? combien ça coûte ?

Quand on commence à se poser ce genre de question, l’avenir est bouché, la vieillesse guette. Place aux jeunes ! Sauf qu’ils ne sont plus guère chez nous, et que les meilleurs ne rêvent que de s’en aller là où ça se passe.

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La ferme de Robert

Nous quittons la guest house d’Islande pour une journée de transfert en bus. Nous avons dormi tard, près de douze heures pour moi. Il est vrai que j’avais mis les boules Quiès. La journée connaîtra deux moments remarquables : le supermarché et la ferme de Robert, notre chauffeur.

Sur la route, nous croisons des vols d’oies sauvages dans une lumière d’aquarium. Les grosses bêtes volent en V en suivant l’oie de tête. Elles ont de lourds battements d’ailes et ne sont pas très futées, surtout lorsqu’elles doivent croiser le camion. L’une d’elle hésite et suit son chemin, parallèle au nôtre pendant plusieurs minutes, à 40 km/h, perdant ainsi sa horde qui vole en perpendiculaire ! Ces bestioles ont le cul trop gros pour décoller aisément, je me demande comment Nils Olgersson en Suède, même réduit pour mauvaise conduite, a pu chevaucher une oie au-dessus de toute le pays. Le camion a failli en tamponner une qui avait du mal à s’élever en traversant la route. Les nuages plombent le ciel, s’écharpant en lambeaux de brume assez sinistres ou en draperies romantiques lorsque le soleil parvient à percer par transparence. La lumière est très changeante.

Vers la fin de la matinée, nous nous arrêtons à Burdadalur au supermarché pour renouveler les provisions de groupe. Nous sommes dans un bourg classique, où le store fait station services et lieu de convivialité. Des vieilles commentent les potins du coin tandis que leurs vieux patientent, taciturnes, en regardant les rayons. Les ados locaux y effectuent leur boulot d’été dès 14 ans, vu le minois très jeune de l’un d’eux au self. Un seize ans dévore des yeux une fille un peu plus âgée qui vient payer ses courses et cherche sa monnaie ; le visage impassible, seul le regard marque l’intérêt. Elle ne répond pas à la sollicitation et fait semblant de ne pas le voir. Un moutard blond de dix ans vêtu d’un tee-shirt synthétique, à la chevelure qui boucle dans le cou, sort un carnet de fidélité qu’il vient faire tamponner auprès d’un adolescent en caisse contre une barre chocolatée. Il s’en retourne tout content auprès de sa mère qui arpente les rayons pour approvisionner le foyer.

Le supermarché montre ce qui attire le plus son public : un rayon sucreries et un rayon laine fort achalandé. Cela donne-t-il une idée des activités d’hiver des dames ? La laine se vend en chiné ou normale, par pelotes de 50, 100 et 250 g. Il faut par exemple deux pelotes de 100 g pour réaliser une écharpe. Des revues de patrons sont aussi en vente, ainsi que des aiguilles de toutes tailles et de tous usages, notamment des aiguilles courbes pour le col et les chaussettes ou les gants, des bobines, et ainsi de suite. Les filles du groupe achètent chacune 1 kg de laine de diverses couleurs, en général austères (brun, beige, gris, violet), comme cadeaux aux amies d’âge mûr (leur âge) et mamans (désormais grand-mères sans toujours des petits-enfants). Les légumes, plutôt pâles, sont en panier, considérés comme des choses fragiles. La banane, importée, est le grand luxe du pays et assez chère. Le rayon viandes vend surtout de l’agneau préparé de diverses façons, mariné, épicé ou fumé, les gigots sous plastique, et de la charcuterie industrielle. L’Islande élève aussi le porc.

La pluie a cessé sur la route et il fait frais. Pour le pique-nique, Robert nous offre sa ferme au bord du fjord Hrutafjördur, côté est. Il élève 200 moutons, laissés libres l’été dans la campagne alentour. Mais il en faut 600 selon lui pour en vivre aujourd’hui. Il effectue donc de petits boulots annexes, comme la location de son camion et son activité de chauffeur tous terrains. Sa femme est une plantureuse matrone au visage carré. Ils ont deux fils de 20 et 16 ans et une fille dont il ne précise pas l’âge, mais qui doit être la petite dernière. L’aîné construit des ponts, le second poursuit des études à l’université. Les deux garçons jouent de la batterie et s’enregistrent. J’en entends un morceau au magnétophone alors que les autres s’en vont, et ce n’est pas mal du tout.

Nous sommes accueillis à notre descente de camion par deux chiens noir et blanc aux longs poils et la queue en panache. Ce sont des chiens islandais, experts en gardiennage de moutons. Ils auront nos restes d’os et de viande des côtelettes qui restent d’hier et que Le guide nous propose froides. « C’est très bon quand elles ont été très grillées », nous dit-il.

La ferme est composée de la maison d’habitation, d’un hangar à matériel, d’une bergerie et de balles de foin sous plastique blanc rangés le long du mur en attendant l’hiver pour nourrir les bêtes. La pièce principale de la ferme d’habitation, séparée des autres bâtiments, sert de cuisine, de salle à manger et de salon. Le plafond est de frette et le plancher de revêtement couleur bois. Canapé et fauteuils sont dans les tons bruns, ornés de fleurs et faces à la télévision et à la chaîne stéréo. Des tableaux peints ou brodés, des bibelots contournés, le tout est kitsch au possible, avec références culturelles nordiques et revêtements confortables.

Nous déjeunons de hareng au vinaigre ou à la crème curry, de saumon cru gravlax à l’aneth, croquant sous la dent. Il est très savoureux avec du pain noir et de la crème aigre. Le jambon, les saucissons épicés, les fromages divers (gouda local en tranches, ‘camembert’ local pasteurisé et une sorte de brie du même genre) et la soupe Knorr en sachet complètent le saumon.

Nous repartons en quittant les fjords du nord-ouest pour gagner le centre de l’Islande. Le paysage vert riant où paissent les moutons va laisser la place à une steppe désertique dès que la route monte. Sur le plateau central, la région des glaciers stérilise presque toute végétation. Seule une herbe rase subsiste, ou des lichens. Plusieurs lacs artificiels servent de réserves aux conduites forcées des centrales électriques.

Au gîte d’Aufagi, les chambres sont à quatre avec lits superposés. Trois douches sont disponibles, mais un bain collectif chaud est à l’extérieur (après douche) et les filles s’y précipitent pour trois quarts d’heure au moins, papotant dans le bain. Il ne pleut plus, mais le ciel est bas.

Nous dînons de crevettes au curry servies avec du riz, d’une salade verte et d’une crêpe en dessert. Je suis fatigué, même si nous n’avons pas marché. Les lits superposés sont sans rebord mais la psychologie fait que l’on ne tombe pas, l’inconscient ayant enregistré le risque.

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Martin découvre l’Amérique

Martin était cet étudiant baroudeur de l’École supérieure de commerce de Dijon dont j’ai parlé dans un ancien blog. En janvier 2009, il lançait un appel pour un raid dans les dunes du Maroc : « 4L Trophy cherche sponsors ». L’équipage de Martin et de sa compagne Anne-Sophie est arrivé 381ème sur 1022, ayant parcouru 2305 km. Il s’agissait d’utiliser la mythique Renault 4, prototype du génie mécanique national sorti à 8 millions d’exemplaires de 1961 à 1994. Celui qui parcourt le moins de kilomètres avec le moins de carburant était le mieux classé de l’étape.

Martin a terminé diplômé de l’ESC Dijon. Il est actuellement étudiant de MBA à l’University of Kentucky pour obtenir un double-diplôme franco-américain. Il est intéressé par le marketing et la finance et cherchera à l’issue de son année un poste de chef de projet ou de développeur. « University of Kentucky est une université publique Américaine située à Lexington, dans le Kentucky, aux USA. Fondée en 1865, l’Université compte actuellement 27 000 étudiants, dont 19 000 undergraduates (l’équivalent des licences) et 7 000 graduates. On peut étudier de tout à l’Université : business, ingénierie, médecine, droit, licence équestre. » Il découvre l’énormité de tout ce qui est Américain : « L’université est énorme : 300 fois la taille de la place Stanislas [à Nancy], son budget équivaut au PIB d’un petit pays Africain. Il y a tout là-bas : théâtre, des dizaines de bibliothèques, une banque, un hôpital… Le campus fait quatre kilomètres de long (près de la moitié de la largeur de Paris intramuros) et un kilomètre de large. Quatre lignes de bus sillonnent le campus pour permettre aux étudiants de se déplacer. » « Le stade Commonwealth, 67 000 places, est une fois et demi plus grand que le Parc des princes. »

Cette année, en MBA, Martin a décidé de découvrir l’Amérique. Il nous la fait partager sur un blog qui s’intitule simplement comme ça. Il va d’étonnement en étonnement. Par exemple, son arrivée à Lexington : « Petite bourgade très verte et prospère, avec ses gratte-ciel du centre ville, ses grosses voitures, ses maisons dans un cadre verdoyant. Plein d’écureuils pas effarouché partout, mais aussi des lapins, des oiseaux rouges nommés cardinal et des lucioles qu’on voit scintiller un peu partout à la lueur de la nuit. Il fait très chaud, environ 33°C, et très humide. Je me prélasse souvent autour de la piscine de ma résidence et je peux revenir dans mon logement avec air conditionné. J’habite en colocation avec deux Américains, chacun a sa chambre, c’est assez sympa. »

Ou encore début octobre : « J’ai assisté à une conférence en plein air (30°C à la mi-octobre) de Bill Clinton. On aurait cru une rock star à se faire applaudir ou acclamer par la foule… » Et puis Versailles est une ville située à l’Ouest de Lexington, Paris se situant pour sa part à un peu au nord-est de la ville.

Mais Martin a plus d’un tour dans son sac. Étudier ne suffit pas, il est également auto-entrepreneur d’un réseau de sites Internet, sur lesquels il vend des espaces publicitaires. Ce qui lui a permis pour un budget d’environ 850 $ (environ 650 €), grâce à un usage intensif des auberges de jeunesse et du bus, d’effectuer du 03 au 10 octobre un voyage dans l’Est américain. Avec au programme  la visite de Washington D.C, de New York City , de Boston, de Cape Cod (avec baleines)  et des Niagara Falls. Comme il le dit pragmatiquement (à l’américaine) : « cela implique aussi pour moi d’augmenter mes revenus publicitaires. »

Mais c’est cela aussi l’Amérique : In God We Trust mais mieux vaut avoir le sens du concret, de la débrouille, de l’initiative. Ce blog, annonce Martin, a pour but de « vous faire découvrir les USA de l’intérieur, en dehors des images classiques que l’on voit habituellement à la TV ou dans les séries américaines ». Tenir un budget est une plongée dans le bain. Car l’Amérique n’est pas la France ! Par exemple, note du 28 août : « On peut aller en prison si on urine sur un mur en extérieur aux USA. Un ami est resté 7 heures et a eu 150 $ d’amende. » Pas comme à Paris, hein ?

C’est aussi la malbouffe, ou plutôt l’absence de culture concernant la nourriture. Les cow boys sont comme les ados : ils ne pensent qu’à se remplir avant d’aller se vider. Manger fait plaisir ? C’est donc immoral pour un puritain. Il faut se nourrir, certes, mais à la va-vite et à moindre coût. Conséquence : « Je pense avoir pris 2 kg (donc j’évite désormais soda et fast-food). » Pas étonnant, vue la « bonne recette de cuisine » qu’il a glanée là-bas : « l’omelette de pâtes » ! Faire rôtir deux saucisses, puis cuire deux œufs (sans oublier la touche d’huile d’olive pour éviter que ça colle et pour le goût). Ajouter quelques dés de tomate, les oignons, les épices (origan, poivre…). Ajoutez ensuite une salade de pâte que vous avez préparée au préalable. Puis, un peu avant la fin de la cuisson, le fromage à fondue (pas trop tôt pour ne pas qu’il s’évapore lors de la cuisson) et les brocolis à la fin (pour conserver le goût craquant). Avec ce magmas pâteux aux saveurs très métissées … bon appétit ! Martin ajoute, non sans humour : « Important : ne pas suivre la recette, j’ai mis ce que j’ai trouvé dans le frigo. C’est plus l’idée qui compte… » En effet. Mais « Lexington est connue pour ses bourbons (Four Roses) fabriqués dans le comté voisin, son beurre de cacahuète – elle abrite la plus grande usine – mais aussi pour ses chevaux. Elle est considérée comme la capitale mondiale du cheval. » Vous verrez toute une série de photos de chevaux…

Martin vous livre encore ses découvertes de Chicago, Cincinnati, Memphis, de la distillerie Jack Daniels – en attendant le reste. Ce regard neuf et aiguisé est bien sympathique.

Les sites de Martin :

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Bonjour tout le monde !

Welcome to WordPress.com. This is your first post.

Après les déboires persistants du monde.fr, Fugues & fougue disparaît.

Il renaît ici sous le simple nom d’Argoul.

Je reprends tel quel mon tout premier texte blogué, il y a exactement six ans :

Premier blog, premiers pas, premier texte.

La vie me laisse du temps et je veux vous faire partager les rencontres et les joies, les chocs et les tristesses d’un individu particulier qui est moi. J’ai la conviction profonde que tout ce qui est authentiquement ressenti par un être particulier atteint à l’universel.

Nous allons parler de tout, montrer beaucoup. Je suis curieux, attentif et grand voyageur. J’aime l’espace, celui des étendues comme celui de l’esprit ou du coeur. Explorons-le. Le monde est beau et triste; les humains sont la plus grande source de joie et la pire source d’horreurs – nous ne sommes pas des dieux. Hélas.

Retenons ce qui fait vivre.

Je ne conçois pas un blog comme un texte gravé dans le marbre, définitif comme une pierre tombale. Même pas comme un livre. Je ferai des erreurs, je me tromperai, mon expression ne sera pas toujours le reflet exact de ma pensée. Ce pour quoi le blog se doit d’être interactif pour corriger, nuancer, apprécier, compléter. Celui qui pense n’est plus en tour d’ivoire, hors du temps et des hommes. L’écriture devient dialogue, avec ce recul de la main qui fait peser les mots et garde l’écrit moins évanescent que la parole.

Je vais parler de tout, mais à ma manière. Que l’on me dise le reste et surtout la manière des autres.

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La pointe aux oiseaux de Latrabjarg

Quittant le ferry, nous avons longé le fjord sur la côte sud, apercevant de loin le Snaeffels dont le sommet émerge des nuages. Le ciel demeure voilé avec des coins d’un bleu pastel délicat, parfois un instant de plein soleil. Nous voici dans les fjords du nord-ouest, paradis des oiseaux marins

Nous pique-niquons sur le sable d’une plage de la baie. C’est insolite, nous pourrions être en Bretagne sauf qu’il n’est pas question de nous baigner vu le vent et la température de l’eau à 8 ou 9°. C’est pourtant ce que font deux Allemandes, qui arrêtent leur voiture de location avant de s’avancer sur le sable, l’une en cape. Serait-elle nue dessous ? Presque, elle s’en est servi de drap de bain pour enfiler son maillot de bain deux pièces. Filmée par sa copine, elle ôte la cape et s’élance en courant dans les flots. Mais la pente est très douce et elle doit courir longuement avant d’avoir de l’eau à la taille. Elle se plonge une fois seulement avant de revenir. Interrogées par une qui parle allemand parce qu’Alsacienne, elles avouent habiter Bâle et Mulhouse. Elles passent trois semaines de vacances ensemble ici. La mulhousienne se baigne parce qu’il serait écrit dans leur guide teuton qu’il « faut » se baigner en Islande pour connaître vraiment le pays. Sauf qu’il y a aussi des sources chaudes, nettement plus confortables, où l’on peut se baigner en Islande… La vraie légende est que pour se dire « véritable Islandais », il faut être capable de nager nu de la côte vers l’île de Drangey, dans le Skajafjörd au nord de l’île, une torche à la main, tout en chantant l’hymne national !

Nous campons ce soir à la plage de Breidavik, ce qui permettra aux tentes de sécher la pluie d’avant-hier. L’hôtel du camp était autrefois un centre de redressement pour jeunes délinquants, nous dit le guide. Il y a 50 ans, c’était la norme vile que des gamins livrés à eux-mêmes fassent l’objet « d’abus sexuels », sans qu’on en précise la portée. Ce n’est que récemment que certains devenus adultes ont exumé ce scandale, s’apercevant que ce n’est pas bien, qu’il faut en parler, que tout le monde dénonce et que les médias adorent ça. De nombreux journalistes sont venus ici interroger la famille actuelle qui tient l’hôtel et qui n’a rien à voir avec ces affaires. Elle est lasse d’être associée aux turpitudes passées et d’être regardée avec une suspicion déplacée.

Nous passons la fin d’après-midi à la pointe de Latrabjarg, sur les falaises hautes de 444 m et longues de 14 km, à observer les oiseaux. Le guide se croit obligé de nous faire un cours infantilisant sur l’absence de cordes de sécurité et de dangers non balisés. Va-t-il bientôt une aide psychologique à tout trek d’aventures adulte ? Il faut dire qu’il a été habitué par ses parents soixantuitards à ce que tout ce qui rompt les habitudes, dans le monde, devienne un Disneyland où tout est beau, et tout le monde gentil… Il reprend parfois avec un certain plaisir revanchard : « c’est une tourbière ici, pas un terrain de jeu ». Même chose pour le vide et la sécurité : il y a des règles à respecter ! Il est amusant de voir contester les ex-contestataires et rétablir des normes qu’on voulait hier jeter aux orties comme castratrices.

Nous arpentons donc ce gigantesque roc à piafs. Nous ne sommes pas les seuls, le parking regorge de véhicules, un camion slovaque, une auto allemande, des motos italiennes et des 4×4 de location bourrés de Français et de Hollandais. Les Italiens ne sont pas dépaysés de voir des macareux nids. Il y en a partout, juste sous le rebord du sommet de falaise, entre la roche et la terre. Ces oiseaux ne sont pas farouches avec leur gros bec orange et ils se laissent observer aisément. Parfois, un visage se trouve à vingt centimètres d’un bec et les paires d’yeux se sondent, interloqués. C’est assez drôle pour un observateur extérieur.

Toutes les sortes d’oiseaux vivent ici, les mouettes tridactyles, les goélands, les fulmars, les sternes arctiques, les guillemots pataud et raides comme des manchots, des pingouins torda dont c’est la plus grosse colonie au monde. Début XXe siècle, le sport local était d’aller dénicher les œufs sur la falaise. On estime à 44 000 par an le nombre d’œufs subtilisés !

Nous restons une heure dans le vent et les plumes, avant de revenir au camp installer nos affaires et commencer à préparer le dîner. Il se compose d’un mélange de légumes émincés et cuits en poêle, et de pavés de cabillaud. Les légumes, poussés en serre hors sol, sont flotteux. Nous occupons la salle commune de façon un peu impérialiste pour ceux qui veulent gagner les couches en fond de pièce. Privilège exorbitant de tout groupe dont on ne prend pas toujours conscience. Le petit Hollandais est ainsi revenu en slip sur les bras de son père parce qu’il avait peur de traverser notre tablée bruyante d’adultes redoutables !

Suivent quelques explications géologiques du guide, qui précise n’avoir jamais fait d’études sur le sujet, mais être entraîné pour être formateur Éducation nationale. L’éruption de Lakagigar, fin 1783, a affamé la population islandaise, la faisant baisser d’un cinquième, réduite à 38 000 habitants. Le nuage de cendres a en effet fait crever 200 000 moutons, 28 000 chevaux et 11 000 vaches. Il atteint le reste de l’Europe porté par les vents, jusqu’en Afrique ! Il serait à l’origine de cinq ans de refroidissement climatique dans l’hémisphère nord, avec son cortège de mauvaises récoltes. Exaspéré, le peuple se révolte. Dans une France minée par l’écart entre noblesse et tiers-état, les révoltes de famine conduisent à la Révolution…

Avisant une mouche agaçante, Le guide lance cette question : « qu’est-ce qui passe par la tête d’une mouche quand elle s’écrase contre un pare-brise ? » Nul ne sait. Réponse : « son cul. » C’est tout lui.

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Gîte de Grundarfjördur et fjord Breida

Au nord de la péninsule du Snaeffels, nous nous arrêtons pour la nuit au bourg de Grundarfjördur. Pause supermarché pour renouveler les provisions collectives. Les caisses sont tenues par de jeunes garçons élancés qui n’ont pas plus de seize ans. Ils doivent faire ici leur travail d’été, en remplacement des titulaires en vacances.

Je goûte une bière maltée sans alcool à 1€ les 33 cl. Elle a plus le goût de caramel que de houblon. Un litre d’huile isio4 coûte 4€, chaque fruit et légume dans les 4€ pièce, produits sous serres ici. La nourriture majoritaire apparaît plutôt malsaine pour nos normes latines : plutôt composée de féculents et de poisson, de boissons sucrées et de conserves. La crise accentue la malbouffe parce que tout ce qui est sain est ici cher.

Pourtant, le régime nordique est révisé par les nutritionnistes. Ils disent que les conditions climatiques (pas de nuit, suivie de pas de jour chaque six mois, froid, vent, pluie) sont des conditions pour la flore et la faune qui concentrent les saveurs et les principes. Pour donner le meilleur, végétaux et animaux doivent souffrir un peu. Les antioxydants, lentement mûris, seraient plus forts que dans le sud. N’est-ce pas mettre de la morale luthérienne dans une nature qui n’en peut mais ? Justifier que l’effort paye, que souffrir est bon pour la santé, qu’on ne sera sauvé qu’au prix de la vallée de larmes ? L’aspect positif du régime nordique est surtout dans sa convivialité : condamnés à vivre en commun, calfeutrés durant les mois d’hiver, les habitants développent une pratique culinaire conviviale, le plaisir d’échanger des recettes et de faire la conversation, de goûter les produits. Les Islandais, d’ailleurs, voient leur espérance de vie élevée, de plus de 81 ans en 2007, hommes et femmes confondus.

Nous dormons au bourg, dans un gîte chez l’habitant, une vraie maison avec sous-sol et étage, non loin de la petite église géométrique et colorée comme un jouet. Les propriétaires logent ailleurs et louent tout aux touristes, nombreux de juin à septembre, et parfois même l’hiver pour le ski. Enlever les chaussures est obligatoire pour entrer dans le gîte, comme dans les refuges des Alpes ou dans les maisons japonaises. Nous sommes dans deux chambres dortoirs de six. A l’Islandaise, seulement deux douches sont disponibles pour douze.

Le guide dispose d’une vraie cuisine pour nous mitonner son menu. Il est imposé par l’agence, mais sa réalisation est laissée à son initiative. Nous avons ce soir un pot au feu de mouton mais la viande est cuite à part pour ne pas trop graisser le bouillon. En revanche, c’est mon tour de vaisselle avec deux autres. Pour douze, ce n’est pas une mince affaire, d’autant que les gamelles sont en proportion. La soirée se poursuit par un cours de géologie sur le rift. L’est islandais est sur la plaque eurasiatique tandis qu’ici, à l’ouest de l’Islande, nous sommes déjà sur la plaque américaine. On ne peut donc pas dire, comme tout le monde le fait, que la péninsule soit « le point le plus à l’ouest de l’Europe »…

Nous devons nous lever tôt pour atteindre le ferry de 9h à Stykkishölmur. C’est un petit port comme les autres où les bateaux de pêche, quelques voiliers et les ferries sont rangés sagement derrière les jetées. Les maisons de tôle et de bois s’étagent sur la colline qui le domine. L’une d’elle porte deux chats en porcelaine sur son pignon ; ils surveillent la rue. Au loin, le Hellgafell, une montagne de basalte de 73 m de haut où fut enterrée Gudrun, héroïne de la Laxdaela saga. Le bourg et ses dépendances comprennent quand même près de 1500 habitants. Une maison noire aux encadrements de fenêtre blancs est dite ‘norvégienne’. C’est un style austère, luthérien, inspiré de Norvège, et qui était en faveur au XIXe siècle pour les maisons cossues. Celle du bourg, construite en 1832 pour l’armateur Arni Thorlacius, elle fait aujourd’hui office de musée d’histoire régionale.

Peu avant 9 h, nous montons sur le gros ferja (ferry) en bout de quai. Les machines trépident déjà tandis que les familles grimpent la passerelle et présentent leurs billets. Il y a surtout des touristes étrangers, même si l’on peut s’y méprendre. Il est vrai qu’en été, deux personnes sur trois rencontrées sont étrangères, les touristes triplent la population !

Les petits blonds ou blondes peuvent être Allemands, Scandinaves, Anglais ou Islandais. Les non-Islandais se reconnaissent à leur peau plus dorée et les Hollandais à leur taille élancée. Les deux gamins de cinq ou sept, ans en ciré bleu vif et pantalon à bretelle sont anglais. Le kid de huit ans à bonnet et sweat, comme s’il avait froid, est hollandais. Le neuf ans qui reste en léger sweat-shirt sans frémir malgré le vent de la vitesse qui croît, passionné par un gros livre de BD intitulé ‘Rista’, et parfois par son petit frère, est lui Islandais.

Un couple d’amoureux dort, têtes emmêlées, c’est mignon.

Lors de l’arrêt à mi-fjord sur l’îlot-hôtel de Flatey, le soleil perce la brume et donne chaud. Dans l’eau nagent des eiders et des phoques, dont la grosse tête ronde émerge comme une bouée de pêcheur. Au bout d’un banc de roches, un petit phare orange au toit rouge est bâti comme un clocher. Débarque une remorque et une palanquée de touristes, destinés à la pêche ou à la plongée. Qu’y a-t-il d’autre à faire sur un tel îlot peuplé seulement d’une quarantaine d’habitants ? Il y eût jadis un monastère renommé qui a émigré sur le continent. Il a laissé à la fin du XIVe siècle le Flateyjarbok, un manuscrit de toute beauté qui raconte l’histoire des rois scandinaves.

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Les oiseaux d’Arnarstapi

Article repris par Medium4You.

Arnarstapi, au bout de la route, est un tout petit port islandais charmant tel qu’on en voit à Terre-Neuve. Une jetée renferme en un court carré quelques bateaux de pêche. Sur la falaise qui la domine, volent et crient une multitude d’oiseaux de mer : mouettes, goélands, sternes, cormorans, fulmars, macareux, eiders… Certains se reposent au bord du vide, le bec sous l’aile, une tache blanche de guano sous les pattes.

Tout cela nidifie dans les creux de falaise en orgues basaltiques qui se précipitent dans la mer, en contrebas. La houle vient s’y briser, laissant une mousse persistante. L’air est vif, odeur saline, le vent excite le vol des oiseaux et leurs piaillements, le crachin nous enduit d’humidité salée et poissonneuse. De vagues relents de guano flottent dans les courants ascendants, venus des nids où les petites boules de duvet attendent, bec levé, la provende adulte. La côte est ici très découpée, en vert, noir et bleu. Nous ne sommes pas seuls, pas mal de touristes s’y promènent, jumelles d’une main et parapluie de l’autre. Pour certains, l’endroit n’est qu’une suite de rocs à piafs ; pour d’autres, des lieux précieux de nidification.

Nous longeons les falaises jusqu’à Hellnar, où la route nous rejoint. Le camion est garé sur le parking, face à trois bikers dont les grosses Harley-Davidson noires viennent d’Italie. Ils casse-croûtent sur le banc de béton, cuir sur le dos et casquette sur la tête, bravant la bruine qui lutte désormais avec le soleil par épisodes. Nous prenons notre pique-nique debout, la table protégée du vent par le camion. Le menu est le même : fromage en tranches, jambon fumé, hareng au curry, saucissons divers, soupe et café.

Le camion poursuit sa route en contournant le Snaeffelsjökull (le glacier du Snaeffels) qui domine la péninsule. Nous longeons une côte basse qui grimpe rapidement, ornée de cascades, avant de redescendre et de laisser la place à des prés à moutons. Ils sont blancs, noirs et beiges, les troupeaux mélangés. Les fermes basses ne sont plus au toit de tourbe comme auparavant, mais en bois et tôle ondulée, peintes en blanc, en noir ou en rouge.

Quelques petits chevaux à longue crinière, typiquement islandais, paissent les enclos. Ils servent aux bergers pour rassembler les moutons, mais aussi aux randonnées à cheval et même à exporter leur viande au Japon. Le cheval islandais est une race jalousement préservée, héritière du haut moyen-âge et contrôlés par l’institut hippique de Holar. Tout cheval sorti d’Islande n’y peut revenir, afin d’éviter la contamination génétique. Sa caractéristique est d’aller à cinq allures différentes, contre quatre pour les autres races. Le cheval islandais pratique en effet une sorte d’intermédiaire entre le trot et le galop appelé tölt (teult) où jamais plus d’un sabot à la fois ne touche le sol.

Nous traversons le bourg charmant d’Olafsvik. Il comprend peu d’habitants mais la panoplie complète, en son centre, des attributs d’une ville : mairie, école, église, piscine, terrain de foot. Le tout est concentré sur quelques centaines de mètres carrés. Les maisons ont des façades colorées pastel de diverses nuances, le 4×4 devant. Les gosses roulent en vélo parmi une circulation réduite et limitée à 30 km/h. Le supermarché-station service vend de tout et sert de lieu de convivialité pour les habitants. Ce bourg, isolé à l’extrémité de sa péninsule, donne une impression de vie entre soi, assez chaleureuse mais consanguine. Tout le monde connaît tout de tout le monde et la liberté individuelle n’en sort pas grandie. Le conformisme doit y régner et l’étranger au pays être regardé avec fascination-répulsion.

Nous n’apercevrons pas le volcan qui surplombe la péninsule, isolé dans ses nuages. C’est que qui est arrivé aux héros de Jules Verne lorsqu’ils ont voulu que le soleil pousse l’ombre d’un des pics sur l’entrée souterraine, selon les indications cryptées de l’alchimiste Arne Saknussem découvertes dans un manuscrit par le professeur d’université de Hambourg Lidenbrock. L’ascension du Snaeffels reste dangereuse, car la plupart du temps dans le brouillard. Et à quoi bon puisque, du sommet, on ne voit rien !

Certes, le paysage est varié, mais la brume constante suscitée par le glacier le rend fantomatique. L’ambiance est propice, dans le crépuscule constant des mois d’hiver, à imaginer des êtres fantastiques. La mythologie scandinave est friande de ces êtres intermédiaires entre les hommes et les dieux ou les démons. Les elfes, popularisés par le film issu d’un auteur irlandais, ‘Le seigneur des anneaux’, sont présents dans les sagas. Ils ressemblent aux hommes mais peuvent rester invisibles ; ils sont en général favorables, mais malicieux si on les provoque. Ce sont probablement des projections des attitudes humaines : ils aident qui s’aide et enfoncent qui récrimine dans le ressentiment. Les elfes sont des humains épurés, plus beaux et plus intelligents, en phase avec la nature dont ils hantent les sources et les forêts. Les trolls sont plutôt difformes et laids, bien que sans parole et très forts. Ils traitent les humains comme ils sont traités mais préfèrent vivre dans les grottes, les montagnes et les falaises à oiseaux. Faut-il voir en ce partage entre beau et laid, fluet et robuste, forêts et grottes, une distinction légendaire entre peuples nouveaux, venus des grandes plaines d’Europe, et les populations archaïques de Neandertal qui ont cohabité avec elles quelques milliers d’années ?

Les Islandais croient que le glacier du Snaeffels est l’une des sept principales sources d’énergie du globe, issues du centre de la terre. Jules Verne n’a pas écrit pour rien. Mais il avait ce travers de l’écriture romantique : l’enflure. Tout homme grand est un géant, tout vieux un patriarche, tout gamin un ange, tout cheval monté un centaure, toute sentence un universel et autres exagérations à prétentions culturelles. Ainsi des orgues basaltiques d’Arnarstapi, que Jules appelle seulement Stapi au chapitre XIV de son Voyage extraordinaire. Les flûtes noires sculptées par la cristallisation dans la falaise sont pour lui « une suite de colonnes verticales, hautes de trente pieds. Ces fûts droits et d’une proportion pure supportaient une archivolte, faite de colonnes horizontales dont le surplombement formait demi-voûte au-dessus de la mer. » Et d’évoquer aussitôt « les débris d’un temple antique »… Misère du style théâtral, si cher au XIXe siècle français.

Reste que les plages blanches succèdent aux plages noires sur les 90 km de la péninsule, que les roches contrastées s’étagent en couches ou en cheminées, que des fumerolles signalent des sources chaudes tandis que chantent des cascades de loin en loin. Sur tout cela volent 54 espèces d’oiseaux, se faufile le renard arctique et galope le cheval islandais, tandis que nagent au large phoques, rorquals et baleines.

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Histoire islandaise

Article repris par Medium4You.

Ce matin, il pleut. Nous démontons les tentes sans les laisser sécher. Après deux bols de café allongé et un de yaourt, nous remettons tout dans le bus et reprenons la piste. Nous repassons le chaos basaltique jusqu’à la route et la suivre sur la péninsule du Snaeffels.

Le guide, Français de l’est, fils d’un couple soixantuitard, nous entreprend au micro sur l’histoire islandaise et sa littérature. Lui n’a jamais été grand lecteur, il nous déclare que les sagas sont « chiantes comme les ‘Mémoires d’outre-tombe : au bout de deux pages, j’ai refermé ». Chacun jugera de la culture des années 1980 dont il est le sympathique mais ignare représentant. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé la sage d’Erik le Rouge à 15 ans ; il est vrai que j’avais déjà lu en entier les ‘Mémoires d’outre-tombe’.

L’Islande viking s’est fondée sur le refus de la centralisation royale norvégienne. Aristocratie et individualisme équilibrent la méfiance de toute autorité politique. L’Althing est le parlement qui réunissait en assemblée plénière tous les hommes libres une fois l’an dans le site de Thingvellir, au sud-ouest de l’île. Il fut instauré vers 930. Le pays n’avait ni pouvoir exécutif, ni armée, ni administration.

La grandeur médiévale de l’Islande est dans sa littérature, dont les Islandais sont très fiers. Ils organisent des ‘sagas trails’ destinés aux touristes, dans les hauts lieux vikings de l’île. Une brochure en énumère trente et une ! Exclusivement en langue nordique, les sagas parlent d’aventures, dans un esprit tolérant et ouvert, avec un coup d’œil historique fondé sur les faits et la critique des sources. L’existence est tragique, mais la vie se doit d’être énergique, active, fondée sur le courage, l’honneur et la loi. Elle est écrite dans une prose rapide et sans sécheresse, avec ce regard froid qu’aimera Flaubert. Elle pratique understatement, ellipse et formules bien frappées. Objectivité, précision et dynamisme en font un style très moderne, reflet d’un état d’esprit non conforme, se méfiant des autorités comme de toute eschatologie. Les Eddas évoquent la mythologie et l’action ; la poésie scaldique est magique, funéraire et de cour, usant de la métaphore filée et d’un mètre à multiples variantes ; la littérature de clercs recueille les lois et les biographies, conte les sagas des rois, des contemporains, de familles d’aventuriers explorateurs, et les sagas légendaires. Les romans rimés seront développés à la suite d’histoires de chevaliers et de contes populaires au XVe siècle.

La conversion au christianisme a été adoptée en 999 par le parlement, du fait des missionnaires apparus vers 980 et des incitations du roi de Norvège. Les pratiques païennes resteront tolérées, comme l’exposition d’enfants non désirés et les sacrifices privés, mais l’esclavage sera aboli vers 1100. Le premier évêque islandais, Isleif Gissurarsson, fut consacré à Brême en 1056. Environ 300 paroisses seront crées, le clergé n’exigeant jamais le célibat. Une dizaine de monastères vont se créer à partir de 1133.

Ce sont les troubles entre grandes familles au XIIIe siècle qui vont précipiter l’intervention du roi de Norvège, pressé par l’Église. En 1264, l’Islande était devenue partie du royaume, soumise à la hiérarchie et aux taxes des gouverneurs royaux, et l’Althing ne servit plus à grand chose. Le pays connu la misère, la Norvège se révélant incapable de ravitailler l’Islande, la laissant à merci des pirates allemands ou anglais. La Réforme fut imposée par les Danois, qui avaient repris le commerce avec l’Islande et administraient l’île en 1537. Le dernier évêque catholique fut exécuté. L’absolutisme du royaume de Norvège et Danemark, instauré dès 1660, fut imposé à l’Islande et l’Althing, réduit au rôle de tribunal, fut supprimé en 1800.

Les détériorations climatiques vers 1400, les redoutables hivers de 1695 et 1696, de graves épidémies venues du continent durant tout le XVe siècle, puis la variole de 1707 qui tua 18000 personnes sur 50 000, les éruptions volcaniques des années 1780 qui ont tué plus de 1000 personnes, ont déstabilisé la population islandaise, qui n’a retrouvé le nombre de 50 000 qu’en 1823. L’abolition du monopole des compagnies, qui sévissait depuis le XVe siècle, a permis l’essor du commerce et l’amélioration des récoltes. L’émigration vers le Canada a cependant été forte à la fin du XIXe.

L’Althing a été rétabli en 1845, une Constitution en 1874, l’autonomie en 1904, l’Université d’Islande en 1911. L’occupation allemande d’avril 1940, le débarquement britannique de mai 1940, suivi de l’occupation américaine de juillet 1941, ont permis à l’Althing de se séparer complètement du Danemark. La République fut rétablie le 17 juin 1944, revenant au statut de liberté avant 1264. L’Islande appartient à l’OTAN, à l’OCDE, et demande à intégrer l’UE.

Halldor Laxness fut prix Nobel de littérature en 1955, pour son itinéraire du catholicisme au marxisme avant de rejoindre la sagesse orientale. Le socialisme va créer un mouvement de poésie « atomique », influencé par le surréalisme, pour faire de la poésie une subversion. Mais la génération contaminée, née dans les années 1920, laissera la place – comme ailleurs – à une génération moins militante.

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Misère de l’Islande après crise

Article repris par Medium4You et Ideoz voyages.

Ce matin, il pleut à nouveau, un vrai temps de Terre-Neuve. Notre camion-bus 4×4 arrive, haut sur pattes, un Unimog Mercedes rouge vermillon conduit par Robert. Il n’a pas de nom, ou plutôt il est, comme tous les Islandais, « fils de ». Hommes et femmes s’appellent par leur prénom, se distinguant seulement par le nom du père pour les garçons (Machin-son) ou mère pour les filles (Machine-dottir) accolé au nom : Leif Ericsson était fil d’Eric le Rouge.

Robert est fermier dans les fjords du nord-ouest mais, avec 200 moutons seulement, doit faire des travaux d’appoint pour s’en sortir. Il passe deux mois par an dans le tourisme. Sa cabine est toute décorée de cailloux collés, de pièces de monnaie, de griffes d’oiseaux, de plumes noires et autres vertèbres de requin. Un véritable antre de sorcière runique ! Discret, il parle anglais et m’expliquera que c’est son père qui a aménagé ce camion, acheté aux surplus militaires, et décoré ainsi la cabine. Sur les flancs extérieurs du camion est écrit Halendingurin. Je lui demanderai quand je le connaîtrai mieux ce que cela signifie. Cela veut dire « hommes des montagnes » ou montagnards. Façon de marquer ce qu’il transporte.

Nous sortons en début de matinée d’un Reykjavik désert pour prendre la route n°1 vers le nord, vers le Hvalfjördur ou fjord de la baleine qui est une avancée au-dessus de Reykjavik. Nous ne verrons des files d’autos rentrer vers la capitale qu’en fin d’après-midi, des chalets secondaires. Le temps gris avive la couleur des façades, pimpantes pour agrémenter le paysage. Le guide en profite pour nous expliquer que le décor cossu est désormais Potemkine. Les Islandais sont ruinés et ont des dettes pour des décennies après la faillite de leurs principales banques et la mise sous tutelle du FMI. Les belles maisons ne sont parfois plus même à eux, les grosses voitures sur le point d’être vendues.

En octobre 2008, les trois banques du pays ont implosé par excès de dettes, huit à dix fois le PIB annuel du pays ! La bourse a chuté de 95%, la couronne a été suspendue et les banques nationalisées en catastrophe. Le gouvernement britannique, qui ne fait jamais dans la dentelle avec les faibles, a inscrit l’Islande sur la liste des états terroristes pour avoir « escroqué » les épargnants en ligne avec leur banque Icesave. L’économie, ouverte volontairement sur l’extérieur, a profité du boom mondial pour atteindre 4% de croissance par an de 1998 à 2008. Les moyennes entreprises de niches dans la découpe alimentaire, les prothèses, ou les usines de traitement de la bauxite en profitant de l’énergie bon marché ont favorisé l’essor.

Mais l’économie est allée trop vite et le système forcément incestueux dans un pays où tout se monde se connaît a encouragé les excès. La Banque centrale a dû augmenter ses taux pour juguler la hausse des prix. Ces taux attractifs ont aspiré les capitaux internationaux, à la recherche de rendement, permettant le carry trade : emprunt en devise à bas taux pour placer en devise à rendement élevé. L’endettement en devises étrangères est alors devenu un sport national. Les rachats d’entreprises à l’étranger aussi. La vie s’est mise à crédit, sur le modèle américain. D’où la catastrophe lorsque tout s’est brutalement retourné : il faut désormais rembourser en devise avec le travail rémunéré en couronne dévaluée !

Eva Joly, a été invitée le 8 mars 2009, un dimanche à 12 h 30, sur RUV TV, la télévision publique islandaise, par le présentateur Egill Helgason, très francophile. « Je voulais qu’elle nous donne son avis sur la banqueroute de l’Islande où plus de 100 milliards de dollars se sont volatilisés, que notre petit pays de 320 000 habitants mettra trois générations à rembourser. » Un tiers de la population a subi l’interview comme un électrochoc. Deux jours plus tard, la ministre de la Justice Ragna Arnadottir embauche Eva Joly comme conseillère du gouvernement pour assister le procureur Hauksson. Quatre grandes banques islandaises, Kaupthing, Landbanski, Glitnir et Straumur Burdaras, ont été nationalisées parce qu’elles étaient en faillite. Au moment du boom quelques milliardaires se partageaient l’économie islandaise avec l’argent facile des banques et grâce à la complicité des politiques au pouvoir. Ils ont disparu depuis octobre 2008, exilés à l’étranger. Mais Eva Joly est prudente : « L’Islande est une petite communauté où tout le monde se connaît, où le beau-frère et le cousin ne sont jamais loin. Il y a aussi des gens qui sont contre ces investigations, qui préféreraient attendre que la poussière retombe. »

La dette phénoménale envers les banques anglaises et hollandaises (3,9 milliards d’euros) a été refusée par référendum au printemps, ce qui suspend les prêts du FMI. Les Islandais ne veulent pas payer pour les banksters ! D’autant que les autorités de régulation anglaise et hollandaise n’ont manifestement rien vu, rien surveillé… La dette par foyer fiscal islandais serait autour de 50 000 euros, la dette d’État à fin 2009 est de 105 % du PIB selon un rapport du FMI d’avril 2010, la dette globale envers l’étranger de 300%. C’est la crise, la ‘kreppa’ comme on dit ici.

Hors le tourisme, la pêche est réglementée pour cause de disparition des espèces. L’énergie hydroélectrique et géothermique, très peu chère en Islande, a attiré des usines de traitement d’aluminium mais la crise les fait tourner au ralenti, tandis que la production d’énergie a été privatisée auprès d’entreprises canadiennes… Dans ce contexte, avec quelle production rembourser l’énorme dette ? Déjà couper dans les dépenses d’État où les fonctionnaires ont augmenté de 30% en dix ans. Puis l’émigration d’une partie de la jeunesse, confrontée au chômage. L’annulation de dettes à certaines entreprises par les banques, à nouveau privatisées.

Mais la récession 2009 a été moins forte que crainte, de 6,5% seulement, et le taux de chômage n’est pas allé au-delà de 10% de la population active grâce aux mesures budgétaires de soutien et au coup de fouet aux exportations grâce à la chute de la couronne. Environ 30% des crédits à la consommation et 15% des crédits immobiliers sont l’objet de défaut, mais heureusement assez rares sont les Islandais qui ont des prêts en devise (c’est finalement loin d’être la majorité).

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Un soir à Reykjavik

Article repris par Medium4You.

Nous arrivons en Islande dans un climat breton, crachin et nuées. Il fait autour de 16°. Mais le temps ne dure jamais. Un proverbe local dit que s’il ne vous plaît pas, attendez cinq minutes. De fait, la pluie ne tarde pas à s’arrêter et le ciel à se dégager sur le soir, prenant une délicate teinte azur. Le jour est quasi perpétuel à cette date de l’année et le crépuscule ne tombera que fort tard, vers minuit et demie, avant de renaître trois heures plus tard.

Le parking de l’aéroport de Keflavik nous offre l’ornement de sculptures modernes dont un œuf d’acier poli d’où sort un bec de Concorde. L’oiseau est si gros qu’il a, adulte, au moins l’envergure de l’avion. Le bus est conduit par une chauffeuse blonde à carrure de catcheuse qui doit caresser la bouteille en fin de semaine. C’est, dit-on, la tradition ici que la cuite du vendredi. Pas étonnant à ce que l’alcool soit taxé à 1000% et vendu exclusivement en magasins d’État !

L’aéroport de Klefavik est situé sur l’extrémité du cap sud-ouest de l’Islande, à 48 km et 40 mn de la capitale Reykjavik où vit la moitié de la population du pays. Le nom de la ville signifie ‘baie des fumées’ parce qu’on y voit des fumerolles. Le bus nous disperse en chambres d’hôtes. Notre auberge porte le doux nom d’Alfhöll, soit quelque chose comme « le château des elfes ».

Une fois les affaires posées, nous déambulons à quatre dans la vieille ville, retrouvant l’itinéraire du jeune Axel en juin 1863 dans Jules Verne. « La plus longue des deux rues de Reykjavik est parallèle au rivage ; là demeurent les marchands et les négociants, dans des cabanes de bois faites de poutres rouges horizontalement disposées ; l’autre rue, située plus à l’ouest, court vers un petit lac, entre les maisons de l’évêque et des autres personnages étrangers au commerce » (chapitre IX). La rue qui monte au lac existe toujours, plus que jamais. L’artère commerçante parallèle à la mer s’est bien enrichie depuis un siècle et demi, les boutiques modernes sont de verre et béton, offrant en vitrine leur pulls de laine à motifs caractéristiques islandais, leurs livres de photos grandioses, des casques à cornes pour gamins turbulents (qui n’ont jamais existé), des tee-shirts reprenant le mythe viking, des bijoux fantaisies et ainsi de suite.

Les restaurants sont chers, car chics, le plat principal coûtant de 1800 à 5000 KR (soit de 12 à 32 euros). Après la quasi faillite du pays, la couronne vaut la moitié de ce qu’elle valait, soit 156 KR pour 1 €. Le tourisme étant le principal attrait du pays en été, les habitants ruinés en profitent pour faire le plein ! Il y a nombre de pizzerias, restaurants japonais et autres bouffe internationale au prix des Champs Élysées. Rien de typique, sauf (sur commande) du steak de renne et du macareux rôti. Pas de quoi, fouetter le chat du professeur Lidenbrock ni de son neveu Axel dans le ‘Voyage au centre de la terre’ de Jules Verne. Eux se sont régalés de spécialités locales : « L’hôte nous servit une soupe au lichen et point désagréable, puis une énorme portion de poisson sec nageant dans du beurre aigri depuis vingt ans, et par conséquent bien préférable au beurre frais, d’après les idées gastronomiques de l’Islande. Il y avait avec cela du skyr, sorte de lait caillé, accompagné de biscuit et relevé par du jus de baies de genièvre… » (chapitre XIII).

Nous relevons quand même deux menus islandais : le menu baleine et le menu macareux. Tous deux coûtent 5900 KR (38€). Le baleine offre en entrée un potage de homard, en plat un steak de baleine au poivre et en dessert le lait caillé skyr. Le macareux offre du macareux fumé en salade vertes vinaigre de framboise, du bréchet de macareux rôti et du lait caillé skyr pour finir. Quand nous verrons les brochures de l’office de tourisme sur le « dining out », nous serons surpris de voir qu’elles sont illustrées d’un mec torse nu et d’une fille très déshabillée : en pays luthérien, la gourmandise est proche du sexe et tout restaurant a quelque chose d’un bordel…

Il est plutôt conseillé d’acheter en supermarché ce qui est nécessaire à un pique-nique, ce qui ne nous coûtera guère que 1000 KR (moins de 7 €). Ce que nous faisons, avant d’aller sur la rive de la baie Raudaravik, déguster nos provisions. Deux policiers tout en noir, ornés d’instruments divers de leur métier à la ceinture et en baudrier, font leurs emplettes et nous regardent avec curiosité. Il est vrai qu’en ce dimanche, les Reykjavikois sont partis en long week-end de trois jours pour la fête des commerçants et que les étrangers sont presque seuls à arpenter les rues.

Les seuls magasins ouverts sont dédiés au tourisme : bars, librairies-café, restaurants, boutiques de souvenirs et de produits locaux, supermarchés. Les distributeurs de billets sont pris d’assaut, mais nombre de cartes bancaires refusent la transaction : les banques islandaises font l’objet de suspicion après leurs déboires avec les banques anglaises et hollandaises. Nous retrouvons les visages de nombre de ceux qui étaient dans l’avion.

Les rares jeunes Islandais sont plutôt en bord de mer ; ils arborent un tee-shirt moulant à col en V. Pour eux c’est l’été malgré les 16°. Nous supportons sans peine le pull polaire en plus mais nous n’avons pas leur constitution. Adultes, ils deviennent peu à peu ces hommes « robustes, mais lourds, des espèces d’Allemands blonds à l’œil pensif, qui se sentent un peu en dehors de l’humanité », que décrit Jules Verne en 1863 (chapitre IX). Les filles sont grandes et robustes, surtout quand elles arpentent la rue touristique en hautes bottes et minijupe à volants. Seul le pull épais aux motifs islandais permet de les distinguer des éventuelles nageuses est-allemandes venues en touristes.

La baie de Faxa s’ouvre avec, dans la brume des lointains, le sommet étincelant du Snaeffels à l’ouest. Le vent nul laisse la mer étale, sans une ride. Des sternes passent en criant sur nos têtes tandis que des femelles eider nagent tranquillement le long des rochers. Au monument viking se dresse un squelette de knorr en acier brillant. Ses membrures dressées fièrement vers le ciel attirent les jeunes garçons de la capitale ; ils font s’arrêter la voiture des parents devant pour aller grimper dans la mâture, rêvant sans doute à quelque exploration lointaine face à la baie.

Sur un quai du port, est amarré l’Octopus, le yacht de croisière sophistiqué du cofondateur de Microsoft.

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Vers l’Islande

Article repris par Medium4You et Ideoz voyages.

L’Islande, pays de la glace et du feu, est une partie émergée du rift océanique qui sépare les plaques tectoniques eurasiatique et américaine. Le magma qui pulse éloigne l’Amérique de l’Europe à la vitesse de 2 cm par an. L’île de 103 000 km² est un plateau volcanique aux côtes profondément entaillées de fjords. Bien que située sur le cercle polaire, le climat est tempéré par l’océan, là où meurt le Gulf Stream.

Les moines cherchaient des lieux déserts pour vivre en ermites et l’Islande est mentionnée pour la première fois dans les écrits par l’irlandais Dicuil en 825. La société norvégienne changeait, devenant plus hiérarchique et plus centralisée pour faire face à la pression de Charlemagne au sud. Il avait annexé la Frise en 770 et s’était attaqué à la Saxe. Les Norvégiens réfractaires à cet autoritarisme, qui voulaient préserver la relative égalité des chefs de clans, sont partis coloniser l’Islande. Le premier hivernage a eu lieu en 865 et le peuplement dès 870 sur le site de l’actuelle capitale Reykjavik. Il est dit que le chef de clan a jeté les bois de son trône à la mer et a suivi les courants pour s’établir là où ils touchaient côte. Ce serait bien dans le pragmatisme viking que cette loi d’efficacité : le moindre effort pour rentrer chez soi, même s’il n’y a pas de vent, la mer vous poussant le knorr sans voile ni rames.

Pâturages et pêche étaient les principales ressources des colons, venus pour échapper au pouvoir royal qui se faisait insistant en Norvège. Céréales et bois seront toujours importés. Les chefs étaient accompagnés de clients et d’esclaves celtes, razziés dans les îles britanniques lors des raids vikings. Le ‘Livre de la colonisation’ au XIIe siècle (Landnamabok) énumère 400 chefs et plus de 1000 immigrants venus avant 930. Erik le Rouge, banni d’Islande, a colonisé le Groenland à partir de 985, terre aperçue pour la première fois vers 900. L’un de ses fils, Leif l’Heureux, allait explorer le Vinland sur la côte canadienne. Lucien Musset, historien spécialiste du monde nordique ancien, estime la population de l’Islande médiévale à 30 000 personnes environ et celle du Groenland à 3000 seulement. Jules Verne, dans ‘Voyage au centre de la terre’ évalue la population à 60 000 personnes en 1863. Les habitants sont un peu moins de 320 000 aujourd’hui.

Le pays, au relief tourmenté, se découvre en 4×4 et à pieds. J’ai donc voulu partir avec Terres d’Aventure en 1987, l’un de mes premiers voyages. Las ! Le circuit était complet et je me suis retrouvé en Norvège. J’y ai rencontré Éliane, qui m’a entraîné à Katmandou l’année suivante. L’Asie m’a séduit et je l’ai arpentée longtemps. Mais je n’ai pas oublié l’Islande. La crise financière et l’endettement faramineux des banques du pays, la paralysie du trafic aérien au printemps par l’éruption du volcan au nom qui n’est imprononçable que pour ceux qui ne veulent faire aucun effort. Eyjafjallojökull se dit éyafialayeukoul ; c’est un peu long mais parfaitement formulable.

Le souvenir de Jules Verne m’a fait choisir le circuit intitulé ‘Voyage au centre de la terre’… Pas de descente en cratère pour ce trek islandais, ni même d’ascension du Snaeffels, cher à Alex, 18 ans en 1863 dans le roman de Jules Verne. Mais un circuit en boucle qui suit les fjords de la moitié ouest de l’île en revenant par les glaciers du centre et les cascades du sud. Falaises en trapp où nichent les macareux, longues plages de sable noir, coulées d’obsidienne dans les monts centraux, prés vert et jaune, plateaux désertiques, flots gris orage – le paysage est contrasté et le circuit en parcourt la palette en deux semaines.

Un mois d’août, me voici donc à Roissy, au terminal anarchique et encombré d’où partent les charters. Il pleut et les grands départs rendent tout déplacement très lent. Au comptoir d’Islande, familles, jeunes couples, ados et retraités partagent la queue. L’enregistrement d’à côté, pour le Maroc, voit des enfants petits, déjà en tongs et débardeurs et prêts pour la plage. Dans la queue d’Islande, les vêtements sont polaires et les passagers plus âgés. J’aime à attarder mon regard sur les teints frais des filles émoustillées par le départ comme par leur copain musclé à côté ou par la perspective de rencontres en vacances. Un vieux couple derrière moi râle déjà de tout ce qui ne va pas comme ils veulent. Un père barbu emmène ses deux garçons de 15 et 13 ans pour une semaine découvrir ‘L’âme islandaise’, un autre circuit Terdav. Lui a l’apparence d’un instituteur et les gamins sont tout maigres mais jolis de visage. Une autre famille réuni les parents dans la trentaine, un Martin bronzé de sept ans et sa petite sœur. Une mère seule emmène son adolescent de 14 ans à la crinière de lion.

La compagnie est l’Iceland Express, un charter minimal aux avions loués qui ont plus de vingt-cinq ans, les sièges écrits encore en hébreu pour avoir appartenu à El Al. Pas de repas servi, tout est payant, les boissons à 2€, 5€ si elles contiennent de l’alcool (très taxé en Islande), le sandwiche mou à 8€. Évidemment, tous les liquides et toutes les pâtes sont interdits à l’embarquement, même le beurre de la tartine ! Il faut payer à la sandwicherie du terminal ou payer dans l’avion. Un film à la gloire des minorités hispaniques américaines passe sur les écrans, mais il faut débourser plusieurs dizaines d’euros pour avoir l’écouteur. Je me contente de ne rien prendre du tout. Il n’y a heureusement que trois heures de vol.

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Autoportrait en Viking

Article repris par Medium4You.

Il y a longtemps que j’aime les Vikings, ce pourquoi je voulais aller visiter l’Islande depuis un quart de siècle. Les Vikings, connus durant mes études par les livres et les cours de Frédéric Durand, Lucien Musset et Régis Boyer me fascinent. Non parce qu’ils seraient des héros inaccessibles d’un âge d’or enfui, mais parce que leur tempérament, leur attitude devant la vie, me sont étrangement familiers. Ai-je en moi quelques gènes venus du nord, à bord d’un knorr ondulant sur les vagues ? Ce ne serait pas impossible, mais peu importe.

Les Vikings, dont le mythe a été étudié dans l’histoire littéraire par Régis Boyer (Le mythe viking, éditions du Porte-Glaive 1986) ne sont ni ces barbares cornus du moyen-âge, assoiffés du sang des moines ; ni ces bons sauvages, exemplaires chevaliers du romantisme ; ni ces surhommes nordiques venus régénérer les valeurs appauvries dans l’hédonisme latin, vus par le siècle nationaliste. Les Vikings de la revue Historia de l’été 2010, de l’exposition au Grand Palais 1992, de la bande dessinée Thorgal de Rosinski & Van Hamme, des livres de Régis Boyer dont celui sur leur vie quotidienne, et les personnages que l’on voit vivre dans la saga d’Erik le Rouge, me sont proches.

Fermiers et marins, marchands et guerriers, explorateurs et pionniers, ils portaient la balance à peser d’une main et l’épée de l’autre. Leur nom vient de leur nomadisme : ils commercent de vicus en vicus, de baie (vik) en baie. Guerriers, ils le sont par goût du sport et du profit, non par le goût du sang ou de la violence. Leur réputation fut faite par les lettrés d’Occident, tous moines et renonçant au siècle. Ils se croyaient « la » civilisation parce qu’ils appartenaient à l’Église et savaient écrire le latin. Que pouvaient-ils comprendre de ces païens prédateurs en qui ils voyaient des barbares, proches parents du Démon ?

Pourtant, les dieux principaux des Vikings sont guérisseurs, marchands et fertilisateurs. Régis Boyer les a bien étudiés (Yggdrasill, la religion des anciens Scandinaves, Payot rééd. 2007), il les voit en trois fonctions premières.

1. Thor, dieu du tonnerre et de la magie, dieu des runes et du savoir, de la parole qui guérit, du soleil et du feu, est protecteur et réaliste, pragmatique et fonctionnel ; il incarne le vrai tempérament viking.

2. Odin, dieu des cargaisons et du commerce, de l’intelligence, de la ruse et des stratégies, est le dieu des liens entre les choses et les êtres, donc de la dialectique et de la poésie mais aussi de l’attraction sexuelle, dieu des eaux et de la mer, maître des corbeaux ; il est le dieu que je préfère. Il serait le père de Thor, qui a remplacé le dieu Tyr, ancien garant de l’équilibre cosmique. Il est le père de Baldr, beau jeune homme tragique, invulnérable à tout sauf à la branche de gui. Celui qui renaîtra après le crépuscule des dieux. Mais aussi le père d’Ali (ou Vali, proche de mon prénom Alan), qu’il a eu avec la déesse Ase appelée Rind et qui, en grandissant, est devenu un très habile tireur de traits. Ali, comme Baldr, survivra au Crépuscule des dieux et repeuplera la terre…

3. Freyr est le dieu de la fertilité, de la terre-mère avec sa sœur Freya ; il aime les enfants robustes et l’abondance. Freya fait tirer son char par deux chats.

Le démon de tous est Loki, dieu Ase de mauvais caractère, très changeant donc expert ès métamorphoses, séducteur, voleur et tricheur. Il prend toutes les formes pour subvertir l’ordre des autres dieux et créer, là où il peut, la zizanie et le chaos. Il s’opposera à ses frères dieux lors du Rägnarock, mais périra comme les autres.

Il n’est pas de mot dans la langue norroise pour dire « religion » au sens qui « relie » l’ici-bas à l’au-delà ; on parle seulement de « coutume ». Prier, en viking, ne signifie pas implorer en se prosternant pour obéir, mais demander à un dieu-patron qu’on peut quitter s’il ne répond pas aux attentes. Ni dogme, ni caste cléricale, ni temple, les dieux vikings sont familiers et occupent le monde tout comme les hommes. Ils sont garants de l’ordre cosmique, de la paix qui permet à la vie de croître et prospérer, symbolisée par Yggdrasil, le frêne cosmique situé au centre du monde. L’arbre, comme la vie, puise sa nourriture dans la terre, s’abreuve d’eau et respire le soleil. Sa force est la poussée du destin, comme une sève. La même qui monte aux reins des hommes, irrigue leurs passions et engendre la volonté de connaître le monde et de maîtriser les forces de la nature.

Les dieux sont menacés, comme les hommes, par les géants et les nains, forces maléfiques avides de faire revenir le chaos afin de créer un nouveau monde où ils seront vainqueurs. D’où le sentiment tragique de la vie : tout finira un jour car tout passe, les dieux et l’univers aussi. Tel est le destin. D’où l’attrait pour la vie, cette énergie dont chaque humain a reçu à la naissance une parcelle (appelée ‘megin’), et qu’il doit accomplir pour que l’univers poursuive sa marche contre le chaos originel.

Parce que les climats du nord sont rudes, les Vikings ont valorisé la famille, la ferme, le clan. Avec le développement du pays, ils se sont organisés en landers, fédérés par une assemblée annuelle, le thing, où chacun est libre de parole. Leur individualisme est régi par le droit. Ils n’acceptent aucun pouvoir absolu mais des liens de famille, d’intérêts et d’homme à homme. Leur régime politique ne connaît pas de dictateur à la romaine, ni de seigneur maître de tout sur son fief, à la franque. Chacun est libre de soi. L’organisation spontanée est celle du parlement, une instance où les hommes libres négocient et discutent le droit, où les femmes sont maîtresses des intérieurs et gardiennes de la morale, voire guerrières à l’occasion.

Parce que l’eau est omniprésente dans l’univers viking par la mer, les lacs, les fjords, les rivières, les cascades, les marais – le bateau et la nage sont prépondérants dans l’univers mental. Le navire, plus que le cheval qui sera l’amour des chevaliers francs, est symbole du transport, de la maison qu’on emmène avec soi, de la cargaison à échanger, de l’aventure à l’horizon et au-delà du monde connu. Le Viking, plus que régner sur sa terre, aime agir : marcher, naviguer, chevaucher. Il aime explorer, échanger, créer des liens. Il est très adaptable et le montre par sa souplesse tactique à la guerre, son adoption rapide d’armes nouvelles, ses colonisations commerciales réussies, sa christianisation sans drame. Il a les qualités du négociateur, diplomate ou marchand : tolérant, légaliste, convivial – rusé comme Ulysse.

Il n’est pas métaphysicien mais pragmatique. Sa religion ne spécule pas sur l’au-delà mais liste des rites pratiques. L’allégeance à un dieu est personnelle, les invocations s’attendent à des résultats probants, sorte de méthode Coué qui favorise la fortune en y croyant. Le Viking se sent relié à l’univers matériel, sensible à l’âme du monde dans le spectacle de la nature, au sacré des êtres dans leur individualité unique, à l’interpénétration du monde des morts avec celui des vivants.

D’où cette confiance en ses propres capacités, cet attrait à préparer et prévoir, la valeur accordée à la lucidité. Comme il est sire de soi et relié par un clan à une communauté, le droit, la procédure, sont pour lui vitaux : l’individu n’est rien sans sa famille et son clan. Le bannissement est donc la peine suprême : bien plus que la mort, il retranche de la communauté !

Le Viking cherche à se connaître, à savoir ce qu’il vaut, ce dont il est capable, à réaliser ce pouvoir que la vie a déposé en lui. Ni révolte romantique, ni sentiment de l’absurde, ni déni du monde, il n’a aucun ressentiment envers ce qui est. Il fait avec, sachant que le monde est tragique et que, homme ou dieu, il faut assumer son destin. Il tourne les obstacles à son profit s’il le peut, usant de souplesse et de persévérance. La réputation, la bonne foi, la marque qu’il laisse sont pour lui le plus important parce qu’ils lui survivent. Seul le souvenir ne meurt pas. D’où ces amours profonds, ces amitiés fidèles, ce bon sens lucide et ce réalisme joyeux qui sourdent des sagas. Comme je me sens proche de tout cela !

Régis Boyer, Les sagas islandaises, Gallimard Pléiade 1987, 1993 pages, 65.55€

Interview de Régis Boyer sur les Vikings, téléchargeable sur Canal Académie.

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