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Kevin Escoda, De la finance décentralisée à la DeFi institutionnelle

Dès la page 16, l’auteur se lâche : «Nous avons construit des choses que mon moi maximaliste aurait refusé de croire : le premier écosystème italien d’émission de security tokens, puis des projets de fonds tokenisés au sein de la sandbox réglementaire du gouvernement, et enfin le projet dont je suis le plus fier, le premier Automated Market Maker de niveau institutionnel pour titres numériques en Europe, un marché secondaire opérationnel où banques, gérants et dépositaires échangeaient des actifs tokenisés contre une bonding curve, en simulation, sous les yeux de l’autorité. » Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous, moi non plus initialement. Mais tel est le nouveau langage technanglais de la monnaie, que tout le livre explique largement. Et l’auteur livre un lexique à la fin.

Il décrit en cinq chapitres les étapes de la monnaie telle qu’elle se transforme avec les techniques. Et beaucoup plus vite depuis moins de dix ans parce que la technique s’est accélérée rapidement (la taille des puces, la sophistication des algorithmes, l’explosion de l’IA). Stratège en technologies, à la frontière où les institutions les rencontrent, Kevin Escoda expérimenté les innovations technologiques dans la finance en IA et Blockchain. Il est aujourd’hui conseiller indépendant d’entreprises et banques au travers de sa société diShine.

La monnaie est désormais « au point de rencontre de la monnaie programmable, de l’intelligence artificielle et de l’énergie, où s’écrit le système d’exploitation de la prochaine économie. » Il faut donc nous y faire. La monnaie, d’immatérielle, est devenue matérielle, dépendante de l’IA, donc des puces, des logiciels, des centres serveurs – et en ressort ultime de l’énergie. Ce pourquoi les impérialismes s’empressent de capter l’énergie matérielle disponible dans le monde, d’en faire leur chasse gardée : le pétrole du Venezuela, la route d’Ormuz et les terres rares du Groenland ou d’Ukraine pour Trump, le pétrole et le gaz russe et le quasi monopole du raffinage des terres rares pour Xi Jinping. Seule l’Europe contemple bouchée bée cette lutte démesurée en restant impuissante, faute surtout de volonté, hésitant encore par naïveté idéo-écologique, entre énergie solaire, éolienne, nucléaire, les plus réactionnaires rêvant d’en revenir au gaz et au pétrole russe. Quant à Poutine, il fait la guerre pour la guerre, pas pour l’avenir.

Jadis, la monnaie était certains disques de pierre sur une île perdue du Pacifique, trop lourds pour être déplacés ; les habitants les utilisaient comme monnaie d’échange parce que leur propriété ne résidait pas dans la pierre mais dans la mémoire partagée du village, dans un accord tacite sur qui possédait quoi. Les cauris, les lingots de cuivre ou d’étain, puis de fer, l’or en barre, les lingots d’argent, les tommes de Parmesan, sont ce genre de monnaie matérielle que les pièces et les billets ont dématérialisée en partie pour la fluidité des échanges. Tout d’abord en pièces d’or et d’argent, dont la valeur résidait dans leur poids, puis dans le système d’État où les billets papier sont tirés sur la banque centrale, exigeant la confiance dans le système. Avec une garantie or, jusqu’à ce que les États-Unis ne la suppriment en 1971 pour laisser aller la planche à dollars, monnaie impériale que tout le monde voulait. Au prix d’une inflation qui a fait baisser la valeur de la monnaie américaine de 90 % depuis 1971. Jusqu’à la crise financière de 2008 qui a « rappelé au monde entier, d’un coup, que le pouvoir d’achat de la monnaie fiat [émise par une autorité publique]est un résultat de politique publique, posé sur le jugement de comités, et que les comités peuvent se tromper. » L’inflation est un impôt, l’euthanasie des rentiers, disait-on jadis. En 2008, « les positions vivaient dans des registres cloisonnés, réconciliés lentement, enveloppés dans des dérivés qui remballaient douze fois la même hypothèque, et les régulateurs les plus sophistiqués du monde découvrirent qu’ils ne pouvaient pas cartographier le système qu’ils surveillaient. » Les réserves ne sont pas une propriété, mais une permission : on peut geler les avoirs, les confisquer, dévaluer sa monnaie, la fiscaliser, contrôler le change, traquer les fonds. D’où l’attrait de l’or physique pour qui se méfie des banques, du système financier et surtout des États-Unis. Ou pour qui veut blanchir de l’argent ou dissimuler ses transactions.

Tout se numérise, et depuis des décennies les titres physiques sont dématérialisés. La transformation numérique (ou digitale) permet de repenser le métier autour de ce que la technologie rend désormais possible. « Alipay et WeChat Pay rendirent le paiement par QR code si universel en Chine que le liquide disparut presque du commerce urbain, et les deux plateformes enflèrent en écosystèmes financiers complets (paiements, fonds monétaires, credit scoring, assurance) ». La Chine est bien plus en avance que les États-Unis ne ce domaine, malgré Apple Pay ou Google Pay.

« En 2008, au milieu de la pire crise financière de l’ère moderne, un anonyme [Satoshi Nakamoto] proposa une monnaie dont l’offre ne pourrait être altérée par aucun comité sous aucune pression » : le Bitcoin. C’est un argent électronique uniquement pair à pair, par un réseau informatique décentralisé basé sur une blockchain (chaîne de blocs) et chiffré selon un protocole informatique, sans tiers de confiance comme une banque. Les acteurs du réseau possèdent, stockent et vérifient leurs propres versions de la chaîne, depuis le tout premier bloc et une blockchain est jugée « valide » lorsqu’il est possible de la vérifier totalement en partant du bloc genèse. En contrepartie, la perte du portefeuille par la perte ou le vol d’une clé USB ou d’un ordinateur fait perdre le capital en crypto-actif, de même que le décès du propriétaire sans tiers de confiance pour maintenir le code. « Bitcoin est étonnamment simple à énoncer : c’est un registre, une liste publique de qui possède quoi, étendue toutes les dix minutes par une nouvelle page de transactions, chaque page enchaînée cryptographiquement à la précédente de sorte que l’histoire, une fois écrite, ne puisse être réécrite en douce. » Quand un bloc est créé et validé, chaque participant à sa création se voit attribuer un montant de cryptomonnaie selon l’effort qu’il a fourni : le minage. Pour Bitcoin, la preuve de travail exige du participant de résoudre un problème cryptographique complexe prouvant un effort de calcul important de sa part. Cette génération de blocs, de plus en plus ralentie au fil du temps pour éviter de créer de la monnaie à l’infini, consomme de plus en plus d’énergie, ce qui coûte, donc sécurise le système.

Bitcoin est de la monnaie parce qu’il consomme de l’énergie. On disait autrefois que la monnaie était du travail rendu fongible, une énergie que l’on pouvait conserver. Mais les frais bancaires, les dévaluations et l’inflation pouvaient modifier la valeur de la monnaie. Pas avec le Bitcoin où la relation est directe, transparente et infalsifiable, convertible au taux du marché en monnaie classique. « Le 22 mai 2010, un programmeur de Floride nommé Laszlo Hanyecz publia une offre sur le forum Bitcoin : dix mille bitcoins à quiconque lui ferait livrer deux pizzas à domicile. Un jeune homme de dix-neuf ans du forum accepta l’affaire, téléphona à un Papa John’s de Jacksonville avec sa carte de crédit, et le premier achat connu d’un bien physique en cryptomonnaie fut consommé en pepperoni. »

Une autre cryptomonnaie, Ethereum, a réécrit le blockchain en faisant chuter de 99,95 % la consommation d’énergie. Il a remplacé la preuve de travail par la preuve d’enjeu, la mise sous séquestre d’une partie de son capital. Les usagers sont récompensés de l’indisponibilité temporaire de leurs Ethereum en recevant la monnaie créée simultanément avec le nouveau bloc. « Entre 2018 et 2021 (…) monnaie dure, ordinateur mondial, smart contracts, legos, s’auto-organisèrent en quelque chose de sans précédent : un système financier complet, bourses, marchés monétaires, stablecoins, dérivés, assurance, gestion d’actifs, tournant comme du logiciel ouvert sur une infrastructure publique, possédé par personne, fermé à personne, ouvert chaque heure de chaque année. » C’est la finance décentralisée : DeFi.

Depuis, elle se développe rapidement. « En mars 2024 BlackRock, le plus grand gérant de l’histoire, lança BUIDL, un fonds de bons du Trésor tokenisé sur Ethereum public, qui collecta des milliards et, en quelques mois, était accepté comme collatéral de trading par les bourses crypto : un fonds monétaire du gouvernement américain se comportant, opérationnellement, comme un stablecoin. » Les cryptomonnaies stables (stablecoins) répliquent la valeur d’un actif tel que le dollar, l’or, l’euro ou un panier de devises, contrairement aux autres cryptomonnaies qui sont soumises à une forte volatilité. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle finance que l’auteur décrit très bien. Mais problème juridique : « quand une fonction régulée est exercée par du code sans opérateur, qui, exactement, est le destinataire de la loi ? »

L’essentiel de cette nouvelle finance, dit Kevin Escoda, est que « l’ancien système cache tout et demande au public de croire les auditeurs ; le nouveau révèle tout et demande aux institutions de se blinder délibérément. » Car les failles existent : « Ronin, 625 millions de dollars, perdus par cinq clés de validateurs compromises, les attaquants identifiés plus tard par les enquêteurs américains comme le Lazarus Group nord-coréen, dont les milliards cumulés de vols crypto, finançant, selon les rapports de l’ONU, un vrai programme d’armement ». Mais la marche en avant est inéluctable, cheminant avec la technologie. Ce n’est pas une hypothèse, dit l’auteur, c’est un calendrier. « Le remplacement du travail cognitif et physique humain par les machines n’est pas une question de si mais de quand et dans quel ordre ». Et encore : « L’économie numérique que ce livre a décrite, monnaie programmable, actifs en tokens, marchés en protocoles ouverts, identité en accréditation, n’est pas une alternative spéculative à l’économie réelle. C’est la seule architecture économique conçue à ce jour que machines et humains puissent habiter ensemble ». La transformation d’actifs tels que l’immobilier, les fonds d’investissement et le private equity en tokens (jetons) basés sur la blockchain, rend ces actifs non liquides plus accessibles aux investisseurs, car échangeables comme une monnaie. Sauf que, juridiquement, ce n’est qu’un « droit » sur un actif, pas une part de l’actif. Un « crypto-actif » est un bien meuble incorporel dans la loi française, donc imposable à l’impôt sur le revenu. A noter que la Chine populaire, comme la plupart des pays totalitaires (Algérie, Bolivie, Égypte, Irak, Maroc, Népal, Nigeria, Ouzbékistan, Pakistan, Qatar, Émirats arabes unis, Vietnam) a interdit depuis 2021 toute transaction en crypto-actif, pour mieux contrôler les échanges ; elle propose une devise numérique d’État en contrepartie

« Ce qui se passe maintenant, c’est que nous apprenons à convertir l’énergie directement dans les deux produits les plus précieux imaginables, la vérité et l’intelligence, du calcul qui ne peut pas mentir et du calcul qui sait penser, et la courbe de demande pour ces produits est, pour la première fois de l’histoire, effectivement sans borne. » La distribution de ce travail perdu a comme réponse la propriété. Celle, infiniment fractionnable du token pour n’importe quel actif. « Les mêmes rails qui permettent à une machine de payer une machine permettent à un réseau de verser à sept milliards de micropropriétaires leur part de ce que les machines produisent, en continu, en transparence, à coût marginal nul. »

Suivront deux notes sur deux autres livres du même auteur et qui se complètent :

Géopolitech

De la machine qui calcule à la machine qui pense

Kevin Escoda, De la finance décentralisée à la DeFi institutionnelle – L’aube d’une nouvelle finance, 2026, édition indépendante, 218 pages, €13,70, e-book Kindle €6,99

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Sur la gauche bobo

La gauche libertaire est l’une des 4 gauches définies avec brio par Jacques Julliard mais c’est la plus visible – et c’est contre elle que je m’élève parce qu’elle qui occupe les médias en boucle (intellos, experts autoproclamés, universitaires qui ont fait 68, etc.) Il ne s’agit pas de Manuel Valls, de Pierre Joxe ni de certains autres, mais de la constellation des « conseillers » et autres intellos « de gauche » bobo, ultra-parisiens (rapport Tuot sur « la société inclusive », préconisations Terra Nova sur les nouvelles majorités électorales, etc.).

Les dessinateurs de Charlie (et l’économiste) étaient de la génération d’avant, antiautoritaires (antigaullistes et antisoviétiques) dans la lignée de la Commune de Paris, sans être vraiment anarchistes (ils se déclaraient pour le droit).

Ce qui m’agace dans les assauts « d’émotion » et de « vertu républicaine » de la gauche intello-médiatique impériale à la télé, à la radio, dans les journaux est cette posture « d’indignation »… sans aucune conséquence pratique. « Ah non, pas interdire le voile ! Ah non, pas publier de statistiques ethniques ! Ah non, pas de classes de niveaux, tous pareils ! Ah non, il ne s’agit pas de guerre ! Ah non, l’islam n’est pas une religion à dérive totalitaire ! »

« Islam violent ? You dare ! » : IMAGE CENSUREE en juin 2019 A LA DEMANDE DES AUTORITES PAKISTANAISES

C’est la même posture du déni que la gauche sous Jospin à propos de la délinquance et du « sentiment » d’insécurité. On a vu ce que les électeurs de base en ont pensé le 21 avril 2002…

Les spécialistes de l’islam savent bien expliquer la distinction entre foi et politique, entre islam et dérives wahhabite puis intégriste, puis terroriste. Mais les intellos ne le font pas, soucieux avant tout d’éviter « l’amalgame », la « stigmatisation » et autres dénis de réalité : ils parlent sans savoir, comme d’habitude, se précipitant pour occuper la première place à l’audimat de l’indignation.

caricatures mahomet

Pourquoi ne constituent-ils pas CONCRETEMENT un Comité de vigilance des intellectuels comme la gauche en 1934 après les émeutes nationalistes du 6 février contre les parlementaires ? C’est ce sur quoi je m’interrogeais dans ma note d’avant-hier. Ce serait un laboratoire de réflexion, une force de propositions trans-partisane, traduisant dans les faits cette « unité » qu’ils revendiquent – tout en restant jusqu’ici dans leur fauteuil confortable.

Il s’agirait de réfléchir aux failles de la société française :

  1. l’immigration fantasmée : or elle est « incontrôlée légalement » (90% de ceux qui entrent chaque année le font parce qu’ils en ont le DROIT par mariage, regroupement familial, asile politique accordé ; 100% des minorités visibles nées en France SONT français, qu’on le veuille ou non) – doit-on changer le droit ? dénoncer les traités internationaux signés ? les renégocier ? invoquer une exception ? – ou les accepter tels quels, mais sans alors accuser sans nuances « l’immigration » ;
  2. la faillite scolaire : l’enseignement resté figé aux années 60, pédagogo, élitiste, matheux, méprisant, inadapté aux nouvelles populations (tous jeunes confondus) et aux nouvelles communications. « J’ai voulu, au travers de mon parcours, raconter que la fermeté à l’égard de ces jeunes est une marque de respect ; la complaisance une forme de mépris » écrit par exemple Zohra Bitan, banlieusarde d’origine et ex-PS. Distinguer la foi de la mauvaise Foi, apprendre à penser soi-même, à travailler avec les autres, à s’exprimer avec des mots (et pas en manipulant des items linguistiques !), apprendre les règles de la vie en société…
  3. la faillite du « vivre ensemble » : violé à la fois par les partis extrémistes de droite ET de gauche (à qui on laisse dire à peu près n’importe quoi) et par le gouvernement socialiste bobo (qui braque les sentiments des gens moyens et des croyants par « le mariage » gai ou le vote « des étrangers », toutes revendications communautaristes bien loin de l’Unité nationale hypocritement revendiquée). Les intellos ne cessent de critiquer, saper et déconstruire la culture occidentale, les associations communautaristes ne cessent de culpabiliser la France entière en rappelant sans cesse les croisades, la colonisation, la Shoah… alors que c’est aujourd’hui qui compte le plus : les pouvoirs autoritaires en Arabie Saoudite, en Syrie, en Algérie, etc., la corruption et le clanisme des élites politiques des pays émergents notamment africains et proche-orientaux, l’attitude d’Israël au mépris de l’ONU depuis des décennies, les petites Shoah en Bosnie, au Rwanda, au Soudan, en Palestine, en Irak qu’on laisse faire comme si de rien n’était. Comment se sentir « français » dans cette culture du mépris et de la honte permanente ? Françoise Sironi, psychanalyste et psychologue du Magazine de la rédaction de France-Culture hier, a pointé la « fragilité personnelle » des terroristes, leur « métissage » entre deux cultures, leur absence de certitudes sur ce qu’ils sont ou ceux qui peuvent les reconnaître. Le multicuturel ne fonctionne QUE lorsqu’on possède déjà une culture; on peut alors s’ouvrir aux autres cultures. Mais lorsque l’on n’est pas sûr de soi, reconnu nulle part, sans modèle de construction pour sa personnalité, le multiple en soi fait se perdre ; la tentation rigoriste des « sectes » ou des religions totalitaires est alors une tentation de facilité : « on » vous dit ce qu’il faut penser et comment il faut vivre. Le communisme a été l’une de ces « religions », il y a deux générations; c’est aujourd’hui l’islamisme radical. La liberté fait peur, il faut être armé pour être libre. Quand on ne l’est pas en soi-même et qu’on se sent impuissant, on utilise un substitut : une kalachnikov.
  4. la faillite de l’emploi : la lutte « contre le chômage » (qui touche particulièrement les jeunes et particulièrement les banlieues) invoquée comme une « priorité » alors que François Hollande pratique l’exact INVERSE : hausse générale des impôts, taxe à 75% symbolique, injures aux entrepreneurs et aux « riches », menaces (verbales) aux étrangers investissant en France (surtout pas d’amendes comme les États-Unis le font !). Comment le chômage pourrait-il reculer, étouffé par les réglementations, les taxes en cascade, l’état d’esprit anti-croissance (écolo), anti-entreprises (gauche du PS), anti-richesse (PDG Mélenchon), anti-réusssite (vieille austérité catho reprise par les jansénistes socialistes à la Martine Aubry) ? Pour la gauche, la seule « réussite » sociale ne passe que par le service d’État (la polémique anti-Macron sur les milliardaires en est l’exemple plus récent) : serait-ce « déroger » d’être entrepreneur, comme sous l’Ancien régime ?
  5. la faillite républicaine enfin : qui bâtit des lois mal ficelées, inapplicables (sur le voile…), qui fait du tortillage de cul lorsqu’il s’agit de l’appliquer (le survol « interdit » des drones au-dessus des centrales nucléaires : pourquoi ne pas les détruire sans sommation ? Il n’y a personne dedans et c’est clairement dit et répété : c’est interdit – haram en arabe) ; qui gère la délinquance par le seul répressif, tout le monde pareil, au risque de radicaliser les jeunes en prison – sans leur donner un modèle alternatif ; qui émet des incantations à « l’union nationale » tout en s’empressant aussitôt d’exclure tel ou tel (fatwa Hidalgo et consorts) sous prétexte qu’ils ne seraient pas « républicains » : c’est quoi être républicain en république ? Obéir aux lois et respecter les institutions ? Alors tous les partis légalement autorisés SONT républicains – ou alors le mot ne veut plus rien dire : la gauche intello adore « déconstruire » et embrouiller le sens commun afin de se poser en seule interprète du Bien… Faillite républicaine manifeste chez François Hollande, qui invoque l’unité dans un discours essoufflé dont il a le secret – tout en laissant son parti dire le contraire et appeler à manifester chacun sous sa pancarte : PS, PDG, écolosLV, CGT, etc. L’identité, ce serait mal à droite mais « vertueux » à gauche ? On mesure combien un Hollande n’arrive pas à la cheville d’un de Gaulle, d’un Mitterrand, ni même d’un Chirac (Allah sait combien je le considère peu, pourtant). Lui-Président apparaît comme président-croupion, technocrate à langue de bois toujours dans la synthèse horizontale sans rien de la hauteur d’arbitre au-dessus des partis requise par la fonction – encore moins l’incarnation de « la France ».

ecole islamiste

Ce sont ces faillites qui fragmentent la France en autant d’égoïsmes communautaires, chacun replié sur ses petits « droits ». Dans ces interstices, les daechistes veulent frapper comme les fascistes hier, pour accentuer les fractures et monter les communautés les unes contre les autres. Ils sont aidés en cela par les suiveurs du « pas de vagues », « mieux vaut la paix », « ils ont été trop loin » et autre état d’esprit de collaboration pétainiste à l’œuvre dans toutes la société française. Et dont Houellebecq a rendu la texture dans une fiction récente – dont je reparlerai.

islamiste et gamin

Cela dans une tendance mondiale au national-quelque chose : national-islamisme daechiste, pakistanais ou turc, national-judaïsme de la droite israélienne, national-‘socialisme’ de l’extrême gauche française, national-étatisme de l’extrême droite française, du pouvoir algérien et du Poutine russe, national-jacobinisme de la majorité socialiste, national-affairisme américain, national-communisme chinois, et ainsi de suite. Qu’y a-t-il dans l’islam qui facilite la tentation totalitaire ? Est-ce différent des autres religions ? L’exigence théocratique réclame-t-elle un  État appelé califat pour les croyants de l’Oumma ? L’histoire est-elle autre ? Est-ce un simple « retard » de développement (théorie un peu ancienne et passablement condescendante) ?

Le danger radical est donc l’épuration ethnique. Je me souviens d’avoir été interloqué lorsque mon directeur de thèse, alors professeur associé à Paris 1, ministre plénipotentiaire et conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson à l’époque (donc de gauche socialiste bon teint), m’avait dit que « finalement, la meilleure solution en ex-Yougoslavie serait la partition ethnique, comme les Turcs l’ont faits aux Grecs en 1920 »… Avait-il tort ? Pas sûr, rien n’est jamais tout blanc ni tout noir, ce serait trop simple.

ignorance et mauvaise foi islamiste

Le chacun chez soi ne conduit pas forcément à la guerre, mais limite l’épanouissement. Désolé d’être brutal, mais rester entre soi rend con. Chacun peut le constater dans les milieux très bourgeois (pour faire plaisir à la gauche) ou chez les islamistes sectaires (pour faire plaisir à la droite). C’est la même chose pour les nations : est-ce par hasard si les nations les plus ouvertes sur le monde, dans l’histoire, ont été les plus grandes et les plus prospères ? Rome, Venise, Amsterdam, Londres, New York – aujourd’hui Singapour ou Rio.

En cas de guerre ouverte (Turquie des années 20, Allemagne des années 30, ex-Yougoslavie des années 90, Russie et Syrie 2014), l’exil des « allogènes » est peut-être la solution d’urgence. Mais certes pas une solution à long terme.

Car, à long terme, le nomadisme est historique – depuis les premiers hominidés sortis d’Afrique, avant nos ancêtres directs partis du Proche-Orient vers 200 000 ans. Le mélange fortifie – à condition qu’il soit dosé. Comme le poison ou l’ingrédient de cocktail, tout est question de posologie : trop d’eau dans le whisky (ou de lait dans le thé) rend le breuvage insipide ou écœurant ; un peu d’eau ou de lait avive les saveurs, enrichit les arômes, permet d’explorer de nouvelles sensations. L’immigration est donc à la fois une chance et un danger.

Ce que je reproche à la gauche est de nier les problèmes posés par l’accueil « sans frontières » ; ce que je reproche à la droite est de nier la réalité des traités signés (souvent par des gouvernements de droite) sur le « droit » à immigrer. Il faudrait donc en débattre, mettre des chiffres fiables sur la table, sérier les problèmes posés, mieux répartir les lieux d’accueil, avoir enfin une véritable politique du logement (et pas à la Duflot !), réaffirmer clairement les droits et les devoirs, à commencer par la neutralité laïque (ce qui veut dire aussi, surtout à gauche, faire taire les ayatollahs de la laïcité militante).

paisible islamisme

Quant à « déchoir de nationalité française » les retours de Syrie, d’Irak ou autres lieux djihadistes, c’est irréaliste : un slogan populiste qui ne tient aucun compte du droit actuel. Car si vous êtes « né » français, vous ne pouvez être déchu ; seuls les doubles-nationaux peuvent l’être s’ils se comportent comme les nationaux du pays étranger dont ils sont AUSSI ressortissant. On ne peut devenir arbitrairement apatride. Ou bien l’on change le droit (et les traités internationaux que la France a volontairement signés), ou bien il s’agit de proposer des solutions applicables, comme le rétablissement de l’autorisation de sortie de territoire pour les mineurs, l’obligation de visa pour se rendre en Turquie ou la consultation par les services antiterroristes des listes de passagers d’avion dans l’UE (refusé jusqu’ici parce que portant atteinte aux libertés publiques).

poutine flingue

Nous sommes un régime démocratique (et pas poutinien), nous devons donc suivre les règles démocratiques. Ce qui n’exclut pas la force : inutile de « rétablir la peine de mort » par exemple, autre slogan simpliste (aux effets secondaires jamais évoqués…) : nous sommes en guerre parce que les daechistes déclarent la guerre et portent des armes de guerre ; la police ou les services spécialisés doivent avoir contre eux un comportement d’état de guerre, ce qui signifie tuer s’ils sont directement menacés – ou plus généralement « neutraliser » si déférer à la justice est possible. Ce qui est socialement plus pédagogique.

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Aspects de l’Atlas central

Nous partons dans les gorges en longeant la rivière. Les champs se font plus nombreux, séparés par de petits murets de pierres sèches, comme dans le Connemara.

D’après le guide alpin d’André Fougerolles, édité à Casablanca en 1981 qui est dans le sac de Marie-Pierre, j’en apprends un peu plus sur la géologie du coin. Le Paléozoïque et le Permotrias affleurent au sud-ouest. Les roches du Précambrien que l’on observe sont les schistes, les grès, les quartzites à l’ouest et au sud, sous couverture calcaire. Des basaltes doléritiques, des argiles gypsifères et solifères apparaissent largement à l’ouest, et dans les failles du massif, reste du Trias supérieur. Les roches du Jurassique sont calcéro-dolomitiques dans la majeure partie du domaine montagneux. Les vallées présentent des séries marneuses avec empreintes et ossements de dinosaures. Les grandes cuvettes et les principales rivières sont des grès et basaltes du Mésojurassique, ou des grès rouges du Crétacé, sauf au centre du Haut-Atlas. Le dir méridional est Tertiaire, composé de roches détritiques et de conglomérats.

« En résumé – l’Atlas central tire l’originalité de ses formes et de son aspect des très importantes séries calcaires qui le composent, de sa nature de chaîne jeune du type épicontinental, et de l’importance des phénomènes karstiques qui s’y manifestent. Beaucoup de sources vauclusiennes donnent naissance à des rivières, alors que les vallées en amont sont sèches. On y rencontre des canyons étroits et profonds, des grottes, ainsi que de hauts plateaux hérissés de lapiés, parsemés de dolines, constituant par endroits de véritables poljés aux réseaux hydrographiques incertains, des crêts parfois aigus quand les séries sont redressées, des auges glaciaires puissamment sculptées. » Tout cela paraît un peu ésotérique au profane, mais est finalement simple lorsque l’on comprend tous les mots. Le relief « karstique » est un plateau calcaire creusé en tous sens par érosion chimique. Les sources « vauclusiennes » sont des rivières souterraines qui arrivent au jour comme les eaux de la Fontaine du Vaucluse. Les « lapiés » sont des failles creusées par l’eau dans le calcaire, les « dolines » des dépressions circulaires dans le calcaire, les « poljé » des dépressions entourées de rebords rocheux (les « crêts »), à fond plat et alluvial. En fait, le centre du Haut-Atlas est un gruyère calcaire.

La végétation s’étage ainsi :

– de 300 à 900 m d’altitude : une steppe à jujubiers, bétouns et gommiers, des oliviers. Sur les premiers contreforts calcaires, un manteau d’euphorbe et de doum (palmier nain). Un peu plus haut, le pin d’Alep et le chêne-vert.

– de 900 à 1500 m : le thuya de Berbérie et le genévrier rouge de Phénicie, les pins d’Alep et le genévrier Oxyèdre, des amandiers et des noyers. Des stations localisées de chêne Zen, d’if, d’alisiers blancs, d’érables de Montpellier, de cistes à feuilles de laurier, de buis des Baléares, de genêts, d’asphodèles, de jonquilles, de glaïeuls, de campanules, renoncules et pivoines, peuvent apparaître.

– de 1500 à 2200 m : c’est le domaine du chêne-vert en taillis, du lentisque, du ciste, de la lavande.

– de 2200 à 2500 m : pousse alors le genévrier thurifère, mais le climat se dégrade peu à peu, ajouté aux Berbères qui coupent les branches. Les forêts qui existaient sont pour la plupart mortes.

– de 2500 à 3600 m : la flore est peu variée mais endémique, proche de celle des Pyrénées, mais propre au Maroc. Apparaissent ensuite les coussinets épineux typiques.

– au-delà de 3600 m : les coussinets se raréfient, la végétation est maigre, principalement des campanules de Haire.

La faune de l’Atlas central est variée. On y rencontre le lynx, le chacal, le renard, le chat sauvage, le porc-épic, le lièvre, l’écureuil de roches. Parmi les oiseaux, on trouve le faucon, les pigeons, palombes et tourterelles, les bécasses. Les poissons sont la truite fario et la truite arc-en-ciel.

Les premiers textes connus qui font mention des habitants du Haut-Atlas sont ceux du Périple d’Hannon, vers le V° siècle avant notre ère. Les proto-berbères sont les Capsiens, venus sans doute d’orient, qui ont occupé le site de -8000 à -5000. Entre -6000 et -2000 apparaît le type insulaire gracile du Rif et le type atlanto-méditerranéen robuste dans le Maroc central, méridional, et le Sahara. Puis arrivent les Berbères, de langue chamito-sémitique.

Les Anciens distinguaient les Gétules, cavaliers nomades, et les Libyens plutôt sédentaires. Les Romains appelleront ces Gétules les « Numides » ou « Maures », habitant l’est et le centre du Maghreb. On distingue les paléoberbères Imazighen et les néoberbères Zenafa, venus de l’est par vagues. Ils seront convertis à l’Islam au XII° siècle de notre ère. Dès le XI° siècle, des conquérants Almohavides venus des bords du fleuve Sénégal deviennent les Berbères Sanhadja (Imaghizen). Sous prétexte de pureté de l’islam, ces cavaliers des steppes font la guerre aux sédentaires des plaines et des montagnes fertiles. Ils créent Marrakech en 1062 et débordent jusqu’en Espagne.

Les Marabouts ont été à l’origine des « prêtres » destinés à compléter l’islamisation des Berbères et à lutter contre les conquêtes chrétiennes. Ils étaient porteurs de la « baraka » (la chance) et faiseurs de miracles, animateurs de la guerre sainte, professeurs de sciences religieuses. Les maîtres des Zawyats perçoivent la dîme et constituent des abris sacrés. Par l’afflux des pèlerins et des quémandeurs, les Zawyats étendent leur clientèle et deviennent des seigneuries.

Le guide d’André Fougerolles n’est plus disponible, mais le même auteur a édité en 1191 un beau livre sur le Haut-Atlas que l’on peut se procurer.

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