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Le vrai esprit est celui qui perçoit le vrai monde, dit Alain

Un jour, en novembre 1908, le philosophe Alain relit Shakespeare. Mieux que les séries télé d’aujourd’hui, le théâtre du grand anglais décrit le monde tel qu’il est, les gens tels qu’ils se rêvent. « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes » est dans La Tempête. L’esprit Ariel déchaîne les vents et les mers à sa fantaisie, comme un Trompe enfant.

Dans Shakespeare, « on y voit deux amoureux qui sont comme hors du monde et perdus dans leurs rêves ; leur ivresse gagne jusqu’aux spectateurs et les choses se passent dans la pièce justement comme les amoureux les imaginent ; tout doit finir bien ; l’esprit est roi du monde ». Le hideux Caliban se traîne à terre comme Trompe voudrait voir faire le serpent chinois et le coq européen. Sauf que Caliban reprend des forces, car lui n’est pas un rêve, mais une puissance de la terre. Dès lors, « l’enfant est fait », dit Alain. Ariel disparaît comme un songe.

Ainsi passent les dieux, ceux qui disent « je veux » et dont la volonté s’accomplit par le verbe. Ainsi dans la Genèse : « Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. » Ainsi dans le show politique de Trompe : « Donald dit : « que les droits de douane soient ». Et les droits de douane furent » – et le marché obligataire américain a dévissé dans l’heure de 0,5 %, soit dix fois plus qu’en une seule année. Dieu est omnipotent, dans l’imaginaire des hommes ; pas Trompe. Il a dû dire le contraire de ce qu’il venait de dire, tout en s’en glorifiant (nul compliment n’est meilleur que venu de soi-même) : « Finalement, je suspens pour 90 jours ». Et le marché obligataire américain, celui de la dette de l’État, s’est redressé. Provisoirement. En attendant la prochaine frasque du Bouffon qui se prend pour Dieu.

Nos rêves sont faits de la trame du réel, analyse Alain. Ainsi les électeurs « croient » le politicien quand il affirme haut et fort qu’il agira. Mais « je croyais que j’avais rêvé ; en réalité j’avais perçu les choses, mais assez mal (…) J’avais essayé, comme nous faisons toujours, de reconstruire les choses d’après cela. » L’histoire est toujours reconstruite a posteriori. Nous avons l’illusion que la volonté suffit, sans tenir compte des circonstances ni des choses ; si cela ne fonctionne pas comme attendu, c’est toujours de la faute des autres, ainsi du communisme à cause des méchants capitalistes (ou de la CIA) ; ainsi du trompisme – cet art de tromper le monde – à cause des marchés, de la Fed, des méchants exportateurs vers l’Amérique.

Découvrir les vraies causes, « c’est cela même qu’on appelle le réveil », écrit Alain. Quelqu’un marche devant nous et nous « croyons » le connaître ; c’est en fait quelqu’un d’autre. Nous suivons une route (ou la technologie GPS) ; ce n’est pas le bon chemin, nous avons « cru » le reconnaître, ou « cru » le GPS, qui n’a pas été mis à jour – dame Hidalgo vient justement de changer le sens interdit dans la rue à Paris, ce qui arrive constamment. « Nos rêves nous viennent du monde, non des dieux. C’est notre paresse qui les fait. De là les faux esprits. (…) Le vrai esprit est celui qui perçoit le vrai monde. » Encore une fois, penser n’est pas croire, mais analyser avant de juger, et tester son hypothèse pour la confirmer avec les faits.

Le rêve est bon quand nous dormons, ou que nous laissons errer la pensée. Il est mauvais lorsque nous sommes éveillés et actifs.

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Bilan d’Ainsi parlait Zarathoustra

Après avoir chroniqué chapitre après chapitre tout ce « cinquième Évangile », comme l’appelait Nietzsche, son « œuvre majeure » d’un nouveau style poétique et allégorique, l’heure est venue du bilan. Que tirer aujourd’hui de Zarathoustra, paru entre 1883 et 1885, et revu jusqu’en 1887 ?

Tout d’abord un constat :

Nous sommes des êtres « vivants », donc « la vie » est notre lot et notre but. Or la vie est « volonté de puissance », terme allégorique qui n’a rien d’une « volonté » au sens psychologique, ni d’une « puissance » au sens politique, mais une lutte éternelle des passions et instincts entre eux. Instinct de force qui veut dominer, instinct de génération qui veut se reproduire, instinct grégaire qui veut les relations avec les autres, instinct de fraternité et d’entraide qui veut le groupe parce qu’il est plus que l’individu, instinct de création qui veut la solitude…

Ensuite un but :

Car l’homme « supérieur » n’est pas encore « le surhomme », celui qui s’est surmonté et est devenu libre, créateur et artiste. Zarathoustra lui-même n’est pas un surhumain, il ne fait que l’enseigner. D’où son amour pour l’enfant innocent, troisième métamorphose de la voie, « un nouveau commencement et un jeu ». Sa liberté lui offrira tous les possibles, loin des dogmes de la foi, des conventions de la Morale, du qu’en-dira-t-on social.

Enfin un chemin :

Car Ainsi parlait Zarathoustra est sous-titré « un livre pour tous et pour personne ». S’il est destiné à être lu par tout le monde, il ne sera vraiment compris que de quelques-uns. Ceux qui feront l’effort de comprendre ne seront pas la masse, mais une élite, celle qui conduira les autres par son exemple. Or le chemin passe par l’exigence de se défaire du nihilisme, celui qui a saisi les hommes libérés de Dieu mais entraîné par les sciences à douter de tout et à seulement « déconstruire ». Il faut, après ce grand lavage, reconstruire l’humain, quitter les carcans de la Morale et de la Religion (y compris les dogmes scientifiques – oxymore tant « la » science est une méthode de constante remise en question). Il faut que chacun affirme sa propre morale et l’ajuste à celle des autres, pas qu’elle vienne d’ailleurs ou d’en haut.

Avec un nouveau style :

Pour ce « cinquième évangile » qui prêche de surmonter l’humain trop humain, Nietzsche use volontairement d’un nouveau style. Non plus le style didactique des exposés classiques de philosophie, mais le langage poétique dont chacun sent bien que les images, les sons et les rythmes vont au-delà des mots pour suggérer plus. Gaston Bachelard l’a bien compris, la dynamique de l’imaginaire surgit de la poésie plus que du discours de la pensée. L’air sec et pur des montagnes où erre Zarathoustra dit plus que les mots combien il veut s’élever au-dessus des petites ratiocinations philosophiques et au-delà des « grands problèmes » moraux. D’où ces virgules, tirets, retours à la ligne, qui donnent un rythme au texte et incitent le lecteur à la métaphore. Le style propre à Zarathoustra est le dithyrambe, ce genre poétique et musical grec utilisé comme action liturgique en l’honneur de Dionysos. Le dithyrambe va au-delà de la raison pour englober l’émotion et le délire. C’est, autrement dit, un style qui exprime en même temps les trois étages de l’humain : la raison certes, mais aussi la passion et les instincts.

Peu vendu à sa parution, Ainsi parlait Zarathoustra est devenu « le livre du havresac » des soldats allemands de la Première guerre mondiale, avant d’accéder à la célébrité en 1922. Heidegger en fera le dernier mot de la tradition métaphysique – qui cherche à penser tout ce qui est – par l’universel. Mais le penseur allemand, viré un temps nazi, se trompe, à mon humble avis, lorsqu’il assimile la « volonté de puissance » au triomphe faustien de la Technique. « L’être de l’étant » serait ce mâle blanc dominateur éperdu de rationalisme, qui veut tout contrôler grâce aux machines et à l’artificiel. Or Nietzsche récuse ce simplisme qui réduit l’humain à la froide raison raisonnante. Son « être » est grec, il englobe le tout de l’humain, ses trois niveaux, ses trois cerveaux. L’éternel retour du même n’est pas le retour à l’identique, mais la lutte éternelle des valeurs entre elles – des instincts entre eux – dans l’éternelle indifférence de la nature.

C’est cela pour moi, le message de Zarathoustra au monde.

(J’utilise la traduction 1947 de Maurice Betz au Livre de poche qui est fluide et agréable ; elle est aujourd’hui introuvable.)

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1884, traduction Geneviève Bianquis, Garnier Flammarion 2006, 480 pages, €4,80 e-book €4,49

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – Œuvres III avec Par-delà le bien et le mal, Pour la généalogie de la morale, Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Nietzsche contre Wagner, Ecce Homo, Gallimard Pléiade 2023, 1305 pages, €69.00

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Bernard Clavel, Marie Bon Pain

Le tome 4 des Colonnes du ciel, dont les deux premiers volumes ont été chroniqués sur ce blog, se focalise sur Marie, la mère de Petit Jean et la compagne de Bisontin-la-Vertu. Le premier tome racontait la peste et la perte volontaire de Matthieu en sacrifice christique, la seconde l’exil au pays de Vaud dans la lumière du lac Léman, le troisième (que je n’ai pas lu) la geste d’Hortense femme de guerre. L’auteur aime alterner les destins, entre lumière et nuit. Marie, c’est la paix, le retour au Jura près de Dole, dans le village détruit de la Vieille-Loye. Bisontin et ses compagnons reconstruisent la maison, un forgeron piémontais se pointe et rebâtit la forge, des verriers viennent rebâtir la verrerie où travaillait Johannes, le mari défunt de Marie. Est-ce le bonheur ?

Marie la terrienne voudrait le croire, Marie la femme de maison voudrait s’accrocher à ce qu’elle connait : le pays, le village, la ferme. Elle voudrait ancrer sa famille, arrêter le temps, couler des jours heureux. Mais le destin est là qui se met en travers du chemin, et l’esprit des hommes, jamais en repos.

Hortense reparaît, après avoir sauvé des enfants de la guerre puis pris les armes contre les mercenaires ; on l’accuse désormais de sorcellerie. C’est un moyen commode de lyncher ceux qui vous déplaisent en remuant les mauvais instincts de la foule. Les « réseaux sociaux », malgré leur prétention à être à la pointe de la modernité et de la civilisation, ne font pas autre chose lorsqu’ils hurlent en meute haro sur un coupable. Le « procès » d’Hortense à Dole est jugé d’avance et on la brûle vite pour éviter qu’elle ne parle, qu’elle ne dise publiquement les lâchetés et trahisons de certains bourgeois de la ville durant la guerre et la peste. Hortense part en fumée la tête haute, elle méprise ces faux juges.

Bisontin en est bouleversé, qui était séduit par cette grande femme de tête qui travaillait comme un homme. Marie le sent qui lui échappe et cela la brise. Mais Bisontin est un compagnon, aspirant à autre chose que le fauteuil et les chaussons. Cela Marie, comme beaucoup de femmes, ne parvient pas à le comprendre. Bisontin l’a aidée à sortir de la guerre, l’a aidé à rebâtir le nid, l’a aidé à élever son fils et sa fille, Petit Jean à qui il apprend le métier de charpentier et Léontine. Mais Bisontin ne s’est pas marié avec Marie qui ne l’a jamais réclamé. A qui donc s’en prend-t-elle ?

Entre non-dits et refus de s’engager, comment pourrait-elle retenir un compagnon qui ne rêve que grand large ? Il suffit que Dolois-cœur-en-joie, compagnon charpentier lui aussi, mette dans la tête de Bisontin les charpentes de navire à Saint-Malo la riche pour que le compagnon veuille reprendre la route. Qui pourrait l’en blâmer ? Marie qui s’est fait son cinéma toute seule, sans comprendre l’autre ni mettre au clair leurs relations ?

Elle a mal, elle a peur, elle se sent vieille et délaissée. Mais certains ne sont pas faits pour le foyer et elle ne veut pas le comprendre, aimant au fond à se faire souffrir pour expier, travers très catholique qui la ronge au bas du ventre. Elle se tue au travail, autre travers catholique pour expier les péchés après la Chute et elle se démet un bras qui ne revient pas. La voilà impotente, inutile, délaissée. Elle se complaît en macérations et chagrin, autre travers catholique du repli sur la conscience de soi sans envisager ni les autres, ni l’avenir.

C’est un portrait de femme que nous brosse Clavel, son chant des artisans en même temps que la gloire d’une petite patrie de poids humain, avec tout ce qu’elle abrite de passions et d’instincts mais sans guère de raison. Bisontin, après avoir construit des navires à Saint-Malo, part pour le Nouveau monde avec une jeunette de 20 ans. Leur épopée sera pour le prochain tome. L’artisan a pour patrie son métier ; la femme a pour patrie sa maison. Mais les enfants grandissent et s’émancipent ; Petit Jean a 11 ans, il sera bientôt homme. Et Marie, qui s’agrippe à sa terre et à sa maison, que deviendra-t-elle ?

Bernard Clavel n’est pas un grand romancier, ses portraits sont caricaturaux et ses leçons trop moralisatrices. Mais il sait conter comme peu des histoires et évoquer les paysages et les éléments avec beaucoup de délicatesse. C’est moins vrai pour les âmes.

Bernard Clavel, Marie Bon Pain – Les colonnes du ciel 4, 1980, Pocket 1997, 292 pages, €2.81  

Bernard Clavel, Œuvres : Tome 4, Les colonnes du ciel et autres écrits : La saison des loups, La lumière du lac, La femme de guerre, Marie bon pain, Compagnons du Nouveau monde, autres récits, 2004, Omnibus, 1080 pages, € ?

Bernard Clavel, Les colonnes du ciel, 5 volumes, Pocket, €46.79

Les colonnes du ciel sur le site Bernard Clavel

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Michèle Edmonde Paris, Le silence de l’arc-en-ciel

Le roman a pour thème le handicap, survenu par hasard, par accident, qui peut arriver à n’importe qui. Comment le surmonter ? Faire avec ? Reconstruire une vie différente ?

Angèle, au prénom d’ange et de glace, travaille quelque part dans le social. Au cours d’une visite en voiture, elle est doublée sous la pluie par une puissante voiture qui dérape en aquaplaning, et c’est l’accident. Un amas de tôles et de ferraille qui laissent la victime meurtrie et paralysée, ne pouvant plus parler.

Les institutions, la famille, l’aide-soignante, les autres malades, les relations, vont peu à peu permettre de réémerger. Tant que l’on ne se sent pas seul, un espoir subsiste, tel est peut-être le message du livre. Un autre est que le silence imposé peut être compensé par le regard et l’écoute de l’arc-en-ciel des autres, à condition d’avoir une force en soi. « Cette nouvelle souffrance sera offerte » p.37 ; « sa passion à l’écoute de l’autre » p.38, ces expressions très catholiques sont orientées social-optimiste. Le lecteur ressent cela comme un peu boy-scout, New Age ou gauche façon 1981 (avant la victoire) mais, pour la génération du baby-boom, ça tient.

En revanche phrases courtes, points de suspension, d’exclamation, majuscules, retours à la ligne – tout pointe visuellement l’émotion. Réussit-on un roman en pavant d’émotions ses bonnes intentions ? La maîtrise manque un brin, le recul nécessaire à l’analyse, la distance exigée pour l’empathie. Le lecteur se trouve emporté dans un tourbillon d’affects et ne sait plus où il en est avant que, vers le milieu du roman, tout finisse par s’apaiser suffisamment pour y voir clair. Il n’y a pas que l’élan pour bien écrire. Sans élan, pas de roman, mais sans construction non plus.

Exprimer n’est pas « hurler » comme il est manifesté trop souvent dans le livre. Tout comme ce jargon du branché courant, si peu efficace pour transmettre une idée : « revendiquer son autonomie », « un impact sur toi », « reconstruction de la cellule familiale », « le manque de l’autre », « garder son vécu ». Exprimer, c’est dire en mots précis et non enchaîner des mots-valise dont le sens, déjà très flou, sera oublié dans dix ans. Des « haïkus » (bien peu japonais) en tête des chapitres, une profusion de « remerciements » avant même de lire, et sur deux pages… Tout cela concourt-il à faire de ce roman un bon roman ? Trop, c’est trop, peut-être.

Le lecteur aborde l’histoire confusément. Il passe d’un personnage à l’autre en chapitres éclatés, lettres insérées, pages de calepin, journal de bord du siècle passé. Est-ce l’accident qui produit ce kaléidoscope qui éclate le temps selon les bouffées affolées de l’esprit ? Pourquoi pas. Mais quelques petites remarques amicales : ces prénoms décalés qui se veulent à toute force originaux, comme Silvin (sans a), Poline (sans au), à quoi servent-ils dans l’histoire ? Volonté de faire « moderne » ? Post-68 ? Il manque cependant les SMS et les vidéos… comme dans un entre-deux de la « modernité ». Les trois filles d’Angèle enregistrent leurs messages sur cassette, à l’heure où l’on joue du Smartphone dès 7 ans. Le lecteur a le sentiment de se retrouver suspendu dans ce qui n’est ni du passé ni du « post-moderne ». Pourquoi ne pas avoir actualisé ces détails de la vie courante ?

Pour un premier roman, disons qu’il se lit bien, même si le thème choisi du handicap est très fort, donc difficile à traiter. Parce qu’il s’agit d’un thème fort le lecteur demande du soin d’écriture, les mots justes et une approche délicate. « Même si écrire est son métier, elle n’écrit peut-être pas aussi justement quand il s’agit de parler d’elle et de tout ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même. Elle essaie, personne ne lui dira si oui ou non elle a le juste ton. Elle est elle-même son propre ‘client’ » p.34. L’objectif de cette chronique est de dire que le ton va trop vers le pathos et pas assez vers la relation (ce que l’auteur a senti vers le milieu de l’histoire, et a corrigé peu à peu). Il est de dire aussi que le roman tient et que l’on s’attache doucement aux personnages, même s’ils apparaissent presque « idéaux » (la victime, le mari, les filles, la soignante, la jeune handicapée amie…).

L’auteur décrit « cette maman anéantie (…) mais plus forte que tout par son amour de la vie et de sa famille, qui a écrit sa douleur, qui a su aussi écrire la douleur de certains autres pour mieux se reconstruire et surtout recoudre point par point le tissu déchiré de ses attachements » p.190. Tout est dit de la force qu’il faut, du désir de relations réciproques et de l’aide que tous les bien-portants se doivent d’apporter aux handicapés – qui dépendent d’eux mais qui leur apportent aussi leur humanité.

Michèle Edmonde Paris, Le silence de l’arc-en-ciel, 2017, éditions Les soleils bleus, 191 pages, €18.00 www.lessoleilsbleus.com

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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Quel socialisme après La Rochelle ?

Article repris par Medium4You.

L’université d’été s’est achevée et la question demeure : le socialisme s’est-il perdu dans les sables ?

A écouter les six candidats à la candidature, Manuel Valls, Ségolène Royal, Martine Aubry, François Hollande, Jean-Michel Baylet et Arnaud Montebourg – seuls les plus jeunes ont quelques idées d’avenir ; ils sont aussi les plus marginaux dans ce parti de vieux. Pour les ténors, l’œil britannique n’a pas manqué sa cible : « on les croirait congelés en 1981 ». Il ne s’agit que de taxer, règlementer, surveiller, étatiser…

Aucun pragmatisme mais le tropisme théorique : yaka faire une « grrande » réforme fiscale et tout ira bien, on pourra dépenser à tout va comme avant, pour arroser les clientèles.

L’Europe ? Yaka violer Merkel, « l’égoïsme » allemand est insupportable aux tenants du Bien qui ont la Raison pure infuse. Puisque les socialistes français détiennent – de droit divin historique – la Vérité, yaka la clamer à la face du monde pour que tout le monde s’incline.

C’est pitié que d’observer une grande nation se perdre en ses vieilles lunes de parti usé jusqu’à la corde. Le monde a changé mais la France socialiste demeure figée dans sa grandeur passée, incapable de bouger, de changer, de s’adapter. La France de gauche ne sait plus où elle en est. A l’origine syndicaliste-anarchiste avec Proudhon, devenu marxiste réformiste sous Lénine, le socialisme du parti s’est transformé en social-démocratie après 1945 puis s’est perdu dans l’émergence du monde tiers.

Plus de sous ! Fiscaliser ne suffit pas, d’autant que Thomas Picketty, expert des impôts au PS, avait déjà montré en 2007 qu’il y avait certes justice sociale à taxer les riches mais aucun « trésor caché » puisque les riches sont fort peu nombreux (Le Monde, 11 juin 2003).

  • Comment imposer les transactions financières sans nuire aux emprunts d’État – que seuls les étrangers vont désormais acheter ?
  • Comment raboter les niches fiscales sans nuire à l’emploi, le premier d’entre eux étant l’immobilier ?
  • Comment répartir ce qu’on ne sait pas produire ?

Le socialisme, expert en administration d’État, n’a pas su penser la société civile. Ce pour quoi il se réfugie aujourd’hui dans l’utopie écolo. Sans voir qu’entre l’utopie positive qui entraîne et la réalité à ses pieds qui résiste demeure un gouffre si l’on n’imagine pas aussi la passerelle !

Tout commence par la réforme de l’État, or le PS a la majorité de ses électeurs, militants et sympathisants dans l’appareil d’État. Équation impossible si l’on dit que la France est dans la moyenne haute des pays de l’OCDE pour le nombre de fonctionnaires par habitant (90 pour 1000 habitants) mais surtout que leur fonction n’est plus à la page pour être efficace (la centralisation d’État devrait nécessiter moins de fonctionnaires que le Royaume-Uni ou l’Allemagne, plus décentralisés). Scandale de l’évaluation pour les évaluateurs, ceux qui jugent tout du haut de leur statut : profs, flics, fonctionnaires du social. Alors que cela se fait sans drame dans tous les pays voisins.

L’écosocialisme se contente de ressourcer la vieille « croisade des enfants » où les illuminés marchent vers l’étoile. Économiser les ressources de la planète est bon, mais il serait mieux de rendre plus efficace la production de ce qui est. Las ! Les discours se bornent au catastrophisme mondial et aux micro détails locaux. Entre le « petit » producteur qui vend des paniers aux bobos et le « grand marché mondial » où la Chine est très présente, il n’y a aucune pensée de gauche. Veut-on nous faire croire qu’on gère un pays comme une région ? Le Poitou-Charentes ou Lille n’ont pas d’armée, que je sache ! Pas de politique étrangère, pas de place aux négociations de l’OMC ni dans les instances européennes !

La seule pensée de gauche se réduit, pour les plus avancés du PS, à la doctrine du FMI.Le bien-vivre écologique est une philosophie de sagesse… mais pour qui a déjà quelques ressources. S’il s’agit de conforter fonctionnaires et retraités, la France n’a pas besoin du parti socialiste. Aménager la stagnation, tous les partis savent faire. Pour aller de l’avant, peu ont des propositions.

La droite s’adapte avec pragmatisme, selon les vents du monde – c’est déjà ça. Au PS, on attend encore le Sauveur alors que le dernier pressenti, adepte de la dépense compulsive, imposée avec violence, vient de se griller lamentablement dans une chambre d’hôtel à Manhattan. Peu importent les particularités de la procédure américaine, les rapports médicaux et policier font foi, qui prouvent une émission de sperme strausskhanien et lésions sur le vagin de la femme. Consentante ou non, pour le fric ou non, l’aventure laisse apparaître toute l’arrogance, la vie de riche et les mensonges soigneusement mis en scène d’un apparatchik socialiste à qui tout semble permis. Une fois de plus un dirigeant du PS se dit responsable mais pas coupable.

Il faut donc encore « reconstruire »… Mais cela fait plus de dix ans que le socialisme ne cesse de se « reconstruire » sans avancer d’un pas. Depuis Jospin, rien. Plane l’ombre du populisme d’extrême-droite, contre laquelle seules des incantations émanent du PS.

Or le monde avance. Les Français peuvent être fiers de leur modèle économique et social, mais il craque de partout : trop de carcans, trop de niveaux hiérarchiques d’État, trop de dilution des responsabilités – et plus assez de sous pour des prélèvements obligatoires au sommet des pays de l’OCDE !

  • On ne fait pas l’Europe sans consentir à entamer la souveraineté nationale,
  • on ne se dit pas solidaires sans avoir une idée des conséquences de la crise grecque,
  • on n’emprunte pas auprès des marchés financiers sans se dire qu’il faut fixer un cap de sérieux,
  • on n’évoque pas un déficit keynésien sans voir qu’il n’est efficace que lorsqu’il est provisoire et non le prétexte perpétuel à la distribution démagogique,
  • on ne se préoccupe pas de l’emploi et de la vie quotidienne sans poser les problèmes de l’immigration et de l’identité des autochtones, et ceux de la paperasserie administrative et des règlementations sans fin.

Sur tout cela, motus au PS ! Yaka faire une « grrrande » réforme fiscale et violer Merkel. Point à la ligne. Alors que toutes ces pressions conduisent le Français moyen et populaire à un repli sur soi et au refus de toute différence.

Ce pourquoi les ouvriers ont déserté le PS aux élections récentes. Tout ce qui change est menaçant. Le modèle multiculturel est en faillite pendant que les partis de gauche ou les militants antiracistes sont peu à peu contestés. Car ce n’est pas être « raciste » que de dire que l’intégration se fait mal : c’est dire qu’on a mal et que c’est la faute au tabou concernant l’immigration. Ne pas en parler est bien pire que de dire ce qui est : que l’intégration se fait cahin-caha, que les « quartiers » sont des sas de passage vers une évolution par l’emploi et pas ces ghettos à l’anglo-saxonne qui fomentent des émeutes, que les études mènent à intégrer la société mieux que les discours compassionnels sur sssseuxquiisouffrrrr.

La primaire serait la solution ? Nous l’avons toujours écrit, adopter les mœurs américaines nécessite de laisser tomber l’esprit de caste à la française. Hillary Clinton a embrassé Barack Obama après son échec : verrait-on Martine embrasser François ou – pire ? – Ségolène baiser Martine (sur les joues) ? Si primaire il y a, il faut qu’elle soit ouverte. Tous les candidats, même les plus improbables, doivent pouvoir se présenter. Ce n’est évidemment pas le cas dans un parti resté léniniste pour qui il s’agit surtout de verrouiller.

L’électeur de gauche n’aura donc le choix qu’entre la fille de son père, le mari de sa femme et la femme du mari, plus quelques vagues outsiders mal considérés dans les rangs enseignants. Manuel Valls a le pragmatisme propre à la droite, voilà qu’il est aussitôt catalogué « de » droite, en bonne pratique stalinienne.

Hors du Dogme, point de salut ! C’est ce que disait le capitaine du Titanic lorsqu’on évoquait vaguement les icebergs déréglementés se baladant librement sur la mer libre…

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