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Marcello chat auxerrois

Connaissez-vous Marcello, le Chat ? Né en Italie, il a émigré à Paris sans papiers avant de se mettre au vert à Auxerre dans une bonne maison. Il y occupait en 2006 un jardin « avec vue » et pouvait méditer sur l’infini en contemplant la pointe du clocher cathédral qui se dresse tout près.

Mais cette aimable bête est dotée de caractéristiques propres qui la rendent différente de ses congénères. D’abord Marcello est une chatte, contrairement à ce que son patronyme laisse croire, attribué trop légèrement.

Ensuite il est pacifiste malgré sa tenue de camouflage, fort à la mode chez les teen-agers ; il ne condescend à jouer qu’avec de fausses souris ou de vraies chaussettes molles.

Enfin il médite sur le sens des choses ou sur la personnalité des gens, penchant alors la tête d’une drôle de façon. Vous êtes alors sous le laser d’un regard inquisiteur qui vous transperce jusqu’à l’âme. Point de mensonges ni de faux semblants, vous êtes faits ! Et vous vous retrouvez droits dans vos bottes de souris, hypnotisés par le regard vert basilic du chat rayé.

C’est là que Marcello le Chat devient Marcello « le chat’ », troquant son sonore patronyme italien pour le snobisme anglais où la dentale finale se prolonge. A l’habitude silencieux et méditatif, Marcello n’hésite alors pas à se lancer dans le bavardage. Surtout lorsque cela concerne ce qui plaît à son maître, le regretté Jean-Louis d’Auxerre : la politique.

Florentin, le matou femelle sait jouer de son ambiguïté pour faire dire ce que Mesdames & Messieurs les Politiques cherchent toujours à cacher. Machiavélique, le zébré se camoufle derrière son ingénuité animale pour faire sortir les rats des placards. Impressionniste, il touche à tout et hoche la tête, laissant l’œil dans un festival de rayures où l’on croit distinguer, comme sur le disque de Chevreul, le blanc de blanc des couleurs trop vite assemblées.

Marcello est un expert en filouteries ; il a l’œil vif, la patte fulgurante et la griffe acérée. Il porte attention à tout ce qui bouge et l’évalue en expert. La campagne électorale a eu en sa personne un observateur sagace ! Mais las, le petit chat est mort, c’est probable. Cela fait onze ans déjà que nous nous sommes rencontrés.

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Macbeth de Roman Polanski

Quand l’ambition aveugle, poussée par une femme avide. La tragédie de Macbeth est celle du pouvoir qui rend fou, de l’hubris qui donnera le no limit post-68, l’orgueil renfermant soi-même dans sa paranoïa. Chacun peut citer Staline ou Hitler, mais aussi Manson le sectaire – qui fit assassiner un an avant le film Sharon Tate, l’épouse de Polanski.

D’où la violence, le sang qui gicle, la terreur qui prend. Mais aussi les prophéties, la croyance aux révélations, l’auto persuasion de son grand destin. Ce n’est pas par hasard, mais dans les conditions d’époque, qu’un tel film a pu être réalisé. Le « retour » au naturel est clairement anti-bourgeois après 1968 ; foin des délicatesses et des mignardises, la réalité doit être montrée crue. La guerre est sans merci, les armées pataugent dans la boue, les épées tranchent les têtes et fouaillent les entrailles, les poignards saignent les rois comme les enfants, les salles de bâfreries et beuveries ont le sol couvert de foin, les gens dorment nus sur la paille, ensembles sous leurs manteaux, le fils avec le père, les compagnons entre eux, les sorcières se réunissent à poil dans la fumée, dans les ruines d’un village détruit…

Ce choc va mal avec le texte en vers de Shakespeare, trop littéraire et trop bavard pour un film, d’où quelques longueurs. Nous ne sommes pas au théâtre mais sur la grève, parmi la lande ou à l’intérieur des lourds châteaux de pierre. Les humains sont ce qu’ils sont, en proie à leurs émotions incontrôlées, régis par leur inconscient bien plus que par la raison. La religion du Livre est omniprésente dans les esprits du XVIe siècle, année où William Shakespeare écrit sa tragédie. Macbeth est Caïn, il a tué son protecteur Duncan qui le traite comme un parent. Pour plaire à Dieu ? Non pas, mais à la prophétie des trois sorcières qui touillent leur bouillon sur la lande brumeuse enveloppée de pluie. Prophétie païenne tirée de la lecture des choses matérielles dans la fumée de l’hallucination, pratique anti-chrétienne et opposée à la raison classique. Des profondeurs du non-dit surgissent des monstres diaboliques et, quand l’inconscient règne, montre le dramaturge, les pulsions se déchaînent sans entraves.

Le scénario de l’histoire est connu – de ceux qui ont quelque culture, que certes l’éducation nationale n’assure plus, surtout en œuvres anglaises : trois sorcières (Maisie MacFarquhar, Elsie Taylor, Noelle Rimmington) marmonnent que Macbeth doit venir – en enfouissant un nœud coulant, un bras coupé et un poignard. Macbeth (Jon Finch, 29 ans) a assuré avec son ami Banquo (Martin Shaw) la victoire au roi Duncan (Nicholas Selby) contre les armées de Norvège et d’Irlande. En s’abritant sous des ruines, les deux capitaines rencontrent les trois sorcières qui, dans un rire grinçant, leurs annoncent que Macbeth aura le titre de Cawdor et deviendra roi, tandis que Banquo ne sera pas roi lui-même mais que sa descendance sera à la racine des rois futurs. Le thane de Cawdor est coupable de trahison et dépouillé de son armure pour être pendu torse nu avec de lourdes chaînes, et le roi donne son titre à Macbeth. La réalisation de cette première prophétie sème le germe de l’ambition chez le nouveau thane : pour qu’il soit roi, ainsi qu’il est prédit, il faut qu’il élimine Malcolm (Stephen Chase), fils de Duncan, et Duncan lui-même malgré ses bontés pour lui.

Bien qu’en proie aux affres du doute sur le bien-fondé de son acte, et se sentant coupable par avance de ce qu’il va faire, Macbeth finit par céder aux instances de sa femme, la vénéneuse Lady Macbeth (Francesca Annis, 26 ans) qui a versé un puissant soporifique dans les coupes des gardes royaux. La féminité est, pour les chrétiens depuis saint Paul, de l’ordre du diable ; la Bible elle-même accuse Eve d’avoir croqué le fruit défendu et d’avoir convaincu Adam de céder au serpent. Nous sommes bien dans ce mélange de chrétienté et de paganisme, le politiquement correct de l’époque faisant du second l’instrument du démon pour contrer le premier.

Une hallucination montre à Macbeth un poignard dans l’air qui lui indique la chambre du roi. Il le suit, passe les gardes endormis, se saisit de leurs dagues et finit par tuer Duncan dans une débauche de sang, visant n’importe comment dans la panique de l’acte. C’est Lady Macbeth qui va retourner dans la chambre, remettre les armes sanglantes dans les mains des gardes et les barbouiller du sang royal. Ils seront accusés au matin et massacrés par Macbeth avant qu’ils aient pu ouvrir la bouche pour démentir. Les deux fils de Duncan s’éclipsent et s’exilent, pensant être vite accusés puisque le crime leur profite.

Ne reste que Macbeth pour être élu roi, ce qui est fait par acclamations.

Mais la prophétie n’est pas finie et le destin se tisse quand on le laisse faire en croyant que tout est écrit. Banquo sera à l’origine d’une lignée de roi, il doit donc disparaître pour ne pas faire d’ombre à Macbeth. Mais les assassins, s’ils tuent Banquo au retour de la chasse, manquent son fils Fleance (Keith Chegwin, 14 ans au tournage) qui, plein de décision, parvient à fuir à cheval malgré son jeune âge ; son père se sacrifie pour lui en envoyant sa seule flèche au poursuivant, tandis que les autres lui brisent la colonne vertébrale d’un coup de hache. Macbeth, déstabilisé par ce demi-échec, croit voir le fantôme sanguinolent de Banquo lors du banquet qu’il organise avec ses hommes. C’est le milieu de la tragédie et le début de la fin : sa « folie » indispose ses compagnons, ils ne croient plus en lui, ils l’observent s’enfoncer dans la paranoïa et la terreur, ils le quittent un à un avant d’être soupçonnés à leur tour.

Macbeth, en proie au doute et sans volonté, s’en retourne voir les trois sorcières qui, cette fois, sont en nombre, entièrement nues à la lueur du feu de bois sur lequel bout un chaudron. Le breuvage qu’elles lui donnent lui font rêver d’une tête casquée lui disant de se méfier de MacDuff, d’un gosse sanglant qui lui dit que « nul homme né d’une femme » ne pourra le blesser, enfin d’un enfant couronné, un arbre dans une main, qui lui prédit encore que nul mal ne peut lui arriver tant que « la forêt de Birnam ne s’est pas mise en marche vers la colline de Dunsinane ».

MacDuff (Terence Bayler) s’est enfui en Angleterre rejoindre Malcolm et Macbeth ordonne qu’on saisisse son château par surprise et qu’on massacre ses gens, sa femme (Diane Fletcher) et ses enfants compris. Ce qui est fait dans une débauche de viols et de plaisir mauvais à éventrer et fouiller les corps au poignard, surtout celui du jeune fils du « traître » sortant du bain (Mark Dightam). Lady Macbeth, déstabilisée parce que les femmes sont meurtries par cette démesure, somnambulise à poil sous les yeux de sa suivante et du médecin appelé (Richard Pearson), parlant dans son sommeil et dévoilant tout. Elle ne cesse de se laver les mains d’une tache imaginaire, en Ponce Pilate qui a fait tuer le Christ.

Quand le pouvoir est aux mains de tels insanes, la tyrannie devient insupportable et le peuple gronde après les nobles. L’armée anglaise marche sur l’Écosse et les soldats se munissent de jeunes sapins qu’ils ont coupés dans la forêt de Birnam, vieille tactique de camouflage pour masquer leur nombre aux guetteurs du château. Mais, une fois encore, la prophétie se réalise et Macbeth se sait condamné. Ses gens aussi, à qui « sa langue » a maintes fois raconté ce qui est prédit, forçant le destin à accomplir ce que lui-même énonce. Tous le quittent, le château est ouvert, Lady Macbeth se jette du haut d’une tour, Macbeth est seul. Il a gardé la couronne sur son chef, mais n’a que son épée pour résister à l’armée. Il se croit invincible, puisque tous les humains sont nés d’une femme. Tous ? sauf un : MacDuff. Bien qu’ivre de rage Macbeth réussit à mettre à terre mais l’épargne, grand seigneur sur le tard ; ce sera sa perte car MacDuff est né par césarienne et non par les voies naturelles… MacDuff tue Macbeth tue en le perçant de part en part des reins à l’épaule, sous l’armure.

C’est alors le fils du roi Duncan, Malcolm, qui annonce le retour de l’ordre et se fait couronner roi d’Écosse sur la pierre de Scone.

Acteurs jeunes, paysages réalistes du Northumberland et château de Lindinsfarne, donnent à ce film sa rudesse réaliste. Il n’y a aucune complaisance pour montrer le sexe, sauf un viol entrevu par une porte lors du sac du château de MacDuff. Le thème est la violence, la croyance fanatique aux prophéties, l’anomie de la volonté. « Croire » que l’on a un destin vous enchaîne à son auto-réalisation. Vous n’êtes plus vous-mêmes, maître de soi, mais ballotté par les forces mauvaises de l’inconscient – proches du démon. Pour cela un grand film, à réserver aux adultes, seuls à même de prendre de la hauteur pour se sortir du réalisme des images et réfléchir sur les fins.

DVD Macbeth (The Tragedy of Macbeth) Roman Polanski,1971, avec Jon Finch, Francesca Annis, Martin Shaw, Terence Bayler, Nicholas Selby, Stephan Chase, Keith Chegwin, Sony Pictures 2002, 134 mn, €19.99 blu-ray €17.90

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Dragon, tortues, margouillats et autres roris de Tahiti

Un glaucus atlanticus ou dragon bleu ou Limace bleue s’est fait piéger dans un hoa de l’atoll de Raroia. C’est exceptionnel. Précision : un hoa est un bras de mer allant de l’océan au lagon en passant entre les motu. Il joue un rôle majeur pour le renouvellement de l’eau du lagon dans les atolls sans passe. Le passage des eaux de l’océan peut être épisodique ou permanent. Le hoa ne permet pas le passage de bateaux comme les passes. Ces passages sont en général peu profonds.

Ce nudibranche ne vit pas sous l’eau mais flotte ! Il possède une petite réserve de gaz dans son estomac qui lui permet une parfaite flottaison sur les océans, c’est à l’envers qu’il flotte. Ce magnifique gastéropode est toxique pour ses prédateurs. Son camouflage est de couleur bleu et gris il se confond avec l’océan et floue ainsi oiseaux et poissons qui sont ses prédateurs. Il n’est pas bien grand, à peine 4 cm, possède de nombreux « doigts » qui composent les rangées de ses ceratias. Il se laisse porter par les courants, s’il rencontre un obstacle il se contorsionne pour se retourner et suivre une direction qu’il choisit. Il est friand de physalies. Ses découvreurs l’ont transporté côté océan afin qu’il poursuive son voyage.

Les deux tortues du jardin botanique sont arrivées à Papeari. Elles avaient été offertes à Charles Nordhoff en 1928 par le gouverneur de Pennsylvanie, Monsieur Pinchot. Elles font partie des plus grosses tortues vivantes. Elles pèsent aux alentours de 200kg, mesurent 1m50 et se déplacent à 3km/h. Elles possèdent un très bon odorat, sont herbivores, se nourrissent d’herbe, de feuillages  et de fruits. Elles sont à l’honneur sur un timbre qui vient d’être édité. Te ara tau est âgé de 180 ans et Te ara u’i, elle, a 150 printemps. Le timbre à 75F a été émis par l’OPT le 17 de ce mois d’octobre. Autre bonne nouvelle, le jardin botanique de Papeari devrait bientôt se doter d’un conservatoire du cocotier et d’un autre du tiare Tahiti.

Le margouillat de nos fare, il est représenté par les artistes, tatoueurs, peintres, sculpteurs, sur les tissus, paréos et tableaux, ce petit lézard. Gecko translucide au corps dodu, long d’une vingtaine de centimètres pour les plus grands est un animal nocturne qui vit dans nos foyers. Il se nourrit d’insectes, cafards, papillons nocturnes et de moustiques. Merci gecko ! Il joue le mort et au moment propice, d’un coup de langue avale sa proie. C’est un athlète, sprinteur sur les murs, plafonds. Il possède des pattes « velcro ». C’est l’as du camouflage, il s’héberge sur les cadres, derrière les meubles, visite la cuisine pour se régaler des bananes. Il pousse des petits cris audibles et marque ainsi son territoire, il lui arrive de perdre un bout de queue au cours d’une bagarre avec ses congénères.

En Polynésie, le poisson-globe ou poisson-lune plus connu sous le nom de « fugu » au Japon, appelé huehue (distendu, gonflé) est consommé dans l’archipel des Tuamotu. A consommer avec précaution ! Il faut savoir le préparer… Le tetraodon (tetra en grec quatre et odous, dents) appartient à la famille des Tetraodontitnae. La chair est non toxique mais les viscères (gonades, foie, intestins, peau) contiennent des niveaux de tétrodotoxine suffisamment élevés pour provoquer une mort rapide et violente. Il faut d’abord retirer la peau rugueuse qui servait autrefois à confectionner des semelles des chaussures des Paumotu car elle  résistait bien au récif tranchant ; les Paumotu les assemblaient avec du niau. Quand vous aurez attrapé ce poisson, enlever délicatement les organes empoisonnés, quand il ne reste que la tête et la chair, c’est prêt à consommer. Je vous souhaite bon appétit. Tama maitai !

L’Assemblée de Polynésie l’a décidé hier, la pêche aux rori c’est bien fini ! Adieu les holothuries, vive l’aquaculture ! Les représentants du peuple Mao’hi ont planché (ceux qui étaient présents) sur deux textes relatifs à l’exploitation de nos ressources marines. Une loi de pays qui vise à encourager –avec espèces trébuchantes- le développement de l’aquaculture, principalement celui du paraha peue, de la crevette et du bénitier. Et une délibération vise à protéger le rori surexploité ces dernières années en interdisant sa pêche et sa commercialisation. Le Japon et la Chine, ouste ! C’est le maire et son conseil municipal qui octroierons des autorisations de pêche aux rori si la population en fait une demande ! Et les exportateurs du rori, ben ils demanderont un agrément au Pays !

Ben voyons c’est simple tout cela ! Reportez-vous au JO de la Polynésie, c’est écrit noir sur blanc. Mais il faut d’abord envoyer des experts pour compter les holothuries. Les rori sont les femmes de ménage de nos lagons alors si elles sont expédiées dans les assiettes asiatiques : qui nettoiera les lagons ?

Hiata de Tahiti

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