Articles tagués : église

Croyances et violences en Polynésie

Un satellite americain tombe dans le pacifique sud ? Il semblerait que les habitants de Mangareva (Gambier) aient entendu des bruits et aient vu pour certains une boule de feu… Glory, un satellite américain était trop lourd pour atteindre l’altitude d’orbite, des débris auraient chuté dans le Pacifique. Le laboratoire de géophysique de Pamatai (Tahiti) a enregistré « un bruit » à la station de Rikitea (Gambier). Alors y aurait-il un rapport entre la chute de Glory et ce qu’ont vu quelques habitants de Rikitea ? Par contre, on connaît le montant de la facture du feu d’artifice, 37 milliards de francs pacifiques. Il faut savoir également que l’US Air Force a installé une station aux Gambier pour suivre la mise en orbite de plusieurs satellites de défense depuis février 2010. Aux dernières nouvelles, Glory serait allé se perdre du côté de l’Antarctique. Les Gambier ont du rêver !

Mais il faut bien croire à quelque chose. L’église protestante mao’hi célèbre l’arrivée de l’évangile le 5 mars. Depuis 1978, c’est un jour férié en Polynésie. Les 18 missionnaires anglais de la London Missionary Society sont arrivés dans la baie de Matavai (Pointe Vénus), sont restés à bord du Duff le samedi 5 mars 1797 jour de sabbat, et ne sont descendus à terre que le dimanche matin pour commencer leur évangélisation. La communauté protestante est toujours proportionnellement la plus importante des communautés religieuses en Polynésie française. Un petit monument commémore cette arrivée et les évangélisations des autres îles du Pacifique Sud  à partir de Tahiti : les Marquises 1797/1822, Huahine 1818, les Cook 1821/1823, les Australes 1821, les Tuamotu 1821/1829, les Samoa 1830. Le petit monument a souffert de dégradations et a perdu son mât. « Pour que rien ne soit dégradé, ici, il faudrait un gardien rien que pour cet endroit », me confiait le jardinier tondant le gazon ! La baie de Matavai, bien protégée a abrité les révoltés de la Bounty, le Capitaine Cook, les missionnaires du Duff.

La foi et la violence sont le lot des îles. Le papa, ultra-violent, avait secoué son bébé, il l’a rendu infirme. « J’arrive pas à me contrôler. Moi, je règle mes problèmes en boxant. Je tape même mon fils ». Pour ce père violent la balance de la Justice terrestre s’est arrêtée sur 13 ans de réclusion…

Un autre procès se tient actuellement, celui de l’assassin d’une jeune femme de 22 ans dans des conditions insoutenables. C’est l’un des plus odieux crimes commis ces dernières années ici en Polynésie française. Cet homme jeune a pris en stop une femme jeune, prise de boisson, l’a traînée dans sa voiture dans un coin désert, pour boire un coup, fumer un joint, lui faire des avances. Il l’a frappée de deux ou trois coups de poing quand elle s’est refusée à lui. Tandis qu’elle était à terre, sonnée, il lui a administré deux monstrueux coups de pied en pleine tête. Puis il l’a déshabillée, violée, je vous passe les détails. Elle ne respirait presque plus. Alors il s’est assis à califourchon sur son dos, lui a relevé la tête de la main gauche pour l’égorger avec son couteau tenu dans la droite. Il dira au juge : « comme pour une tortue ». Son crime accompli, il est allé dîner aux roulottes avec sa compagne comme si de rien n’était. A savoir que les tortues marines sont des animaux protégés en Polynésie. Et les femmes ? Le verdict est tombé : réclusion criminelle à perpète assortie de 22 ans de sûreté. Son avocat avait demandé l’acquittement ! Tant qu’à faire…

D’autres se retirent dans leur monde intérieur. Bobby Holcomb, vous connaissez ? Il fut « l’homme le plus populaire de Polynésie en 1988 ». Noir américain et indien par son père, Philippin et Polynésien par sa mère, il était né le 25 septembre 1947 dans les ruines de Pearl Harbour. Après avoir découvert les USA, l’Inde, le Népal, la Grèce, la France et la Polynésie, il s’installa à Huahine (Iles Sous le Vent) en 1976 et plus particulièrement dans le village de Maeva, réputé pour avoir résisté à la colonisation française et être resté imprégné de son histoire et de ses traditions. Maeva demeure la clé de voûte identitaire du pays. Bobby était connu pour se balader en paréo, pieds nus et toujours coiffé d’une couronne de fleurs et feuillage. Chanteur, peintre, il est davantage connu pour ses chansons alors qu’il vivait plutôt de sa peinture. Cette année, une rétrospective de ses tableaux est organisée au musée de Tahiti et des Iles. Il est décédé, à 44 ans seulement, en 1991.

Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun est décédé en métropole le 12 février 2011. Il était le directeur du Musée de Tahiti et des Iles et aussi l’auteur de biographies, théâtre, romans, essais, légendes. Voici quelques titres : Huna secrets de famille, Henri Hiro héros polynésien, Les parfums du silence, Le bambou noir, L’allégorie de la natte, La naissance de Havai’i.

Hiata de Tahiti

Catégories : Polynésie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Que vaut le projet socialiste pour 2012 ?

Notons en premier lieu qu’il s’agit de « 30 propositions » et non d’un « projet » de gouvernement. Notons en second lieu que ces propositions sont réunies sous le titre de « Redresser la France et proposer un nouveau modèle de développement ». Rien que ça : il s’agit encore et toujours de changer le monde… Le capitalisme est le diable, la mondialisation l’enfer, et le PS veut créer un bénitier d’eau apaisante pour tous les brûlés de la France. Panser au lieu de penser. Pourquoi vouloir changer le monde alors qu’il faudrait commencer par se changer soi ? Par orgueil, certitude d’avoir raison, d’être investi d’une Mission.

Cela vient de loin, du catholicisme dont le socialisme a repris la cité de Dieu, du marxisme-léninisme dont son créateur Lénine a repris l’idée d’Église hiérarchique, de clergé investi d’une mission et de prêches propagandistes pour sauver les âmes… C’est un peu cela, le catalogue ordonné des propositions du PS : « Refaire de la France une nation qui compte » (comme si elle ne comptait plus, la 5ème puissance économique mondiale, la 2ème puissance démographique européenne), « changer de modèle pour vivre mieux » (pourquoi pas ? mais qu’a donc fait la gauche pour avancer dans cette direction depuis 1981 ? et notamment durant les 5 récentes années Jospin ?) ; « rendre la vie moins chère », priorité aux « services publics », « réformer la fiscalité ». Au fond, ce sont peut-être ces propositions franco-françaises sur l’école, la fiscalité et les priorités de service public (pas tout mais éducation, santé et sécurité) qui sont les plus réalistes. Notons quand même qu’il s’agit de préférence nationale… Tout ce qui sort des frontières est négligé ou vague. Où l’on voit que la mentalité FN irrigue aussi la gauche.

La mondialisation ? Elle n’est évoquée que pour une vague « taxe sur les transactions financières » impossible à mettre en œuvre tout seul sauf à voir fuir la finance partout ailleurs qu’en France. Ou par une taxe aux frontières sur les produits polluants ou immoraux « en matière sociale, sanitaire ou environnementale ». Ou encore par une loi d’orientation tous les trois ans sur l’accueil des migrants. Le monde s’arrête aux frontières de l’Hexagone, c’est bien connu depuis l’imbécile de Tchernobyl. Qui croirait qu’il y a un socialiste français à la tête du FMI et un autre à la tête de l’OMC ? Le parti n’en tient pas compte, ses intellos sont en majorité fonctionnaires hexagonaux.

L’Europe ? Elle n’est évoquée que pour « proposer » une communauté des énergies (qui en veut ?), des droits de douane sur l’immoralité déjà vue (les Allemands sont-ils pour ?), des emprunts Eurobonds pour investissement (les Allemands sont radicalement contre). Rien à dire sur les obligations de l’euro, les écarts de fiscalité, la ponction plus forte qu’ailleurs de l’État français sur la production nationale. Bien que le mot « compétitivité » figure en titre, elle se résume à encore plus d’État avec une « banque d’investissement » – comme si l’État (c’est bien connu) était le meilleur à créer l’innovation ! Se souvient-on à gauche du Plan calcul, du Concorde, des PC Thomson massivement financés pour les écoles et collèges, du succès planétaire du Minitel, de la centrale nucléaire de dernière génération beaucoup trop chère, du Rafale que personne n’achète, du TGV copié par les Chinois et les Coréens ?

Les vrais problèmes des Français ? Ils ne datent pas de 2007… mais des années 1980 : chômage, marge des PME, logement, immigration, insécurité des banlieues, financement des prestations sociales, déclassement, inadaptation persistante de l’école, empilement des lois et règlements, misère de la justice, montée du Front national. Tout cela est né sous Mitterrand et n’a fait que proliférer depuis. Il ne suffit pas de dire « Sarkozy dehors » pour que, par magie, tout devienne rose. Les Français savent bien qu’ils ne vont pas entrer chez Disney s’ils votent rose en 2012. Que « propose » donc le parti pour régler tout ça ? De surveiller et punir : le vieux travers caporaliste de la gauche morale. Les inégalités existent, peut-être moins qu’ailleurs en France, mais pires qu’avant à cause du chômage persistant depuis trente ans. Mais surveiller et punir ne suffit pas à régler les inégalités : les vrais riches iront s’installer ailleurs, les vrais pauvres seront réduits à l’assistanat d’État délivré par des fonctionnaires revêches, mal payés et qui ne feront jamais plus de 35 heures en répétant comme une litanie que c’est pas moi c’est l’autre, qu’il faut le bon papier, que le dossier est en cours, que le service est en sous-effectif, et autres prétextes habituels aux administrations.

  • Il y a un effort de modération pour rassembler les éléphants qui ont une fâcheuse tendance à se tirer dans les pattes.
  • Il y a un maquillage de communication qui vise l’attrape-tout pour les primaires ouvertes à toute la gauche.
  • Il y a un grave déficit d’idées sur l’avenir d’un pays moyen dans un monde désormais global.

Les propositions sont financées… mais en remettant en cause la fiscalité instaurées depuis 2007 par Sarkozy, avec les effets pervers de changer une fois encore les prévisions de risque de ceux qui investissent : les entreprises de la restauration (dont la TVA réduite serait supprimée), les entreprises à transmettre (qui seraient moins exonérées et dont les dirigeants s’exileront aux frontières pour ne payer ni plus-value ni l’ISF), les particuliers qui préparent leur retraite amaigrie par des investissements locatifs (leurs loyers seront bloqués). Certes il faut réformer la fiscalité, devenue complexe et difficilement lisible, mais n’avoir pour projet affiché que taxer encore et encore est d’une indigence rare.

Comment un État qui prélève déjà 43% des salaires et assure par la dépense publique 55% du PIB peut-il dire qu’il manque de moyens ? C’est plus que la plupart des États européens qui nous entourent. La démagogie consiste donc à dire qu’on ne touche surtout pas aux zacquis, malgré des classes de 35 alors que les effectifs de l’Éducation nationale comptent 1 prof pour 16 élèves, malgré le taux de flics par habitant plus élevé qu’ailleurs seraient engagés 10 000 de plus ? Tout comme les emplois-jeunes, ces impasses crées dans le secteur non-marchand qui vont servir à rester sous-payé et sous-formé en associations et collectivités, sans pouvoir valoriser son CV par une quelconque expérience et formation utile à l’économie. Ce genre d’emploi de proximité ou écolo pourrait être assuré aux seniors chômeurs, ils n’ont plus guère d’avenir en entreprise – mais les jeunes ! C’est les parquer dans l’assistanat à vie, avec vote PS obligatoire pour maintenir les zacquis.

La démagogie se poursuit avec les vieilles lunes qui datent du Programme commun : la Banque d’investissement, l’encadrement des loyers, le plafonnement des salaires des PDG d’entreprises publiques, la retraite à 60 ans (mais pas à taux plein, ce n’est pas dit n’est-ce pas ?…). L’idée profonde est que « le capitalisme » est immoral, illégitime, et que le but de la politique française est d’en débarrasser le monde. Ben voyons… Le pays est fatigué, vieillissant, le budget perclus de dettes, le chômage massif, la croissance très molle. Il faudrait réformer l’État-providence, devenu intenable en raison de la concurrence mondiale et de l’endettement accumulé dans un contexte de prélèvements maximum – ce qu’ont fait les pays scandinaves et le Canada. Réformer l’organisation réglementaire et diminuer le coût du travail pour donner de l’air aux emplois (un chômeur ne peut pas donner des cours à l’université par exemple, selon un décret de 1987 signé Chirac) – ce qu’a fait l’Allemagne dont le coût relatif diminue depuis les années 1990. Encourager les entreprises à faire comme les PME allemandes, qui exportent malgré l’euro fort et les délocalisations industrielles et créent -elles – de l’emploi. Et ne surtout pas accentuer le travers français de l’innovation d’État avec ses gros machins invendables, seulement négociables par les politiques (donc transférables et copiables à merci) comme le TGV, Airbus, les centrales nucléaires. La gauche comprend-elle le monde actuel ?

Que peut-on faire quand on ne peut pas changer le monde tout seul ? Faire semblant. Se replier sur le socialisme dans un seul pays (comme Staline). Le PS a accouché d’un pessaire, cet appareil qui maintient un organe en place. Quelle révolution !

Catégories : Economie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Amours valentin

L’amour n’est pas simple, en français. Le mot, en effet, vient du provençal et de la conception passablement romantique – platonicienne ? – qu’avaient du sentiment les troubadours.

Il a fallu se différencier de la conception féodale, pour laquelle la femme était un bien comme un autre, et le mariage une alliance d’intérêts.

Il a fallu aussi abandonner la conception antique de l’amour car, bien sûr, le terme ‘amor’ est issu du latin amare = aimer. Mais ce latin avait une connotation différente, toute pratique, élaborée par les Grecs, experts en art psychologique. « Amour » – d’où vient « amitié » – se distinguait chez eux d’éros (la titillation érotique) et de philia (l’affect sentimental).

L’amour des troubadours se veut, lui, absolu. Il concerne en premier l’amour de Dieu, puis celui de « la » Femme. Pour en avoir une idée, on peut le rapprocher de la musulmane absolue humilité devant Allah. Ou de la ‘passion’ au sens christique des Parfaits cathares. L’amour provençal n’est pas cette amitié passionnée qui mêle l’érotisme au sentiment, comme l’est l’amour grec. Il est moins ouvert et plus rigide, axé sur « le Bien » à la manière de Platon, plutôt que sur l’éventail des sujets aimables offerts par la nature. L’amour provençal, qui devient l’amour français, est résolument hétérosexuel ; il s’exalte dans le discours plus que dans les gestes ; il est un théâtre, typique d’une société de cour où la hiérarchie est respectée et les limites à ne pas franchir bien fixées.

L’amitié est « sociale », pratique, elle peut concerner le sentiment entre homme et femme et est utilisée comme tel jusqu’au 18ème siècle. Mais l’Hamour (comme écrivait par dérision Flaubert) est déjà cette exaltation passionnelle qui dominera le romantisme. Il est abstrait et absolu, sans « objet » autre qu’idéal, hors de ce monde. Une sorte d’excès malsain qui sent la fièvre, une drogue qui, à la retombée, fait mal. La réalité n’est en effet jamais aussi parfaite que l’idée qu’on se fait…

L’ardeur éthérée de la ‘fin amor’ provençale sera confortée par les interdits d’Église et par le souci du lignage, reste sourcilleux de la conception féodale et de l’ordre établi. Ce n’est qu’au 18ème siècle que le badinage retrouvera la liberté des Grecs et que le plaisir reprendra ses liaisons dangereuses. Quand l’homme choisit, il est l’amant ; quand la femme choisit, l’homme est le galant. La Rochefoucauld retrouve la subtilité de la psychologie grecque pour distinguer les moments : « Dans les premières passions les femmes aiment l’amant, dans les autres elles aiment l’amour. »

De ce siècle d’humanisme érotique, le suivant singera l’aspect sans en garder l’esprit. Stendhal se moquera des bourgeois de son temps, revenus aux mœurs féodales de la femme comme « bien à vendre » – donc vertu à préserver : « Qu’est-ce qu’un amant ? C’est un instrument auquel on se frotte pour avoir du plaisir. »

L’aujourd’hui a réinventé toutes les pratiques, de « la baise » à la Catherine Millet (partout, à tout moment, si possible sous le regard des autres) à l’amour platonique (qui reste si fort chez les adolescents) jusqu’aux diverses « amouracheries » de passage (Delteil), amourettes par amusement, « amorisme » de l’exaltation perpétuelle et sans objet (Guitton), « amoureries » du rut populaire (Céline), « amarcord » – formé sur amour et record – ou nostalgie des souvenirs érotiques (Fellini), « amiévrie » de foule sentimentale lisant des magazines (Tinan)… mille mots pour dire les mille inventions du physique, de l’affect et de l’esprit amoureux – queue, cœur, crâne : les trois étages de l’homme.

Et Valentin dans tout ça ? Le prénom vient du latin ‘valens’ qui signifie justement vigoureux, plein de force. Vous voyez où l’on veut en venir ?

Février est le cœur de l’hiver et le 14 juste le milieu. C’est à ce moment que la vie doit triompher de la mort, à ce moment qu’on doit penser très fort au printemps, à la renaissance de la nature. De toute la nature : les feuilles en bourgeon, les fleurs en bouton, les petits agneaux pour Pâques… et les poupons d’homme qui naîtront en novembre, leur mère ayant bien mangé tout l’été.

En Grèce à cette saison de l’année, Zeus se mariait avec Héra ; à Rome, des adolescents nus couraient dans la ville en fouettant les passants, surtout les filles – et plus si affinités. L’Église a récupéré l’idée, bien sûr, pour la châtrer aussi sec en la transformant en discours, ces discrets billets babillant des mièvreries aux aimées. La ‘fin amor’ provençale, toute platonique et exaltée, l’y a fort aidé !

Catégories : Religions, Stendhal | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Monsieur Descartes, la fable de la raison

Il y a 360 ans mourait René Descartes, philosophe. Françoise Hildesheimer, Conservateur général du Patrimoine, a signé là une excellente biographie. Tous les Français connaissent Descartes étudié au lycée (pour l’instant), et chacun se croit « cartésien ». Retracer l’histoire de l’homme dans son temps, retrouver le contexte de la modernité émergente, montre que Descartes n’était pas cartésien, pas plus que Marx n’était marxiste ni Jésus chrétien. Ces mythes a posteriori servent plus à justifier le théâtre médiatique ou à consolider une position sociale académique qu’à la vérité. C’est ainsi, par slogans et bons mots, que le glucksmanniaque Descartes, c’est la France sévit dans les têtes contemporaines.

Descartes est bien plus que cela : le point charnière de la conscience moderne, celle que nous sommes probablement en train de quitter pour autre chose. « Éprouver soi-même ce qu’on doit croire et ne plus se fier à l’argument d’autorité constitue la révolution cartésienne, le cadre ontologique de la modernité, qui met le soi individuel au centre du jeu » (p.432). Doute, cogito et raison sont les trois piliers par lesquels l’individu quitte la superstition et la croyance imposée pour devenir souverain. Il y a 864 fois les mots ‘je’, ‘moi’ et ‘me’ dans le Discours de la méthode, contre 119 ‘nous’, relève l’auteur… La raison devient audace critique. L’absolutisme louis-quatorzien d’un territoire, une foi, un roi, se trouve sapée sous son règne en Hollande par le cogito de Monsieur Descartes, seigneur du Perron.

Si ses exposés scientifiques ont bien vieilli, la philosophie des sciences de Descartes demeure : toute croyance a priori est rejetée au profit de l’observation, de l’expérience et du calcul. Une branche a conduit au mécanisme qui veut tout démonter pour se rendre maître et possesseur de la nature. Une autre branche est sa démarche globale de la philosophie naturelle, qui conduit à Einstein en réduisant le réel au géométrique. « Recherche sur la lumière et exigence de clarté ne pourraient-elles pas faire de notre Descartes essentiellement le philosophe de l’aspiration à la lumière de la connaissance ? » (p.424). Descartes se situerait ainsi sur les traces de Grecs.

René Descartes est né en 1596 entre Limousin et Touraine d’un Conseiller au Parlement de Bretagne et d’une mère qui meurt lorsqu’il a un an. Mère absente, père indifférent, vont marquer le gamin qui sera mis en pension après la nourrice au collège jésuite de La Flèche fondé par Henri IV. Il étudie ensuite le droit à Poitiers mais ne veut se fixer. Il part pour la guerre en Hollande à 23 ans, où la France contre les Habsbourg en soutenant la révolte de sept Provinces unies. Mais il n’est pas militaire, plutôt curieux des ingénieurs, de la géométrie des fortifications et des lunettes d’optique. Il visite la Bohême, l’Italie, dont il n’aime ni le climat trop chaud ni les habitants trop théâtraux. C’est le 10 novembre 1619, à 23 ans, qu’il a « dans le poêle » ses trois rêves qui vont fonder sa philosophie. Un poêle est une pièce chauffé d’un grand poêle en fonte et céramique, comme il en existe en Europe centrale pour faire cocon l’hiver venu. Descartes, angoissé d’abandon, s’y sent bien. Notons que le rationnel est né dans l’imaginaire, la raison de l’inconscient : le coup d’état intellectuel cartésien vient des profondeurs de la psyché : du songe.

On l’a dit espion des jésuites, frère Rose-Croix et occultiste. Selon sa biographe, aucune preuve réelle ne vient étayer ces rumeurs. L’époque est au décentrement de l’héliocentrisme et du fixisme d’Aristote établi en dogme par l’Église. Copernic et Galilée sont condamnés, Kepler en suspicion, Paracelse mêle science et occultisme. Descartes cherche la pierre philosophale mais elle est purement cérébrale : quel est le principe de connaissance unique qui enchaîne entre elles toutes les connaissances scientifiques.Il ne veut pas s’établir en se mariant ou achetant un office ; il vit de ses rentes qui lui viennent de l’héritage maternel. Lors de séjours à Paris, il rencontre les libertins, intellectuels critiques à l’égard de la religion et hédonistes. Ces hommes d’esprit réagissent à la réaction catholique de la Contre-réforme et à la dévotion bigote de Louis XIII. En 1623, Théophile de Viau sera condamné à mort et brûlé en effigie à Paris. Prudent, sociable, Descartes apprend à dissimuler. Il ne veut pas se fâcher avec sa seule mère, l’Église, ni avec ses seuls pères, les Jésuites. Il va donc passer par la science pratique pour faire avancer ses idées philosophiques. Il est ami de Guez de Balzac, du père Mersenne, il attire l’attention du cardinal de Bérulle en société en démontant la force d’opinion de la vraisemblance, qui n’est pas le vrai mais un artifice sophiste. Il échangera des lettres avec quatre-vingt correspondants. Car, pour être libre, il retourne en Hollande où il vivra vingt ans, changeant plusieurs fois de résidences, l’auteur en a dénombré trente deux. Il fait sienne cette maxime d’Ovide : « pour vivre heureux, vivons caché ». Il aura cependant une fille, Francine, avec une servante à Amsterdam. Il établira la mère et l’enfant près de lui mais la gamine mourra de scarlatine à l’âge de cinq ans.

Ce n’est qu’en 1637 (la même année que Le Cid) qu’il publie sur privilège du roi le Discours de la méthode, préface d’une œuvre scientifique mais qui expose sa philosophie de la nature. « C’est tout à la fois une autobiographie intellectuelle anonyme et un traité de philosophie et de science écrit en français, avec des mots simples et visant à l’universalité du bon sens et de la raison » (p.187). Il se compose de six parties comme les six jours de création du monde et se dote de quatre préceptes : reconnaître pour vraie l’évidence, diviser pour analyser, aller du simple au complexe pour mettre en ordre, et ne rien omettre. Il use pour cela d’une morale « provisoire » pour dissimuler le doute méthodique sous l’allégeance à l’existence de Dieu. La morale sociale est d’obéir aux lois et coutumes, tenir avec fermeté ses opinions et actions, s’appliquer à se vaincre soi-même plutôt que d’accuser le sort, enfin cultiver sa raison. Seuls les dévots accusent le Destin, le monde, le système, les autres, en bref tout ce qui est voulu par Dieu. Les humains de bon sens usent au contraire de leurs capacités et raison pour changer le sort en action. Se changer soi plutôt que changer le monde, voilà qui est révolutionnaire !

Ce n’est qu’en 1641 qu’il publie les Méditations métaphysiques, cette fois en latin pour ne toucher que les lettrés, évitant ainsi toutes ces polémiques indigentes et les injures naïves du tout-venant, que quiconque tient un blog connaît sans peine. Il les dédicace aux théologiens de Sorbonne pour contrer les jésuites qui critiquent sa Dioptrique et soupçonnent sa philosophie d’être en contradiction avec le dogme catholique de la transsubstantiation. Il y a toujours six Méditations, comme les six jours de Dieu. Sauf que la méditation est devenue moyen de connaissance et n’est plus un exercice spirituel d’adoration…

Les Principes de la philosophie, publiés en 1644, exposent la métaphysique et la physique en un tout complet, où la mécanique apparaît au cœur du système. Fidéiste mais adepte du doute, Descartes a « une indifférence totale au salut chrétien » (p.294). Il rencontre Pascal mais se montre cassant, ne supportant pas la critique métaphysique. Il entretient une correspondance suivie avec la princesse Élisabeth, âgée de 24 ans alors que lui en a 45. Elle est cousine de la reine Christine de Suède, avec qui il correspond aussi sur l’invite de l’ambassadeur de France en Suède, dès 1647. Il écrira pour elle un Traité des Passions de l’âme où le corps vivant est conçu comme une machine, que l’âme – pur esprit – investit durant l’existence. Elle aurait son siège dans la glande pinéale. Ce qui est intéressant est que Descartes croit que le conditionnement du corps peut influencer l’âme, ce qui explique la méthode Coué comme l’homéopathie et les miracles de Lourdes, par exemple.

Par touches successives, l’auteure brosse en érudite et d’une langue fluide le portrait d’un cérébral, indifférent aux biens matériels comme à la pensée des autres, qui demande à être compris avant de se livrer. L’abandon parental l’a rendu angoissé, dépressif, et il masque tous ses mouvements affectifs sous l’abstraction théorique. Sa mission sur cette terre est son œuvre, composer une philosophie naturelle totale pour remplacer Aristote. Il est bien montré le caractère imaginatif de ce héraut de la rationalité, dont le système a pris naissance dans le rêve de 1619. La froide analyse s’efface toujours devant l’intuition pour connaître la vérité. Les exemples concrets sont légion pour faire saisir l’essence de la pensée (morceau de cire chaude, malin génie, etc.), tandis que Descartes passe volontiers par la fiction pour se faire admettre par l’Église.

Ce penseur sérieux et pratique ne peut qu’être déçu par la France, pays de cour où le théâtre social compte plus que la profondeur de pensée. Il part en Suède en 1649 à l’invitation de la reine Christine et y mourra à 53 ans, le 11 février 1650, d’une pneumonie officiellement, mais peut-être empoisonné. L’auteure fait l’inventaire des symptômes et des hypothèses et, sans trancher, elle pointe l’étiologie d’un empoisonnement à l’arsenic, peut-être administré par des hosties du père Viogué, aumônier catholique de l’ambassade. Ce serait pour Raison d’Église : la conversion envisagée de la reine au catholicisme (qui aura d’ailleurs lieu quatre ans plus tard).

Ses restes seront rapatriés à Paris en 1667, dans l’église Sainte-Geneviève du Mont, avant d’être envisagés pour le Panthéon par décret d’octobre 1793 mais non suivi d’effet. Le philosophe sera inhumé à l’église Saint-Germain des Prés. L’adhésion à sa philosophie nouvelle est le fait de petits cercles libéraux, tandis que les Jésuites l’interdisent par deux fois en 1682 et 1696, et que Rome le met à l’Index – comme tout ce qu’elle ne comprend pas. L’abbé Baillet compose en 1691 une biographie pieuse tandis que Descartes rencontre enfin son temps avec La crise de la conscience européenne décelée par Paul Hazard entre 1680 et 1715. La raison se substitue aux dogmes et nous entrons dans un nouveau monde ; bientôt l’Ancien régime sera balayé et la technique prendra son essor. Victor Cousin fera de Descartes, en 1824, le génie national français. Husserl, Heidegger et Sartre y feront depuis référence.

Voilà un beau livre éclairant !

Françoise Hildesheimer, Monsieur Descartes – la fable de la raison, Flammarion, septembre 2010, €25.40, 511 pages avec carte, liste des résidences et des correspondants, chronologie, sources et bibliographie, index des noms et Préface de 1647 par Descartes de ses Principes de la philosophie.

Catégories : Livres, Philosophie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Les opales de Coober Pedy

Article repris par Medium4You.

Coober Pedy, moins de 3000 habitants. La matinée est réservée à la découverte de l’étrange ville troglodyte, capitale de l’opale. Il y a 150 millions d’années un océan recouvrait la région, la silice s’est déposée dans les cavités, les fractures du sol. Cooper Pedy est situé sur le plus grand gisement d’opales du monde, 70% de la production d’opales sont extraites des mines de la région, les 30% restant provenant du Queensland et de la Nouvelle Galle du Sud. L’opale est une pierre semi-précieuse opaque ou translucide (variété de silice hydratée) à reflets irisés. Opales noble, de feu, miellée, commune, arlequin. Les plus fameuses des opales australiennes sont : la Noire de Lightning Ridge en Nouvelle Galle du Sud, gemme sombre striée de rouge, de bleu et de vert ; la blanche de Coober Pedy et la Boulder (opale de roche) de Quilpie.

La ville ressemble à un immense chantier : des monticules, des tranchées, des fosses, des baraquements. Ici, dans ce bout de désert on creuse, on creuse encore et toujours. 20% de la population habite sur terre, les autres sous terre. Les habitations aménagées dans des galeries souterraines ou dugouts (littéralement excavations) ont toutes une ventilation extérieure. Si vous apercevez un tuyau de ventilation, il y une habitation dessous ! La température intérieure demeure à 24°C toute l’année. Pendant 8 mois de l’année, la température oscille entre 35 et 57°C, sans ombre ; les autres mois, il gèle à pierre fendre pendant la nuit. L’église catholique souterraine St Pierre et Paul s’ouvre à nous, petite, conviviale, fonds baptismaux, opales dans les murs, un petit bijou. La première opale découverte l’avait été en 1915.

Vous désirez creuser ? Pas de problème On vous octroie une parcelle de 50 sur 100 m délimitée par des piquets… bonne chance. Vous n’avez que quelques jours de vacances ? Alors pratiquez le noodling (recherche à mains nues) hors des zones d’extraction délimitées. L’eau de la ville est amenée par des canalisations depuis une source éloignée de 30 km.

Dans ce décor inouï de nombreuses scènes de Mad Max III, Pitch Black, (l’engin dans la cour de l’hôtel a servi à Mel Gibson), Red Planet, Fire in the stone, Behond Thunderdome, Ground Zero, Until the end of the world, Stark ont été tournées ici à Coober Pedy et les environs.

La visite de la ville finie, nous reprenons la route. La plus longue clôture au monde se trouve en Australie, elle va du Queensland à la très lointaine South Australie. Elle court sur 5300 km et est sensée protéger les éleveurs contre les dingos. Elle passe juste à 16 km au nord de Coober Pedy. Coober Pedy est également un arrêt du Ghan Train.

Conseil aux Messieurs qui souhaiteraient offrir une opale à leur bien-aimée. Il existe trois qualités d’opales. Remember :

• Solids are natural stones that have been cut and polished without being interfered with.

• Doublets are usually two pieces of opal cemented together. They are made by cementing a layer of white opal to a dark that enhances the color.

• Triplets are doublets with clear domed caps cemented to their faces.

Notre camion affronte une toute petite tempête de sable avec aisance sous les mains expertes de Rob et croise dans des nuages de poussière jaune des Road Train. Un road train est un immense convoi constitué d’une cabine qui véhicule 3, 4 ou 5 remorques. Celui que nous croisons en ce moment est un transport de bétail avec 3 remorques. Il roule à plus de 100 km/heure. Sur la route, ce sont les road train qui doublent les voitures, les bus, les autres camions et… les conducteurs leur laissent la place et ne leur cherchent aucune noise ! De part et d’autre de la route des pierres étincellent. Nous sommes sur la « lune » ! Ces pierres qui brillent sont des morceaux de mica. Quelques photos pour figer notre arrêt sur la lune et nous repartons.

Le désert encore, avec de temps à autre un creek. Il a du pleuvoir l’année dernière, il y a un mois ou il y a dix ans. Il s’agit d’une « rivière » alimentée par l’eau de pluie, sur les rives pousse une végétation bien verte. Aucune source ne crée cette « rivière » et aucune embouchure à l’autre bout ! Nous débarquons à Cadney Homestead. La Roadhouse est une station service ouverte 24h/24, qui possède des chambres d’hôtel, un parc pour caravanes, des places de camping et une piscine… nous attendrons l’été prochain pour y plonger ! Les chambres très sommaires sont des cabines à deux lits, les commodités sont regroupées dans un autre bâtiment.

Comme l’avait indiqué Dave, plus nous avançons vers le Nord, plus la difficulté de trouver à loger 22 personnes est grande. Nous affolerons le couple qui fait la cuisine et qui sert… La soupe sort du frigo ou du congélateur, chaque assiette doit être chauffée aux micro-ondes individuellement. Au bout de deux heures d’attente tout le monde commençait à recevoir ce qu’il n’avait pas commandé ! Seulement 150 km parcourus depuis Coober Pedy mais nous avons toujours des opales plein les yeux !

Hiata de Tahiti

Catégories : Australie, Voyages | Étiquettes : , , , , , ,

Peter Tremayne, Une prière pour les damnés

L’historien irlandais romancier Peter Beresford Ellis, dit Tremayne, cisèle avec brio des intrigues médiévales. Il a choisi un temps ignoré, le VIIème siècle à peine chrétien, et un pays périphérique, le sien, la verte Erin. Il a reçu en 2010 le prix Historia des lecteurs pour ‘Le Maître des âmes’, quinzième opus de la série sœur Fidelma. Voici la suite, le seizième.

Sœur Fidelma de Cashel est la sœur du roi Colgu, l’un des petits royaumes du sud-ouest irlandais, aujourd’hui autour de Munster. Elle est entrée en religion pour apprendre la logique et s’instruire dans les langues des monastères, le latin, le grec, l’hébreu. Elle parle le celte d’Eiran et un peu de saxon. La voici dalaigh des cours de justice, ou avocate, élevée à la dignité d’anruth ou très érudite. Nous pénétrons ainsi, par petites touches savantes, dans un monde qui nous est resté inconnu. Les programmes scolaires restent ‘ex-oriente lux’, focalisés sur la lumière venue de l’orient biblique. Or la culture celte d’avant les invasions vikings était fort riche ; les femmes y avaient place égale aux hommes ; le droit y était avancé, respecté et actif.

En cette année 668 de notre ère, Fidelma doit confirmer son mariage à l’essai avec son compagnon saxon frère Eadulf, dont elle a eu un petit garçon, Alchu. Nous apprenons incidemment que le prénom du gamin veut dire ‘petit coursier’. Les mariages entre religieux étaient communs avant que Rome, par machisme méditerranéen, phobie du sexe venue des sectes juives et intérêt économique bien compris des Romains, n’interdise aux prêtres de se marier. Ainsi, pas d’entretien de famille à la charge de l’église, ni d’héritage à partager avec les fils de prêtres. Rome l’a compris, le pouvoir passe par la richesse. Il passe aussi par la maîtrise des peurs de l’au-delà. D’où ces Pénitenciels qui se répandent pour châtier le « péché », décrété tel par Rome même. Les abbés locaux ambitieux voient tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir à se faire les missionnaires d’une telle foi dévoyée en caporalisme.

C’est ainsi que l’abbé Ultan, ex-voleur violeur violent, jeté à la mer sur une barque sans rame pour que Dieu le juge, se voit ramené par la marée et, devenu « miraculé », ne s’impose à la tête d’une abbaye. L’homme n’a pas changé, il trousse tout aussi volontiers les jeunes nonnes sans leur consentement, tout en tonnant contre les mœurs dissolues. Il ramasse toujours autant de gemmes et de pièces d’or pour acheter les voix. Son ambition est en effet de fédérer les abbayes autour de la sienne pour s’imposer comme archevêque, égal des rois. D’où son ire lorsqu’il apprend qu’une religieuse, Fidelma, se marie avec un religieux !

Il se rend la veille du mariage à la cour de Cashel et affute ses arguments théologiques pour tonner contre. Sauf que le doigt de Dieu se venge : il est assassiné. Et la pauvre Fidelma, à qui les astres ne sont pas favorables, doit passer une ultime épreuve, exercer une fois de plus ses talents d’enquêtrice pour résoudre le meurtre. Évidemment, deux témoins dignes de foi ont vu quelqu’un sortir de la chambre où l’abbé vient d’être tué. La facilité serait de juger en comparution immédiate, de condamner promptement, et de passer aux choses frivoles. Sauf que l’homme qui est sorti de la chambre est un roi…

Fidelma va donc quêter les preuves à charge et à décharge. Elle va découvrir l’intrication des haines entre les protagonistes que rien en apparence ne relie. Elle va jouer serré entre les rivalités politiques et les nécessités du bon voisinage entre des peuples prompts à brandir leur généalogie pour revendiquer une juste place. L’intrigue se déroule comme au jeu du brandhubh, sorte d’échecs irlandais où le haut roi, placé au centre, est défendu des attaques simultanées des quatre coins par quatre rois autour de lui. Il faut contrer chacun des adversaires avant de trouver la bonne faille et révéler la vérité, qui est ici la victoire. Le lecteur, désorienté un bon moment, voit s’aiguiser sa curiosité pour tant de complexité.

Peter Tremayne, Une prière pour les damnés, 2006, 10-18 novembre 2010, 375 pages, €8.17

Catégories : Irlande, Livres, Romans policiers | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , ,