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Alain Llense, Emmanuel, Brigitte et moi

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman écrit avec charme. Emmanuel et Brigitte, les personnages sont connus de tous les Français mais l’auteur les élève au rang d’un mythe. Mythe amoureux, puisque la différence d’âge et la précocité du premier les rendent différents et exemplaires ; mythe politique puisque la façon de gouverner est ici posée en modèle de ce qu’il ne faut pas faire.

Le couple est saisi en 2032, dans une grande ville improbable de France où ils tiennent un vulgaire snack d’ouvriers. Lui a 55 ans et bedonne un peu, le cheveu rare ; elle en a 79 et accuse son âge. Un journaliste décati du même âge qu’Emmanuel entre par hasard un jour de pluie et reconnait les anciennes célébrités. Il les convainc de faire un livre avec lui en intervieweur et eux en grands maîtres des propos tenus. Ils acceptent, nostalgiques des années écoulées mais peut-être pour expliquer et convaincre qu’ils avaient raison.

Les chapitres alternent donc entre le récit du journaliste, qui ne manque pas de se glisser dans l’histoire pour raconter sa vie, les propos d’Emmanuel, ceux de Brigitte. La première moitié du roman est ainsi composée de cette passion universelle qui saisit les humains après la puberté et traverse les siècles et les milieux. Lui est adolescent serveur dans un grand restaurant pour l’été ; elle mûre et directrice-adjointe de l’office de tourisme du coin. Ils se rencontrent lors d’un cocktail et c’est le flash : ils se reconnaissent, ils sont amoureux, ils le resteront toute leur vie. La question de « la première fois » taraude journaliste et lecteurs, et le duo la joue sans rien révéler car cela appartient domaine de l’intime : c’était un jour d’automne, il pleuvait, ou peut-être au printemps, l’air était léger, ou bien… Malgré la réprobation familiale et sociale, on ne peut plus mourir d’aimer au début des années 1990, les mœurs ont changé. Peu à peu, le couple se fait reconnaître, surtout après la majorité du garçon ; la différence d’âge se remarque moins. Mais l’écart à la norme et les langues de vipère confortent Emmanuel et Brigitte dans la discrétion, la garde rapprochée et un splendide isolement.

Pour lui, il s’agit de réussir, d’être meilleur que tout le monde pour imposer son couple, sa façon de vivre. « J’étais un différent, un supérieur qui s’interdisait de regarder ses semblables de haut mais qui, pourtant, était vécu par la masse comme un surplombant, un qui évolue dans des sphères que les autres ne font qu’apercevoir » p.47 Pour elle, il s’agit de le guider, de lui éviter les phrases trop ironiques qui le desservent, de mettre de l’huile dans les rouages sociaux par sa plus longue expérience des bourgeois hypocrites (c’est un pléonasme), les plus récents étant « nos barbus et nos meufs quinoa » p.117. « Ils déguisaient leur distraction gourmande sous les atours d’une pseudo-morale dont ils auraient été les gardiens zélés et vigilants » p.55.

Cela ne se résout pas en politique comme dans la vraie vie, mais dans la restauration. Cette seconde partie m’a moins convaincu, même si le lecteur y prend plaisir comme un possible qui ne s’est pas réalisé. « On jouerait à… » Mais je respecte trop la politique, sa grandeur et ses dangers, sa nécessité et ses embûches, pour ne pas être marri de la voir réduite au badinage. Traduire la façon de gouverner un pays par la petite chefferie d’une cuisine, c’est mettre la politique à portée des caniches. Donc la rabaisser au niveau de la médiocrité de masse où tout le monde pourrait s’improviser politicien. Tant pis pour les revendications en gilet jaune, la politique est une fonction et désormais un métier : on le constate aisément chez les « nouveaux » qui passent par une période de flottement et de gaffes avant de se patiner. L’égalité n’est jamais que théorique et tout citoyen ne ferait pas un président comme certains feignent de le croire.

Emmanuel, aidé de Brigitte, exige dans son restaurant, sur son exemple, l’excellence : de la cuisine, du service, du décor. Il a été « élu » au « Château » dans sa petite ville du sud de la France au nom inventé, par un maire et une sous-préfète. Vous parlez d’une « élection » ! d’autant que l’un couche avec l’autre. Emmanuel succède à François, trop mou, qui lui-même a remplacé Nicolas, trop agité, successeur de Jacques qui a pris le flambeau à un François précédent après Valéry… l’auteur arrête son énumération-miroir de la Ve République à 1974. Est-ce la crainte de Charles ? la méconnaissance de Georges ? L’absence de profondeur historique ? La croyance (fort répandue chez les intellos) que l’histoire commence après mai 68 ? Parce qu’il n’était pas né avant ? – ce qui revient au même.

Toujours est-il qu’Emmanuel réussit, une fois de plus, après avoir été major de son école de cuisine prestigieuse. Le monde entier se presse à sa table, les bourgeois français en premier, le guide Michelin lui accordant une deuxième étoile. Il faut toujours être vu là où ça se passe. Le populaire se sent de trop par ses manières empruntées et par le prix du menu. Monte alors le ressentiment bien connu de l’envie : dénigrer ce à quoi on ne peut accéder, détruire ce qu’on ne peut occuper. La suite est tristement banale en France, pays d’égalitarisme jaloux : revendications, grèves, banderoles, accusations d’inhumanité envers les ouvriers et – pire – les migrants venus on ne sait comment sur la plage. « L’élection » suivante balaye Emmanuel pour Marion : et c’est la catastrophe annoncée, le licenciement des non-locaux, l’embauche avec de meilleurs salaires d’incompétents notoires nés sur le terroir, la chute de qualité, de l’image de marque, la gestion inepte, la rage du populaire pour promesses non tenues et la destruction du Château dans une quasi guerre civile.

Donc Emmanuel n’était pas si mal. Est-ce la leçon de « politique » de ce roman qui n’ose aller jusqu’au bout ? Est-ce la dérision de la cinquantaine, si bien décrite par le journaliste dont la vie n’est qu’une usure jusqu’à toucher la corde ? Sans peur et sans reproche en sa jeunesse, arpentant le monde en guerre pour dénoncer la violence et la misère, reconverti en chroniqueur people des sauteries mondaines des starlettes et des minets de télé, progressivement acheté et truqueur en son âge mûr, jusqu’à être désabusé et viré sur la fin. Triste humanité qui rappelle celle des profs, laminés par le système et leur public.

Il me semble cependant qu’Alain Llense, pour son quatrième roman, aurait pu choisir : son thème, son lectorat, son format.

Le thème de l’amour maudit qui surmonte les obstacles d’un adolescent et d’une mère de famille de 23 ans plus âgée est un thème magnifique qui aurait mérité d’être l’unique sujet de ce roman, disséqué en l’âge mûr. Avec des remarques fort justes sur la famille pour un adolescent qui est plus que les parents mais aussi la maison, la télé, la bagnole, les vacances, tout le milieu où ils baignent. Ou sur « la capitale au soleil avare où le bonheur n’est possible qu’en fabriquant soi-même et à grand prix son propre soleil, où, une fois introduit dans les castes qui dirigent et décident, il est de bon ton de cultiver une originalité distinctive pour n’être confondu avec personne » p.89. Au lieu de cela, la réduction politicienne aux recettes de cuisine affaiblit le livre.

Le lectorat visé semble être celui des lycéens, ignorants en politique, mal informés par les réseaux (et par leurs enfeignants), adeptes selon les films et les séries du mystère des gnomes qui manipulent et complotent pour « gouverner le monde ». Les ados préfèrent ressembler à leur horde que distinguer leur talent, ce pourquoi ils haïront Emmanuel, l’élitiste qui leur montre pourtant la voie de la surhumanité méritocratique en démocratie niveleuse. Malgré les personnages du titre, les lycéens n’apprendront rien sur l’art de gouverner alors qu’ils auraient pu apprendre beaucoup sur l’Emmanuel-type. Ils reconnaissent les clins d’œil démago de l’auteur envers leurs grandes causes : les « gens en souffrance », les « migrants africains ». Il manque l’écologie et le féminisme, ce qui est étonnant.

Le format romanesque aurait pu devenir romantique mais il est resté dans l’ornière de la mode (qui passera aussi vite que les précédentes). Entre faux aveux réalistes du journaliste, reconstitution de biographie formatée par ces deux experts en communication que sont Emmanuel (de l’hébreu « Dieu avec nous ») et Brigitte (du gaélique « force »), fable sur le pouvoir à la française, l’auteur ne choisit pas. Il métisse – et, comme souvent, le métissage produit plus un gloubi-boulga (recette ici) qu’un plat de bonne cuisine.

L’auteur avoue même, dans un prologue qui se traîne après la fin de l’histoire, que ce roman daté 2019 doit « faire le buzz » très vite car E & B sont des produits à obsolescence programmée. 2022 verra peut-être leur fin si l’on en croit « l’élection » comme calife à la place du calife de la BD Iznogoud (non, ça ne s’écrit pas khalife, sauf en globish) de ladite Marion, nièce du Pen club.

Car il est un brin dommage que l’auteur ait cette orthographe déplorable, d’autant plus qu’il se déclare « de l’Education nationale ». J’ai peut-être en main la pré-édition destinée aux critiques et avant corrections (de dernières minutes ?) mais le style fluide et gouleyant est gâché par ces scories innombrables que je liste en après-note. Tout comme les copies d’examen, les mémoires, les thèses, les lettres de motivation et les CV (avant les rapports en entreprise et les lettres aux clients !), les fautes d’orthographe et de français gênent la lecture, mettent au second plan le propos, biaisent le jugement.

Malgré tout, ne boudez pas votre plaisir de lecture, ce petit roman sans prétention le mérite. La façon de parler de l’amour m’a conquis.

Alain Llense, Emmanuel, Brigitte et moi, 2019 autoédition Librinova, 197 pages, €14.90

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Erreurs et perles…

  • Le péché originel de toute l’éducation à la française, cette confusion très répandue d’écrire tâche (à accomplir) plutôt que tache (salissante) pp.41, 114, 117, 120, 131…
  • Cet autre poncif de l’ignorance que de confondre ballade (qui se chante) avec balade (la promenade) avec un seul l, p.186
  • Grand-père et grand-mère écrits sans trait d’union (à croire qu’ils ont divorcé) p.28
  • Chercher (er) au lieu de cherché (é) p.47, erreur-type du correcteur Word programmé par un ignare yankee)
  • Crack (qui se fume) au lieu de krach (boursier) p.168
  • « Je l’avais regardé à lui » (tic régional ?) au lieu de « je l’avais regardé lui » plus correct, p.158

Mais le plus hilarant est à venir :

  • Un volcan en irruption alors qu’un vrai est en éruption p.33 (on a craint un moment l’érection…)
  • Les pauvres erres (c’est quoi ça ? des gens qui errent ?) au lieu de pauvres hères p.138
  • Et jusque dans la dernière phrase l’ineffable « laver nos pêchers » (bon courage ! et que toutes les feuilles et chaque pétale brillent !) au lieu évidemment de « nos péchés » p.195…
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Ian McEwan, Sur la plage de Chesil

ian mcewan sur la plage de chesilSe marier était obligé au début des années 60 pour avoir des relations sexuelles autorisées. Donc on se marie – sans savoir à quoi on s’expose, même s’il est dit qu’on se donne « corps et âme » par le pasteur et « pour le meilleur comme pour le pire » par le maire. Edward et Florence s’aiment, incontestablement : mais l’amour suffit-il à construire un « mariage » ?

Manifestement non. Le roman s’ouvre sur une plage du Dorset, avant la nuit de noce. Edward, jeune historien qui va peut-être se lancer dans les affaires et Florence, violoniste de quatuor très sensible à Beethoven et Mozart, chipotent leurs assiettes de melon cerise confite et de rôti de bœuf sauce brune. Ils appréhendent. C’est pour eux la première fois, malgré leur vingtaine entamée.

Très vite, avec des retours en arrière, le lecteur apprend que l’amour reste éthéré pour la fille, tandis qu’il est surtout physique pour le garçon. Incompatibilité de désirs… Inhibition, répulsion, émotions vont gâcher le plaisir. La nuit n’aura pas lieu et le mariage sera « dissout pour non consommation ». Le simple contact du sperme a rendu hystérique Florence, tandis que le simple contact de la main de sa femme sur ses couilles a fait gicler Edward. S’aimer serait donc une affaire de peau ?

McEwan se met dans le rôle de ses personnages, il leur offre tour à tour la parole, pénètre en eux pour les comprendre. Il distille avec art l’ambigüité de ces années 60 encore victorienne, expliquant l’explosion 1968 de sexe et de tout-est-permis. William Boyd avait déjà abordé la nuit de noce des victoriens coincés, mais sur quelques pages ; Ian McEwan en fait tout un roman. Cette société pudibonde était mortifère. « Qu’est-ce qui les arrêtait donc ? Leur personnalité et leur passé, leur ignorance et leur peur, leur timidité, leur pruderie, leur manque d’aisance, d’expérience ou de naturel, vestiges des interdits religieux, leur anglicité, leur classe sociale, et même le poids de l’Histoire. Trois fois rien » p.108. McEwan sait garder son humour en pointant les tares de son peuple.

Ni Edward ni Florence, nés trop tôt, ne profiteront des années de baise, vingt ans après les années de braise. Ils resteront chacun solitaires, leur amour enfoui mais intact, le sexe impossible. « C’était encore l’époque – elle se terminerait vers la fin de cette illustre décennie – où le fait d’être jeune représentait un handicap social, une preuve d’insignifiance, une maladie vaguement honteuse dont le mariage était le premier remède » p.14.

Ne rions pas trop : cette époque revient au grand galop avec le vieillissement général et la crispation sur les religions. Si même les gais & lesbiens veulent le mariage, c’est que leur jeunesse (insouciante, volage, sensuelle) s’est enfuie ; ils désirent désormais la sécurité comme de petits vieux. La Florence du roman était frigide mais pas barjot ; nous conjuguons aujourd’hui les deux…

Ian McEwan, Sur la plage de Chesil (On Chesil Beach), 2007, Folio 2012, 181 pages, €6.18

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François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

J’ai eu l’occasion de rencontrer François Cheng. Il est un petit Monsieur modeste et avenant, tiré à quatre épingles, et un grand homme. Il a eu du mal à écrire ce livre intitulé ‘Cinq méditations sur la beauté’. Il lui fallait des visages ; ce court essai est donc né de conférences prononcées en public puis retravaillées par l’écriture. Pour lui, la beauté est l’expression de la bonté et l’on ne peut percevoir la bonté que par les êtres. Pour en parler, il est nécessaire de les avoir devant les yeux.

A une inévitable question triviale, qui demandait quel était le « truc » qui permettait de percevoir le beau dans l’agitation de la ville, la misère des trottoirs et l’air renfrogné de la foule, il a eu cette réponse : « il est certain que, pour percevoir la beauté, il faut un travail sur soi. La beauté ne vient pas d’elle-même comme un dû, il est nécessaire de se mettre dans l’état d’esprit de la percevoir. » A question très française, réponse très chinoise : tout ne vient pas d’en haut ou de l’État, chacun doit y mettre du sien.

« J’ai dit cela à mes étudiants, j’ai vu des hochements de tête dubitatifs. Mais, un peu plus tard, certains m’ont dit qu’ils avaient médité cette remarque au premier abord dérangeante. Et que, désormais, ils regardaient les gens dans le métro autrement. » Comme quoi pour sentir le « souffle » du monde, il faut faire « le vide » en soi, c’est-à-dire, a précisé François Cheng « ne pas penser à rien, ne pas être endormi, mais accueillir les choses et les êtres tels qu’ils surviennent. »

De même, il oppose au précepte soixantuitard que « tous les goûts sont dans la nature » ou « à chacun sa vérité », les critères de « fausse beauté » qu’il définit par la séduction (publicité, propagande, illusion). La vraie beauté semble désintéressée et gratuite, plus encore : fondée sur la bonté. Le « beau geste » est une grâce, un don du principe de vie. La beauté est partout, même dans les bidonvilles, elle n’est pas un luxe mais est nécessaire à chacun, y compris aux plus démunis. Il y a de la beauté dans le sourire d’un enfant ou le regard d’une mère. La beauté est désir et élan vers l’autre.

Photo Izabela Urbaniak :

Et c’est alors que le physique d’une femme, l’épanouissement d’une fleur, le coucher du soleil ou le ciel étoilé permettent, un instant, de se trouver en accord avec le monde. La reconnaissance de la splendeur du monde nous renvoie à notre propre unité intérieure. L’univers a beau être très vieux, c’est pour chacun toujours « la première fois, l’unique fois ».

« Nous ne possédons pas la durée, mais nous vivons l’instant, qui est le vrai mode d’être de la beauté. » Chaque moment qui passe ne revient jamais, chaque être le perçoit de façon unique, à chaque fois nouvelle. La beauté ressentie personnellement est donc dans l’instant, pas dans l’éternité platonicienne ou monothéiste.

Au mal doit être opposée la beauté car celle-ci n’est pas l’inverse de la laideur mais une forme de bien et de vrai : ce qui justifie de vivre. Cependant, poursuivant Platon contre le Christianisme revu par Paul, François Cheng croit que « la passion charnelle reste la plus haute forme de quête spirituelle, elle est un aperçu d’éternité ». Car seules les rencontres permettent de s’épanouir, « la vraie passion est une quête, pas un emportement. »

François Cheng est né en Chine, il a étudié à Chongqing avant de pouvoir venir en France en 1948, grâce à l’UNESCO. Il a étudié la littérature, a traversé une période difficile d’emplois précaires avant d’enseigner à Langues O. « Lorsque je suis arrivé, en 1949, âgé d’à peine vingt ans, je me suis inscrit à l’Alliance française et j’ai étudié jusqu’au diplôme qui me permet d’enseigner le français à l’étranger. Je suivais également, et avec la même application, des cours à la Sorbonne. Et puis j’allais lire à la bibliothèque Sainte-Geneviève. » Les Académiciens ont accueilli ce calligraphe, peintre et poète en 2002 après un Grand Prix de la Francophonie 2001.

Sa culture expatriée, son existence longtemps précaire, son obstination au travail par amour des lettres, ont fait de lui cet homme modeste et ce grand Monsieur qui nous parle. « Je suis prêt à affirmer que c’est dans le langage que réside notre mystère », déclare-t-il, « sur notre terre, seule l’écriture permet de tendre vers le tout – de son vivant ». Taoïste et platonicien, il allie les deux traditions en autodidacte précis, intense et amoureux.  « J’ai essayé d’opérer une symbiose en moi-même en prenant la meilleure part des deux grandes cultures auxquelles j’ai eu affaire. » Dialogue avec la peinture occidentale, dialogue avec les écrivains et les penseurs. « En ce sens je suis un passeur, je fais passer en moi-même ces grands courants, j’essaie de réaliser cette symbiose qui obéit à une nécessité vitale, à une respiration de mon être. »

Comme quoi immigration ne rime pas forcément avec aliénation, elle peut être enrichissement à condition de faire un effort personnel. Non pour éradiquer en soi sa culture ancienne ou imposer sa propre religion, mais pour accueillir la culture nouvelle comme un supplément d’âme, une ouverture à l’être.

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, éd. augmentée 2008, Livre de poche 2010, 125 pages, €4.85

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