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Baudruche quinquennale

Les cinq années que François Hollande aura passées à la tête de l’État ne resteront pas dans les annales comme celles qui auront marqué l’histoire. Giscard – et même Sarkozy – avaient mieux réussi. C’est que cinq ans, c’est très court quand on n’est pas préparé ; et très long quand on n’a pas de base électorale pour appliquer son programme. Ajoutez à ces conditions un caractère pusillanime, hésitant à décider, adepte du billard à trois bandes, et vous aurez le schéma d’échec d’un quinquennat présidentiel.

Le président est comme un dirigeable monté très haut avec des promesses inconsidérées, et qui n’a cessé depuis l’origine de perdre de la hauteur. La grenouille Hollande voulait se faire plus grosse que le bœuf Sarkozy, mais il a été trop gonflé pour entreprendre et pas été assez gonflé pour éclater. Toujours dans l’entre-deux, trop peu, trop tard, maladroit comme il est peu.

Qui ne se souvient du « Moi, président… ». On allait voir ce qu’on allait voir, sur la morale, la « gouvernance », le déficit, l’Europe.

On a vu – très vite – la morale s’écrouler, les Cahuzac, Morelle, Augier, Thévenoud, Lauvergeon, Sales et j’en passe minant et sapant tous les discours de la com’ par des actes tout bêtes, tout simples, sans aucune morale.

La « gouvernance » est restée plus technocratique encore que sous le gouvernement précédent, les énarques étant revenus en force, ignorants du pouvoir après dix longues années à s’opposer à tout et pour rien, sans aucun projet préparé, adorant comploter en petits comités et livrer tout ficelé le rôti à voter. Notre-Dame des Landes n’est toujours pas aéroport, le droit du travail toujours pas modifié, l’entreprise toujours vilipendée et pas encouragée, les chômeurs toujours plus nombreux malgré le maquillage des « contrats aidés », seuls les gais et lesbiens sont heureux : ils peuvent enfin se marier !

Malgré des milliards d’impôts en plus, pris sur les ménages et les entreprises, le déficit ne s’est pas réduit. Tout au plus se félicite-t-on d’avoir « inversé la courbe de la hausse » en affichant 3.5% du PIB contre 3.8% « prévus » ! Les fonctionnaires sont toujours plus nombreux – surtout là où ils sont le moins productifs, dans les collectivités territoriales (multipliées !) et les agences autonomes. Les militaires sursollicités un peu partout – et en France même avec l’opération Sentinelle – 13 opérations extérieures au Kosovo, en Bosnie, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, en Guinée, au large de la Somalie, au Liban, en Afghanistan, en Irak et en Syrie, en Libye… 6.9 milliards d’euros pour l’ensemble des « actions extérieures » de l’État pour 2016. Elles ne sont pas toutes armées, mais celles qui le sont coûtent le plus !

Seul le Mali peut être considéré comme un succès, malgré le trop lent progrès politique du pays, assuré de la protection française, qui reste réticent aux compromis internes. Le train de vie de l’État continue d’être aussi indécent qu’avant « Moi, président… » : 39 ministres dont 20 secrétaires d’État, soit deux fois plus qu’en Allemagne ! A 17 millions d’euros le coût 2012 d’un ministre, calculé par le député René Dosière, cela fait plus de 300 millions pour pas grand chose : la France serait-elle par hasard mieux gouvernée que l’Allemagne ? 113 millions d’euros par an pour l’Élysée contre 36 millions pour la Chancellerie…

L’Europe devait connaître un « grand » tournant (tout est enflure dans sa campagne). On n’a rien tourné du tout, et surtout pas autour du pot, le traité négocié sous Sarkozy étant signé tel quel – contre de vagues promesses sociales (réponse de la bergère agissante au berger promettant). Schengen a éclaté, l’anti-terrorisme reste perso, l’euro se tient mal, l’anti-européisme primaire a explosé. Hollande a été inconsistant, inconstant, inexistant. Les politiciens français à Bruxelles considèrent cela comme un exil, n’y vont que les nuls, contraints et forcés, « recasés » là en attente. La France n’occupe que 8.5% des postes d’influence du Parlement européen contre 16.1% pour l’Allemagne, 10.3% pour l’Italie et même 9.3% pour les Anglais qui veulent s’en aller ! Il n’y avait que 9 coordinateurs français lors de la législature 2009-2014 contre 21 britanniques.

Il a reculé sur la révision constitutionnelle, il reculera sur la loi El Khomri (« Arrêtons El Khonneri(es) brandisssent certains lycéens). Rien de plus dangereux que de lâcher sur un bout, les fauves se précipitent à la curée. Gageons que les derniers mois de son quinquennat seront impuissants, à tenter sans réussir, à monter contre lui son camp de bras cassés, à se débattre en campagne. « Pour la 1ère fois du quinquennat Hollande, signe d’un divorce symbolique et emblématique des fractures actuelles au sein de la gauche, la popularité des deux figures de l’exécutif passe sous la barre des 50% auprès des sympathisants de la gauche« , dit même l’organisme de sondages BVA.

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Pourtant, François Hollande pouvait beaucoup. S’il avait moins démagogiquement promis, s’il avait pris de la hauteur, il aurait quand même été élu tant les Français en avaient assez de son prédécesseur. Sarkozy était bien parti, il a mal fini. Hollande n’est même pas parti…

Il a cru manœuvrer la gauche de la gauche – et la gauche à gauche de la gauche – comme Mitterrand (son modèle) l’avait fait pour les communistes. Mais on ne gère pas un pays comme un parti, ni le Parlement comme un congrès socialiste. Et Hollande n’a rien de Mitterrand, ni la culture, ni la profondeur historique, ni la subtilité politique, ni l’expérience de ministre, ni l’entourage varié. Le président n’a pas présidé, il n’a jamais trouvé ses bonnes mensurations dans l’uniforme présidentiel qui lui va comme un sac.

Il aurait pu opérer la rupture, après l’hyper-présidence Sarkozy, en appelant à l’ouverture (comme Sarkozy l’avait inauguré avec Kouchner et Besson mais sans aller jusqu’au bout). Or il a refusé Bayrou qui lui tendait la main, rejetant le centre vers la droite, et la droite vers l’extrême-droite. S’il a nommé Macron, le plus populaire (et le plus jeune) de ses ministres, c’est comme « bouffon du roy », trublion apte à dire tout haut ce qu’on pense tout bas sans oser le dire, aussitôt démenti, aussitôt « tempéré ». Emmanuel Macron et son « franc-parler » soigneusement mesuré sert à la dialectique de la com’ présidentielle : il crée de la divergence pour mieux faire converger. Le président a beau jeu alors de dire « mais non, je ne propose pas d’aller aussi loin » – mais le message est passé. Cette pseudo sagesse laisse voir trop sa grosse ficelle.

Jusqu’à la rue qui fait reculer, car la rue est composée de petites têtes et grandes gueules : syndicats idéologiques si peu représentatifs (8%) de la population active (dont 80% de fonctionnaires qui n’ont rien à f…aire de l’entreprise ni de la précarité), associations lycéennes et étudiantes aussi vides et peu représentatives que dans la surenchère, tant ses dirigeants veulent se poser pour entrer ensuite en politique à gauche.

Or « la gauche » est crevée.

Écartelée entre l’essence immuable de la gauche platonicienne qui n’a rien changé depuis Hugo et Zola, et une « social-démocratie » qui ne peut pas exister en France, faute de syndicats populaires. Faire « la synthèse » entre socialisme et libéralisme ne passe pas : Hollande a trop promis durant sa campagne, a trop été dans la surenchère gauchiste (« mon ennemi la finance ») pour que ses pâles réalisations ne lui aliènent pas son électorat.

Fermé au centre, fermé à gauche, le voilà réduit à 16% en cas de premier tour d’une présidentielle. Peut-on encore régner avec 16% de confiants ?

Le suivant (ou la suivante) au poste de 8ème président de la Ve République aura à réparer les erreurs, à gouverner autrement.

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Une autre image de la femme musulmane

Article repris par Medium4You.

Rappelons qu’Auguste Mouliéras, professeur de la chaire publique d’arabe d’Oran est l’auteur, fin XIXème, d’une encyclopédie anthropologique sur le Maroc. Soumise, la femme en Islam ? Pas toujours… Tout dépend de son caractère, de son intelligence, de la puissance de sa famille, des mœurs de sa tribu. Exemple :

« Quoi qu’en dise Perron et sa docte cabale, c’est-à-dire les pseudo-arabisants-sociologues qui ont suivi les brisées de l’ancien directeur de l’école de médecine d’Égypte, la musulmane est encore la reine de son foyer comme au temps des Abbassides et des Arabes antéislamiques. Il est bien certain toutefois qu’elle n’a jamais l’occasion d’étaler en public son réel prestige. Le monde fermé de l’Islam, en effet, n’a pas nos bals, nos soirées, nos réunions mondaines, où les deux sexes fusionnent si intimement, se coudoient, s’observent et se font remarquer. Invisible derrière ses voiles et ses murailles, la mauresque, arabe ou berbère, ne livre son existence quotidienne qu’à ceux qui vivent avec elle, à son mari, à ses frères, à ses proches parents. Or, jusqu’à présent, ceux-ci n’ont point jugé à propos de divulguer les secrets du harem soit du haut d’une tribune ou de la scène d’un théâtre, soit dans les pages brûlantes d’un roman de mœurs orientales. Nos psychologues en redingote se sont donc trouvés dans l’obligation absolue, ou d’étudier la femme arabe uniquement dans les livres arabes, rien que dans les livres arabes, ou de se copier les uns les autres en parlant des horizontales algériennes et tunisiennes. Ceux qui ont puisé leurs inspirations dans la littérature du peuple de Mahomet nous ont montré la femme poète, artiste et lettrée, c’est-à-dire l’exception. Les autres nous ont donné leurs impressions sur les filles perdues de l’Islam, les mouquères dépravées de l’Afrique du Nord, autre exception qui ne prouve rien en faveur de leur thèse. Au point de vue spécial de la femme et de son influence dans la société islamique, il y a peu de chose à glaner à travers la littérature arabe, car les compatriotes du Prophète ont évité avec soin de déchirer le voile de leur vie privée. Quand, par hasard, ils mettent en scène une femme, c’est toujours une savante ou une sainte. Il est évident que l’hôtel de Rambouillet et les mystères de Lourdes ont leur place, si l’on veut, dans les études gynécologiques, mais cette place est restreinte parce que les précieuses et les bigotes ne sont dans une nation qu’une infime minorité.

Faite dans des conditions si défectueuses, l’enquête de nos africanistes ne devait et ne pouvait aboutir qu’à la condamnation navrante et sans appel qui est sur toutes les lèvres chrétiennes « La musulmane existe comme bête de somme, comme chair à plaisir. Son influence morale n’existe pas ». (…) Entrons dans le vif de la question par des exemples qui démontreront que la musulmane des classes laborieuses de la société islamique est pour le moins aussi influente et aussi heureuse que l’épouse de l’ouvrier chrétien. Si je choisis à dessein le monde des travailleurs, c’est parce qu’il constitue l’immense majorité humaine, le troupeau innombrable et souffrant des pauvres, l’élément producteur et générateur par excellence. A côté de lui, que sont les riches ? Une quantité négligeable ou peu s’en faut.

A quelques lieues d’Aïn-Béïdha, dans la province de Constantine, il est une tribu arabe, les Ôùlad Daoud, dont j’ai conservé le meilleur souvenir. Un modeste agriculteur, le vieux Si Ah’med ben T’ayyéb paraissait gouverner en prince débonnaire son grand douar, vaste agglomération d’une vingtaine de tentes sous lesquelles vivaient ses fils, ses filles, ses brus, ses petits-fils, ses arrière-petits enfants, tout un monde de parents de différents degrés, très unis entre eux, s’aimant, s’entraidant, la vraie famille patriarcale en un mot, telle que je l’aime. Arrivé en 1874 dans ce milieu exclusivement arabe pour y apprendre le plus difficile des idiomes terrestres, muni d’une simple lettre de recommandation de mon savant professeur, le regretté Napoléon Seignette, je fus accueilli par ces braves gens comme un adolescent inexpérimenté que j’étais alors, c’est-à-dire en toute sincérité de cœur, sans aucune arrière-pensée, en parent plutôt qu’en ami. Non, ils ne m’ont rien caché, mes chers hôtes, que je bénis encore après un quart de siècle de séparation. Ils furent pour moi des conseillers éclairés, des guides sûrs et désintéressés, presque des frères, malgré la différence de race et de religion.

Quelles maisons de verre que ces tentes arabes, quelle mine, quel trésor d’observations pour qui a des yeux et des oreilles ! Vivant de leur vie, m’intéressant à tout ce qu’ils faisaient, agriculture, élevage, tissage, tonte des moutons, castration des taureaux, cuisine, transhumance, labours, prières, ablutions, chasse aux puces exécutée sur la personne du vénérable Si Ah’med par les mains pieuses de ses fils de trente et quarante ans, longues veillées, conversations interminables avec les femmes et les hommes, telle est la vision, très nette et très douce, de mes trois mois de séjour là-bas qui me passe rapidement devant les yeux.

Une fée magique gouvernait la colonie. C’est elle, je le sus plus tard, qui avait décrété mon admission dans le giron de la grande famille. C’était la pieuse Khadhra, la vieille et sainte femme du chef, la mère sacrée de ses grands fils, la belle-mère non moins respectée des enfants du patriarche issus d’un premier lit. Or, le prudent Si Ah’med ne prenait jamais une décision sans consulter la reine du douar et celle-ci faisait marcher son monde au doigt et à l’œil, un froncement de ses sourcils étant un ordre auquel on n’avait encore jamais désobéi. Une nuit, par un orage épouvantable, nous étions campés sur la pente d’une colline. Affolés par le tonnerre et la pluie, les troupeaux envahissaient les tentes, piétinant les dormeurs, renversant les personnes qui étaient debout. Des trombes d’eau menaçaient à chaque instant d’emporter nos toits de laine. Éperdues, les mères se sauvaient au centre du douar, leurs enfants serrés sur la poitrine, criant que c’était la fin du monde, faisant in-extremis la profession de foi islamique. Cependant, nous, les hommes, nous déclarions qu’il fallait se réfugier au plus vite dans le vieux bordj inhabité de Seignette, à trois kilomètres de là. Et nous appelions Si Ah’med, le conjurant de sortir enfin de sa tente où il paraissait avoir pris racine : – Sidi, partons, allons au bordj, le t’oufan (déluge) nous emporte ! – Calmez-vous, enfants, répondit la voix tranquille du vieillard. Khadhra est en prière. Attendez qu’elle ait fini. Elle vous dira ensuite ce qu’il faut faire.

Patiemment, nous restâmes immobiles sous les grondements du tonnerre et la pluie battante. Tout à coup, un pan de la tente du chef se souleva, et Khadhra parut au milieu des éclairs. « Tous à vos tentes, que personne ne sorte, l’orage va finir, s’il plaît à Dieu. » Tandis qu’elle parlait, je voyais, comme en plein jour, sa main rigide tendue vers nous dans l’attitude de souveraine omnipotence qui lui était habituelle. Un quart d’heure plus tard, nous dormions tous du sommeil du juste, chacun ayant regagné précipitamment sa couche sur l’ordre formel de la femme arabe illettrée qui gouvernait le douar.

(…) Une dernière observation qui a bien son importance : pas une seule fois, durant mon séjour au milieu d’eux, je n’ai été témoin de sévices, de cris, de querelles et de coups dans les vingt ménages arabes qui m’entouraient. Chacun vaquait à ses occupations avec le calme et la régularité placide des temps bibliques. Puis, le soir, réunis devant ma tente qui était devenue le forum de notre village aux maisons de laine, assis pêle-mêle avec les femmes et les enfants, nous causions, et, souvent aussi nous écoutions celle de ces dames qui avait une histoire à raconter, un bon mot spirituel à placer. De ce qui précède, il ne faut pas conclure que tous les maris mahométans sont des modèles de patience, de douceur et de galanterie. Non, loin de là. Ce que j’affirme cependant, c’est qu’ils ne sont ni meilleurs ni pires que nos paysans, et je puis ajouter, sans crainte d’être taxé d’exagération, que le buveur d’eau islamique est et sera toujours un époux mille fois moins insupportable que l’ouvrier alcoolique de nos grandes villes industrielles.

De la campagne et de l’atelier passons à la jeunesse des écoles. Quittons l’Afrique française, où l’instruction est nulle chez la femme arabe, et entrons au Maroc. Courons à Fas [on dit aujourd’hui Fès], la capitale intellectuelle du pays. (…) Si Ah’med ben Es-Snousi veut bien nous accompagner. C’est un vieil étudiant, c’est un barde populaire, et aussi un poète lettré, d’une fécondité, d’une facilité d’improvisation extraordinaire. Habitant Fas depuis douze ans, il connaît les coins et les recoins de la capitale, les mœurs, les coutumes, l’état d’âme de ses coreligionnaires.

« Moi, serviteur de mon Dieu, Ah’med ben Es-Snousi, j’ai étudié à Fas pendant douze ans et j’y ai vu une femme, s’appelant El-Aliya bent Si-t’-T’ayyéb ben Kiran, qui nous faisait un cours de Logique dans la mosquée des Andalous. Entre elle et nous se trouvait un grand rideau qui nous empêchait de la voir, mais nous pouvions l’entendre. C’était une femme d’une érudition vaste, d’un savoir infini dans toutes les branches des connaissances humaines. Mieux qu’aucune femme de la ville, elle possédait son Coran dans sa mémoire. La plupart des femmes de Fas, en effet, apprennent le vénérable Livre divin. Toutefois elles étaient bien inférieures à Madame El-Aliya en métaphysique (autrement dit, dans le domaine des richesses intellectuelles qui proviennent de la raison pure). Nous suivions donc les leçons d’El-Aliya, et elle nous stupéfiait par l’étendue de sa science. Les femmes de Fas sont d’ailleurs très fortes en littérature elles goûtent particulièrement les poésies de l’imam El-R’ernat’i. El-Aliya faisait gratuitement ses conférences aux étudiants. Son cours avait lieu à midi pour les hommes et après la prière de quatre heures du soir pour les femmes. Elle expliquait aux étudiantes la Vjerroumiya (grammaire arabe) avec les commentaires d’El-Ezhari.» (…)

Une femme arabe professeur de Logique, qu’en pensent nos géographes et nos sociologues qui ont répété sur les tons les plus lugubres que le Maroc est plongé dans les ténèbres d’une barbarie sans nom, dans l’océan d’une ignorance incurable ? Et veuillez remarquer que notre El-Aliya dédaigne absolument le psittacisme coranique abrutissant que vous connaissez. L’intelligente Marocaine plane dans les régions élevées de la science des sciences, la sophia des stoïciens, la science du raisonnement, celle qu’Hamilton et Kant ont pu définir la science de la pensée en tant que pensée. »

Sensibles féministes, sages profonds, et vous divins philosophes qui rêvez l’égalité, la fraternité et la science universelles, réjouissez-vous! Non, le Mag’rib n’est pas l’immense et noir tombeau que l’on croyait » page 737.

Auguste Mouliéras, Le Maroc inconnu tome 2 – exploration des Djelaba, 1899, disponible gratuitement sur Gallica

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Les médias font-ils une élection ?

Réponse : non, mais ils y contribuent.

Jeudi 5 avril en soirée avait lieu à l’amphithéâtre François Furet de l’EHESS, boulevard Raspail à Paris, un ‘Rendez-vous de crise’. Le monde médiatique est-il en connivence avec le monde politique ? Trois chercheurs ont ouvert le dialogue avec un journaliste. Brigitte Le Grignou professeur de science politique à l’université Paris Dauphine, Bernard Manin et Cyril Lemieux tous deux directeurs d’études à l’EHESS ont donné la théorie. Thomas Legrand, éditorialiste politique à France-Inter, jouait « le machiniste » (dixit), l’homme de pratique, rendant le discours concret et plus vivant. Le « débat » était modéré par Michel Abescat, journaliste à Télérama.

Débat y avait-il ? c’est un bien grand mot, si l’on utilise le vocabulaire précis de la science politique. Les gens de l’estrade se parlaient entre eux et l’assistance a été frustrée de ne pouvoir poser que trois questions, un quart d’heure en tout sur les deux heures. Nous avions, étagés dans l’amphithéâtre, un public d’intellos piliers du quartier et amateurs de SS, plus quelques étudiants en science politique et en école de journalisme. Ces derniers étaient reconnaissables à leur vêture mode, décalée, déstructurée et décolletée, qui apportait un air de printemps à ces doctes débats. Mais printemps n’est pas démocratie, la bonne parole était délivrée d’en haut, le savoir imposé à des « apprenants ». Selon une formule de Bernard Manin, la meilleure forme de contrepouvoir politique consiste pourtant dans le débat.

Les médias participent du débat démocratique, comme hier l’agora d’Athènes, mais le monde a changé, les techniques ont évolué. Bien que durant ces deux heures de colloque aucun plan clair ne soit apparu, la gentille animation des débateurs a révélé deux points importants : l’importance des communicants et la révolution numérique.

L’importance des communicants

Depuis trois décennies, nulle politique sans spécialistes de la com qui disent ce qu’il faut dire, comment le dire et à quel bon moment. Les meetings sont ainsi organisés et orchestrés selon un plan de com, allant jusqu’à produire les images du direct pour les télés. Il est vrai, remarquait Thomas Legrand, que si les centaines de caméras envoyaient toutes au même moment leur signal au même satellite, il n’est pas certain qu’il n’y aurait pas saturation… Le rôle des médias devrait alors de « réaliser » le reportage en choisissant leurs images dans le flot, en privilégiant une caméra sur une autre selon le fil du discours et en découpant les séquences eux-mêmes. Faute de temps, avides de scoop immédiat, et par facilité, les médias du direct le font de moins en moins. Rassurons-nous (?) : c’est le même professionnel vidéo qui officie pour les meetings Sarkozy ou Hollande.

Mais la communication isole le politicien des électeurs. Le filtre du spécialiste inhibe le discours et réduit le projet à un catalogue d’économiste. Il y a donc, note Bernard Manin, divorce entre les promesses et la réalité. Sauf qu’il y a malentendu : les promesses, pour un politicien, sont réalisées par des lois ; pour l’électeur, c’est le résultat qui compte. Drame de la com : pour mobiliser, il faut avoir une idée choc par semaine ; pour réaliser, il faut cependant passer par la fabrication du droit. Cela prend bien plus de temps que de le dire, passe par plusieurs filtres de débats au Conseil d’État, à l’Assemblée, au Sénat, parfois au Conseil constitutionnel. Le temps qu’une décision soit traduite en loi, il se passe des mois, parfois des années. Le communicant est-il donc compatible avec le politicien ?

Il faut probablement voir dans le chiffrage des programmes, dit Thomas Legrand, un effet de ce grand écart qui a marqué le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Lui candidat de 2007, comme Ségolène Royal, avaient su mobiliser l’électorat populaire, obtenant un niveau d’abstention au minimum depuis 1974, rappelle Cyril Lemieux. Mais on voit le résultat : promesses non tenues en termes de résultat réel, électorat populaire déçu, largement tenté par l’abstention, tout en déclarant voter extrémiste (Le Pen ou Mélenchon) dans les sondages.

La révolution numérique

Les sondages, justement. La technologie avec le mobile, l’iPhone et l’Internet a permis de les multiplier en baissant leur coût. Bernard Manin s’étonne de les voir aussi importants en France, ce qui n’est absolument pas le cas dans les autres pays. Sont-ils instantanés d’opinion ou prophéties ? La montée de Mélenchon participe probablement plus du second aspect que du premier selon Cyril Lemieux. Ladite « opinion » en effet se résume à un millier de personnes seulement, à qui l’on pose des questions pas toujours neutres, et pour lesquelles certains « ne savent pas ». Les médias mettent en scène trop souvent des informations qui n’en sont pas, du style « les Français déclarent… » alors qu’une lecture fine du sondage montre que seulement 52% des gens interrogés qui se sont exprimés, soit quelques centaines de personnes, « penchent plutôt vers… »

Second effet de la révolution numérique : les archives. Il y a 15 ans, dit Thomas Legrand, lorsqu’un homme politique faisait une déclaration choc, il fallait que le journaliste décide de garder le ‘bobino’ de l’enregistrement. C’étaient ses archives personnelles dans des armoires, l’index dans sa tête. S’il changeait de rubrique, cette mémoire était perdue, ou bien l’archiviste mettait des heures à retrouver le son. Terminé aujourd’hui. Mémoire et indexation sont facilités par le numérique, d’où le surgissement des comparaisons. Le politicien se trouve confronté à ce qu’il a déclaré auparavant, souvent en contradiction. Même le net s’y met, c’est le grand jeu du YouTube relayé sur Facebook. Ce qui décrédibilise le discours politique et fait des médias, parce c’est facile et fait scoop, de purs critiques qui ne cherchent pas à approfondir. Les grands enjeux du pays ne sont donc pas débattus entre candidats ; ils préfèrent leur débat interne, ou la césure droite ou gauche est moins pertinente aujourd’hui que la césure souverainisme ou ouverture.

Y a-t-il donc révolution dans l’approche des médias par le public ? Pas vraiment, note Brigitte Le Grignou. Seule la télévision reste un média de masse, qui touche les campagnes et surtout les catégories populaires, grosses consommatrices (40 mn de plus par jour que les CSP+). La presse quotidienne continue de n’être lue que par les surinformés (seulement 4% des électeurs) ; elle reste « élitiste » – même ‘Le Parisien’, déclare Cyril Lemieux, en nuançant. Quant à Internet, il reste marginal en France. Il a une influence réelle, mais limitée au cercle restreint du réseau (Twitter, Facebook, blogs). La radio n’a guère été évoquée.

Alors, quelle influence des médias ?

A la marge. La plupart des gens sont déjà ‘convaincus’ du fait de leur appartenance aux groupes primaires : famille, clan, cercle d’amis, réseaux du net (pour les jeunes). C’est donc « la conversation » qui est le lieu privilégié de la cristallisation de l’opinion, comme le dit Cyril Lemieux en citant Gabriel Tarde. Conversation qui peut se prolonger sur Internet dans les commentaires, chats et échanges fessebookiens. Les gens votent comme leur groupe, sauf aux moments d’émotion où un événement ou un personnage les emporte au-delà de leur sensibilité de base. Ce fut le cas en 2002 avec le thème de l’insécurité et le passage en boucle par les télévisions du vieux monsieur agressé. Mais cette influence émotionnelle est très courte, quelques jours à quelques semaines. Cela ne change pas l’opinion de fond.

Le rôle ultime des médias, outre d’informer et de faire se confronter les opinions divergentes, reste donc surtout de mobiliser. Faire venir l’électeur aux urnes par dramatisation des enjeux est probablement l’influence la plus forte qu’ils ont. Rien de plus, mais ce n’est déjà pas mal.

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François Huguenin, L’Action française

Article repris sur le site Action française.

Retour vers le futur ? Cette école de pensée fondée en 1898 après l’affaire Dreyfus pour faire pendant à la Ligue des droits de l’homme, a eu une vaste influence intellectuelle jusqu’aux années 1970, mais n’a jamais pu aboutir politiquement. Les raisons en sont multiples, dues aux saignées successives des guerres et aux partages binaires qu’il fallait alors opérer. L’intelligence a péri dans les tranchées, avant d’éclater entre collabos, pronazis et résistants. C’est que la droite n’est pas simple… Les idées Action française reviennent-elles ?

François Huguenin a étudié avec minutie l’embrouillamini de personnalités, de courants, d’idées, réunis autour de la figure emblématique de Charles Maurras. Il évacue avec discernement le double problème de l’antisémitisme et du maréchalisme, qui sont dérives personnelles dues à la peur de la division et de la guerre civile franco-française, doublées d’une personnalité maurassienne physiquement sourde et intellectuellement persuadée d’avoir raison.

L’Action française n’était pas en soi raciste, ni en faveur d’un pouvoir militaire. Elle voulait la monarchie comme type idéal de société « organique » tirée de « la nature », où règne l’ordre hiérarchique et les communautés d’appartenance. Le monarque n’était pas pour elle « l’État c’est moi » mais, à l’anglaise, l’incarnation de la personnalité nationale. Ce à quoi on pourrait objecter que Jeanne d’Arc a joué aussi ce rôle sous la Troisième république. Si l’auteur se pose en effet la question de la Tradition en régime républicain, il n’explique que très partiellement pourquoi les maurassiens ont exclu tout régime autre que monarchique. La pensée d’un Tocqueville apparaît nettement plus vivante et plus pratique que celle d’un Maurras…

Charles Maurras, obsédé de sensualité à l’adolescence, a rigidifié sa raison pour se dompter. Il était sourd et félibrige, aimant le localisme de son Sud. Est-ce que ceci explique cela ? L’auteur passe très vite, peu à l’aise avec les synthèses et préférant le factuel. Les racines maurassiennes sont Joseph de Maistre et Auguste Comte, l’apologie de l’Ancien régime contre la révolution et le scientisme de la Raison. Anti-cosmopolite, anticapitaliste, antilibérale, l’Action française est souverainiste : autorité en haut, libertés en bas.

L’individu n’existe pas, ce concept abstrait ne réalise la personne que dans la famille, unité communautaire de base auxquelles se superposent d’autres communautés « organiques » englobantes comme le village, la province, les associations, le métier, la corporation, la nation. L’Action française est donc résolument anti-jacobine et anti-égalité (« révolte de l’égoïsme et de l’envie »). Pour elle, il faut faire la société bonne pour que l’homme soit bon : une resucée de la Cité de Dieu sous l’égide de la bonne vieille religion (François Huguenin poursuit sa quête sur le sujet dans un autre livre, Résister au libéralisme).

Outre une Ligue, fondée en 1898, l’Action française crée en 1906 un Institut d’enseignement supérieur privé, une maison d’édition, un quotidien en 1908, un mouvement de jeunesse la même année, les Camelots du roi, plusieurs revues intellectuelles et ainsi de suite. Manque à la somme de Huguenin une chronologie pour éclairer ce foisonnement. De grands écrivains ont été influencés par l’Action française : Paul Bourget, Maurice Barrès, Léon Daudet, Jacques Bainville, Patrice de La Tour du Pin, Georges Bernanos, Jacques Maritain, Thierry Maulnier, Robert Brasillach, Maurice Bardèche, Lucien Rebatet, Claude Roy, Kléber Haedens, Georges Blond… Sans parler de ceux qui gravitent autour comme Gide, Montherlant, Malraux et Mauriac.

Charles Maurras sera élu à l’Académie française en 1938 (avant d’en être exclu en 1945… comme si l’on pouvait exclure de l’immortalité un « Immortel » – à moins que ce ne soit que du vent ?). Le Pape a condamné « les traces de renaissance du paganisme » (gréco-latin) de Maurras en 1926 et a mis ses œuvres à l’Index : il fera moins la fine gueule devant le paganisme germanique des nazis dans les années 1930…

Mais le fascisme n’attirera que quelques personnalités proches d’Action française : l’État totalitaire était à l’opposé de la subsidiarité (comme on dit à Bruxelles) entre la nation et les communautés. Henri Massis fustigera même le « bolchevisme raciste » des nazis. Traditionnaliste, l’Action française est catholique de culture, la foi étant affaire personnelle et l’Église étant exclue de l’organisation politique depuis le Moyen-âge. La Providence comme la Nation ou l’État sont des mythes barbares, totalitaires, bien loin des conceptions « de nature » sur le modèle patriarcal. L’Action française politique serait plus proche de Franco que de Mussolini, encore moins d’Hitler ! Maurras et Pujo furent maréchalistes pour faire hiberner la nation française dans la guerre (mais Maurras a approuvé les prises d’otages français et la politique antijuive !) ; Robert Brasillach, Georges Valois et Lucien Rebatet se font nazis par rancœur contre les égoïsmes et divisions de la démocratie libérale parlementaire de leur temps ; d’Estienne d’Orves, d’Astier de la Vigerie, de Bénouville, Renouvin et le colonel Rémy seront résistants pour faire vivre la nation en ses profondeurs, comme disait De Gaulle. Il n’y a donc pas de voie unique pour la pensée Action française, comme la gauche stalinienne a toujours voulu le faire croire.

L’héritage ? L’Action française ne fait plus parler d’elle, aujourd’hui que le catholicisme est revivaliste à l’américaine et que les grandes idéologies ont sombrées avec l’URSS, la maolâtrie, le Cambodge « démocratique » des Pot et la sénilité crispée des Castro. Les années 1950 ont vu la naissance d’une « jeune droite » littéraire appelée les Hussards avec Roger Nimier, André Blondin, Michel Déon et Jacques Perret. Gabriel Marcel, Michel de Saint-Pierre et Bertrand de Jouvenel ont renouvelé les idées ; l’auteur cite aussi Gabriel Matzneff. Pierre Boutang a essayé de faire revivre une politique. On pourrait aussi – l’auteur n’en parle pas… – mentionner Pierre Joubert, Serge Dalens, Jean-Louis Foncine (tous scouts de la collection Signes de piste), Hergé (François Huguenin a un petit air de Tintin) et Jacques Martin, père d’Alix, et probablement Philippe Murray et Renaud Camus. Maurras meurt en 1952, mais c’est la Nouvelle droite d’un côté et les Nouveaux philosophes de l’autre qui reprendront certaines thèses : libertés contre totalitarisme, État organique européen, nations enracinées mais ouvertes, sociabilité de l’ordre naturel. Sans parler de la Vème République, dont l’organisation doit beaucoup aux idées de Maurras…

Et aujourd’hui ? On peut trouver des rapprochements chez les cathos intégristes – mais ce n’est pas l’Action française historique. Certaines proximités se font chez François Bayrou, beaucoup moins au Front national, mais beaucoup chez les écologistes : critique de la société de consommation, du capitalisme financier, du paraître narcissique au détriment de l’être, de la croissance quantitative plus que qualitative, de la centralisation jacobine d’État ; refus des banlieues tristes au profit des terroirs enracinés ; loisir communautaire plutôt que travail en miettes ; l’Europe, mais si elle est protectrice de la diversité, en subsidiarité. Ce pourquoi il reste intéressant de se replonger dans ce mouvement de droite oublié : il court toujours sous la glace, et d’autant plus que la gauche n’a plus grand-chose à dire.

Le lecteur regrettera les coquilles innombrables du volume, issues probablement d’un logiciel de reconnaissance de caractères non relu : dans le même paragraphe Muillain pour Guillain, Aus pour plus, A la main pour les Romains, Mont-fort où le tiret a été laissé en milieu de phrase… C’est dommage pour un travail qui se veut érudit.

Si les détails sont largement exposés, manque à cette étude de vigoureuses pages de synthèse qui sortent du jargon Science Po ou de la philosophie allemande… Dire par exemple que l’Action française est « l’être de l’étant » est une cuistrerie qui n’explique rien. Développer en quoi la nature et la tradition fondent un conservatisme révolutionnaire qui n’est ni réactionnaire ni progressiste serait beaucoup plus utile. François Huguenin fait dans la dentelle (et les historiens universitaires adorent cela), mais son pointillisme névrotique manque l’essentiel : en quoi l’Action française nous intéresse-t-elle ? Pourquoi a-t-elle tant séduit, jusqu’à De Gaulle et Mitterrand (et peut-être – ce n’est pas dit – Bayrou) ? A trop se perdre dans les sous-sectes littéraires et les scrupules d’obéissance catholique, où est le mouvement ?

Malgré ces défauts, la somme ici éditée en poche a une profondeur historique qui manque trop souvent aux histoires des idées politiques. Un siècle complet, c’est rare. Comprendre la droite, c’est aussi comprendre ce que fut la France intellectuelle et ce qui reste dans la politique aujourd’hui de l’Action française.

François Huguenin, L’Action française – une histoire intellectuelle, 1998, édition revue et complétée août 2011, Perrin Tempus, 686 pages, €11.40

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