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Pensée circulaire contre pensée linéaire

Après le règne, presque sans partage en trois siècles, de la pensée linéaire, voici que la pensée circulaire refait surface.

Depuis Hiroshima, l’humanité a pris conscience qu’elle peut disparaître en quelques minutes. Dès lors, le progrès n’est plus infini, linéaire, mais éminemment fragile. Les pollutions, les prédations, mais surtout les attaques industrielles contre la santé, la transgression des déséquilibres naturels, ont engendré des pathologies qui remettent en cause le rapport de travail au milieu. La chimie engendre des cancers ; les additifs et colorants des perturbations hormonales ; les voyages et les migrations, comme l’anarchie des mœurs, transmettent le sida et autres maladies ; la course au profit et les transgressions d’ingénieur encouragent les mutations des virus et les ruptures des barrières entre espèces, on l’observe avec la maladie de la vache folle. L’utopie communiste s’est écroulée dans la bureaucratie sclérosée ou la terreur de masse. La démocratie reste impuissante face aux millénarismes religieux ou aux haines ethniques, on le voit en Iran, en Irak, dans les pays du Maghreb, au Mali, au Liban, en ex–Yougoslavie, au Rwanda… Cela remet en cause la primauté des valeurs politiques sur les valeurs vitales. D’autant que le savoir, les institutions, l’économie, la science, ne préservent plus du chômage et de la misère de masse.

Dès lors, la raison perd du terrain au profit du magique. On assiste au retour des mythologies, au culte de l’histoire comme légende dorée. Ah ! Ces commémorations, ces « temps mémoriels » comme ces « lieux de mémoire » ! Nous observons la montée des sectes, des yakas simplistes et populistes de l’extrême droite comme de l’extrême gauche, la prédominance de l’émotion et de l’irrationnel. Tout cela est amplifié par les nouvelles technologies : la télévision, en continu depuis la guerre du Golfe, rend bête en privilégiant le spectaculaire, l’affectif, l’anecdotique, le « temps de cerveau disponible » pour ingurgiter la publicité commerciale à haute dose. Les concerts pour la jeunesse cherchent à assommer de décibels et de rythmes, quand ne circulent pas les boîtes de bière et les pilules d’ecstasy. Internet permet de dire n’importe quoi à destination de n’importe qui, ou de donner accès à tous les fantasmes, roses, bleus ou bruns. Les jeux vidéo ou de rôles font évoluer dans un monde virtuel où tout est possible, surtout le pire.

En face ? Les pays sont gérés par des technocraties froides et sûres d’elle-même qui ne veulent pas convaincre, par élitisme, ni ne savent communiquer, par autisme. Ou bien par des mafias ou ces fameuses « cent familles » de ploutocrates, ou encore ces clans sortis des mêmes écoles ou fréquentant les mêmes lieux de culte. Tous ces groupements, adeptes de la pensée circulaire, se moquent bien des sociétés et parasitent les peuples. La loi de la jungle ressurgit durant l’anarchie, la loi de l’empire dans l’archipélisation des sociétés. Nul ne voit plus loin que ses intérêts et poursuit sa « mania ». On se replie, on se referme, on dénie.

Je suis frappé de constater que les symptômes de l’autisme comme maladie psychique s’appliquent de plus en plus à nos sociétés développées. Chacun regarde son nombril au lieu de regarder devant ; chacun s’enferme dans son couple, sa famille, son groupe, sa tribu et se moque du collectif, réticent même à payer l’impôt ou à aider les autres. Cette pathologie de repli sur soi est caractérisée par la coexistence de trois grands troubles : 1/ l’altération des interactions sociales, le regard qui fuit, le refus de tout contact physique, le « je » qui refuse de créer des rapports avec l’autre ; 2/ les troubles de la communication verbale, le langage qui ne sert jamais à construire une conversation mais monologue, l’écoute intermittente qui ne permet pas la réflexion (une seule chose à la fois), l’enfermement dans l’écho de mots ou de routines ; 3/ tout ce qui est nouveau panique, intérêts et activités sont réduits, machinaux, ternes. Tout cela n’est-il pas une bonne description de notre bourgeoisie technocrate ? Peut-être pas dans son existence quotidienne, avec ces pairs, mais dans son comportement officiel, terriblement « coincé ».

On ne sait pas d’où vient médicalement l’autisme. Peut-être d’un défaut de maturité du lobe frontal, ou du ratage de l’organisation des circuits de neurones. Mais s’est-on penché sur l’histoire personnelle des individus autistes ? On sait que, dans le très jeune âge, des connexions doivent se faire pour que le programme de développement suive son cours harmonieux. Si une étape est absente, le développement a des ratés. Comme l’autisme est un refus d’interactions sociales, on peut soupçonner quelque part un défaut d’amour. Parce qu’il n’est pas « accueilli », l’enfant s’enferme.

Ce n’est qu’une hypothèse pour les individus, mais l’attitude technocrate est bien la même. Orgueil, mépris, sentiment de supériorité, ne sont que des défauts d’interactions sociales. Ils hypertrophient le rationalisme et le recours aux règlements aux dépens de l’affectif et du commun. En regard, et par réaction, ceux qui sont rejetés survalorisent affectivité et irrationnel, multipliant à plaisir les transgressions citoyennes qui augmentent le sentiment d’insécurité (injures, vandalisme, graffitis, dégradations, violences).

Les interactions sociales s’apprennent et se développent, tout d’abord en famille, ensuite en société. C’est le défaut de caresses par les parents, d’affection par les amis, de valorisation de la personne par le groupe, c’est la solitude extrême de la compétition entre tous à l’école, qui engendrent ces eunuques maladroits et coincés. Yannick Noah lui-même avoue : « On ne s’embrassait pas, ne se touchait pas, on ne se disait pas qu’on s’aimait ». Il parle de ses parents. « J’en ai conclu de manière erronée qu’il fallait que je prouve quelque chose pour être aimé » (L’Express du 5 juin 1997).

Valeurs politiques et valeurs vitales, pensée linéaire et pensée circulaire, doivent être en équilibre pour que l’humain – qui n’est ni dieu ni bête – prenne toute sa place humaine. Mais on peut aisément basculer d’un côté ou de l’autre. Là est le danger. Qui veut faire l’ange fait la bête. Et qui est bête n’a rien d’humain. Dionysos, revient !

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Chemin de Saint-Jacques

jean claude bourles passants de compostelleQuiconque étudie la société française dans son temps long finit par rencontrer le chemin de Saint-Jacques. Ce pèlerinage chrétien qui traverse la France et toutes les couches de la société depuis le moyen âge est le reflet du pays profond, dont notre République Cinquième, laïque et sociale, est l’héritière. Jean-Claude Bourlès est journaliste et, bien que Breton, a traversé la foi chrétienne sans s’y attarder, comme la plupart des Français d’aujourd’hui, dont l’auteur de ces lignes. Il a parcouru deux fois le chemin de Saint-Jacques, la première fois partiellement, la seconde fois entièrement, accompagné de sa femme. Il a recueilli les témoignages des compagnons rencontrés sur le chemin, décrit leur comment et interrogé leur pourquoi. C’est donc un récit passionné, écrit d’une plume fluide, qu’il livre dans ces Passants de Compostelle. Une enquête pour saisir cette mentalité en profondeur qui dicte encore nos conduites.

Cet engouement pour le chemin des étoiles (campus stellae) a repris il y a une trentaine d’années ; c’est un vrai mouvement de société. Il se situe dans l’après-68, époque de nomadisme vers Katmandou d’une génération brusquement nombreuse issue de l’après-guerre, et de remise en cause d’une société autoritaire et hiérarchique devenue inadaptée au monde contemporain. En 1972, Jacques Lacarrière se lance à pied Chemin faisant tandis qu’en 1978, Barret & Gurgand écrivent leur périple dans Priez pour nous à Compostelle. Le sentier GR 65 est aménagé, petit bout par petit bout, par des passionnés, des gîtes, des associations, des collectivités locales.

120 pèlerins en 1982, 125 200 en 1997, 179 944 en 2004, 192 488 en 2012. Leur désir avoué est de reconquérir le monde par les pieds, à ras de terre, de retrouver du solide. « A mes yeux, dit Raymonde Rodde à Bourlès en 1995, et je peux le dire en connaissance de cause puisque j’ai 84 ans, les gens se lassent de ce qu’on leur donne sans contrepartie. Ils ont besoin de rompre avec toute cette notion d’assurance, d’assistance, où on les confine. Ils ont besoin de se prouver qu’ils peuvent vivre pour eux, et par eux-mêmes » (p.22) Plus qu’une marche, Compostelle est une démarche, un attachement au moins culturel au message chrétien contre une Église officielle et ossifiée.

saint jacques de ompostelle les chemins

« Il y a une magie du chemin. C’est une nation à lui seul, un pays de 2 m de large sur 2000 km de long et sur lequel tu trouves une population particulière, vivant un temps particulier et, oui, devenant profondément jacquaire. Tu découvres la signification du mot Amour » (Pierre K., p.34). « C’est une expérience qui porte une empreinte profonde sur l’être, quelles que soient les motivations de départ » (Père Thérondel, p.38). Les gens partent souvent à la croisée d’un chemin de vie, divorce, retraite, chômage, deuil, séparation, sortie de grave maladie. C’est un franchissement, une porte étroite, la confrontation avec soi-même. Il s’agit de dépouiller le vieil homme qui régente tout et qui contraint.

Il s’agit aussi de retrouver les racines les plus anciennes d’Homo Sapiens Sapiens, né il y a quelques 200 000 ans mais sédentarisé seulement depuis 5000 ans. 97,5% de son existence a été nomade, en tribus restreintes, parcourant un terrain de chasse de 200 ou 300 km suivant les saisons – et le gibier. L’habitude de cette liberté est ancrée et trop de société affole ou anesthésie, rend grégaire. Ce besoin de respirer, d’aller voir ailleurs de temps à autre, apparaît comme une nécessité quasi biologique. « Même lorsque les pèlerins n’ont pas au départ de dévotion particulière pour saint Jacques, le fait de mettre leurs pas dans ceux des foules passées est une manière d’entrer dans leur démarche de foi. Et peut-être de prendre conscience, jour après jour, de former un peuple en marche : celui de l’Europe spirituelle » (p.70).

Liberté du chemin, égalité du dépouillement, fraternité des rencontres – et voici la devise dite « républicaine » confortée, reconstituée dans ce qu’elle avait de médiéval lorsque la menace musulmane, l’indigence de la papauté et le mûrissement de la féodalité ont fait, depuis le monastère de Cluny, s’organiser la société française selon la foi.

La dépouille de saint Jacques le Majeur est découverte en Galice, en 813 ou 831. Son église est ravagée par le Musulman El Mansour en 997, en réaction de quoi l’engrenage de la Reconquista se met en route. En 1055, Jérusalem, lieu du Sacrifice d’Abraham et de la Passion du Christ est interdite aux Chrétiens par les califes Abbassides. La chrétienté du pays le plus prospère, sous la houlette de l’élite religieuse (en quelque sorte l’ENA de l’époque), se réveille. Le temps est venu pour Ordonner et exclure, titre du difficile mais intéressant ouvrage de Dominique Iognat-Prat. Cluny affirme les solidarités du lien social qui englobe tous les Chrétiens sous l’autorité de l’Église et oblige aux engagements réciproques. La charité irrigue l’ensemble de la société, au miroir du sacrifice du Christ. L’Église et ses clercs se chargent de contrôler les échanges de la charité, sollicitant les dons des puissants pour donner aux assistés. Cluny, ses moines, ses intellectuels, se veut une société qui édicte la morale au nom du Christ et a pour vocation de redistribuer la richesse terrestre.

Il s’agit bien de mettre en place une « communauté », des Chrétiens de France qui se reconnaissent dans une foi et dans des valeurs communes. Donc d’exclure les autres (Juifs, Musulmans, hérétiques, sodomites) en désignant l’Ennemi – possédés « naturellement » par le diable. Le pèlerinage à Saint-Jacques, aménagé côté français par tous les sites religieux du parcours (le Puy, Vézelay, Conques, Rocamadour, Moissac, Navarrenx…) représentait la même démarche symbolique que les manifestations d’aujourd’hui « contre la guerre », « pour l’emploi » ou en « solidarité sida ». Le « communautarisme » que l’on reproche à d’autres, dans la France contemporaine, s’adresse en miroir à ceux qui veulent fractionner cette « communauté nationale » qui date de l’an mille, communauté englobante, envahissante, ne tolérant qu’à peine l’individu, de laquelle on ne peut s’exclure sans persécutions ni déracinement profond (Cathares, Huguenots, Émigrés, exilés du Second Empire ou relégués de la Commune, expatriés aujourd’hui). Car l’État de nos jours est l’Église d’il y a mille ans, ses fonctionnaires sont les anciens clercs, les impôts modernes remplacent la charité de jadis tout aussi obligatoires, et le service public s’est substitué au service du Christ – mais la France est restée fondamentalement la même.

saint jacques de compostelle

Remettre en cause ce « modèle » collectif et un tant soit peu « collectiviste » n’est pas aisé, même pour ceux qui se veulent les plus « laïcs », les plus « athées » et les plus « républicains ». Le protestantisme l’a osé ; il a mis l’homme concret avant le « modèle du Christ » créé, organisé et surveillé par l’Église catholique ; il est plus pragmatique, laisse plus de libertés aux individus, règle les conflits de la société non par le dogme mais par le droit et le contrat.

Ce n’est pas le cas du catholicisme, resté autocratique et englobant au fond comme l’est l’Islam. Même si la société civile a su se dépêtrer – par les sciences expérimentales, par la Révolution, par la séparation de l’Église et de l’État, par les mœurs – de la conception totalisante de l’Église, cela est si récent, trois générations à peine pour la séparation juridique des biens et de l’enseignement, que les conceptions ne s’en ressentent pas encore complètement, dans le temps long de la société. La « liberté » reste toujours un peu le diable devant les injonctions de fraternité, venues de Cluny autour de l’an mille, et les exigences induites d’égalité que l’État et les partis en France cherchent à contraindre et à forcer. Au lieu que « l’égalité », dans les pays protestants, n’est qu’une résultante « aux yeux de Dieu » des mérites de chacun acquis librement par leur travail et de leur fraternelle responsabilité devant les risques.

En cheminant vers Saint-Jacques, ce qui est important est le dépouillement qui favorise la rencontre avec soi, avec l’autre, avec la contemplation. L’existence en osmose avec la nature et ses éléments donne une liberté personnelle de voir, d’être et de penser. Atteindre la dernière extrémité de l’Occident avec le soleil, puis avec la voie lactée qui indique la nuit le chemin, c’est relier le destin humain à la révolution des astres. Démarche « religieuse » en propre. Tout comme les anciens Égyptiens accompagnaient symboliquement le dieu solaire Rê dans sa barque « mandjet », s’engloutissant dans Nout, la nuit – qui était aussi le monde des morts – pour renaître à l’aube, périple accompli. Le chemin de Saint-Jacques permet de revenir aux sources et de les repenser si nécessaire.

Jean-Claude Bourlès, Passants de Compostelle, Petite bibliothèque Payot 2004, 224 pages, €7.73

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Histoire à faire peur

Parmi les histoires rassemblées par Hitchcock sous le titre « à faire peur », il est un étrange récit intitulé ‘Une invitation à la chasse’. Fred Perkins, prototype de l’Américain moyen, est un petit employé d’agence insignifiant. Un jour, il reçoit une luxueuse carte gravée qui l’invite à une chasse organisée par la haute société de la ville. Très fier, il achète un habit, affûte ses manières pour faire bonne figure. Mais le matin très tôt, deux gardes-chasse viennent le prendre et le poussent au-dehors en caleçon. Dans la fraîcheur blafarde de l’aube, ils le lâchent en pleine campagne, presque nu. Au loin, la meute aboie déjà…

C’est une fable, bien sûr… Les rapports sociaux sont poussés ici à l’absurde. L’exploitation des dominants trouve son apogée dans la chasse aux inférieurs. Les riches, déjà patrons et politiciens, deviennent les chasseurs tandis que les pauvres, déjà exploités et manipulés, leurs sont livrés pieds et poings liés. Ils n’ont aucun recours contre cette fatalité, sauf de défendre leur survie. Les puissants se servent des autres hommes comme du gibier : ils les nourrissent comme de vulgaires faisans, ils les domestiquent par la morale sociale qu’ils contribuent à maintenir par les mœurs et le qu’en-dira-t-on. Puis ils transgressent allègrement l’apparence pour devenir bêtes de proie, révélant leur vrai visage. Le meurtre est la forme suprême de l’exploitation de l’homme par l’homme. Qu’il soit de masse au nom de l’idéologie ou individuel lors d’une chasse privée à la bite ou au couteau.

Une telle aventure existe-t-elle dans la réalité de notre XXe siècle ? Les éphèbes spartiates partaient nus à la chasse aux hilotes, mais ceci se passait il y a deux millénaires et demi. Le meurtre de masse, nazi, stalinien, maoïste ou polpotiste ont remplacé la chasse mais les exemples récents du Rwanda et de la Serbie montrent qu’ils sont loin d’être éradiqués dans les mentalités. Dans cette chasse hitchcockienne, aucune guerre n’est déclarée, pas même de classe, tout est « normal ». Il s’agit de lutte sociale féroce, mais elle est habituellement euphémisée par les postes et les salaires, bordée par le droit et l’État qui se dit le seul détenteur de la violence légitime.

L’étrange naît de ce que, brutalement, la lutte sociale enlève son masque. Elle devient physique, immédiate, animale. Il ne s’agit ni de Mafia ni de Ku Klux Klan mais de n’importe qui, vous et moi, victime potentielle de qui a plus de pouvoir. Les formes sociales sont respectées, l’invitation est régulière, le crime sera maquillé en accident. La bête, une fois abattue, sera oubliée aussi vite. Qui prêtera attention aux propos hystériques de la femme de Perkins qui dit avoir vu les gardes-chasse entraîner son mari à coups de fouet ? Le choc de l’accident a dû lui faire perdre la raison, déclare avec componction la haute société hypocrite. Une chasse à l’homme ? Vous n’y pensez pas ! Nous sommes des bourgeois respectables d’une petite ville américaine du XXe siècle.

Le lecteur reçoit cette fable comme un coup. Elle viole les apparences comme un prédateur obsédé viole les jeunes filles. Elle met à nu brutalement le cynisme de nos démocraties où les professions de foi idéalistes habillent les réalités de pouvoir du manteau chatoyant de l’idéologie. Tous les mécanismes sociaux concourent à ne laisser la puissance qu’à quelques-uns. Ceux-là sont assurés de l’impunité s’ils font semblant de jouer le jeu tout en étant impitoyables à dominer. Ils ont la richesse qui assure le confort et permet d’acheter les consciences ou les talents ; ils ont les relations et le clan aptes à étouffer tout scandale ; ils ont le prestige qui les fait révérer comme des modèles sociaux et les rend tabou. Qu’ont-ils à faire de la morale et des lois ?

Le lecteur, remué, se dit qu’il pourra peut-être lire le lendemain dans son journal un récit semblable dans la rubrique faits divers, une chasse à l’homme dans la campagne ou un viol de femme en chambre close. Où rien se sera jamais prouvé et où justice ne sera jamais faite.

Toute analogie avec des personnes vivantes et avec l’actualité est évidemment purement fortuite…

Alfred Hitchcock, Histoires à faire peur (Stories my mother never told me), Pocket 1995, 278 pages, €3.00 occasion

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