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Première randonnée en Arménie torride

Nous voici déjà au lendemain et, au rendez-vous de 12h30, nous prenons le bus orange et noir Mitsubishi diesel qui nous est affecté pour la durée du séjour.

Nous avons 35 km à faire hors d’Erevan. Les gens d’ici prononcent iérévan et seule l’écriture à l’anglaise respecte cette euphonie : Yerevan. Le bus sort de la banlieue, la ville compte un million et demi d’habitants ! Il dépasse les usines chimiques désaffectées depuis la chute de l’URSS, s’enfonce dans la campagne sèche parsemée de collines. La verdure, nous dit notre guide arménienne, est florissante en mai, beaucoup d’herbe et de fleurs, mais le soleil impitoyable dès juin dessèche tout à cette altitude (près de 1500 m). Nous enfilons de petites routes à peine goudronnées, remplies de nids de poule. Difficile de garder une voirie correcte en raison de l’écart des températures entre hiver et été.

Les tubes qui courent le long des routes et des murs des maisons, sont des conduites de gaz. Ils forment une arcade d’honneur au-dessus des portails. Le gaz venait autrefois d’URSS et était distribué en conduites enterrées. Après l’indépendance arménienne, la fermeture a duré une dizaine d’années et le réseau souterrain est devenu trop cher à réhabiliter. Le gouvernement a choisi le réseau à l’air libre, moins cher à réparer et facile à construire. Le gaz vient désormais aussi d’Iran, avec lequel l’Arménie a une frontière commune au sud, pour éviter de dépendre de la Russie pour tout. Quelques années d’hiver très rude ont fait comprendre la géopolitique aux Arméniens jusqu’ici hébétés dans le confort du grand frère russe. La sécurité ? Les fuites sont moins graves à l’air libre, elles ne forment pas de poche de gaz explosives. En cas de feu par accident, le gaz brûle, il ne saute pas. Et il est plus facile de voir où couper l’arrivée de gaz quand le réseau est extérieur. En bref ce n’est pas beau mais moins cher et utile à tous.

Le village s’étire sur la pente, bordé de longs murs qui abritent des vergers et des jardins. La température dépasse déjà les 35°. Notre guide arménienne hésite sur la direction à prendre. A pied, nous ne suivons pas le bon chemin. C’est un titi curieux de cette bande d’étrangers, apparu à la fenêtre d’étage d’une maison, qui nous interpelle en nous voyant passer. Il va nous guider vers la bonne ferme.

Sous une tonnelle rafraîchie par un jet d’eau, face à la gorge de Garni, la table nous attend pour notre premier déjeuner arménien. Les entrées sont accumulées entre les assiettes pour que chacun choisisse selon son goût et l’ordre qu’il veut. C’est la coutume ici.

Nous avons la salade de tomates crues au concombre, des aubergines, des poivrons et quelques piments grillés et pelés, des olives noires, du fromage de brebis ressemblant à la feta.

Suivra le plat chaud, du poisson du lac, une truite saumonée coupée en gros tronçons et grillée elle aussi. Nous sommes servis par la mère et sa fille de dix ans aux yeux très clairs, joli visage, sourcils  broussailleux qui se rejoignent au-dessus du nez.

Pour éviter la turista, nous avons de l’eau minérale en bouteille, avec ou sans bulles, du thé glacé préalablement bouilli et même du vin de l’année, produit sur la propriété. Le maître de maison est tout fier de faire goûter aux Français son œuvre vinicole, présentée dans une bouteille de Coca Cola de deux litres. Le vin est fruité, légèrement frisant, agréable à boire. En dessert un biscuit aux noix, qui poussent leurs coques au-dessus de nos têtes, appelé traditionnellement paklava. Il est surmonté de tranches noires et souples qui sont des noix vertes mises à conserver dans l’eau sucrée.

Le paysage, vu de la terrasse, montre notre randonnée : le canyon de Garni et ses orgues basaltiques spectaculaires au fond, le temple païen de Garni sur la rive en face. Nous sommes dans une maison paysanne mais riche. Toute une collection de vieux instruments aratoires nettoyés et vernis hantent les couloirs et l’accès à la terrasse.

Nous quittons ce site champêtre pour descendre à pied dans la gorge. Un véritable rideau d’orgues basaltiques ondule sur la falaise au-dessus de nos têtes, presque brillant au soleil. L’endroit est spectaculaire mais nous marchons sous un cagnard auquel nous ne sommes pas habitués. Il fait maintenant plus de 40° au soleil ! Nous longeons avec bonheur la rivière dont les eaux vigoureuses, parfois dégringolant en cascade, nous rafraîchit, au moins à les voir.

Une montée brutale en plein soleil doit nous faire regagner les 600 m de dénivelé que nous venons de perdre dans la gorge, afin d’atteindre le temple sur l’autre plateau. Des gamins du pays et leur famille montent allègrement en short et débardeur, pieds nus en tongs, sans se soucier de la chaleur. Ils sont habitués. La femme porte même un bébé dans les bras. Nous avons l’air engoncés avec nos chemises, pantalons longs et grosses chaussures de marche. Sauf moi, tous portent même un sac à dos comme s’ils partaient pour la journée alors que nous n’en avons que pour une heure ! Nuit courte, décalage horaire, constipation due à l’avion, chaleur inattendue, repas pris récemment – rien de tel pour nous déstabiliser physiquement ! Autant marcher léger.

Nous avons le temps d’une large pause sous un noyer à l’ombre épaisse, près d’une source dont le glouglou est à lui seul un rafraîchissement.

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Bayrou et les Français

Pour la troisième fois revenant, obstiné, tous derrière et lui devant, François Bayrou est à nouveau candidat à l’élection présidentielle. Seul : il a évacué tout parti pour se situer – contraint et forcé – hors de tous les partis. Lui se dit « au-dessus », mais il faudra bien gouverner. Alors avec qui ? Malgré sa nostalgie, nous ne sommes pas sous Pétain où le vieux Guide venait en Sauveur de la France. Il existe des partis et il faut faire avec. Comme Bayrou n’en a plus, que va-t-il faire ?

Mystère. Et c’est ce mystère qui séduit pour l’instant. La droite feint de croire qu’il est de la famille, la gauche n’en veut pas mais Hollande n’exclut rien, le centre est un vaste marais que Bayrou a trahi. Ni droite, ni gauche ? Cela est bien tentant, puisque les « affaires » sont bien partagées entre PS et UMP ; puisque la mauvaise foi politicarde fait dire aux raisonnables qu’il n’y a rien à faire avec les animaux politiques des extrêmes de couleur, aussi bêtes qu’animaux ; puisque la suite de crises fort diverses exigerait de dépasser les clivages partisans qui sentent encore leur XIXe siècle. Mais voilà : il existe des partis et il faut faire avec. Le président ne gouverne pas seul mais avec une majorité – et les législatives sanctionneront la bascule si Bayrou l’effectue. Tombera-t-il à droite ? Il faudra qu’il le dise ; tombera-t-il à gauche ? il faudra que les caciques du PS mettent beaucoup d’eau dans leur rosé.

Le succès Bayrou n’apparaît donc aujourd’hui guère crédible. En attendant, il monte sa sauce, qui a beaucoup à voir avec la béarnaise. Celle-ci contient des œufs pour lier mais aussi un verre de vinaigre. Bayrou distille son acidité à petite dose pour lier son discours, tout comme le cuisinier laisse mijoter longtemps le vinaigre avec les fines herbes et l’échalote. Sa réduction sera-t-elle suffisante ?  S’il fait faire vinaigre, saura-t-il, le moment venu, faire l’œuf ? Car, une fois la quinte essence du verjus exprimé, il faut ajouter avec précaution les jaunes d’œuf au bain-marie en priant sainte Marie, en tournant et retournant à la cuiller en bois de tradition. Puis ajouter une bonne demi-livre de beurre pour que la potion passe mieux chez ceux qui avalent la couleuvre, mais en tout petits morceaux : la sauce doit épaissir progressivement ! Surtout ne pas laisser bouillir, ce serait le ratage ; surtout ne pas en rester aux scrupules à peser encore au dernier moment le pour et le contre… comme en 2007. Car l’époque aime les procureurs – du moins jusqu’au moment de mettre son bulletin dans l’urne : procureur la verte Joly, procureur le rouge Mélenchon, procureur la bleu Marine. Il n’y guère que l’UMPS qui ne fassent pas leur Vichinsky, ce pourquoi ils séduisent moins dans ce grand défoulement.

Sauf que, mis devant le fait accompli de devoir gouverner, la critique ne suffit plus. Le Béarnais est-il bon cuisinier ? Il se veut chef, mais seul en cuisine, ce qui n’est guère encourageant. Car l’époque est à l’équipe, ce que la France traduit aussitôt par relations, réseaux et copinage. Une étude internationale sur les catégories supérieures et la réussite CSA-EuroRSCG-ESSEC effectuée en janvier 2011 et parue dans Le nouvel observateur du 21 avril 2011 p.66 montre combien la France est proche des pays autoritaires comme la Russie, le Maroc et la Chine, bien loin du Brésil, des pays anglo-saxons et de l’Inde. Faire progresser les autres ? Vous n’y pensez pas ! Monter soi en responsabilités et progresser personnellement, voilà ce qui importe à 64% (83% en Russie, 75% au Maroc, 71% en Chine… mais 44% au Brésil, 55% au Royaume-Uni, 57% aux États-Unis et 60% en Inde). Les valeurs humanistes, hein, beaucoup en parler et surtout en éviter la pratique ! C’est cela l’hypocrisie française, ce pourquoi les fonctionnaires et les zélus (très souvent fonctionnaires) n’en ont rien à faire des chômeurs et des retraités, les syndicats rien à faire des zusagés (usagers-usagés), les patrons des syndicats et des zélus dans l’opposition (quelle que soit l’opposition), les profs des élèves et les élèves des profs, et ainsi de suite. La France est clairement une société de méfiance, tout comme la Russie, la Chine et peut-être le Maroc. « Servir l’intérêt général » est, dans cette enquête, jugé important par 78% des Américains, 70% des Allemands et 69% des Britanniques… mais par seulement 56% des Français.

Méfiance, égoïsme, copinage : la France politique est clairement autre que l’idéalisme présenté par Bayrou et les zanges éthérés de gauche (il en existe). Car, Monsieur l’ex-prof et ex-ministre de l’Éducation, à la question « quels atouts de départ favorisent le plus la réussite dans la vie professionnelle ? », les Français mettent le poids des réseaux de copinages, copains bien placés et autres micro-mafias : à 55%, au même niveau que la Chine. La question proposait pourtant d’autres options plus « nobles » telles que l’intelligence, le diplôme, la culture générale, la famille, l’origine sociale, etc. Huit pays placent en premier l’intelligence – mais pas la France (35% seulement). Comment le père-la-morale Bayrou compte-t-il – dans le concret – remédier à cette propension ? S’il veut gouverner, avec quels réseaux ?

N’y a-t-il pas contradiction à se vouloir rassembleur au-dessus des partis et des coteries, alors qu’on ne peut accéder au pouvoir que par les partis et coteries ? Va-t-on mordre la main qui vous a nourri ? Est-ce bien crédible ?

Gageons que nous reverrons une quatrième candidature Bayrou en 2017, après un énième échec. Mais celui qui se sent investi d’une mission divine comme Jeanne d’Arc (sauf que c’est déjà pris), n’en est pas à une obstination près. Après tout, le Seigneur ne pourrait-il faire un miracle ? Imaginez dame Le Pen et Bayrou arrivés en tête au premier tour…

Un complément Bayrou sur Jean-Louis Hussonnois, avec commentaires.

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Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

Nous sommes le 11 février 2011 en Russie, juste au nord de la Mongolie, du côté d’Irkoutsk, sur la rive ouest du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du nord. Une cabane de rondins de trois mètres sur trois, dotée d’un poêle à bois, accueille Sylvain Tesson, écrivain voyageur français. Il fait – 33°. C’est là qu’il a décidé de vivre six mois tout seul, en ermite, loin de l’agitation des villes et des rencontres vaines. Soi-même, face à la nature, avec pour seule télé la fenêtre ouverte sur le paysage et, à la nuit, les flammes qui dansent par l’appel d’air du poêle. Un Robinson de terre ferme, naufragé volontaire de la civilisation, nanti des accessoires utiles à tout pionnier, hache, couteau, fil de pêche, mais surtout d’une caisse de nouilles, d’une caisse de livres et d’une caisse de vodka. Un vrai trou que ce Français solitaire ! Plus ivrogne qu’un Russe. La décivilisation est-elle soluble dans l’alcool ?

Plaisir de la liste du matériel, qui fait rêver bien avant d’avoir vécu l’aventure. Même la liste des livres emportés est à elle seule une promesse : celle d’en revenir plus expérimenté, nanti de la sagesse des autres, lentement assimilée contrairement aux urbains, et tout de suite expérimentée dans la rudesse des commencements du monde. Le ‘Traité du désespoir’ du danois Kierkegaard côtoie ‘Les hommes ivres de Dieu’ du français Lacarrière ; ‘Robinson Crusoe’ du so british Defoe voisine avec les ‘Rêveries du promeneur solitaire du genevois Rousseau ; Les ‘Carnets’ de Montherlant répondent au journal ‘Soixante-dix s’efface’ de Jünger ; les Stoïciens aux ‘Fleurs du mal’, le Tao à Zarathoustra ; sans oublier Shakespeare, Schopenhauer, Lucrèce, Whitman, Mishima, Blixen, Gary, Cendrars, Chrétien de Troyes, Yourcenar… Une bibliothèque éclectique qui comprend aussi quelques romans policiers et les mémoires de Casanova. Manquent cependant Montaigne et Dostoïevski, si vous voulez mon avis. Mieux vaut rêver d’Italie au fond de la Bouriatie qu’à Venise. Il y a de l’énergie dans ces livres, leur choix ne s’est pas fait par hasard. Répondre au Qui suis-je ? Où vais-je ? élimine d’office tous les petits maîtres qui surjouent leur temps sans rien d’apporter d’éternel. « Question : qui aurait tenu le plus longtemps entre Volodia à la cour de Louis XIV et le prince de Condé dans la taïga ? » p.171. La réponse ne fait guère de doute.

L’auteur se moque avec admiration du caractère russe : « A chaque fois que les pêcheurs russes visitent ma cabane j’ai l’impression que la division de cavalerie est venue bivouaquer dans mon potager. Fatalisme, spontanéité, despotisme : ces traits du caractère mongol ont été inoculés dans le système veineux slave » p.129. Pas mal vu, tout comme la suite : « Ils ont des gueules à dépecer le Tchétchène et ils partagent délicatement leur biscotte avec la mésange » p.100. « J’aime les Allemands, dit Sergueï. – Ah oui, la philosophie, leur musique… – Non, les voitures » p.94 Et encore ce résumé édifiant : « je contemple ce radeau qui ressemble à la vie en Russie : une chose lourde, dangereuse, au bord du naufrage, soumise aux courants mai où l’on peut faire du thé en permanence » p.251. « Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier (…) un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale » p.257. C’est cela qui fascine Sylvain Tesson : la force vitale. Elle est bien affadie, avachie, maniérée, dans les salons parisiens…

Sylvain Tesson est un routard sans idéologie, pèlerin sans dieu, migrateur sans être migrant. Il est the Wanderer, celui qui va, juste parce qu’ailleurs est mieux qu’ici. Mais, à 37 ans, aller toujours sans jamais se poser fatigue l’âme. « L’immobilité m’a apporté ce que le voyage ne pouvait plus », dit-il dans sa préface. Dans sa cabane, foin du cyberespace, vive l’espace Sibérie. L’existence est rude en sauvagerie. Les sentiments sont forts et les passions primitives. L’intelligence sommeille, puissamment guidée par les instincts ancestraux de survie et de chasse. Le retour à la nature est aussi le retour des atavismes…

Ce pourquoi il se moque aussi gentiment des écolos heureux qui mâchonnent les idées de décroissance entre ordinateur relié à Internet et potager bio de grandes banlieues. « L’utopie décroissante : un recours poétique pour individus désireux de se conformer aux principes de la diététique. La cabane est un terrain parfait pour bâtir une vie sur les fondations de la sobriété heureuse (…) ne pas s’encombrer d’objets, ni de semblables » p.48. L’austérité ne peut pas être une politique, la quête de la beauté et la vertu intérieure, si. Mais elle se fait tout seul, sûrement pas dans un parti. La résistance au marketing et aux désirs suscités par la consommation « toujours plus » est affaire de personne, pas d’une foule. « Ils n’ont pas la force de se réformer et rêveraient qu’on les contraigne à la sobriété » p.121. Alors que quiconque peut avoir « recours aux forêts » comme Ernst Jünger. Mais « Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir. Elles réprouvent la désinvolture du solitaire qui jette son « continuez sans moi » à la face des autres » p.58. Même la vertu se veut grégaire, par envie : « on » force les autres à imiter les vertueux.

Tesson se moque aussi des gauchistes enfermés dans leurs certitudes, comme Julien Coupat le dit terroriste ferroviaire : « Ce n’est pas l’entassement dans le parc urbain qui rend méchant, ni le stress provoqué par la pression marchande qui transforme l’homme en rat hargneux, ni la rivalité mimétique de la promiscuité qui « commande aux frères de se haïr » (Coupat dans ‘Tiqqun’). Au Baïkal, séparés par des dizaines de kilomètres de côtes, vivant dans la splendeur des bois, les hommes se déchirent comme les voisins de palier d’une vulgaire mégapole. Changez le cadre, la nature des « frères » restera la même » p.213.

Comme quoi la vie naturelle, immergé dans la nature, remet les idées biscornues à l’endroit. Nietzsche l’avait bien vu, qui effectuait de longues marches avant de philosopher. Tout comme Rousseau, logique avec ce contrat social qu’on ne comprend guère, et pourtant : « Seul le recours aux étendues infinies et dépeuplées autorise une anarchie pacifiste dont la viabilité est fondée sur un principe très simple : contrairement à ce qui advient en ville, le danger de la vie dans les bois provient de la Nature et non de l’Homme » p.93 Utopistes rousseauistes qui n’avez rien compris, allez donc en cabane ! Comme Sylvain Tesson, vous comprendrez que votre idéal « politique » est une contradiction en soi… C’est expliqué page 120 et je vous laisse le découvrir.

C’est écrit léger, avec des formules percutantes et de jolies contemplation des éléments qui se déchaînent et des ours aussi brutes que russes. On ne s’ennuie jamais avec un solitaire pareil, dans une nature semblable !

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, juin 2011, Gallimard NRF, 267 pages, €17.01

Biographie sur Wikipedia

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A et G Vaïner, L’Évangile du bourreau

Il a fallu dix bonnes années pour qu’un éditeur français traduise ce roman policier historique de deux ex-soviétiques. C’est que le communisme était une passion française, selon l’essai de Marc Lazar, et que ses crimes, sa dictature et son cynisme étaient tabous à gauche. Après la chute du Mur de la honte, qui empêchait tous les citoyens du paradis socialiste d’aller voir si l’enfer capitaliste n’était pas bien plus désirable, les anciens membres dirigeants des « organes » de sécurité se sont reconvertis. Pavel Khvatine est l’un d’eux, inoffensif professeur de droit vieillissant, ex-colonel du KGB, section spéciale, sous Staline.

Mais le passé vous rattrape toujours, dans cette vie ou une autre. La vie de kaguébiste était certes disciplinée, et de plus en plus mafieuse selon les échelons de la hiérarchie, mais elle était exaltante. Le pouvoir absolu ! Il suffisait d’être la voix de son maître et d’exécuter les basses besognes. Sans jamais écrire ni signer quoi que ce soit par prudence, en humant le vent pour ne pas louper le moment où il commence à tourner, en bon politique. Portrait incisif de l’apparatchik socialiste : « Minka était un homme sans histoire. On pouvait lire sur son visage transparent et grassouillet qu’il était capable de n’importe quelle saloperie pour le plus modeste des salaires. Même avec les putes, il se montrait peu engageant. Le plaisir qu’elles pouvaient lui procurer ne faisait pas partie de ceux qu’il considérait comme essentiels : une putain ne pouvait pas devenir chef et il était impossible de la bouffer » p.128. L’humour est loin d’être absent de la littérature russe !

L’ex-colonel, spécialiste du meurtre à mains nues, a épousé une Juive dont le père était l’un des médecins arrêtés sous motif de complot contre Staline, juste avant le décès du Guide suprême. Lui est tombé amoureux, pas elle. Est née une fille ; lui voulait la garder, pas elle. Sa femme le hait, sa fille le hait. Ne voila-t-il pas qu’elle veut épouser un étranger, Allemand et Juif de surcroit ? En Russie même postsoviétique, « l’internationalisme prolétarien » n’est qu’un slogan de propagande : chacun sait que les Tchétchènes sont des bandits et les Juifs des apatrides, traîtres à la Rodina car prosionistes. Le père, qui doit signer son accord pour un mariage à l’étranger, refuse. Qu’ils se marient en Russie et vivent heureux en socialisme. Mais le futur gendre est plus coriace qu’il ne croit… Il connait des secrets.

Le roman est donc construit en allers et retours entre présent et passé, teinture démocratique officielle d’aujourd’hui et système totalitaire d’hier. Il est épais mais jamais ennuyeux. Sous forme littéraire, il conte l’histoire mieux qu’un historien, de façon très vivante. Ce n’est pas son mince mérite !

Portrait du Système inventé par Lénine « sur le modèle de la poste » : « Le grand édifice de l’harmonie sociale, l’apogée des relations entre les hommes – la pyramide du pouvoir totalitaire – écrase tout le monde de sa magnificence, qu’on soit de gauche ou de droite, ami ou ennemi. Il détruit l’initiative. La religion de ce système majestueux est l’obéissance. Tout le monde est informé quand il le faut et par ceux-là même qui en ont le droit… » p.194. Qui obéit est un « homme nouveau », un parfait socialiste qui a compris que « le peuple » signifie le Parti et que les « lois de l’Histoire » signifient la voix du Grand dirigeant. Quoi, vous dites que c’était pareil sous Hitler ? Oui, c’était pareil, sauf que le nazisme ne visait pas à réaliser le paradis socialiste, mais seulement le paradis national. Donc c’est « mal » à gauche, même si Staline compte plus de cadavres à son actif qu’Hitler. Mais que peuvent les historiens et leurs recherches scientifiques, contre le préjugé de gauche ? Ce pourquoi il est bon que des auteurs russes, nés sous les soviets, réaffirment la vérité.

« Il y eut le Saint Patron. Nous, par la grâce de Dieu, Iossif l’Unique, empereur et autocrate de toutes les Russies, de Moscou, Kiev, Vladimir et Novgorod. Tasar de Kazan, d’Astrakhan, de Pologne, de Sibérie, de Kherson-en-Tauride, de Géorgie. Grand-prince de Smolensk, Lituanie, Volhynie, Podolie et Finlande. Prince de Carélie, Tver, Iougor et Perm. Souverain et grand-prince de Tchernigov, Iaroslav, Obdor ; et de toutes les terres du Nord le seigneur. Et souverain des terres d’Iverie, Kartaly, Kabardie et Arménie. Des princes de Tcherkassy, des montagnes et des autres – le souverain héritier, souverain du Turkestan, Kirghizie et Kazakhstan. Nous, le très auguste et communiste secrétaire général, président du gouvernement de l’Union. Généralissime de tous les temps et de tous les peuples. Coryphée émérite de l’Académie des sciences. Guide suprême des philosophes, des économistes et des philologues. Ami des enfants et des sportifs. Oui, il y eut le Saint Patron. Un criminel, petit, roux, le visage bouffé par la petite vérole » p.395. Le premier chapitre décrit avec une minutie iconoclaste la dissection du cadavre Staline par un fonctionnaire légiste. Le cerveau du Mal n’est qu’une noix desséchée, pareille à celle de tous les hommes.

C’est qu’on ne change pas l’humanité par décret. « N’est-ce pas merveilleux qu’il y ait autant de types de mouchards dans notre société, déchirée par la lutte des classes à mesure qu’elle se rapproche du socialisme ? » p.588. Au lieu de comprendre les hommes, vouloir les changer. Ils résistent, donc les discipliner, impitoyablement. Il leur faut obéir à la Vérité, et cette Vérité unique et « scientifique » ne peut sortir que de la voix du Grand dirigeant qui effectue une Grande réforme sociale. Quiconque désobéit est le mal incarné, le fils rebelle, Satan en personne qui œuvre contre Dieu. Que fait Dieu ? Il ne va pas s’humilier sur une croix, quand même ! Donc il éradique, il rééduque, il met en scène sa propre vérité par les Grands procès. Avez-vous noté qu’en socialisme tout est toujours « Grand », même une réforme fiscale ? C’est qu’on ne badine pas avec l’Histoire : elle est en marche ou pas ? Qui ne se met pas à son pas, compagnon de route, est un vil réactionnaire – qui refuse le sacro-saint Progrès.

Méthode du socialisme « réel » : « Voici trois groupes de rats. On a mis les premiers dans une boite noire avec un sol métallique et on a envoyé des décharges électriques : dans leur esprit, l’obscurité dans la boite est restée pour toujours liée à la peur et à la douleur. Lorsqu’on a mis les enfants de ces rats dans la boite noire sans passer d’électricité, ça les a rendus fous, comme leurs parents. Dans leur cerveau, une modification fonctionnelle de la mémoire s’est opérée sous l’action d’une substance, appelée peptide, élaborée par l’organisme effrayé des parents. Voilà un autre groupe de rats, qui n’ont rien à voir avec les premiers, auxquels on a injecté les peptides de deuxième génération, et ils réagissent à la boite noire exactement comme ceux qui avaient soufferts dedans. Tu comprends ? Vous avez élaboré le gène héréditaire de la peur, qui paralyse les gens sans souffrance ni violence » p.612. Pour les auteurs, Russes nés sous Staline et nourris de Pavlov, juristes et romanciers célèbres dans leur pays, telle est l’essence du socialisme réalisé.

Écrit avec allant et érudition, sans aucun jargon ni jamais ennuyer, ce roman policier à visée historique est une bonne leçon sur les délires intellos de la gauche « progressiste » (déjà dénoncée par Camus). Il dit tout ce qu’il est bon de savoir sur le système induit inexorablement par le socialisme « réel ». Bien sûr, le socialisme du parti de Martine Aubry aujourd’hui n’a rien de « réel », c’est fort heureusement un libéralisme régulé, pas un communisme, n’allez pas vous y tromper.

Arkadi & Gueorgui Vaïner, L’Évangile du bourreau, 1990, Folio policier 2005, 771 pages, €9.40

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Basil Liddell Hart, Les généraux allemands parlent

Le capitaine Liddell Hart, anglais né en 1895, est un expert en stratégie. Il n’aime pas Clausewitz mais préfère l’approche oblique de Napoléon à Austerlitz. Après la victoire de 1945, il passe son temps à interroger les généraux allemands incarcérés pour comprendre « de l’autre côté de la colline » comment on s’y est pris. Cela donne un livre intéressant, écrit de façon directe et sans jargon. Il se lit très bien et l’on en ressort avec quelques idées neuves.

Pour lui, Hitler a à la fois gagné les premières batailles et perdu la guerre. Tout est de son fait. Intuitif et amateur de livres tactiques, Hitler était passé maître dans l’audace et les effets de surprise. D’où le succès de l’invasion de la Pologne comme de l’URSS, le succès de la percée des Ardennes comme de la contre-offensive de 1944. Mais Hitler n’était pas stratège, méfiant et trop sûr de lui. Commandant en chambre, il ne connaissait pas le terrain ; soupçonneux envers les généraux et un brin paranoïaque, lui qui n’était que caporal, il préférait écouter les jeunes colonels, les fanatiques nazis, tous ceux qui faisaient échos à ce qu’il pensait. D’où ces fulgurances dans l’action vers l’avant et cette répugnance à toute retraite tactique pour consolider les positions. Il a donc gagné vite et perdu le long terme.

Pour Liddell Hart, les généraux allemands étaient les meilleurs professionnels de leur temps ; Hitler a su pousser les plus ardents au nom de la volonté, mais n’a pas su voir les réalités matérielles alors que le temps passait et que les divisions étaient usées. La volonté est nécessaire, mais si la raison froide ne vient pas l’épauler, elle s’efforce en vain. La défense élastique aurait mieux réussi en Russie comme en France, lors des offensives alliées, que la résistance à tout prix. Il y a des obstinations absurdes.

Mais il y a des intuitions fulgurantes de la modernité. Comme ce combiné des panzers et des avions en piqué, idée de Seekt réalisée par Guderian, qui fit merveille en France en mai 1940. L’erreur stratégique de Gamelin fut d’avoir placé les meilleurs éléments de l’armée française en Belgique, croyant à tort que la ligne Maginot interdirait toute action allemande sur le flanc. Le déni de mécanique a disséminé les blindés français dans des unités d’infanterie au lieu de les grouper en divisions. L’absence de réserves a empêché toute contre-attaque de flanc. C’est en revanche le refus d’Hitler de choisir de viser Moscou plutôt que de se disperser entre Léningrad et Stalingrad, qui a coûté la victoire en URSS.

Contrairement à la légende complaisante des vainqueurs, ce ne sont pas les réflexions sur les blindés du général de Gaulle qui ont attiré l’attention des Allemands avant la guerre sur les nouvelles tactiques, mais les expériences de la première brigade de chars britanniques créée dès 1931. Liddell Hart interroge le général allemand von Thoma : « Je lui demandais si les doctrines relatives aux chars allemands avaient subi l’influence du livre bien connu du général de Gaulle, comme on l’a souvent prétendu. Sa réponse fut : « Non, nous n’y prêtâmes pas grande attention, car nous le trouvions plutôt ‘extravagant’. Il ne donnait guère de conseils tactiques et planait dans les nuages. D’ailleurs, il fut de beaucoup postérieur aux démonstrations britanniques » p.151. Mais dès 1943 la Résistance française, une fois unifiée grâce à de Gaulle, devint un instrument important de la victoire des Alliés (p.456).

La bravoure des combattants a été mal servie par des chefs sclérosés et sans volonté. Le général allemand Blumentritt déclare à l’auteur : « Durant la campagne de 1940, les Français combattirent bravement, mais ce n’étaient plus ceux de 1914-18, ceux de Verdun et de la Somme. (…) Nous avions une aviation plus forte et des chars plus modernes que les Français. Nos chars étaient surtout plus mobiles, plus rapides, supérieurs dans les corps à corps. (…) Les Français (…) ni leur commandement ni leurs liaison radio n’étaient à la page » p.253. Les Russes ont eu, en revanche, d’excellents chars, robustes, simples à réparer et rapides. Un peu sous-armés au début mais le char Staline était « le meilleur de son temps », plus rapide que le Tigre.

Au total, voici un livre sur la période qui se dévore facilement et qui apprend comment le commandement allemand a vécu la guerre, entre le terrain et les lubies du dictateur. Beaucoup de noms nous sont presque inconnus, ignorés des manuels scolaires : Seeckt, von Brauchitsch, Runstedt, Warlimont, von Thoma… Rommel est remis à sa juste place, héros médiatique de la propagande mais guère instruit. Qui s’intéresse au sujet hors de l’hagiographie habituelle lira cette synthèse de témoignages qui a mis des décennies à être enfin traduite en français !

Basil Liddell Hart, Les généraux allemands parlent (The Other Side of the Hill), 1948, Prrin poche Tempus mars 2011, 552 pages + 4 cartes, €9.50

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2011 année terrible

Article repris par Medium4You.

L’an 2010 a vu la nette bascule d’un Occident sûr de lui-même et dominateur vers les grands pays émergents, Chine et Brésil notamment (la Russie et l’Inde restent dans l’entre-soi pour des raisons différentes). La Turquie, le Brésil, l’Iran le Venezuela s’entendent entre eux sans plus se préoccuper des Occidentaux ou du Machin (l’ONU selon de Gaulle). « La » civilisation n’existe plus comme idéal platonicien vers lequel chacun devrait tendre, mais comme processus historique d’ajustement très lent de coutumes et d’aspirations communes. Il y a « des » civilisations, tout comme « la » mondialisation est un leurre qui masque des luttes nationales : des religions, des économies et des monnaies. 2011, en ce sens, devrait être l’année terrible où la carapace rassurante n’est plus tandis que le homard nouveau est vulnérable.

A cette fragilité, deux réponses selon deux tempéraments.

  • La première est le repli sur soi et l’austérité avec surcroît d’inflation pour cause de fiscalité et de prix d’énergie et d’aliments.
  • La seconde est l’énergie et le cap sur la croissance toute, tant pis si le bulldozer écrase quelques idées reçues sur les prix et sur les dettes.

Vous l’aurez compris, l’austérité est en Europe et la défonce aux Etats-Unis. Le chômage dans les deux zones est équivalent, autour de 10% officiellement, de 17 à 20% réellement si l’on méprise tous les artifices statistiques pour dissimuler le fait de ne pas gagner un salaire minimum sur une année. Il y a en France 4 618 600 chômeurs, dont certains sont malades ou en stage ou n’ont travaillé que quelques heures par mois seulement… Sur 28 200 000 actifs, faites la règle de trois (qu’on n’apprend plus à l’école, ce qui permet d’infantiliser le citoyen) : elle donne 16,38% de chômeurs déclarés. Sans compter tous ceux qui ont renoncé à parler à Pol (Emploi) ou ceux qui pourraient travailler mais qui ne se lancent pas faute de poste (les femmes au foyer par exemple).

Que va-t-il se passer en 2011 ? Une divergence de plus en plus grande :

  • entre les pays développés qui vont stagner et les pays émergents qui vont continuer à croître,
  • entre l’Europe austère et les Etats-Unis fonceurs,
  • entre les grandes sociétés dont les profits vont augmenter grâce aux ventes dans les pays émergents et le travailleur moyen qui verra son niveau de vie stagner, voire régresser. Les salaires vont rester bas, mis en concurrence par le chômage élevé. Chômage qui va rester élevé longtemps, la longue durée tendant à devenir la norme. L’immobilier ne confortera pas le pouvoir d’achat et le système bancaire va rester fragile, ses profits assis sur la spéculation et les dettes toxiques à provisionner ou rembourser, y compris les emprunts des Etats.

En Europe, l’immobilier va mieux, surtout en France où les taux très bas incitent à investir avant que les loyers ne montent et où les riches fuient les banques qui risquent beaucoup si l’euro éclate. L’immobilier, comme l’or et la terre, fait partie de ces actifs réels qui protègent de l’inflation, des dévaluations et de la faillite du système bancaire si cela devait se produire. Il ne protège pas de la fiscalité, sauf pour les très riches qui se dissimulent derrière des sociétés ou des fondations offshore, mais c’est un moindre mal. L’immobilier en France est-il surévalué ?

  • Oui si l’on prend sa rentabilité locative,
  • Non si l’on considère que les taux ne vont pas aller plus bas et que tout placement alternatif à l’immobilier bien placé au cœur des villes ne peut qu’être plus risqué.

Le crédit risque de rester agité en 2011, tant celui des entreprises que celui des Etats. Car le chômage dur ne va pas arranger les bénéfices des sociétés qui ne vendent pas dans les pays émergents et qui auront du mal à rembourser leur dette. L’endettement des ménages américains ne va pas arranger le risque crédit immobilier et l’endettement des Etats va empêcher tout plan de relance européen (et probablement américain après échéance du deal entre Obama et les Républicains). La dette va obliger à augmenter la fiscalité et à réduire la dépense publique. Les marchés mettront la pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent enfin un terme au déséquilibre des budgets d’Etat depuis une génération. La hausse de primes des risques souverains retentit sur le secteur bancaire car les banques ont des emprunts d’Etats dans leur portefeuille.

Aux Etats-Unis, le chômage ne va pas baisser immédiatement, même si la croissance revient. Il faut 2,5% au moins pour que l’économie américaine commence à créer de l’emploi. Si elle passe au-dessus, les embauches ne croissent que peu au début, les entreprises méfiantes jouant sur les heures supplémentaires et l’intérim. Si la croissance s’installe durablement, là l’investissement reprend, puis les embauches. Mais cela prend du temps, il faut que la croissance reste durablement établie. Aux Etats-Unis, on estime qu’il faut 2% de croissance (au-dessus des 2,5% minimum) pour que le chômage régresse de 1%…

  1. Crise de l’emploi, crise de la consommation, crise de la dette – voilà pour l’économie en 2011.
  2. Fuite des obligations, fuite des actions, fuite des gestions – voilà pour l’investissement en 2011.
  3. Sans parler de la crispation identitaire, du sentiment de déclassement des citoyens et de la montée de l’extrémisme populiste. Arrive le règne du chacun pour soi avant le sauve qui peut.

C’est dire si tout cela est complexe et déstabilisant. Les financiers font semblant d’y croire ; mais ils ne voient pas qu’ils jouent dans un théâtre où la plupart des spectateurs sont partis. Les traders personnels s’en donnent à cœur joie sans les banques, les épargnants pères de famille ne jurent que par l’immobilier et (sur le tard) l’assurance vie. Ils sont vieux et n’ont plus le temps d’éponger encore une ou deux crises. Quant aux jeunes, ils cherchent toujours du boulot à 30 ans, alors l’épargne, hein !…

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