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Religions poisons

Tuer au nom de Dieu, est-ce « religieux » ? Ne serait-ce pas plutôt banalement tribal, bien loin des justifications métaphysiques ? Dieu, s’il est, n’a nul besoin de petits cons pour se manifester. Il a l’éternité, la puissance et la gloire, bien plus que les adolescents immatures qui prennent le couteau en son nom et usurpent le droit de vie et de mort. Allah est un prétexte, d’autant que ce n’est pas Lui qui est caricaturé mais son Prophète : un homme, même pas le messager de Dieu qui est Djibril, l’archange, mais seulement le dépositaire d’une vision. « Tu ne te feras pas d’idole » est pourtant un commandement aux croyants et adorer un homme plutôt qu’Allah est idolâtre : « il n’est de Dieu que Dieu ». Mahomet n’est pas Jésus que les chrétiens ont eu la subtilité de faire Dieu en seconde personne (mystère de la foi). Mahomet était un illettré inspiré au désert, récite-t-on. Mahomet peut donc être représenté et critiqué. Il n’est pas Allah le Tout-puissant mais un bédouin empêtré dans ses déterminations familiales et tribales, dans son époque archaïque et sa volonté politique de s’imposer.

Mais à quoi bon tenter de mettre une quelconque rationalité dans « la foi » ? Toute croyance est par essence irrationnelle, agissant sur les pulsions de mort ou de vie, sur la peur et l’au-delà, sur les émotions d’amour ou de haine. Dieu n’est qu’un paravent commode, un masque pour ses propres turpitudes, une justification à ses propres péchés – déjà pardonnés parce que commis en Son nom. C’est à la fois stupide et inique, d’un orgueil individualiste incommensurable, mais c’est ainsi.

Toutes les religions sont des poisons

Ni les Grecs, ni les Romains ne tuaient au nom de Dieu comme le rappelle Voltaire dans son Traité sur la tolérance. Les trois religions monothéistes du Livre sont particulièrement autoritaires, machistes, misogynes, considérant le Père comme l’absolu, sur l’exemple divin, la femme et ceux qui ne croient pas comme impurs et inférieurs. Parmi les trois, le christianisme, après saint Paul, exècre la chair, la sexualité et l’ici-bas. Son idéal est l’abstinence – et rejoindre l’au-delà au plus vite. Mais il a su entrer progressivement dans le siècle en s’émancipant de l’Eglise, ce modèle du parti communiste selon Lénine. Aujourd’hui, la foi chrétienne peut être militante, elle est surtout intime, ne mélangeant pas Dieu et César, selon les mots du Christ. Rien de tel en islam, croit-on ; or c’est faux selon les historiens de la revue L’Histoire, aux musulmans de retrouver les interprétations historiques de leur religion qui permette de s’adapter au monde sans chercher à le convertir en ce qu’ils voudraient qu’il fût, avec l’intolérance de l’orgueil – ce péché capital. L’Ancien testament, à l’origine des trois religions monothéistes, commande d’aimer son prochain comme soi-même – mais pas seulement le prochain dans la même foi : cela est ethnique, xénophobe, raciste ; cela exclut les autres, tous ceux qui n’ont pas la même foi. La seconde table de la Loi offerte à Moïse par Jéhovah en haut de la montagne, commandait « tu ne tueras point » ! La dérive de l’islam est-elle à ce point mortifère qu’elle en arrive à adorer l’inverse du commandement divin ? Les islamistes seraient-ils voués à Sheitan plutôt qu’à Allah ?

Islamisme n’est pas islam

Les Juifs ont eu leur Merah, les bobos leur Bataclan, les flics leur Kouachi, les catholiques leurs attaques d’églises, (à Rouen, à Nice), les journalistes leurs martyrs Charlie, les profs leur saint Paty… Faudra-t-il que les « associations » et les extrémistes de gauche soient touchés à leur tour pour qu’ils prennent enfin « conscience » de la réalité ? De place en place, tous les groupes en France sont victimes du fanatisme islamiste. Une dérive radicale et politique de l’islam, une secte particulière qui veut s’imposer ici-bas hors son lieu de naissance géographique et historique. Les islamistes sont les ennemis du genre humain – sauf des convertis à leur fanatisme. C’est un mécanisme habituel à toute secte que d’exclure tous ceux qui ne pensent pas comme eux et d’en faire des sous-humains à éradiquer par le fer et par le feu sans rémission possible. Ainsi des cathares sous l’Inquisition, des huguenots sous le roi catholique, des catholiques pour les dominants protestants irlandais, des Arméniens pour les Turcs, des koulaks pour les lénino-staliniens, des Juifs pour les nazis, des Palestiniens pour les Israéliens, des citadins pour les polpotistes, des Hutus pour les Tutsis, des Rohingyas pour les Birmans, des Tibétains, des Ouïgours ou des démocrates pour les Chinois, de la gauche « liberal » pour les trumpistes républicains, et ainsi de suite. Quand comprendra-t-on, en France, que l’islamisme n’est pas tout l’islam – même s’il en fait partie – et qu’il faut le combattre aussi résolument que l’antisémitisme ou le racisme ? Car le commun de tout cela est la HAINE des autres, l’anti-fraternité affirmée.

Laïcité n’est pas droit de blesser

Mais il faut noter que la « laïcité » devient chez certains une quasi-religion, comme notre époque aime à en créer, tels l’écologisme ou le féminisme. Laïcité signifie neutralité, pas imposer sa propre loi au détriment des autres. C’est ainsi que répéter des caricatures de Mahomet alors que l’on sait pertinemment que cela va déclencher l’ire des musulmans (pas tous intégristes), peut s’apparenter à de la provocation, voire à une incitation à la haine (religieuse ou raciale) : en ce sens, certains gauchistes n’ont pas tort. L’antisémitisme est condamné, pas l’anti-islam – bien que les Arabes soient des sémites. Ce pourquoi il faut soigneusement distinguer l’islam comme religion de l’islamisme comme dérive sectaire politique. Le professeur Paty, dans son cours, a-t-il pris soin de neutralité en évoquant la liberté d’expression ? A-t-il montré en même temps que celles de Mahomet des caricatures du pape, du grand rabbin, des patrons et des écolos, des bourgeois et des féministes ? C’est cela la neutralité laïque, pas taper seulement sur les plus ridicules. Seule la comparaison, la mise en équivalence, permet de neutraliser la charge passionnelle de l’objet d’étude pour le soumettre à la raison. La distance est indispensable pour démonter le mécanisme de la caricature, de la moquerie, du rire qui libèrent parce qu’ils font réfléchir. Ainsi la caricature de l’islamiste qui « se fait sauter en public » est-elle plus profonde que la copulation affichée ne parait car il y a un orgasme de tuer, une montée au septième ciel de se prendre pour Dieu lui-même ici-bas.

Le droit contre le fait

Le simple principe de précaution – inscrit dans la Constitution et si souvent revendiqué par ailleurs – DOIT être appliqué contre l’islamisme et les islamistes. N’en déplaise aux naïfs qui croient au bon sauvage, aux idéologues qui croient les musulmans victimes, forcément victimes, et aux gens-de-gauche issus de la candeur chrétienne pour qui il faut toujours tendre la joue gauche et battre d’abord sa coulpe.

Que faire de raisonnable ? être vigilant envers ceux qui tiennent des propos sur les réseaux ou en public, ne tolérer aucun écart à l’obligation de débattre – de tout – ni laisser errer l’idée de lois « supérieure » aux lois fondamentales de la République. Mais aussi ne pas encourager l’islamisme en traitant ses adeptes en pauvres victimes. Si les immigrés algériens, maliens, pakistanais, tchétchènes, tunisiens sont venus en France, n’est-ce pas pour l’aura de liberté et de prospérité d’un Etat-providence ? Il ne faut pas vanter « le paradis français » ni « l’entreprise France » si l’on n’est pas capable d’intégrer et de développer chacun de ceux qui frappe à la porte. Intégrer signifie aussi ne pas offenser volontairement par la répétition de caricatures qui blessent. Or les postulants à l’intégration sont trop nombreux : il faut donc plutôt les aider à rester dans leurs pays respectifs plutôt que d’exporter la guerre avec l’armée française au Mali, en Libye, en Irak, en Syrie – ou des armes. Donc ne pas soutenir inconditionnellement les Etats-Unis belliqueux et éviter la lâcheté diplomatique au nom des intérêts trop étroitement économiques : la fermeture temporaire des frontières européennes à la Turquie serait un signe majeur pour faire baisser d’un ton le vaniteux qui ne se sent plus.

Une population ne peut guère intégrer plus de 10 à 12% d’allogènes à la fois sans se sentir déstabilisée. Pourquoi le dénier sans cesse ? Combien de morts faudra-t-il en « victimes collatérales » pour obéir à ce Grand principe inique qu’il faudrait accueillir sans conditions toute la misère du monde ? Pourquoi ne pas dire que les banlieues immigrées ne sont pas uniquement ces ghettos délinquants que les médias pointent mais des sas favorisant l’intégration ? Qu’a donc fait d’efficace pour la sécurité l’ineffable Hollande qui se mêle aujourd’hui de donner des leçons ? Si le droit est un obstacle, il faut le changer. S’il est mal appliqué, qu’on s’en donne les moyens. Si les « droits de l’Homme » et la Cour européenne empêchent, redéfinissons ces droits correctement.

Les droits de l’Homme ne sont un obstacle que pour ceux qui ne veulent surtout rien faire

L’article 2 de la Déclaration des droits n’évoque-t-il pas l’intégralité de ces « ces droits (qui) sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ». Oui, « la sûreté » est un droit de l’Homme, vous avez bien lu. Et les « droits de l’Homme » ne sont-ils pas soumis au temps de guerre ? Or l’islamisme a déclaré la guerre explicitement, et il ne cesse de tuer. Traitons ses combattants en ennemis de guerre et non en citoyens ayant tous les droits.

Rappelons que les islamistes ne sont que quelques milliers répertoriés en France et que les quelques 10 à 12% de musulmans français ou résidant sur le sol français ne sont pas tous islamistes, loin de là. Des voix commencent à s’élever chez les croyants en l’islam qui n’ont aucun problème avec la République. Ils sont trop timides par peur des représailles de leurs « frères » radicalisés mais ils existent. Qu’attend-t-on pour expulser vers la Turquie, si nationaliste et grande gueule, les islamistes du parti du président qui prêchent encore dans les mosquées ? Pourquoi devrions-nous tolérer la haine en notre propre sein ? La fermeté d’action et l’équanimité des propos sur les valeurs de notre pays sont les seuls remparts à la force, Munich nous l’a amplement montré, même si la gauche a préféré se coucher en 40 sous Pétain.

« Art. 5 : La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société », dit la Déclaration des droits de l’Homme (préambule de notre Constitution). Alors quoi ? « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, dit Sénèque. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles » Lettres à Lucilius, Livre XVII, Lettre 104.

Osons donc !

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Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith

Ce livre court est une suite d’articles et de préfaces mal reliés ensemble dans un corpus scolastique comprenant « propositions » et « scolies ». Ce jeu d’expert ne convainc pas. L’argumentation se perd, de fragments de raisonnements en intuitions intéressantes jamais approfondies. Le superficiel et le brillant sont des travers français. Exister dans la mode des idées est bien vu mais le lecteur attend maintenant un service après-vente. Comment s’appliquent ces théories aux pratiques historiques ?

Si je tente de mettre au clair le « message » de Michéa, je crois son diagnostic classique. Il constate un divorce entre le discours de la société sur elle-même et ses pratiques concrètes. L’idéologie est à l’optimisme, la technologie créant abondance et richesse, information et démocratie ; la réalité est en revanche pessimiste, exigeant flexibilité, vérité des coûts et revendications contradictoires d’un individualisme croissant. Notons tout de suite la faille : l’idéologie est américaine, la pratique critiquée européenne. Le divorce apparaît bien moins grand en Amérique même où le modèle social n’est plus celui de l’État–providence mais reste tellement attractif que l’immigration de tous ceux qui veulent améliorer leur existence dans la liberté et la responsabilité ne se dément toujours pas.

En réalité, Michéa ne pense pas si loin. Son adversaire n’est pas le modèle américain, peu le libéralisme occidental, mais surtout la simple gauche française. Le débat s’en trouve réduit malgré ses tentatives brouillonnes et peu développées pour l’en sortir.

Le grand écart de la gauche, selon lui, serait entre le culte du progrès technique et l’héritage politique des Lumières vers l’émancipation. Michéa ne démontre pas, en militant il martèle : les mots soulignés sont de lui : « il n’existe à mon sens qu’une seule possibilité de développer de façon intégralement cohérente l’axiomatique ambigu des Lumières : c’est l’individualisme libéral ». Remarquons, outre le jargon philo branché, le flou du raisonnement, écartelé entre « intégralement cohérente » et « axiomatique ambiguë ». Soit l’ambiguïté permet plusieurs possibles, soit la cohérence « intégrale » (intégriste ?) n’en permet qu’un. N’y a-t-il pas ici quelque caricature ? La gauche actuelle (laquelle ?) Et le libéralisme actuel (lequel ? Le suédois ? L’allemand ? Le français ? L’américain ?) s’abreuve aux mêmes sources. « Seule l’économie politique – comme religion du capital – a su conduire l’individualisme des Lumières à son extrémité logique : une monadologie radicale, dans laquelle le marché demeure l’unique instance capable de préétablir une harmonie entre des individus rationnels, définis par hypothèse comme sans filiation ni attachement particulier, c’est-à-dire comme simples calculateurs égoïstes » p.178.

Après avoir vu enfoncer de telles portes ouvertes, le lecteur n’est pas plus avancé. Il sait bien que le mythe de « l’individu rationnel et calculateur » n’est qu’une approximation sans grande utilité. « Individu individualiste porté à suivre ses propres intérêts » suffirait, cela permettrait de conserver l’affectif en sus du rationnel, les dons aux œuvres, les échanges familiaux, le militantisme, le bénévolat, tout comme l’instinctif, l’amour viscéral des enfants, la vie de couple, l’amitié… Mais pourquoi chercher trop loin ? Le libéralisme est plus pragmatique que philosophique, plus amateur de droits concrets que de théorisation abstraite. Michéa peut bien critiquer cette indigence conceptuelle, il combat des moulins car ce n’est pas ce qui importe au quotidien.

Il tente d’opposer « le don », à la suite « des recherches de Nash et Debreu » au libre-échange « généralisé » (toujours ce vocabulaire agaçant de l’extrémisme). Il remet en question le dogme de la raison et du progrès, sans en référer à Nietzsche qui, pour lui gauchiste bon teint, doit sentir le soufre. Quelle nouveauté théorique ! Quand la religion recule après les guerres du XVIe siècle, la « seule » base sur laquelle reconstruire une société pacifiée « est la raison, ou lumière naturelle ». Elle est nécessaire, oui, mais est-elle suffisante ? Pas sûr. Surtout que l’auteur ajoute un « postulat supplémentaire » : la forme « la plus haute » (toujours ce vocabulaire extrémiste agaçant !) de la raison qui serait « la rationalité scientifique », « principe du progrès technique et industriel » (mais pas de l’émancipation humaine par la connaissance ?). Michéa nie donc ces « liens logiques » comme si un quelconque dieu les avait imposés et non pas la société se créant par elle-même dans l’histoire. Mais c’est pour critiquer aussitôt l’une des dérives extrêmes, « l’espoir d’organiser scientifiquement l’humanité » mais – en citant Renan, l’aimable théoricien en chambre, plutôt que Lénine ou Mao, grands massacreurs concrets au nom de cette « organisation scientifique ». Il y a des tabous gauchistes qu’il ne surmonte pas.

Qu’il y ait dans notre société un besoin anthropologique du don, héritage culturel de la civilité et de l’entraide, une résistance à devenir « particule élémentaire », « homme sans qualités » ou « femme objet », que l’homme soit un « animal politique », cela ne nous donne aucune clé pour comprendre la société d’aujourd’hui. Qu’il faille insister sur la relation plutôt que sur l’intérêt n’est une surprise pour personne, sauf pour ceux qui, comme Michéa, prennent les mots pour les choses. Inutile de remonter à la gauche ouvrière du XVIIIe siècle, ces luddites, chartistes et canuts qui, avec « le fétichisme des gens simples » préféraient « un idéal communautaire à l’individualisme destructeur » : cela ne nous apprend rien sur l’irrésistible montée de l’individualisme dans la modernité, ni sur l’aspiration au progrès matériel des sociétés peu développées non occidentales. Curieusement, Michéa évoque incidemment « la pensée chinoise » (du passé ») mais jamais la Chine d’aujourd’hui, pourtant toujours mené par un parti « communiste » et aspirant en même temps à « attraper les souris » du progrès technique comme les capitalistes.

Le progrès va-t-il trop vite ? Michéa pointe le bout de son nez en regrettant cet « âge d’or » où l’intellectuel (évidemment socialiste) pouvait se pencher sur le peuple (évidemment réactionnaire) pour le guider et le former, en tirant satisfaction morale et légitimité sociale. « Non seulement une certaines sensibilité conservatrice n’est pas incompatible avec l’esprit révolutionnaire, mais l’histoire montre qu’elle en est généralement la condition et qu’à l’origine, c’est souvent le désir de protéger des choses anciennes qui ont conduit aux transformations les plus radicales » p.121. Ayant co-intitulé le livre « Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche », Jean-Claude Michéa paraît mûr pour intégrer le mouvement écologiste, chantre des communautés et de la conservation de tout ce qui existe.

Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith, 2002, Champs Flammarion 2010, 184 pages, €8.20 e-book Kindle €7.99

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Mère pilules

Hier matin à la pharmacie, une mère de famille avant moi demandait un somnifère léger pour son garçon. « J’ai l’habitude de lui en donner tous les soirs avant de se coucher, il dort mieux », avoue-t-elle. Cette façon de faire, comme si c’était la norme, m’a sidéré.

Il semble que le garçon ait entre sept et dix ans mais pourquoi dort-il mal ? C’est ce que la maman ne veut pas savoir. Soit elle s’en fout, soit elle n’a même pas l’idée de s’en préoccuper, soit elle est plus tranquille avec des pilules. Elle a ainsi l’impression d’être une « bonne mère » et de « faire ce qu’il faut » en utilisant le savoir médical et le prestige de la science chimique « pour le bien » de son enfant.

Tout à fait comme les prescriptions absurdes du « manger cinq fruits et légumes par jour » des fonctionnaires de la santé qui savent mieux que vous ce qui est bon pour vous. Une seule groseille et un melon entier ? Un chou et un petit pois tout seul ?

Le sommeil est naturel et vient à son heure. Si l’enfant ne s’endort que difficilement, c’est qu’il est anxieux, qu’il n’a pas d’habitudes régulières et que son heure est perturbée ou qu’il n’a pas fait assez d’activités physiques la journée. Se poser la question est faire œuvre d’éducation, c’est être attentif à son enfant. Remplacer ce soin psychologique par des pilules chimiques est carrément une démission.

D’autant que les médicaments ne sont pas « bons pour la santé ». Ils soignent des pathologies précises, et notamment des maladies ; ils ne sont pas « de confort » sans danger, surtout au jeune âge. Les molécules synthétisées ne sont pas aux doses naturelles, même si leur effet est précis et destiné à une cause. Mais nulle étude ne se préoccupe jamais des interactions avec le reste de l’alimentation et rarement avec d’autres médicaments. L’enfant ne doit pas être un animal de laboratoire pour ses parents. Le moins possible de médicaments est requis, surtout sans prescription sur une durée limitée, ni sans surveillance médicale.

Le confort parental ne doit pas passer par la démission sur les pilules. Une pour dormir ? Et la journée une pour être attentif ? Et une pour l’appétit ? Pour le transit intestinal ? Pour être meilleur aux examens ? Pour réussir la course ? Mais où donc s’arrête une telle dérive ?

Evidemment le pharmacien n’a rien dit, il est aussi commerçant. Et un « somnifère léger » (qui est plutôt un hypnotique) ne peut pas vraiment faire de mal, n’est-ce pas ? Une fois de temps en temps, peut-être, mais s’il est pris régulièrement par un organisme très jeune ? Ne prépare-t-on pas la dépendance, plus tard, à l’alcool, au tabac et aux drogues diverses ? Saura-t-on passer le bac sans dopant, ou le permis de conduire sans adjuvant ? Pourra-t-on travailler normalement sans être « stressé » et se précipiter sur des pilules pour compenser ?

Je me demande si l’on peut, sans conséquences durables, soumettre couramment l’organisme aux molécules artificielles, dosées au-delà de leur présence naturelle dans les aliments, sans engendrer un déséquilibre général ?

Je ne suis ni pharmacien, ni médecin, mais je connais les enfants. Ce qu’il faudrait plutôt à cette maman, c’est un bon psy pour la désintoxiquer des pilules et la rendre attentive à sa progéniture.

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Jim Harrison, Un bon jour pour mourir

jim harrison un bon jour pour mourir

Un pêcheur largué par sa bonne femme, un paumé de retour du Vietnam et une nana bien roulée mais au petit pois dans la tête – voilà le trio infernal de ce road-trip écologiste des années 60. Bière, whisky, cannabis, pilules d’amphétamines ne cessent de couler et de rouler, tandis que les trois foncent en bagnole à 150 km/h. Même le rock d’époque était dans le constant excès : « Merle Haggard me donnait toujours envie de me saouler à mort. Les Cream ou les Who, ou les Grateful Dead me donnaient envie d’être défoncé, tandis qu’avec Dolly Parton j’avais envoie de tomber amoureux. June Carter semblait me faire signe depuis Jackson, Mississippi, et Patsy Cline m’invitait à Nashville » (chap.11).

Le narrateur ne pense qu’à baiser la fille, Tim, copain de hasard rencontré dans un bar, ne pense qu’à faire sauter un barrage dans le Montana puisque les drogues le rendent impuissant à sauter la nana. Quant à elle, elle se contente d’allumer l’un et l’autre, jambes interminables ou seins nus, tout en refusant le plus souvent de baiser.

C’est par elle que va se nouer le drame, la bonne fille qui allume la mèche. Le pêcheur ne penserait qu’à pêcher plutôt qu’à sauter et encore moins à faire sauter. L’idée pourtant est de lui qui, bourré comme d’habitude, s’est plaint que les saumons et les truites ne puissent plus remonter les fleuves comme avant pour y pondre, à cause des barrages des fermiers pour l’irrigation.

Nous ne sommes pas dans la nature mais plutôt dans l’évasion : la société telle qu’elle va déplaît et les trois cherchent à se faire exploser la tête plutôt que de vivre autrement. De Key West en Floride (vu comme la dolce vita en société de ces années 60) à Bozeman au Montana (vu comme le paradis perdu de la forêt primaire et du fleuve à truites), Jim Harrison remonte le temps dans les fumées, jusqu’à rêver des indiens Nez percés exterminés. Ce sont eux qui, fatalistes, prononçaient cet aphorisme : « courage, c’est un bon jour pour mourir ». Tim, le destructeur de barrage, vivra comme eux au même endroit sa dernière heure.

Où est le sens de la vie dans cette dérive motorisée, alcoolisée et médicamenteuse ? Où est l’harmonie désirée avec la nature quand il ne s’agit que de prendre : chasser, pêcher, arpenter en bagnole les sentiers ? Où est l’importance du moment présent alors que les trois sont constamment défoncés – donc constamment ailleurs ?

J’avoue avoir été lassé par ces contradictions et cette pseudo-rébellion bien passée de mode. La fin des années soixante n’était ni drôle, ni optimiste, contrairement au mythe forgé depuis. Les Américains, traumatisés par la guerre du Vietnam, ne songeaient qu’à oublier et, pour cela, se détruire. Vous parlez d’un message « universel » !

Jim Harrison, Un bon jour pour mourir (A Good Day to Die), 1973, 10-18 2003, 224 pages, €6.60

Jim Harrison, Œuvres, Bouquins Robert Laffont 2010, €24.50

Les œuvres de Jim Harrison déjà chroniquées sur ce blog

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Qui a tué à Tahiti ?

Qui a tué les parapeue ? L’IFREMER a détecté un taux de mortalité important sur des poissons d’élevage comme les parapeue (Platax orbicularis). D’après les études menées, la coupable serait une bactérie tueuse qui « exploserait » suite au stress causé par la remise en milieu naturel après leur grossissement en bassins expérimentaux destinés à la reproduction artificielle. Une chercheuse en thèse au Criobe teste des plantes locales connues pour leurs propriétés antibactériennes et antiparasitaires. Les plantes actuellement testées par la chercheuse sont le tamanu avec son huile (ati ou Calophyllum inophyllum), le gingembre, le noni (Morinda citrifolia), le rea Tahiti (safran des Indes ou Curcuma longa) et l’ail (cette dernière étant la seule plante étrangère). Les chercheurs estiment qu’il leur faudra un an avant d’obtenir des résultats sérieux sur les données de la survie des poissons testés et sur le type de plantes le plus favorable pour la croissance immunitaire des poissons.

Le upe a failli disparaitre aux iles Marquises. Le upe ou Ducula galeata est une sorte de pigeon sauvage qui demeure la plupart du temps dans les montagnes. La population locale a cessé le braconnage depuis quelque temps déjà. Le upe fait partie intégrante du patrimoine culturel marquisien. Il apparait dans les légendes de l’archipel. Bien qu’interdite la chasse de l’oiseau continuait à être pratiquée. Grâce à Manu, la Société d’ornithologie de Polynésie, des upe ont été réintroduits sur l’île d’Ua Huka, réintroduction réussie d’après les constats faits sur place. Le upe peut enfin voler à sa guise, sans être inquiété par l’homme depuis que les Marquisiens ont pris conscience de l’importance de repeupler les vallées de cet oiseau unique.

taharaa

Un jour, Tahiti ressemblera à Bora Bora, puis à Maupiti, puis à Rangiroa disent les scientifiques. Une seule certitude, nous ne serons pas là pour le constater, ce sera dans 2 ou 3 millions d’années. Maintenant l’île s’enfonce sous son propre poids, ses reliefs sont victimes d’une formidable érosion. De plus, elle dérive vers le nord-ouest de 7 cm par an en direction du Japon et des Philippines, alors accrochez vos ceintures ! Elle serait née à 100 km au sud-est de sa position actuelle. Tahiti est née d’un point chaud.

En Polynésie toutes les îles sont nées suite à la remontée de matériaux venus de l’intérieur de la Terre. Les scientifiques comptent 15 000 édifices de ce type dans tout le Pacifique dont 2 000 sont émergés, les autres étant sous le niveau de la mer. Tahiti aurait commencé à naître il y a 6 millions d’années. Pendant 4,5 millions les éruptions volcaniques ont eu lieu sous l’eau. Tahiti a émergé il y a 1,5 millions d’années. Entre 1,5 et 0,9 millions d’années les coulées de lave se sont accumulées et ont donné naissance à un premier volcan de 3200 m de haut. Il y a 870 000 ans, deux flancs de ce premier volcan se sont effondrés, ce qui donna naissance à un second volcan de 2700 m. La formation s’est arrêtée à 200 000 ans.

Aujourd’hui, le point culminant de Tahiti est de 2240 m. L’érosion est causée par la pluie, des records de pluviométrie, jusqu’à 8 et 10 m, sont enregistrés sur quelques reliefs. La vitesse d’érosion ? entre 0,5 et 1 mm par an. A l’échelle des temps géologiques, Tahiti peut perdre 1 km d’altitude, en un million d’années. Tahiti s’enfonce. Le point chaud qui donna naissance à Tahiti est actuellement en train de donner naissance à Mehetia (déjà évoqué ici). La dernière éruption de Mehetia date de 1981. L’atoll de Makatea a été « soulevé » par Tahiti. Le Tahara’a est un petit cône volcanique « parasite ». Le relief du « Diadème » est du à des roches dures qui résistent mieux que les roches qui l’entourent, plus fragiles et sensibles à l’érosion. Tahiti iti et Tahiti nui sont deux volcans distincts, nés à deux époques différentes (précisions du GePaSud).

En attendant la fin, les voyageurs affluent en Polynésie ! Il paraît qu’on n’avait pas fait mieux depuis 2008. Pensez-donc, 12 422 voyageurs en janvier, cela fait une nette progression de + 11,2%. Mais cette hausse ne s’explique que par l’accroissement du nombre de croisiéristes et la présence d’un navire de croisière supplémentaire. La croisière booste les chiffres. Les principaux marchés se définissent ainsi : Amérique du Nord : 46,6% de part de marché soit une augmentation de 3,1 points ; France 12,5% de part de marché soit – 1,5 point ; Le Pacifique 11,8% de part de marché soit – 1,6 point ; Asie 12,5% de part de marché soit + 3,9 points. Les Autorités auraient-elles enfin compris que les touristes ont d’autres demandes qu’il y a vingt au trente ans ? Qu’ils demandent autre chose ? Wait and see !

Hiata de Tahiti

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Michael Connelly, Volte-face

michael connelly volte face

La énième description de la compétition entre avocat et procureur devant un juge américain. C’est intéressant, bien construit, découpé en séquences haletantes comme en film, mais plutôt ressassé. Comment s’intéresser à un crime rejugé il y a 24 ans, même s’il est horrible ?

Ce manque d’action au profit de l’habileté dialectique des parties nuit un peu au livre. Sauf que l’avocat défenseur est passé du côté de l’accusation : Michael Haller est devenu provisoirement procureur spécial. Et c’est bien la défense, sous la caricature du démagogue avocat Clive l’Astucieux, qui est la cible de l’auteur.

Ne sachant plus trop comment inventer de nouvelles intrigues, l’auteur adjoint à son nouveau héros Mickey Haller (dont le bureau est d’ordinaire à l’arrière de sa Lincoln), son ancien héros flic Hiéronymus Bosch, dont il fait un enquêteur au service du procureur spécial. Toute l’histoire va consister à démonter le storytelling de la défense, qui voudrait faire passer Jason Jessup, assassin d’une petite fille de 12 ans, en victime d’une erreur judiciaire par complot de la famille. Car, s’il n’a pas violé la gamine avant de l’étrangler d’une seule main dans son camion, une trace de sperme a cependant été découverte sur la robe…

Vous aurez, distillés d’une main de maître, tous les détails sordides sur ce qui arriva. Malgré une psychologie plutôt sommaire du présumé assassin et de son nouvel avocat, les personnages se tiennent et jouent bien leurs rôles. Le portrait de la sœur de la victime, longtemps traumatisée avant sa résilience, est particulièrement réussi.

La fin de ce nouveau roman policier de Michael Connelly est décevante. Après ses prouesses de prétoire, précises, argumentées et d’un grand talent d’écriture, le lecteur s’attendait à mieux qu’à ce qui arrive. Je vous laisse le suspense entier, mais j’ai été déçu. Au fond, pour les Américains version XXIe siècle, la force prime le droit, l’action prime la réflexion, le Colt l’emporte sur la langue. C’est bien dommage – mais en dit long sur la dérive des États-Unis par rapport à nos mentalités européennes.

Il est vrai que le mensonge, au cœur de tout marketing, storytelling et plaidoirie – est bel et bien en contradiction avec la vertu américaine par excellente : l’exigence de vérité et de transparence. Cet écart est sans doute le vrai sujet du livre et son intérêt le plus fort. Comment croire un Américain lorsqu’il discourt, puisque tout discours est prévu pour vendre, donc masquer la Vérité pourtant requise des Tables de la Loi, données à Moïse par Dieu lui-même ?

Michael Connelly, Volte-face (The Reversal), 2010, Livre de poche policier 2013, 521 pages, €7.70

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