Articles tagués : france périphérique

Wauquiez le redresseur

C’est parti ! Les ambitions s’affichent, une fois la rentrée faite et la gauche monopolisée par Mélenchon. Laurent Wauquiez veut redresser la droite, la rendre fière d’être de droite sans s’excuser de l’être. Très bien.

Mais pour cela il faut emporter le parti. Les Républicains sont partagés entre les ex-Fillon et les ex-Juppé. « Redresser » fait garde chiourme, celui qui fait marcher au fouet à la Poutine, sinon au pas. L’air du temps est à l’autoritarisme anti-libertaire, anti-génération 68. Les tentations de déviance par rapport à « la ligne » doivent être étouffées par un jacobinisme bonapartiste sans fard. Pas question de chienlit à droite comme c’est le cas à gauche. Les droitiers préfèrent l’Ordre.

Pour rassembler « contre » (car on ne se pose qu’en s’opposant), il faut virer les ralliés et tacler Macron, jeune président qui veut aller vite, avec le dynamisme d’un premier de cordée ; il faut aussi marquer à la culotte celui qui s’est instauré premier opposant de France. D’où la caricature que fait Wauquiez devant les intervieweurs du Journal du dimanche, celui-là même auquel Mélenchon venait de se confier. Il reprend les propos Mélenchon en les assaisonnant à la sauce droite popu. Il se présente en président de région contre le président parisien, en réaliste du terrain contre le technocrate urbain – et pourquoi pas en représentant du pays réel contre celui du pays légal ? Car il n’hésite pas à opposer la France mondialisée à la France périphérique, comme si « les villes » étaient riches et « les campagnes » pauvres, alors que les villages sont souvent bien plus dynamiques que les villes moyennes ou les banlieues.

S’il s’agit de tactique pour rallier les élus locaux et emporter la présidence du parti, on n’en parlera plus dans trois mois.

S’il s’agit d’une stratégie long terme pour les présidentielles prochaines, les idées de cette droite popu apparaissent vraiment très fades. It’s the economy, stupid ! Opposer les « identités » est-il réaliste dans une période où le chômage et la crainte pour les études, l’emploi, la santé, les retraites l’emporte sur tout le reste ? Qu’a-t-il à dire de concret, Wauquiez, sur l’économie ? Du Fillon-plus ou du Juppé-moins – ce qui revient à suivre les Constructifs et à imiter Macron ? Qu’a-t-il à dire sur l’Europe, sur la réforme de son fonctionnement et sur son délitement révélé par le nationalisme de riche catalan, flamand ou lombard ? Qu’a-t-il à dire sur le monde et sur ses menaces (en dehors du surveiller et punir chauvin) ?

L’impression vague que la droite popu est larguée par le tempérament start up et le dynamisme de premier de cordée présidentiel ne peut que traverser le citoyen, à ce stade de la pensée.

Laurent Wauquiez commence par le basique, pourquoi pas ? Mais il part en retard après les premières réformes Macron et les prises de position Mélenchon. Désigner « l’ennemi » est de bonne guerre politique, mais les gens en ont marre de cette atmosphère de guerre civile permanente où tout ce que fait le clan au pouvoir est forcément négatif et tout ce que propose l’opposant idyllique.

D’autant que, fils de banquier par son père et descendant d’une dynastie d’industriels par sa mère, le jeune Wauquiez (42 ans) a été élevé en couveuse parisienne à Louis-le Grand et Henri IV avant d’intégrer Normale Sup, puis Science Po et l’ENA – d’où il est sorti major en 2001, ce qui signifie parfaitement intégré aux codes de l’Ecole et de la caste. Excusez du peu… plus parisien technocrate que lui, tu meurs ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais – ou plutôt : je change d’avis à chaque fois que mon intérêt le commande, je m’adapte (voir les « fluctuations » de l’impétrant sur l’Europe, sur le FN). Du vrai Trump.

Les fake news sont-elles pour lui le modèle du renouveau en politique ? Epater les quelques 200 000 militants et 30 000 élus LR peut réussir – séduire les 43 millions de citoyens électeurs sera nettement plus difficile avec de telles fausses vérités.

La droite est en mauvais état après le rejet successif de ses ténors : Sarkozy au primaires premier tour, Juppé aux primaires second tour, Fillon aux présidentielles premier tour. La gauche est pire, mais elle a déjà une grande gueule. Wauquiez ambitionnerait-il d’être la grande gueule de la droite ? Croit-il avec cela rallier les transfuges du Front national ? Parce qu’il porte un anorak rouge, croit-il donner une image peuple qui travaille ?

Cela nous paraît un peu léger… même si l’étudiant a cru maîtriser un jour les Mille et Une nuits.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Retour au classique dans les élections

Les fantasmes des renverseurs de système comme la mayonnaise joueuse des réseaux sociaux voulaient croire au Grand soir électoral qui renverserait la table.

Force est de constater que le raisonnable l’emporte et que les finalistes sont revenus dans des critères presque classiques. Macron-Le Pen peut être vu comme un duel gauche-droite classique, se doublant d’un contraste ouverture-fermeture, inclus-exclus, jeunes-vieux, diplômés dynamiques-peu lettrés frileux.

Relativisons cependant.

Les chiffres officiels sont une chose, les chiffres réels une autre. Si l’on prend en compte les abstinents et les votes blancs et nuls, l’engouement pour Macron ou Le Pen est moins net qu’il n’y paraît.

Si, de plus, on prend en compte la participation, Emmanuel Macron ne recueille que 14.12% du vote des Français inscrits, et Marine Le Pen 12.68%.

La droite n’est pas morte, même si François Fillon a perdu (par une communication désastreuse sur ses « affaires ») les votes reportés sur Nicolas-Dupont-Aignan (plus haut que dans les élections précédentes) et sur Emmanuel Macron (grâce en partie à Bayrou). Le paysage montre que la droite reste majoritaire, à 27.39% des inscrits, alors que la gauche n’est qu’à un « minable » (mot favori du socialiste Jean-Marc Ayrault) 16.40%. Le centre renaît grâce à un « hors parti » qui se veut ET de droite ET de gauche, ce qui séduit la jeunesse lasse des querelles de bac à sable des egos d’appareil, comme ceux qui veulent vraiment que la France se réforme – comme les autres pays.

Notons que nous avons échappé au pire : un duel Le Pen-Mélenchon, ou le choix entre la peste et le choléra. Mussolini ou Chavez ? Le fascisme brun ou rouge ? Et ne me dites pas que « le peuple » serait plus démocratique que « la masse », le premier n’est qu’une construction idéologique du leader maximo, tandis que la seconde n’est que la pâte à aduler le führer. Et les exemples de Maduro le Vénézuélien comme celui d’Erdogan le Turc aujourd’hui, les modèles respectifs de Mélenchon et Le Pen, n’incitent pas à les imiter !

Il reste que les votes extrêmes sont le cas de 27.39% des inscrits. Bien loin de « la majorité » sociologique pour renverser la table. Surtout que les inclus se trouvent 32.48% contre 26.70% d’exclus. La France « périphérique » n’est pas hégémonique dans le pays. Les Français sont plus ouverts que les médias le disent, plus soucieux de l’avenir que les souverainistes le croient, et moins révolutionnaires que les tribuns le clament.

Mais les partis « tradi » sont mal en point, inaptes à faire ce pour quoi ils sont faits : sélectionner des gouvernants capables. Les deux finalistes, Macron et Le Pen, sont des outsiders, loin devant les Fillon et Hamon issus des primaires de leur parti. Notons que les « petits » candidats n’ont pas fait la preuve qu’ils apportent une quelconque plus-value au débat démocratique ; ils brouillent plutôt les cartes avec leur paranoïa, leurs envolées lyriques ou leur logorrhée trotskiste trop années 70.

Malgré le tropisme institutionnel du duel, la France n’apparaît pas comme bipolaire, un coup à gauche, un coup à droite. Se reconstitue la « bande des quatre » qui faisait les délices de la presse aux temps du gaullisme et du mitterrandisme : la droite forte, le centre-droit, la gauche de gouvernement et la gauche radicale. Le reste n’est que confettis marginaux inaudibles.

Maintenant, vont se jouer les législatives.

Le second tour n’est pas passé, mais le résultat ne devrait pas faire de doute : Marine Le Pen n’a quasiment aucune réserve en voix, pas plus que son père en 2002, même si une partie des électeurs Fillon ou Dupont-Aignan (voire Mélenchon, ce vote ludique) peuvent se reporter sur elle. Gageons que ce pourrait être 60/40 en faveur de Macron.

La recomposition se fera à l’Assemblée nationale, où le vote pour un député n’obéit pas aux mêmes critères qu’un vote à la présidentielle. La droite pourrait être majoritaire, même si elle ne serait pas hostile à gouverner « avec » Emmanuel Macron. Les députés frontistes seront probablement plus nombreux qu’aujourd’hui, ce qui est normal dans une « démocratie » : l’Assemblée est faite pour représenter le pays réel – pas l’idée morale qu’on s’en fait.

La suite dépendra de la réussite politique du président Macron.

  • S’il échoue dans le velléitaire et les tabous de la moraline idéologique, comme François Hollande, alors Marine Le Pen se voit ouvrir cette fois un boulevard pour 2022.
  • S’il réussit à allier réformes et protection, élan et main tendue, à la fois en France et en Europe, il recomposera vraiment le paysage politique français. Enfin ! serait-on tenté de dire, après l’espoir avorté de 2007.

La politique sur ce blog

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Christian de Moliner, Le pays des crétins

christian-de-moliner-le-pays-des-cretins

Malgré un titre (inutilement ?) provocateur, le roman se lit avec bonheur. Mathieu, fonctionnaire de la Direction départementale de l’équipement de 28 ans, est nommé sur sa demande dans une ville de l’est sinistré de la France. Il veut se rapprocher de sa sœur Sophie, dépressive, qui vient de se séparer de son mari avec la garde de deux petites filles.

Mais le pays va l’enfoncer. Nous sommes en 1983 et la gauche au pouvoir sous Mitterrand fait déchanter l’utopie par le tournant de la rigueur : les cigales, ayant chanté tout l’été, se trouvèrent fort dépourvues lorsque la bise fut venue. L’est, c’est la sidérurgie – en ruines ; c’est le climat – pluvieux ; c’est la sous-culture – foot et télé. De quoi devenir encore plus dépressif et désespéré de la vie – no future.

Ce qui amuse Mathieu, outre s’occuper de ses nièces, est la politique. « Lui, le sceptique qui se fermait aux émotions » p.50, considère la politique comme un sacerdoce pour sortir les gens du marasme. Ce qui deviendra très vite la France périphérique des non-inclus – sans emplois, sans vrais services publics, sans espoir – à cause de la la gabegie des milliards gaspillés par le pouvoir, est en germe dans « Saint-Pierre », cette petite ville aux confins français, noyée dans sa vallée polluée.

Un quartier surtout additionne tous les vices : la grande Bourgogne. Il est enserré entre autoroute et chemin de fer et concentre la misère des gamins laissés à eux-mêmes, des ados violents en bande et des adultes déclassés. Mathieu adhère au parti républicain (LR n’existe pas en 1983) – par esprit de contradiction avec celui alors au pouvoir ; il se laisse convaincre de renverser le maire Fout-Rien pour le nouveau Dominique Beaulieu, riche et actif, prêt à renverser la table à la Bernard Tapie – et qui gagne. Faute de l’avoir sur sa liste (car Mathieu ne veut pas se compromettre), il lui donne carte blanche par délégation de la commune à la DDE. Mais les lenteurs procédurales de l’Administration, la corruption qu’il refuse mais qui mettrait pourtant de l’huile dans les rouages, engluent Mathieu dans le marais des velléités mal financées et qui avancent peu.

De plus, sa sœur se fait sauter par l’adjoint de Beaulieu, tandis que lui est en butte à un pari de liaison dangereuse avec une nymphomane marchande de chaussures. Il drague vaguement une standardiste de la DDE, Valérie, qui finit par le marier, mais il ne l’aime pas tant elle stagne dans la sous-culture. Décidément, le pays des crétins contamine tout ce qu’il touche ! Même Beaulieu voit se déclarer cette maladie héréditaire dont il s’était jusqu’ici préservé.

Quant à la « grande » politique au niveau national, ce n’est pas mieux – comme si le poisson pourrissait par la tête : « La France est lasse de la cuisine politique traditionnelle. La gauche s’est effondrée idéologiquement. Elle gouvernera encore quelque temps mais elle en coma dépassé sur le plan intellectuel. La droite n’est pas en meilleur état. Les politiciens sont impuissants face aux problèmes du pays. Ils n’ont plus rien à proposer dans leur besace. La route est libre pour qui saura proposer autre chose et faire rêver les Français » p.187. Ce diagnostic est plus pertinent à la date de parution (2016) qu’à la date affichée du roman (1983), mais est vérifié par toutes les élections récentes, des Européennes aux Régionales, en passant par le Brexit et l’irruption de Trump (Tromp disent les gendegôch haineux, comme disaient Maastrique les partisans en 2005 du non).

Sophie, au bord de la tentation de l’inceste, passe la main, son ex récupère ses filles ; Mathieu dénonce les prévarications et ne veut pas de bébé. Son intransigeante pureté robespierriste – tant avec les femmes qu’en politique – a-t-elle tout gâché ? En partie : parce que nous ne sommes plus sous le règne de la Terreur mais dans celui du socialisme réalisé. Restent les graines semées qui germent, déjà « dix sont écloses » dit Beaulieu p.211 – et le bébé contre sa volonté mûrit dans le ventre de Valérie.

Mathieu va-t-il se réconcilier avec le monde et faire mentir le terme de « crétins » qu’il a affublé aux habitants de ce pays en marge ?

Amer mais juste, décentré dans le temps pour évacuer les passions idéologiques trop proches, doublé d’une histoire d’amours au pluriel qui se coulent dans le paysage, voici un bon roman à la psychologie marquée où l’on ne s’ennuie jamais.

Christian de Moliner, Le pays des crétins, 2016, Les éditions du Val, 215 pages, €12.66

e-Book format Kindle, €4.48

Christian de Moliner déjà chroniqué sur ce blog

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,