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Philip Roth, Le Complot contre l’Amérique

« Sur les décombres de la [crise financière], l’assurance renaissante des jeunes comme des vieux s’était vue dopée par la jeunesse relative de [Trump],et par ses allures de sportif délié, diamétralement opposées aux handicaps physiques de [Biden], séquelles de la polio. Et puis il y avait le miracle du [spatial] et du nouveau mode de vie qu’elle promettait (…), la voie inconnue d’un avenir aéronautique, tout en leur assurant par ses manières vieux jeu, et même collet monté, qu’il n’y avait aucun risque de voir les succès de la technologie moderne éroder les valeurs de la tradition. Il apparaissait donc, concluaient les experts, que les Américains du XXe siècle, las de faire face à une nouvelle crise tous les dix ans, avaient soif de normalité. (…) Le nouveau président des États-Unis, partit rencontrer [Vladimir Poutine]en [Alaska] où,à l’issue de deux jours d’entretiens ‘cordiaux’, il signa un ‘accord’ garantissant des relations pacifiques entre [la Russie] et les États Unis » p.932. On se croirait aujourd’hui, or cela avait lieu en 1940 dans l’uchronie de Philip Roth. Remplacez Trump par Lindberg, crise financière par Grande dépression, spatial par aéronautique, Russie impérialiste par Allemagne nazie, Alaska par Islande, et vous aurez le texte original.

En trois ans de travail, l’auteur quitte pour une fois son univers obsessionnel du sexe, des bites et des seins pour se concentrer sur son autre obsession : les Juifs. Que se serait-il passé, si… ? Il imagine que le démocrate F.D. Roosevelt a été battu aux élections de novembre 1940 au profit d’un héros à grande gueule qui promet la paix, Charles Lindberg. L’aviateur qui a franchi l’Atlantique en 1927 aux commandes de son Spirit of St. Louis est aussi sympathisant du régime nazi et membre du comité isolationniste America First. Tout est vrai de FDR et de Lindberg, comme de beaucoup de personnages historiques dans le livre (leur bio réelle est donnée par l’auteur en annexe). Lindberg, Américain d’origine suédoise, visite l’Allemagne de Hitler en 1936 et assiste aux JO de Berlin, où il considère que le petit caporal est « un grand homme » ; il est décoré en octobre 1938 par le maréchal de l’armée de l’air nazie Goering de la croix de l’Aigle allemand, médaille d’or à quatre petites croix gammées ; il écrit dans son Journal le 1er septembre 1939, dans les jours qui suivent l’invasion de la Pologne par l’Allemagne : « Nous devons nous protéger des attaques des armées étrangères, et de la dilution par les races étrangères (…) ainsi que de l’infiltration d’un sang inférieur. L’aviation est l’un de ces biens précieux qui permettent à la race blanche de survivre dans une mer menaçante de Jaunes, de Noirs et de Basanés » Annexes, p.1230. On le voit, les idées de Trump et de son vice Vance étaient déjà les idées des années trente en Amérique : isolationnisme, ségrégation raciale, égoïsme sacré de l’America First, pari sur l’avance technologique pour sauver ‘la race blanche’ (« Non-Hispanic Whites ») de la submersion raciale – prévue par les démographes aux États-Unis vers 2045.

Pour ce projet ambitieux, Philip Roth fait revivre Weequahic, le quartier juif de Newark, dans le New Jersey de son enfance, et laisse décrire les événements par un Philip entre 7 et 9 ans. Son grand frère Sandy est charmé par le programme d’assimilation des ados, « Des Gens parmi d’Autres », concocté par le nouveau pouvoir pour briser les ghettos et faire découvrir les chrétiens ruraux aux petits juifs urbains restés entre eux. Sa tante Evelyn s’est entichée du rabbin collabo Bengelsdorf et finira par l’épouser, à être invitée à la Maison Blanche et à sympathiser avec la Première Dame. Elle tombera de haut lorsque la répression contre les Juifs « bellicistes » se manifestera par l’assassinat de Winchell, journaliste juif candidat à l’investiture républicaine, les pogroms de nationalistes blancs, dont la mère de son copain Seldon, juive grillée vive dans sa voiture dans le Kentucky où elle avait été « exilée » par le programme de dispersion des quartiers juifs par l’administration. Tout le suspense du roman est d’imaginer ce qui pourrait arriver avec le temps, plus que de constater ce qui survient au présent. Les Juifs ne sont plus américains, mais allogènes, rejetés comme non-Blancs. Ils perdent leur emploi, les meneurs sont surveillés par le FBI. Certaines familles émigrent au Canada, mais pas les Roth.

Philip Roth observe l’obstination de son père à persister dans ce qu’il croit vrai, sans écouter personne. Un trait courant dans la culture juive, si l’on en croit le côté « roquet » de nombre d’animateurs de radio et de télévision juifs. Ils persistent à avoir raison, ils insistent en reposant inlassablement les mêmes questions pour « faire dire » ce qu’ils voudraient entendre dire. Le père n’écoute pas sa femme, qui prépare une cagnotte au Canada au cas où. Lorsque les émeutes commencent et que les frontières sont fermées, il regrette, mais trop tard, toujours trop tard, à cause de sa rigidité mentale – tous comme les Juifs français en 1940.

Heureusement, l’avion du Président disparaît mystérieusement et ne reparaît pas. La théorie du Complot stipule qu’il été subtilisé par les nazis parce qu’il ne les servait plus aux États-Unis, et qu’il va retrouver son fils de 12 ans, le « bébé Lindberg » enlevé en mars 1932 par l’immigré allemand Bruno H. Hauptmann. Le cadavre décomposé découvert près de la propriété serait une substitution, l’enfant aurait été emmené en Allemagne et élevé comme un petit Hitlerjugend afin de « tenir » le président Lindberg et de lui faire faire une politique favorable aux nazis. On pense aussitôt à Trump, qui serait de même « tenu » par la Russie et ses services secrets pour quelque scandale d’argent ou de mœurs… ce qui expliquerait l’inclination trompiste à une indulgence sans précédent pour la Russie mafieuse et impérialiste.

Mais, comme le 1984 de George Orwell qui faisait une allégorie du système communiste, le Plot against America est lui aussi une allégorie des potentialités américaines. Il ne désigne aucun régime en particulier, pas plus celui de Bush le Petit que celui de Trump bis, mais s’applique aux deux, et à d’autres à venir. Si Trump défend les Juifs – son gendre l’est, ses copains milliardaires aussi pour la plupart, et son copain de jeux sexuels Epstein aussi – il ne se défend pas de valoriser la race blanche, au détriment des Noirs, Latinos et autres Jaunes. Il veut les cantonner, les marginaliser, les expulser, manu militari s’ils sont illégaux. La fascisation de l’Amérique est un possible du pays, la « liberté » n’étant au fond pas une valeur en soi, mais seulement le pouvoir libertarien de faire ce qu’on veut lorsqu’on est le plus fort – avec la volonté de le rester. Et ne croyez pas que c’est du fantasme : ça arrive DES AUJOURD’HUI sous sa majesté Trompe II.

Un roman prémonitoire à bien des égards, même s’il est centré uniquement sur les Juifs. Le régime démocratique est fragile, à la merci d’une majorité, le plus souvent crédule et manipulable par les agitateurs populistes et les réseaux. Même les contre-pouvoirs ont leurs limites. D’où l’exigence de l’éducation, de l’esprit critique, de l’analyse des sources, du penser par soi-même – au cœur des libertés des Lumières, et de la tradition grecque.

Philip Roth, Le Complot contre l’Amérique (The Plot Against America), 2004, Folio 2007, 576 pages, €10,50, e-book Kindle €9,99

Philip Roth, Romans 1993-2007 : Opération Shylock, Le théâtre de Sabbath, Le complot contre l’Amérique, Exit le fantôme, Gallimard Pléiade, édition Philippe Jaworski, 2025, 1609 pages, €70,00

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Nouvelle donne Trompeuse

Nouvelle année, nouvelle donne. Trump a changé l’histoire. Malgré sa posture de paon vantard, il incarne un courant profond de l’Amérique, qui durera après ses bouffonneries. C’est le courant réaliste en relations internationales, l’inquiétude face au risque de pénurie en ressources naturelles. Doublé d’une conception réactionnaire et fasciste des Etats et des relations internationales. Face à cela, la morale des Droits de l’Homme pèse peu.

Grossièreté de Trump, inculte qui ne lit jamais un livre, un article, ou même un rapport de collaborateur ; brutalité de Trump le dealer, affairé au fric comme personne, grande gueule narcissique, bouffon télévisuel. Il plaît au populo et aux classes moyennes déclassées, inquiètes de la désindustrialisation comme de la concurrence des minorités ethniques plus éduquées qui prennent les places, tout comme les femmes. Tout ce que les élites » libérales, aux États-Unis comme en Europe, favorisaient il y a peu encore.

Mais cette écume des choses politiques masque le fond : un rééquilibrage des puissances. Les États-Unis déclinent face à la Chine, de plus en plus vite : économiquement, technologiquement, militairement – moralement (ils n’ont plus confiance en eux). C’est la guerre :

– des ressources pour savoir qui aura les plus grosses,

– des droits de douane pour savoir qui protégera le plus son marché

– des normes pour interdire celles venues d’ailleurs.

– des armes : la Chine s’arme, les États-Unis prévoient de gros navires « Trump Defiant » et paradent avec « le plus gros » porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford, au large du Venezuela.

Les institutions internationales, les traités, limitent la prédation. Pour les États-Unis, ces « Machins » (comme disait de Gaulle de l’ONU) sont devenus coûteux, intrusifs et inutiles.

La domination américaine est en fin de cycle, au profit de la Chine et des puissances émergentes, et le géant secoue ses liens. Le domaine réservé est le continent américain, d’où la volonté d’annexer le Groenland, l’Islande, le Canada, d’arraisonner le Venezuela, de bouter les Chinois hors de Panama, de bouter la gauche hors de Colombie, d’acheter les terres rares du Brésil. La doctrine Monroe est revivifiée. Le patriotisme de « la sécurité nationale » doit rassembler tous les Américains. Après la peur de l’immigration (d’où les expulsions massives), la nouvelle peur du manque de ressources, de la perte d’avance technologique, doivent mobiliser les électeurs. Jusqu’à la guerre ? Oui, mais seulement limitée, « isolationnisme » oblige. Les nationalistes conservateurs sont plus conservateurs qu’agressifs mais, comme le chien à l’attache de la niche, ils peuvent mordre si on les titille de trop près.

Ce pourquoi, outre ses affinités idéologiques conservatrices et ses affinités de comportement brutal (sans parler d’un éventuel kompromat), Trump voudrait se rapprocher de Poutine, dont l’immense territoire est riche de matières premières mal exploitées, et le détacher de la Chine, ennemi principal. Vaste programme qui a peu de chances d’aboutir, tant Poutine a choisi son ascendance mongole plutôt qu’européenne, et se pose en défenseur d’un Etat-civilisation voulant imposer son empire sur tout le continent européen. Trump désire une paix rapide en Ukraine afin de développer ses « affaires » en Russie, son obsession intime. D’où la rupture avec l’Europe, surtout les institutions de l’UE, accusées d’être une machine à règlements qui empêchent de faire des bonnes affaires en rond, entre requins de la finance et opérateurs milliardaires des réseaux. D’autant que les États-Unis se voient en miroir et prêtent aux États européens les hantises qui les rongent : la submersion migratoire, la majorité aux non-Blancs dès 2045, la faiblesse libérale, le wokisme.

C’est dire combien la donne a changé, et n’est pas près de revenir à celle d’avant.

  • Fini le libéralisme des mœurs, les libertaires jeunes en 1968, retour aux valeurs morales de la pruderie bigote de « la religion ».
  • Finie la liberté de s’informer, priorité auxfake news et aux belles histoires (storytelling).
  • Finie la liberté de penser, attaques en réseau et cancel à tous les étages pour celles et ceux qui ne pensent pas « droit » ; haro sur les outils de communication (Twitter pour le néonazi sud-africain Musk, les médias conservateurs US, C News et la presse Bolloré en France).
  • Finie la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes : ils sont sommés de prêter allégeance au « grand frère » le plus proche (la Russie de Poutine pour l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie, et bientôt les pays baltes ; le Canada, le Groenland, le Mexique et toutes l’Amérique latine pour les États-Unis – de même que l’Europe occidentale ; Taïwan et l’Asie du sud-est pour la Chine).

Ce qui survient au Venezuela est l’application pratique d’une théorie déjà énoncée par Curtis Yarvin en 2008, dans The Crown Theorist of the Empire. Il a critiqué la guerre en Irak et en Afghanistan, qui n’est pas allée assez loin pour prendre le contrôle du pays. Au lieu de chercher la conquête des cœurs et des esprits, il propose une « théorie réactionnaire de la paix » à la Carl Schmitt, juriste nazi absolutiste. C’est une méthode radicale pour transformer un pays occupé en « État-entreprise » sous une souveraineté absolue. Le monde pacifié des réactionnaires doit être composé exclusivement de souverains absolus et rationnels : des États gérés de manière compétente et cohérente dans un but purement d’efficacité financière – un délire d’informaticien de la Tech (ce que Yarvin est). Il exige un niveau absolu de sécurité et d’ordre pour que la société n’y connaisse plus les plaies de l’ère démocratique : blabla d’assemblées, idéalisme progressiste, droits de plus en plus divers et contraignants, immigration incontrôlée, bidonvilles, rues sales, gangs, narcotrafic… en bref la « religion » de la démocratie : l’universalisme, professé par ce qu’il nomme la Cathédrale — un complexe intello-médiatique qui contraindrait les gouvernements démocratiques à agir de manière idéaliste et donc irrationnelle, une ritournelle hypocrite répétée mécaniquement comme un credo de la foi. Il prône au contraire une stratégie d’occupation volontaire forte et sans compromis, fondée sur la répression immédiate, la surveillance technologique, et la mise en place d’une administration permanente dirigée par des étrangers. Ce qu’il appelle « grasp the nettle » (prendre le taureau par les cornes), afin de garantir la stabilité et la prospérité des territoires occupés.

L’Europe, plus grande que l’UE car avec le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse unis dans le même destin que les autres, est inféodée depuis la Seconde guerre aux États-Unis par le « traité » instituant l’Otan. Car le commandement intégré est américain, les normes militaires américaines, le renseignement américain, et la plupart des armes américaines (F35, missiles Patriot, munitions « standard Otan ») – sans compter que la force nucléaire britannique ne peut rien sans l’aval des États-Unis (les missiles Trident des sous-marin lanceurs d’engins missiles sont loués aux États-Unis et les sous-marins britanniques doivent régulièrement visiter la base navale de Kings Bay aux États-Unis pour leur maintenance) – au contraire de celle de la France. Trump a dit expressément que « l’article 5 » du Traité, instituant une protection mutuelle, n’était pas à déclenchement automatique, ni même impliquant la défense armée… Autrement dit, il s’assoit dessus. America First ! Si les intérêts « vitaux » des États-Unis sont menacés, alors ils interviendront ; pour le reste, débrouillez-vous. C’est ce qui se passe en Ukraine, où le désengagement américain est très avancé « pour faire pression » pour la paix, quoi qu’il en coûte. Au détriment des intérêts européens, mais l’Europe n’a qu’à se prendre en mains.

C’est ce qu’elle fait, lentement, lourdement, avec les divisions des uns et des autres, les budgets contraints par la gabegie sociale, la démagogie des petits partis politiciens sans vision globale, et la mal-administration. Avec la dispersion des ressources, l’absence de stratégie commune pour l’armement, le renseignement militaire, la production industrielle, la préférence européenne. Avec les populistes qui crient contre la guerre, comme tous les crypto-fascistes prêts à collaborer pour avoir la paix (on l’a vu en 40).

L’action politique commence par les pressions sur les politiciens ; leur remplacement par des jeunes mieux informés, plus allants, moins minables dans leurs petits jeux d’egos partisans. Par un budget voté, mais contraint par des règles drastiques de limitation annuelle des dépenses sans recettes raisonnables en face, comme l’a fait la Suède durant des années pour redresser ses comptes.

La nouvelle donne trompiste rebat les cartes, jusqu’aux nôtres. Je nous souhaite une joyeuse année !

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Gilets jaunes et grande peur

La mutation accélérée de la société après la révolution numérique et la crise de 2008 ressemble à la mutation accélérée de la société après l’essor des chars et des avions et de la guerre de 14. Mais la grande peur aujourd’hui se focalise à très court terme sur les taxes et le diesel, à moyen terme sur « l’invasion » arabe immigrée et à plus long terme sur le changement du monde (climat, numérisation, réduction des emplois, angoisse pour la retraite, raréfaction des matières premières, lutte pour la vie des nations pour l’accès aux ressources).

L’autre, et plus généralement le changement, font peur. Le mâle, Blanc, périphérique et peu lettré ne suit plus l’élite mixte, diversifiée, parisienne et diplômée, censée le conduire – sinon vers un vers un avenir radieux comme hier – du moins vers le progrès et la hausse du niveau de vie.

Les années 1920 aux Etats-Unis avaient fait naître les lois restrictives sur l’immigration tout comme aujourd’hui Trump menace les migrants massés aux frontières du Mexique de leur envoyer l’armée. Les années 2010 en Europe voient la montée des partis de droite extrême un peu partout, la parenthèse d’accueil massif Merkel se retournant très vite contre elle. Il n’est pas étonnant qu’Emmanuel Macron veuille se situer sur la ligne de crête, généreux en discours et frileux en accueil : la population ne veut pas d’immigration massive.

Il ne s’agit pas de « racisme » (ce gros mot galvaudé qui ne concerne que les Blancs mâles et bourgeois mais ne s’applique nullement aux colorés victimaires qui auraient tous les « droits », selon les experts sociologues, en raison du « contexte »). Les immigrés individuellement et les familles sont secourus et accueillis : ce qui fait peur est la masse. Surtout après les attentats racistes de 2015 qui ciblaient les journalistes libre-penseur, les Juifs, les policiers, avant de frapper indistinctement tous ceux qui ne pensaient et n’agissaient pas comme Allah le voudrait, écoutant de la musique, buvant de l’alcool, s’exhibant aux terrasses de la ville ou sur la promenade des Anglais en tenue très légère. Masse allogène plus religion sectaire forment la grande peur des gens « normaux ».

L’heure est donc à la « réaction ». Au retour sur le monde d’avant, réputé « paisible » parce qu’il est bien connu, donc apprivoisé. Les manifestations contre le mariage gai, l’avortement, le féminisme agressif, l’écologie punitive – et toujours les taxes – ne sont qu’un symptôme de ce grand frisson de la pensée face aux dangers de la mondialisation et du futur menaçant.

Isolationniste, protectionnisme et nationalisme font leur grand retour. On sait ce qu’il est advenu dans les années 1930, la décennie suivant les années folles : la crise boursière, financière et économique de 1929 a conduit à la crise sociale et aux révolutions politiques qui ont abouti à la guerre.

Aujourd’hui, la déréglementation qui se poursuit pour capter les nouveaux métiers numériques et mondialisés, la raréfaction des ressources publiques pour aider les éprouvés de la vie, et la guerre commerciale initiée par le paon yankee, aggravent les effets de cette désorientation sociale.

Un nouveau cycle politique commence. Il est initié en France par le grand refus 2017 des vieux caciques focalisés sur leurs petits jeux de pouvoir entre egos, sur le rejet des partis et syndicats traditionnels bloqués dans leur langue de bois et par leurs postures. Emmanuel Macron se posant comme « ni de droite ni de gauche » assure la transition nécessaire (et raisonnable). Mais il n’est qu’un pis-aller pour les gens, un recul réflexe face aux extrémismes, notamment celui de la droite Le Pen qui apparaît comme peu capable.

En revanche, l’étatisme centralisateur jacobin renouvelé – qui est le mal français déjà pointé par Alexis de Tocqueville et Alain Peyrefitte – attise le ressentiment entre ceux qui se sentent de plus en plus pressurés et exclus, et ceux qui vivant à l’aise dans l’inclusion. Les « gilets jaunes », dans leur anarchisme spontanéiste, révèlent cet écart grandissant. La technique permet de se sentir entre soi au-delà des affinités de quartier ou de village : Facebook est passé du fesses-book des débuts (où chacun exhibait son corps et ses états d’âme) en moulin à pétitions en tous genres. Avec cet égoïsme et cette niaiserie spontanée d’une population qui ne lit plus, ne réfléchit plus et se contente de « réagir » par l’émotion aux images dont elle est bombardée via les smartphones et les gazouillis. Aucune hauteur mais chacun dans sa bande, sa tribu ; tous ceux qui ne pensent pas comme le groupe sont exclus, surtout les journalistes qui « osent » publier les points de vue différents. L’intérêt personnel purement égoïste et le nombril tribal remplacent la citoyenneté.

La « démocratie » recommence à la base, comme à l’école maternelle. Comment s’étonner que « les pouvoirs » reprennent le rôle du maître d’école ou de la maîtresse ? Macron comme Trump (ou Poutine, Erdogan, Xi Jinping, Bolsonaro et d’autres) savent qu’il faut s’imposer face aux « enfants » – soit en gueulant plus fort qu’eux pour les entraîner à sa suite (modèle du fascisme), soit en restant ferme sur ses positions argumentées et se fondant sur la lassitude des violences et des casseurs qui dissout vite toutes les révoltes quand il faut chaque jour faire bouillir la marmite (modèle jacobin).

Mais cela n’a qu’un temps car la révolte est un symptôme : à ne pas traiter les causes de la grande peur, les politiciens risquent gros. Si une nouvelle crise financière (donc économique) devait survenir prochainement, nul doute que les jacqueries se transformeraient cette fois en révolte ouverte et que les partis les plus attrape-tout et tribuniciens l’emporteraient en raz de marée irrépressible. Avec les conséquences que l’on peut entrevoir au regard de l’histoire.

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Boycott the US ?

Trump le prouve, l’Amérique s’isole. Elu de justesse par une vague de conservateurs bigots adeptes de la morale des années 50 et du créationnisme, de nationalistes suprémacistes blancs angoissés de devenir minoritaires (quelque part vers 2060) et de libertariens hostiles à l’impôt qui veulent que l’Etat se retire des programmes sociaux, le président de la (pour le moment) première puissance mondiale donne le ton : America first, America is back.

Ce qui signifie en langage clair : égoïsme sacré et primat de la force sur le droit.

D’où la récente rafale de décisions économico-stratégiques : taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium, déni de l’Organisation Mondiale du Commerce en refusant de nommer les arbitres et en bafouant ses règles, renégociation de l’Alena, dénonciation de l’accord sur le climat, rejet de l’accord nucléaire avec l’Iran. Ce sont évidemment les entreprises européennes qui seront le plus frappées par les sanctions américaines – à croire que nous ne sommes plus ni alliés ni même « amis ». Car, dans le même temps, après avoir tempêté et exhibé son gros bâton entre les jambes, Trump a accepté brusquement « l’offre » du dirigeant nord-coréen d’une rencontre historique… sur le nucléaire. La leçon est claire : respect à la position de force. L’Iran n’a rien à offrir, la Corée du nord si ; l’Europe a l’habitude de se soumettre (sauf en 1996), rappelez-vous les 9 milliards de $ d’amende à la BNP pour avoir commercé avec l’Iran, Alstom bradé à General Electric sous une menace de même nature sous le faiblard Hollande. L’Europe devra montrer ses muscles par des rétorsions franches et substantielles si elle veut survivre dans la « guerre » économique que lance le pachyderme de Washington.

A moins de changer d’alliance et de se rapprocher de la Russie, de la Turquie et de l’Iran – contre les alliés américains : l’Arabie saoudite pépinière d’extrémistes islamiques et Israël au gouvernement « quasi fasciste » (Rony Braumann né là-bas) qui menace tout le Proche-Orient et attise le radicalisme religieux. Car où est l’intérêt actuel de l’Europe à soutenir ces régimes qui font surgir le terrorisme sur notre sol ? Notons que la remise en cause du soutien ne s’adresse pas aux peuples mais à leurs gouvernements va-t’en guerre et à leurs groupes dévots extrémistes.

Chacun, si l’on en croit Trump, défend ses propres intérêts.

Donc, pourquoi pas nous ? Il ne s’agit pas de faire la leçon aux Américains sur leurs choix au nom de « la Morale » dont les néo-cons et les blancs cassés, âgés et sans diplôme, se foutent. Pour eux, « la morale chrétienne » est celle de l’Ancien testament (celle du Talmud), pas celle du Nouveau. Les dirigeants européens, qui sont tous allés voir le monstre, se résignent jusqu’à présent à collaborer – comme sous l’Occupation. Les États-Unis national-identitaires sont aujourd’hui, comme l’Allemagne nationale-socialiste hier, le pays le plus puissant. Et ses alternatives (Poutine, Erdogan et Rohani) peut séduisantes. Mais le nationalisme identitaire gagne l’Europe et si Marine Le Pen avait été moins nulle, peut-être la France aurait-elle basculé. Un ou deux attentats islamistes de grande ampleur en plus suffiraient-ils pour voir s’allier la droite Wauquiez avec un Front national relooké Marion ? Ou une immigration de masse suffirait-elle pour (comme en Italie) voir se joindre extrême droite et extrême gauche ?

Car si d’aventure la situation devait se dégrader avec les Etats-Unis, l’alliance et « l’amitié » pourraient bien exploser. La décision de dénoncer le traité signé avec l’Iran a été annoncée le 8 mai – une date symbolique pour la relation transatlantique puisqu’elle rappelle la victoire sur le nazisme. En rejetant de façon complète tous les efforts des plus proches alliés de l’Amérique, celle-ci bafoue l’alliance et dit son mépris pour ses alliés.

A quoi peut donc encore servir l’OTAN ?

D’autant plus que la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies donnait force de loi à l’accord de Vienne.

A quoi peut donc encore servir l’ONU ? Les accords internationaux constituent-ils encore une garantie de sécurité collective ? Donald trompette clairement que non. Avis aux Coréens du nord et aux Chinois…

Trump déclare que l’individualisme est roi en Amérique et que l’isolationnisme est roi dans le monde.

Tout ce qui est collectif est désormais banni pour l’Amérique, de l’assurance maladie en interne aux traités de commerce et aux accords internationaux. En bon dealer des groupes qui le soutiennent, le chacun pour soi doit aboutir à la domination du plus fort (même s’il n’est pas le meilleur), en gros les suprématistes blancs bigots et libertariens. Qui ne retrouverait, dans cette posture, le racisme clairement affiché durant les années 30 qui affirmait que la « race » aryenne, étant supérieure en tout (sauf à la course olympique), devait dominer son « espace vital » et influencer le monde entier ?

Si l’Amérique s’affiche égoïste et adepte de la seule force, devrons-nous résolument boycotter l’Amérique ?

Exit Google au profit de Qwant, exit Microsoft au profit des logiciels libres, exit Apple au profit de Samsung, exit Amazon au profit de la Fnac, exit Facebook au profit de Copains d’avant (même si c’est passablement ringard – mais Facebook est déjà ringard chez les 13-17 ans), exit Twitter ce piège à temps, exit Linkedin au profit de Viadeo, exit Mac Donald’s au profit de Flunch ou du bistrot du coin, exit les jeans Lévi-Strauss, les boots et autres bombers, exit les films yankees et les séries hollywoodiennes au profit de chaînes européennes, exit les voyages aux Etats-Unis pour d’autres destinations (d’ailleurs bien plus intéressantes).

J’espère et je souhaite que l’Europe et surtout les trois grands pays que sont l’Allemagne la France et le Royaume-Uni parlent enfin d’une seule voix pour affirmer leur refus de l’extraterritorialité des lois américaines et prennent la décision d’appliquer des contre-sanctions très dissuasives – puisque Trump et ses trumpistes ne comprennent que ça. L’alliance avec l’Amérique se dévitalise et l’amitié est en train de crever.

Nous nous détournons de plus en plus des Etats-Unis.

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Trump va-t-il tromper son monde ?

Emmanuel Todd, démographe et sociologue, interrogé par Atlantico, livre une analyse toute en hauteur de l’élection « surprise » de Donald Trump aux présidentielles américaines. Pour l’avoir lu, écouté et rencontré, je sais Emmanuel fils rebelle d’un père trop connu, qui aime polémiquer juste pour exister. Une sorte d’adolescent attardé avec ses deux versants : le premier, agaçant, de perpétuel trublion souvent injuste et partial (son « islamo-gauchisme » militant, sa critique puérile de l’euro, ses raccourcis sur « l’ultra »-libéralisme) ; et le second, intuitif, des idées qui jaillissent. Lorsqu’il étaie ses intuitions par des analyses, il peut être brillant. C’est ce qu’il fait sur l’élection trompeuse du candidat des Eléphants.

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Son idée est qu’il faut « chercher les déterminants de la vie politique et idéologique au-delà de l’économie : dans les structures familiales, les valeurs religieuses, les stratifications éducatives ». Il a donc considéré que le néolibéralisme affiché depuis Reagan correspondait à l’infrastructure humaine en familles nucléaires des Etats-Unis et à la prégnance des sectes protestantes pour qui chacun fait son salut tout seul. D’où l’hyperindividualisme (rebelle, pionnier, gagneur, sans pitié), donc l’acceptation  des inégalités sociales et la baisse du revenu médian (pas moyen !) des ménages. Or cela fait maintenant une génération que ces revenus baissent. Engendrant une conséquence : « la mortalité des Américains blancs de 45 à 54 ans entre 1999 et 2013 (…) a un peu baissé pour les Blancs qui avaient fait des études supérieures complètes, elle a stagné pour ceux qui avaient fait des études supérieures incomplètes, elle a augmenté en-dessous de ce seuil, entraînant l’élévation du taux global. Nous en sommes au point où le groupe majoritaire, les Blancs, représentant 72% du corps électoral, est tellement en souffrance que sa mortalité augmente. Les causes de cette augmentation ne sont pas « naturelles » : il s’agit de suicides, d’alcool, de drogue, d’empoisonnements médicamenteux ». L’infrastructure commandant la superstructure, selon la théorie de Karl Marx, l’idéologie (qui est la justification des intérêts matériels) devait changer. Donald Trump (en compagnie de Bernie Sanders qui a échoué chez les démocrates) en est le vecteur.

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La mondialisation a rendu moins sûre la vie des gens moyens. Perte d’emplois industriels par délocalisation, perte de savoir-faire par coûts du travail plus bas des pays émergents, dévalorisation des études par la restriction des postes bien rémunérés aux chercheurs, inventeurs et entrepreneurs audacieux, immigration sauvage encouragée par les patrons, dérégulation sociale et recul de l’Etat-providence – tout cela a fondé le vote Trump (et fonde le vote pour le Brexit comme les sentiments anti-UE et anti-technocrates des électeurs européens et français).

Tout sauf Clinton était le mantra – et foin de la vulgarité, du sexisme, de l’isolationnisme, de la xénophobie du candidat. On ne croit pas ce qu’il « dit », on approuve son « caractère », sa façon de renverser la table et de ne pas causer politiquement correct.

Face aux Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Hassan Roani, Duarte, la nécessité d’un président fort, voire gueulard, s’exprime. Les institutions internationales lient trop les Etats-Unis, ils veulent reprendre leur liberté « hyperindividualiste » pour conforter d’abord les citoyens américains – donc foin de l’OTAN, de l’ONU, de la CPI, du FMI et ainsi de suite. Tout cela n’est qu’une idée, une ambiance générale, qui ne se traduira pas concrètement par un retrait, ni par la réalisation des déclarations à l’emporte-pièce du candidat Trump.

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Mais cela vise à remettre les intérêts en premier : ceux des citoyens (qui espèrent) mais surtout ceux des industriels, lobby financier, pétrolier et de l’armement compris (qui comptent les sous et savent compter en politique). Ce sont ces « intérêts » économiques qui vont constituer l’infrastructure de la prochaine politique américaine à l’international (on le voit, paradoxalement, sur le climat), pas les slogans de campagne.

« L’idée d’intervention de l’Etat redevient populaire. C’est ça la véritable toile de fond de l’élection de Trump. C’est aussi pour cela qu’il a pu mettre l’intérêt économique réel des gens – le protectionnisme, le retour à la nation – au cœur de l’élection, plutôt que la passion religieuse ou raciale », analyse Todd.

Avis aux primaires de la droite et du centre comme aux primaires de la gauche. Les technocrates trop primaires doivent laisser la place aux intuitifs qui voient où est la fracture : dans l’abandon social – pas dans les passions religieuses ou raciales.

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Sans la confiance rien n’est possible

Imaginez la méfiance généralisée : aucun échange n’est réalisable, ni désiré. Ni échanges affectifs, ni échanges d’idées, ni échanges de marchandises. Cette analyse est valable dans de nombreux domaines :

  • en psychologie, pour les enfants comme pour les adultes : pourquoi aller vers les autres si « personne ne m’aime » ? Pourquoi rester en couple ? Élever des enfants ? Pourquoi écouter ce que disent mes collègues si personne ne m’écoute, moi aussi ? Pourquoi donner aux autres si on ne me donne jamais rien ?
  • en économie : pourquoi investir si la demande n’est pas là ? Pourquoi dépenser si le chômage menace et la retraite remise en cause ? Pourquoi sortir et voyager si l’on craint des attentats ou l’insécurité ?
  • en culture : pourquoi « se prendre la tête » avec des idées puisque personne n’écoute personne et que chacun est persuadé qu’il a tout seul raison ? Pourquoi lire, pourquoi payer la musique et les films, pourquoi réfléchir puisque le « moi-je » règne en maître ? Pourquoi ne pas tout simplement préférer le divertissement « commercial » (on n’est pas obligé d’acheter) au classique « culturel » ?
  • en science : les « nouveautés » (manipulations génétiques, robots, OGM, additifs alimentaires, nanotechnologies) inquiètent, on en revient à la tradition : conservatisme, moralité, souci du bilan de la recherche, principe « de précaution » ;
  • en diplomatie : pourquoi faire confiance à des inspections si l’on croit son adversaire rusé et menteur ? Pourquoi être aimable avec ses alliés si les opinions publiques et les « petites phrases » des dirigeants sont autant de critiques ? Pourquoi chercher « la paix » quand les activistes ne veulent qu’en découdre ?
  • à l’international : peut-on faire confiance au « Machin » – description de l’ONU par le général de Gaulle – quand il fait la preuve régulière de son inefficacité ? Peut-on se fier au « contrôle » de l’atome civil par une agence internationale quand on constate la prolifération des Bombes un peu partout ? Peut-on « faire la guerre en dentelles » contre des réseaux fanatiques largement financés et pouvant disposer d’armes de destruction massive ? Peut-on travailler efficacement avec ses « alliés » lorsque ceux-ci sont pris la main dans le sac des écoutes de tous les dirigeants ?

La défiance n’incite pas à bâtir pour l’avenir mais à se replier sur soi. Pourquoi ? Parce que l’homme est un être mimétique, comme l’a montré René Girard. L’enfant, comme l’adulte imite les autres. C’est un principe bien connu du bouddhisme, comme des séminaires de vente ou de sécurité, que votre propre attitude influence celle de votre interlocuteur. Selon les leçons de l’économie expérimentale, sanctionnées par (ce qu’il est convenu d’appeler) le Prix Nobel, les boursiers eux-mêmes ne déterminent pas leurs choix d’investissement à partir d’une estimation « fondamentale » (calculable, rationnelle) mais en fonction… de ce que font les autres. A tout moment, le prix ne fait qu’exprimer la manière dont les agents se représentent l’opinion du marché et ses évolutions futures. Ce qui explique à la fois les bulles spéculatives et les atonies durables : convention et mimétisme engendrent une rationalité « autoréférentielle ».

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Tout système humain a pour base la confiance, le système libéral plus qu’un autre puisqu’il laisse les individus relativement autonomes par rapport à la religion, à l’État, aux mœurs, aux produits de consommation. Ce pourquoi monte l’individualisme avec la démocratie, et la nudité avec l’individualisme : rien à cacher, transparence totale. L’originalité du capitalisme est de monétiser tout échange et de rendre ainsi très fluide la circulation des biens et services. La monnaie est une mesure abstraite extrêmement liquide qui permet d’acquérir ou de céder sur un marché nombre de choses, y compris des parts d’entreprises. Monnaie et actions ne sont pas des biens réels mais des substituts symboliques : il faut y croire pour avoir confiance dans ce qu’ils représentent. C’est pourquoi inflation et dévaluation font fuir la monnaie, scandales et krachs font fuir les actions.

La méfiance engendre la radicalisation idéologique, on l’a amplement vu dans les années 1930, à la suite des rancœurs de la guerre de 14 et de la crise économique et financière de 29. Dans chaque pays, la tentation est grande d’en revenir à la tradition et à la bonne conscience identitaire :

  • En 2001, les Américains ne se sont plus sentis « leaders du monde libre » mais se sont enfermés dans la revanche contre les fous de Dieu ; en 2011, ils sont sortis d’Irak – mais au prix du chaos civil et du chancre Daesh.
  • Les pays d’Europe en cours d’unification ne veulent plus s’impliquer dans des relations mondiales autres que juridiques. Le pacifisme, l’écologie, les formels droits de l’homme passant par l’ONU sont la traduction de cet isolationnisme qui a changé de camp. L’aimable universalisme affiché aujourd’hui par les Européens apparaît comme un provincialisme de privilégiés, de retraités de l’histoire, où les « bons sentiments » médiatiques tiennent lieu de politique. La pression des migrants en Méditerranée le montre à l’envi.
  • Les pays arabes forcés d’évoluer par la rue craignent la transition et deviennent plus conservateurs que jamais : Syrie, Égypte, Arabie Saoudite, Algérie, Iran.
  • La Chine joue son rôle de future grande puissance selon sa philosophie : plutôt que de débattre avec son adversaire pour tenter de le réfuter, sa tactique est de tourner cet adversaire contre un autre. En s’opposant, les deux laissent voir par l’un ce qui manque à l’autre et viennent d’eux-mêmes à la position « juste » – ce qui est utile aux intérêts chinois à long terme. Comment comprendre autrement « l’encouragement » chinois à la Corée du nord au moment où les États-Unis sont allés en Irak ? Ou l’échange subreptice en novembre 2002 d’uranium pakistanais contre des missiles coréens ? Ou encore le virus Saphyr parti… justement de Hongkong la veille de la remise du rapport des inspecteurs à l’ONU à la même époque ?

C’est le rôle éminent de la politique de rendre la confiance à un peuple. Rendre confiance signifie « vouloir », proposer des solutions aux questions qui se posent, organiser l’action pour l’avenir.

Rendre confiance conforte l’économie – et ce n’est PAS l’économie qui « fait » la politique, comme une vulgate marxiste mal digérée l’a laissée croire. Seule la confiance en l’avenir permet l’investissement, l’innovation et l’embauche (ce que Lionel Jospin avait réussi entre 1997 et 2000 avant de se laisser aller à la démagogie social-dépensière, ce mal socialiste).

Rendre confiance conforte le soi français dans un monde qui se globalise : quels sont nos atouts, notre rayonnement, nos apports concrets à la marche du monde. La politique, après tout, n’est-elle pas l’art d’entraîner les hommes ?

Rendre confiance conforte chacun, dans l’image de soi qu’il se forme – lui permettant l’action plutôt que le paraître, l’invention, l’innovation, la création plutôt que le miroir narcissique et le culte du moi.

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