Société

Paris plage 10ème

La plage à Paris ? Bof… Il y a les pour, trop souvent démagos, et les contre, trop souvent ronchons réacs. Comme c’est une initiative socialiste, la droite hurle à la vulgarité, au coût exorbitant, à l’écologie dénaturée. La gauche ne critique jamais les initiatives des camarades, même douteuses. Alors début août, a-t-elle du succès la plage à Paris ? Je suis allé y voir.

D’abord ce n’est pas inesthétique car les voies sur berge sont rendues aux piétons. Mais est-ce intéressant ?

  • Oui, comme lieu de promenade, mais il y a foule comme à Disney. Beaucoup d’étrangers qui regardent, quelques bobos en général jeunes et sans mômes qui lisent ou grillent tour à tour les deux faces.
  • Non comme plage, même si le sable est d’un beau jaune d’or propre et très fin. J’y ai vu très peu d’enfant y jouer comme là-bas. Probablement parce qu’il n’y a pas d’eau pour se rafraîchir de la réverbération ni pour faire pâtés et châteaux.

Il y a de pesantes « animations » de facture très scolaire et baladins intermittents. Cela crée quelques emplois saisonniers, mais c’est moins bien que la fête de la musique ou celle des voisins.

Les trois sites de Paris-Plages sont sur la voie Georges Pompidou, le bassin de la Villette et le Parvis de l’Hôtel de Ville. Ils sont ouverts du 21 juillet au 21 août tous les jours de 8 h à minuit.

La seule vraie « plage » est le bassin de baignade quai des Célestins où l’on peut se tremper et même nager. Sauf que tout est réglementé par quota, aquagym, adultes, ados, enfants… De 13 h 30 à 15 h réservé aux enfants de 10 à 15 ans seuls, de 15 h 30 à 18 h 30 aux enfants sous 10 ans, accompagnés  d’une personne majeure. On ne se mélange pas. Peut-être y aura-t-il bientôt une heure réservée aux femmes ? Et un quota par communauté religieuse ?

Pour le reste, Paris « plage » est de la grosse démagogie : le fait de se mettre en maillot de bain est simplement « toléré » parce que nous sommes en ville. Et de fait, seuls quelques enfants vont torse nu. Vous parlez d’une libération…

Parmi les adultes, je n’ai remarqué que les copains du même bord que le Maire, affichant musculature, tatouages, bronzage et piercing. Pas vraiment « populaire », la plage à Paris… Un affichage bobo, tout au plus.

Les vrais Parisiens, quand ils ne sont pas partis, vont au jardin du Luxembourg, délicieusement vide à cette époque de l’année. Une pelouse sur deux est accueillante au bronzage et farniente, dans le calme et la verdure. Le Marchand de masques veille sur eux, torse nu depuis toujours.

C’est là qu’un kid « adore Paris », mais il est obligé de garder son tee-shirt pour le montrer.

Site de la mairie de Paris

Site officiel Paris plage

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Presse concierge

‘Le Monde’ devient de plus en plus ‘immonde’, selon le titre décerné par les canulars des années 1980. Le numéro daté (généreusement) des dimanches 10 et lundi 11 juillet 2011 donc préparé samedi 9 (on ne se refuse rien) est un concentré de propos de concierges.

Page 3 « on ne réveille pas Sarkozy » (qu’est-ce qu’on s’en fout !) sur la façon dont il a appris l’affaire DSK. Comme si le Président était coupable d’avoir appris plus tôt que les Français les frasques sexuelles d’un ex-futur candidat ! C’est digne du caniveau internet.

Page 6 « le scandale News of the World » : quel intérêt ?  Les radios en ont parlé en long et en large depuis des jours, c’est du réchauffé. On aurait aimé plutôt que « l’investigation » des journalistes ait levé le lièvre avant que tout le monde le sache. Mais évidemment ‘le Monde‘ s’en fout avant que ça devienne mondial.

Page 8 « quand on est en guerre, on dit la vérité ». S’agit-il d’Afghanistan où « nos » otages viennent de rentrer de 3874 jours de captivité ? Vous dites ? c’est moins ? Ah bon, le monde entier croyait l’inverse à force d’en lire, mais bon… S’agit-il de Libye où « nos troupes » (à court de munitions) se demandent ce qu’elles vont bien pouvoir inventer pour que « nos militaires » puissent partir en vacances comme n’importe quel fonctionnaire ou au moins prof ? S’agit-il de Côte d’Ivoire, de Somalie, du Liban, du Kosovo et de tous ces endroits perdus de vue où nos soldats sont déployés « pour la paix » ou on ne sait quelle mission qui n’a évidemment jamais rien à voir avec la guerre ? Vous n’y êtes pas. C’est Delanoë qui parle des impôts. Sur un ton belliqueux de concierge en colère. Vraiment, quel scoop alors qu’il n’est même pas candidat aux primaires !

Page 9 « les rumeurs sur son couple » ? Bon, ne cherchez pas, c’est Martine Aubry, « obligée » de démentir ce qu’Internet dit sur son mari-copain-amis-compagnon-pacsé (?) qui « défendrait » des islamistes. Est-il avocat ou non ? Quel aventure ! (ciel mon mari !)

Page 10 : à Marseille l’attaque d’un train express régional relance le débat sur la sécurité » – ben vrai ma bonne dame ! Y a pu d’morale j’vous dis. La sécurité c’est toujours à la Une. Et alors ? Y a -t-il enquête du journal pour en savoir plus ? Surtout pas, sur la chanson de « ces jeunes, hein « ! Ça me rappelle mon arrière grand-mère (oui, arrière, ça date comme disait l’égyptien). Elle jugeait de la presse en fonction des crimes relatés : « aujourd’hui y a pa’d’crime, ça a pas d’intérêt ». Texto. Le Monde a bien régressé en quelques années. Il va de mal en pis. Où sont les vaches (qu’un rapport de la Cour des comptes pointe justement ?)

Page 14 « Moody’s sème la pagaille sur les bourses » : on dirait un titre de Libération des années 80, avec jeu de mot douteux sur « bourses ». Page 15 « Un paparazzi au musée » ou mââme Michu à l’Élysée…

« Le Monde n’est plus vraiment Le Monde », dit un lecteur cité par le médiateur, à propos de l’affaire « DSK… tastrophe » (encore un titre poubelle digne de la presse du même nom). C’est vrai, poursuivons page 24 voir « ces femmes complaisantes envers leur mari volage »…

Il y a 15 ans, je lisais Le Monde en 1h15 environ ; aujourd’hui, 10 mn me suffisent… les meilleurs jours. Ce 10 juillet, 5 m’ont suffit largement tant ce torchon me tombe des mains. Rien qui n’ait déjà été dit et ressassé avec témoignages, intellos et contradictoire sur toutes les radios ; rien qui n’ait été analysé (bien plus directement, sans fioritures contorsionnées) par Internet ; rien qui n’ait fait l’objet d’enquêtes de la presse internationale ou (même !) hebdomadaire en France.

Le Monde est tombé bien bas, c’est un lecteur durant quarante ans qui vous le dit !

Avec la télé sur câble et à la carte, Internet et les blogs, la radio podcastable à l’envi, la presse « papier » a du mouron à se faire ! Plus le temps, plus l’envie, trop cher pour ce que c’est, marre des grèves des privilégiés syndicaux du Livre payés comme des cadres de la finance avec des vacances de prof, marre du papier qui tache les doigts et des pages difficiles à tourner alors qu’il suffit de se brancher un écouteur à l’oreille, marre des pubs SNCF ou Casden pleine page à prix exorbitant alors que les « services » publics sont censés être à l’agonie faute d’argent. On se moque de qui ? Pas de moi en tout cas, j’ai résilié mon abonnement et ne suis pas prêt à revenir.

Le journaliste devient le sidérurgiste des années passées. Fini le statut d’exception, la « signature » d’intello-à-la-française. Seuls survivent les groupes qui ont les moyens de financer une équipe de salariés bien formés pour faire des reportages, être envoyés spéciaux, offrir des réflexions de qualité. La revue XXI le prouve qui vend en librairie ce que ‘France Soir’ vendait jadis sous la signature de Kessel, Malraux, Blondin et d’autres. Les faits bruts ne suffisent pas – ils sont gratuits. L’idéologie ne rassemble que des convaincus – de moins en moins. La seule valeur ajoutée est dans la sélection des informations, leur vérification par recoupement, le recul propre au savoir maîtrisé, le décryptage.

Bien loin du ton de concierge affiché depuis peu par cet Immonde ! qui se croit encore « de référence ».

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Etranges rapprochements

Il suffit de se promener dans Paris, un dimanche d’été, pour observer une succession de rapprochements qui, de fil en aiguille, vous conduisent au bord de l’étrange. Tel Murakami, vous passez de la banalité au surréel…

Dans une vitrine d’un célèbre magasin de bandes dessinées : « Mes amis à poil« , édité par Spirou et destiné aux gamins. Pourquoi pas, c’est mignon après tout.

Mais le jardin du Luxembourg, pas très loin, vous offre toute une palette d’apoilisme à divers degrés.

De la fille fort décolletée par ces temps orageux aux garçons en émoi qui exhibent leurs muscles naissants sur la pelouse ou au foot.

Poursuivez de l’autre côté de la Seine avec les Tuileries et vous aurez pareil : des gars torse nu, une voilée qui les mate, et des gamins à poil -complètement à poil- en statues.

C’est de l’art me direz-vous, mais qu’est-ce que l’art ? Le paroxysme de ce qui est beau sur la terre ? La passion faite pierre ?

Le calcaire parisien n’est pas le marbre grec qui laissait sourdre la lumière, tout comme la chair de jeunesse. Passe-t-on sans contraintes de l’art à la réalité ? Atterrir est une éducation : y en a-t-il encore une ?

Ce qui est inquiétant n’est pas tant que la beauté se montre, la jeunesse est l’âge pour cela. Ce sont ces annonces « innocentes » sur les descentes de pluie : un jeune homme qui cherche un « étudiant sportif », barré d’un « sale PD » en gras, au-dessous de laquelle s’étale une recherche parentale d’une « personne sérieuse avec expérience pour notre fils de 8 ans le mercredi… »

De la BD à l’annonce, en passant par les jardins, on se demande parfois… Ce sont d’étranges rapprochements, je vous dis.

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Argoul.com en six mois

191ème note de ce blog, depuis ma migration du monde.fr. Plus de 25400 visiteurs depuis l’origine, dus à un bond en mars à 6438 visites contre 3306 en février. Engouement du à l’actualité : révolte arabe (donc démocratie possible ?), accident de Fukushima (donc conséquences), salon Destinations nature et attaque en Lybie. Le jour le plus fort a été le 24 mars avec 307 visiteurs, où est parue la note sur le roman pédagosexuel du prix Nobel Mario Vargas Llosa, ‘Éloge de la marâtre’. Avril consolide à 6201, tout comme mai, encore aux deux tiers. Il faut dire que l’on est retombé – travers très français ! – dans l’interminable mois de vacances de printemps, la France partagée par zones du 9 avril au 9 mai.

Sur les moteurs, les critères de recherche ont porté surtout sur Argoul (734), argoul.com (158) ou http://www.argoul.com qui est une fausse adresse (150), signe que le nom est bien devenu une marque, retrouvée par les retardataires qui n’avaient pas encore vus que Fugues & fougue était clôt depuis mi-novembre. La vraie adresse ne comprend pas le www mais se rédige directement http://argoul.com. Il est intéressant de noter que le 4ème critère de recherche a porté sur Marine Le Pen. On trouve ensuite les habituelles quêtes pubertaires de printemps : nu, érotisme (écrit avec et sans accent), seins, fille, ado… Vient enfin le sérieux : randonnée, Thorgal, Cranach et Simone de Beauvoir.

Les top posts (vocabulaire internet) ont été la Home page (la page du jour) pour 12723 visiteurs. Ils sont suivis par Stevenson, L’île au trésor pour 525, salon Destination nature 485, Paul-Émile Lafontaine Campagne des mers du sud 448, Cranach 412, François Bourgeon érotique 378, Facebook ou le monde Bizounours 266, Vie tahitienne à la pointe Vénus 260, la société multiculturelle 253, quelle démocratie arabe 229, Alix orphelin 211, cataclysme japonais 208, Le Clézio Mondo 208 et coût du travail français comparé aux européens 187. Paul-Émile Lafontaine est-il si connu, me direz-vous ? Pas le moins du monde… j’ai simplement publié dans la note une photo de vahiné seins nus, en buste, du plus tentant effet. Pareil pour la vie tahitienne, François Bourgeon et même Cranach. Si vous voulez faire lire, imagez, imagez ! Mon Lafontaine est en passe d’être désormais plus connu chez les ados que le classique scolaire à deux mots…

Les sites qui m’ont apporté des visiteurs sont, dans l’ordre Jean-Louis Hussonnois 462, Facebook 381, mon ex-blog Fugues sur lemonde.fr 330, Daniel Niduab 209 et Medium4You 179. Parmi les sites dits « de référence », Blogger arrive en tête avec 89, Google avec 63, Wikio avec 44 et Paperblog avec 38. Twitter… seulement 11. Les abonnés à Paperblog lisent directement les notes sans aller sur le blog. La connexion sur les statistiques ne semble même plus être disponible après pseudo et mot de passe : un bug ?

Les lecteurs d’argoul sont assez peu nombreux à aller voir les sites en favori : 62 pour Niduab, 36 pour Randonnée-nature, 28 pour Benjamin et pour Tokyo-blog, 23 pour Découverte USA, 22 pour Jean-Louis et 15 pour OlivierSC. A noter que mes visites ne sont jamais comptées dans toutes ces stats.

Si je résume, le blogueur lu est celui qui colle comme une sangsue à l’actualité, tombant dans ce travers franchouillard de commenter à n’en plus finir ce qu’il ne sait pas. La glose plutôt que l’enquête, voilà ce qui plaît. Ou alors le sexe, surtout pendant les vacances à rallonge des stressés scolaires. Le syndrome DSK est au fond révélateur de l’exception française…

Constatant qu’il s’agit d’une véritable honte de choc à gauche, mais ne sachant rien de ce qui s’est passé, je me garde de le « commenter » et les lecteurs vont ailleurs. Tant pis, qui m’aime me suive, on ne se refait pas.

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Réussir sa vie

Lorsque j’appris à jouer au tennis, dans un mien village où je passais l’adolescence, j’avais un partenaire plus jeune de quelques années. Il avait comme condisciple un garçon qu’il n’aimait guère, le trouvant un peu pédant. Comme je ne veux pas le blesser et que j’aimais bien ces enfants, je le nommerai Guy. Les années qui sont un fossé durant l’enfance réduisent à proportion qu’on avance dans l’existence et, aujourd’hui, son âge et le mien ne sont pas si éloignés que nous nous trouvions quasi de la même génération. Je l’ai vu sur un réseau social où il affiche publiquement sa position.

Dans l’école de ce village plutôt populaire, il se sentait égaré. Ses deux parents enseignaient dans le supérieur après agrégation et thèse. La famille respirait cet ascenseur social républicain dû à la méritocratie. Guy avait une sœur aînée obstinée et entièrement vouée aux études ce qui fait que, seul garçon et petit dernier, il en rajoutait pour s’affirmer. Je me souviens de lui fringant, vers ses douze ans, dribblant son ballon dans la rue, en face de chez lui, en short blanc et lunettes noires. Solitaire – au grand jamais il n’aurait joué au foot avec les autres. Il était mince et musclé, le teint ivoire, avec la touchante fierté du petit mâle.

Il a désormais quarante ans et expose sur le réseau le bilan de sa vie. Contrairement à beaucoup de cette génération, il donne de nombreux détails, somme toute assez content de lui. Comme ses parents il est professeur, comme ses parents il a deux enfants aujourd’hui prime adolescents, et dans le même ordre, une fille et un garçon. Mais à la différence de ses parents, il n’est ni agrégé ni n’a fait de thèse, passant directement de l’université à l’IUFM. A la différence de ses parents, il a divorcé et habite un appartement en ville plutôt qu’une villa en banlieue verte.

Le parcours professionnel qu’il détaille montre qu’il a changé d’établissement chaque année sauf les dernières, incapable de rester deux rentrées de suite dans le même. A cause d’élèves difficiles pour sa matière peut-être, ou parce qu’il lui est malaisé de s’entendre avec ses collègues et de s’intégrer à une équipe pédagogique. En primaire déjà, il ne voulait pas frayer avec le commun des élèves ; il a changé de collège et de lycée tous les deux ans, redoublant une fois. Je vois dans cette instabilité une conséquence de son milieu familial, involontaire car il était aimé. Moi-même je l’aimais bien, même si nos relations sont restées distantes parce que nous n’avons jamais joué au tennis ni pagayé sur la rivière, ni fait du ski, tout ce que j’ai fait avec l’autre garçon. Mais l’on garde un faible pour qui l’on a connu en ses enfances, vulnérable et en devenir.

Guy me semble être resté de ces albatros baudelairiens, vastes oiseaux des mers que ses ailes de géant empêchent de marcher. Ces ailes sont l’illusion qui lui était donnée de faire encore mieux que ses parents, de réussir une carrière. Père et mère imposants, sœur trop brillante, le garçon a tenté d’exister autrement. Délaissant l’école ado pour qu’on s’intéresse à lui, il a opté pour la voie des lettres qui était celle de sa mère plutôt que pour la voie des sciences qui était celle de son père et de sa sœur. Son statut social actuel ne correspond pas à celui rêvé en son enfance, ce pourquoi on le sent déclassé. Devant se loger et payer une pension alimentaire, il lui reste peu de moyens d’un salaire de professeur déjà maigre ; il vend sur e-Bay ses raquettes de tennis et ses enceintes hifi. Ses loisirs ressortent alors de cette distinction sociale analysée par Bourdieu : la lecture alors que de moins en moins de gens lisent, la musique classique alors que la majorité aime la chanson ou le rock, voire le rap. Il a peu d’amis sur le réseau, dispersés dans toute la France. Les sports qu’il pratique sont ou individualiste, l’escalade où l’on se prouve tout seul sa puissance, ou élitiste, le ski où il emmène ses enfants – probablement dans le chalet de ses parents. Il n’a surtout pas la télé, « beurk ! » commente-t-il.

S’il sacrifie à la doxa prof « contre » le capitalisme (sans savoir ce que c’est), c’est parce ce tropisme de caste protégée rencontre les valeurs catholiques et universitaires familiales. « J’aime le Maroc, d’où je reviens, l’envers du capitalisme… » Sait-il que le Maroc est une monarchie féodale qui se revendique de droit divin et n’a rien d’une oligarchie fondée sur le capital ? Sait-il que le capitalisme est une technique d’efficacité économique née à la Renaissance dans les villes italiennes commerçantes, et pas une loi sociale de l’Histoire selon saint Marx ? « Beaucoup de gens pauvres, beaucoup de sourires », remarque-t-il à la Victor Hugo. Peut-être lui faudrait-il quitter le XIXème siècle où la bourgeoisie ne jurait que par le service d’État pour s’élever, en regardant avec un attendrissement romantique tout ce qui était social. Mais ne parle-t-il pas surtout de lui dans ces analyses ? Certes, l’argent ne fait pas le bonheur, mais la « pauvreté » heureuse est une consolation lorsqu’on a peu de moyens soi-même.

Cette insistance à affirmer, à écrire et à montrer qu’il est heureux dans son existence présente a quelque chose qui sonne faux à mes oreilles. Il affiche sur le réseau une trentaine de photos mettant en scène ses enfants, le ski, et lui-même en situation. Pas de groupe ni d’amis hors du noyau familial alors qu’il est dans le staff d’un groupe d’escalade. Il se présente en photo de tête torse nu dans l’effort, accroché à une aiguille terminale en plein ciel. Deux photos prises par lui à bout de bras au téléphone mobile le montrent au ski, torse nu encore, dans la neige.

Malgré ses quarante ans, l’acmé d’une vie, Guy affiche ce côté adolescent qu’on trouve sur les Skyblogs. Un tantinet narcissique et perpétuellement instable, il semble comparer toujours le réel à l’idéal, en lutte pour exister. Pourquoi donc s’afficher ainsi ? L’ayant connu petit, je trouve qu’il n’a pas si mal réussi sa vie durant l’époque de bouleversements que nous avons vécue. Mieux que son condisciple qui fut mon partenaire de tennis par exemple. Les idéaux de ses parents n’ont pas à être les siens, il devrait l’accepter, car le monde actuel n’est plus le monde où eux-mêmes ont grandi.

Cette fiche d’informations sur le réseau social, et son appel à « retrouver » des gens connus hier sans qu’il ait réussi à se les attacher m’ont touché. Mais que peut-on contre la psyché de chacun ?

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Pas disciplinés, les Français ?

Les choses ont bien changé depuis la génération 68 où il était interdit d’interdire. Nous sommes le mercredi 23 mars 2011, le « nuage » radioactif provenant du Japon plane dans la haute atmosphère.

Dans les jardins du Luxembourg, qui appartiennent au Sénat, les pelouses « interdites » sont respectées !

Mais – souplesse neuve de l’Hâdministrâtion – ces Messieurs du règlement-règlement laissent la place au désir : la pelouse jumelle est autorisée ce même jour. En alternance. N’est-ce pas plus intelligent que le caporalisme traditionnel si français ?

Quant aux kids, ils ne sont pas rembarrés de jouer au foot, mais sur le parvis pavé.

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Facebook ou le monde bisounours

Article repris par Medium4You.

Énorme succès de Facebook, et pas seulement pour son côté fesses, même si le site a été créé au départ par l’infantile Zuckerberg pour classer les thons et les sexy de Harvard. Sait-on que le pays qui utilise le plus ce réseau social planétaire est l’Indonésie, juste après les États-Unis ? D’ailleurs un couple égyptien vient de prénommer sa petite fille Facebook… Dans un étonnant article de la revue ‘Le Débat’ (n°163, janvier-février 2011), Jérôme Batout propose une analyse du phénomène Facebook.

Vous me direz : ‘encore ‘Le Débat’ ? Qu’y puis-je si cette revue me fait penser ? Ce n’est ni dans la presse papier indigente, ni dans la télé poubelle, ni dans l’Internet du n’importe quoi que l’on trouve de quoi « penser ». Les médias se délectent de « petites phrases » et de pipoleries bien racoleuses parce qu’ils ne savent plus vendre de la réflexion. Peut-être le public n’en veut-il plus, de cette réflexion ? Ce serait se remettre en cause, introduire du conflit dans l’irénisme des jours – pas « cool », ça.

Le réseau social s’est développé clairement sur les antagonismes : « conflit sentimental entre Mark et sa copine Erika ; conflit d’affaires entre Mark et les jumeaux Winklevoss qui l’attaquent en justice pour avoir volé ce qu’ils considèrent comme leur idée. Conflit entre Mark et son « ami » Eduardo, qui attaque Mark en justice pour l’avoir évincé de la société qu’ils avaient fondés ensemble. »

Or Facebook n’est fondé que sur la notion « d’amis ». Ce sont les seuls liens permis. Ceux qui vous gonflent sont tout simplement « supprimés », voire « bloqués ». « Toute manifestation conflictuelle y est méthodiquement stérilisée, neutralisée : les utilisateurs sont encouragés à « signaler » tout contenu qu’ils trouveraient inapproprié (textes, photos, etc.) ». Facebook apparaît donc moins comme un réseau social que comme une utopie sociale où le conflit ne saurait exister. Un monde bisounours, comme aiment à dire Hubert Védrine et François Hollande. Tout conflit est évité et, lorsqu’il devient trop grand, on se sépare radicalement.

C’est probablement un trait culturel propre aux États-Unis de gommer ainsi les conflits entre les gens. Pays optimiste où tout est possible, dit-on, il s’est fondé sur le massacre des Indiens et sur la domination du Nord anglo-saxon contre le Sud latin par la guerre civile dite chez nous « de Sécession ». Mais cachez ce sein que je ne saurais voir ! Le monde américain est celui du sourire publicitaire, de l’amitié obligée (overfriend), de l’univers rose à la Disney où les ours sont des peluches et les loups d’aimables compagnons. Terre promise réalisée, nous sommes le paradis sur la terre, veulent croire les Américains, we are the world ! Utopie mondiale tant les conflits locaux, tribaux, ethniques, religieux, géopolitiques sont une gangrène qui renaît ici ou là. Utopie promise par toutes les grandes religions et toutes les grandes utopies politiques (comme le communisme) que d’être « tous frères » dans un Éden sans conflit ni contradictions.

Lorsque la démocratie est avancée, tout conflit paraît une offense. Les sondages le constatent, celui qui dit non est aujourd’hui le trublion ; les blogueurs le constatent, la grande affaire des commentateurs est « d’être d’accord » avec celui qui écrit la note. Faire penser, bousculer les idées reçues, provoquer la réflexion, tout cela répugne : il faut faire un effort, un compromis, alors qu’il est tellement plus facile d’éviter. Quiconque engage le débat est perçu comme un fâcheux qui « prend la tête ». Alors qu’il est plus simple de ne rien dire pour paraître « cool ».

Je considère pour ma part que le conflit est inévitable entre les êtres parce que chacun est unique, donc « inégal » par un quelconque trait aux autres. Ces disparités de fait n’empêchent nullement l’égale dignité en respect et en droit, mais engendrent inévitablement des désaccords. Autant en parler, les mettre à plat, négocier les divergences pour les accepter en partie. Ainsi fonctionne le couple, les relations en entreprise, les équipes de sport, la politique. La démocratie s’est fondée sur le débat à l’agora. Éviter le conflit fait monter la pression jusqu’à la rupture. Ne pas dire encourage le non-dit qui débouche sur la paranoïa et le Complot.

Neutraliser le conflit n’est pas le résoudre, c’est le laisser pourrir, souvent au profit de solutions radicales ou de politiques totalitaires. Est-ce qu’on « supprime » un pays de la carte parce qu’il n’est pas d’accord avec nous ? C’est pourtant ce que chaque fessu-bouc opère pour son propre compte avec ses liens abusivement qualifiés « d’amis ». C’est ce que Staline a opéré à grande échelle contre tous ceux qui n’étaient pas conformes. Et Mao par sa révolution dite « culturelle » (où les intellos allaient cultiver les champs…). Et Pol Pot qui a massivement vidé les villes avant de sélectionner les moins rééducables (parfois à 12 ans) pour les éliminer. Pourtant, dit l’auteur, « la divergence de vues est une richesse qui, loin de déboucher dans la guerre, est (…) le ressort de toute réalisation à l’intérieur du sujet comme au sein de la société. »

Il dit aussi : « Facebook est le site d’une génération, et possiblement d’un monde, pour lequel la dimension de la contradiction, de l’adversité, du conflit, est tenue dans une sorte de refoulement, d’évitement et de déni. » On peut se demander quel sera l’avenir d’un tel monde. Ne pas désirer connaître, ne pas voir, s’isoler ? La distinction nette entre « amis » et « supprimés » tend à former des communautés fermées, exclusives, où l’on reste entre soi. Des ghettos de riches ou de handicapés de la vie, qui recherchent le cocon des semblables pour être bien au chaud, unanimes, tous « d’accord ».

Cela conduit inévitablement à la loi du plus fort, du plus impitoyable, celui qui ne prévient pas et qui attaque pour éliminer. L’exemple du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 1969 (42 ans !) montre comment l’unanimisme « révolutionnaire » qui se dit « socialiste » fait de chaque communautariste celui qui « supprime » de son book tous ceux qui lui déplaisent.

Né après le 11-Septembre, Facebook amplifie peut-être un trait de l’Amérique, dont on se moquait encore dans les années 1980 : « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». D’où le syndrome de forteresse assiégée des États-Unis depuis, obsédés de contrôles et de technologies militaires à la pointe pour protéger le paradis des bisounours contre les méchants du monde extérieur. Que devient la démocratie dans tout ça ? Et surtout l’avenir ? Celui de Hobbes ?

Jérôme Batout, Le monde selon Facebook, in ‘Le Débat’ (n°163, janvier-février 2011), pp.4-15

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Argoul.com en trois mois

Hier était publié le 100ème post de ce blog.

En trois mois, ce nouveau blog Argoul a séduit 7200 visiteurs, soit environ 2500 par mois et une moyenne de 76 lecteurs par jour en décembre, 80 en janvier et 89 en février. Mais 12918 lecteurs ont lu les articles depuis novembre via Paperblog (dont 5272 en février) ! Les notes sur Céline, l’Australie, les cascades d’Islande, Descartes, Alcibiade et Montaigne y ont fait un tabac, entre 250 et 650 lecteurs. Mon ancien blog ‘Fugues & fougue’ garde encore dans les 700 visiteurs par jour malgré son arrêt, mais il a 6 ans de présence sur la toile et 1500 notes ! C’est à la mi-novembre que j’ai décidé de quitter le monde.fr et ses éternels déboires techniques (la perte brutale des photos de tous les blogs…), sa communication indigente (surtout ne rien dire et ne faire de plates excuses que des jours après) et sa censure automatique des commentaires (sur mots-clés décidés souverainement et sans question préalable).

Les critères de recherche depuis l’origine sur le nouveau blog pointent le nom ‘Argoul’, ‘Paris neige’, ‘bonne année’ (je me demande pourquoi) et ‘Marine Le Pen’. Les principaux blogs générateurs de visite sont mon ex ‘Fugues & fougue’ (238), Jean-Louis Actu (173), Facebook (155), Daniel Niduab (116), Blogger (84), OlivierSC (71), Quotiriens (34), Paperblog (21) et twitter… seulement 9. En retour, les sites les plus consultés depuis Argoul sont Daniel Niduab, Jean-Louis Actu, Martin découverte-USA, Benjamin, Terdav et Michel Santo.

M’ont référencé 5 sites et 4 visiteurs se sont abonnés. La page ‘A propos’ a été vue 69 fois, signe de curiosité pour l’auteur, qui ne dit volontairement pas grand-chose de lui-même : pourquoi afficher une étiquette ? Le débat démocratique exige qu’on considère les idées et le tempérament, pas le statut social ni l’autorité d’où l’on parle (vieux travers stalinien que de cataloguer selon qu’on est koulak ou prolo). 122 commentaires ont été publiés. Ce site n’invite pas particulièrement aux commentaires, les notes étant « fermées » plutôt qu’ouvertes et les thèmes trop variés pour qu’une communauté quelconque y trouve chaque jour un emplacement pour ses choses à dire. A ce titre, je suis l’inverse de Jean-Louis et de Martin qui sollicitent l’interaction. Mais la variété est ce qui compte à mon avis, dans les blogs comme dans la société.

Les notes les plus appréciées durant ces trois mois sont ‘Alix orphelin’ avec le record de 182 visites le 21 janvier, suivi de ‘Grosse neige à Paris’ (117), ‘La société multiculturelle est une utopie’ (116), ‘Stevenson, L’île au trésor’ (108) et ‘Islam et démocratie’ (102). Les quatre notes sur le Front national, Marine Le Pen et Céline antisémite totalisent 193 lectures (511 avec le multiculturel et l’islam), montrant bien où se situent les interrogations aujourd’hui ! Il s’agit du grand retour du refoulé, sur lequel la gôch à la mode avait cru poser un couvercle inamovible, fait de bienséance bourgeoise, de connivence médiatique et de terrorisme intellectuel. Malheureusement, ce n’est pas en cachant la poussière sous le tapis que la propreté règne. Au contraire, ça moisit.

Ce blog est en faveur du lumineux, vous l’aurez compris, démocratie étant égale à éclairage, voire transparence. Dans la pudeur, certes, pas de déballage pipole ni d’accusations personnelles, mais je parle de tout et sans tabou (ou alors dites-le moi, qu’on en discute). Alix symbolise cette liberté fondée sur les valeurs : l’image qui le présente dans sa nudité démocratique et olympique face aux soldats cuirassés et corsetés du pouvoir est exemplaire. Ce pourquoi, peut-être, cette note a tant plu. Sur un forum, un commentateur a qualifié mon style de « Renaissance et Lumières », c’est exactement l’image que je veux donner : priorité à la maîtrise par la raison, canalisation de la volonté et sublimation des instincts. Platon, dans ‘Le Banquet’, a dit le meilleur sur le sujet.

Merci à tous ceux qui me lisent et me citent dans leurs blogs. Bienvenue à ceux qui me découvrent, souvent en passant, par les images.

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Éolien, le psychodrame à la française

Article repris par Medium4You.

Le Président de la République vint de lancer le programme d’éolien offshore ; France Inter vient de diffuser son magazine de la rédaction sur les éoliennes et les réactions qu’elles suscitent dans ‘Interception’ du 30 janvier, « Et pourtant elles tournent… ». Comme pour beaucoup de projets collectifs, l’éolien rejoue l’éternel psychodrame à la française : d’accord pour l’intérêt général mais pas de ça chez moi, on me consulte mais je n’écoute pas, de toutes façons c’est la faute du gouvernement. Il y a une « bêtise » à la française qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Dans ce reportage fort bien fait, les journalistes ont équilibré les citoyens passifs avec les militants actifs, les élus locaux et les industriels, les travailleurs touchés et les entreprises qui créent des emplois. Manquaient seulement les zécolos mais, ceux là, tout le monde a compris qu’aujourd’hui c’est le Mal et que le Bien est toujours ailleurs, jamais ici et maintenant, même un tout petit peu.

Quels sont donc les inconvénients de l’éolien ? Un paisible citoyen de la Drôme : ça fait un bruit constant, des ombres dans le soleil couchant, des flashes pour avions dans la nuit. Le maire de Grignan : voyez les crêtes (à plusieurs kilomètres), il y a ces machins comme des pics qui détruisent la poésie du paysage, les touristes vont fuir, ceux qui voulaient acheter aller voir ailleurs. Un pêcheur du Tréport : on va nous obliger à déserter des zones de bonne pêche, de quoi dépenser du gasoil en plus, déjà qu’il n’arrête pas d’augmenter.

Une critique plus rationnelle est de dire que l’éolien (comme le solaire) ne produit pas en continu – mais s’il y a du vent (ou du soleil). Qu’on doit donc entretenir tout un parc de centrales d’appoint, en général thermiques – ce qui annule tout le bénéfice écolo. Mais, vous l’aurez compris, ce n’est pas le rationnel qui compte dans la critique des éoliennes !

Les objections tournent surtout autour du « c’était mieux avant » et de « ça change mes habitudes » : autrement dit du vent. Le bruit (enregistré à 420 m puis à 50 m) est un vrombissement ténu, comme le vent dans les voiles. Beaucoup moins fort que le TGV « qui passe à 12 km » (mais pas en continu) ou que la départementale « à 500 m » (où il passe pas mal de circulation). Une sorte de manie obsessionnelle fait se focaliser exclusivement sur le bruit éolien, faute d’être occupé à autre chose : les gens qui sont si critiques travaillent-ils dans la journée ? Quant aux ombres qui battent dans le soleil couchant, il s’agit d’un cas TRÈS particulier auquel l’intérêt général ne devrait pas s’arrêter. Et la poésie du paysage, hein, pourquoi ne pas mettre à bas les réverbères et les lignes à haute tension, éradiquer les routes et le TGV tant qu’on y est ? Grignan et son château n’est plus depuis deux siècles et demi le paysage de la Sévigné, alors une dizaine d’éoliennes sur l’horizon, est-ce si grave pour l’équilibre de la vue ?

Probablement pas, mais c’est une occasion de « résister ». La résistance est un mot revenu à la mode grâce à la télé, mais c’est l’autre nom de « râler », manie bien française pour qui reste habituellement le cul sur sa chaise en attendant la pluie ou le soleil, c’est selon. On dit aujourd’hui « s’indigner », ça fait plus intello, surtout quand on a réussi à lire 30 pages écrites en gros à 3 euros. « Résister », c’est ne rien faire sinon appliquer son inertie à ce qui survient. Pas grand chose à voir avec ceux qui luttaient contre l’occupant dès 1943 (surtout pas avant de savoir où le vent allait tourner), ni même avec les petits Grecs en lutte contre la police, les Tunisiens contre leur gouvernement corrompu ou les Égyptiens contre leur pharaon momifié. Résister permet d’exister : c’est la faute aux autres, jamais à nous. « Le gouvernement », voire « Bruxelles » nous impose des normes standard, « les industriels » veulent faire de l’argent. Produire de l’énergie propre ? Ne plus dépendre du pétrole arabe ou de l’uranium musulman ? Créer des emplois non délocalisables pour alléger le chômage ? On s’en fout, hein… A ma porte ça me gêne, donc je « résiste ».

Pourtant, se dit le Français qui râle, « on m’a demandé mon avis. » Un promoteur d’éolien énumère les études techniques, les études d’impact et les enquêtes publiques longues et obligatoires qui précèdent toute installation d’un parc d’éoliennes en France… « Mais, dit le râleur, je n’ai pas donné mon avis parce que je m’en fous au fond, que ça ne changera rien aux pressions des lobbies et aux décisions des technocrates, et que je n’ai rien à dire faute de savoir penser.  » C’est qu’il faudrait se bouger, étudier les tendances du tourisme, les nuisances sanitaires, regarder ce qui se fait en Allemagne, en Scandinavie, ailleurs… Tout ça, bof, ça fatigue. Râler est plus facile, avec l’éminente bonne conscience d’être « résistant ». C’est bien français ça : ruminer en regardant les trains passer et, avec eux, le monde et la modernité. La mentalité de préretraité au travail (Bonjour paresse) et de fonctionnaire (Absolument dé-bor-dée !) prend la place traditionnelle du paysan. Les Français n’ont jamais accepté l’industrie, ni la technique. Ils n’ont jamais été modernes, sont restés champs et jardins, flemmards ancestraux qui attendent de la Nature, de Dieu ou de l’État que ça tombe tout cuit.

Nous voyons bien comment cet infantilisme est encouragé par l’histoire, la culture et les institutions en France. L’impuissance du citoyen est un mythe : il existe des élections, des partis et des associations, des réunions publiques et des médias, et tous savent se faire entendre quand c’est nécessaire.

Mais la culture française est celle de la raison pure : « tout le monde pareil c’est ça l’égalité, j’veux voir qu’une tête scrogneugneu, rien qui dépasse, l’État veille ! » Donc tout est centralisé à Paris, par une caste restreinte de hauts fonctionnaires passés par une seule Grande école, le cerveau sélectionné par le Mammouth sur la discipline des seules maths depuis le plus jeune âge. Tout ce qui ne se calcule pas n’existe pas. Tout ce qui a sélectionné a reconnu l’élite de la nation qui doit guider le peuple (seins nus dans la mythologie). Tout ce qui est fantaisie autour de la norme doit être impitoyablement ramené à la ligne droite. Ah mais ! Du boulevard Saint-Germain au fin fond de la Corrèze, les mêmes règles s’appliquent aux mêmes lois, surveillées et punies par les mêmes fonctionnaires formatés par le même logiciel dans le même moule après un concours cooptatoire.

Ce caporalisme napoléonien, issu de la Révolution française et de la préférence des Rousseau, Helvétius et autres Encyclopédistes pour Sparte et son égalité d’État plutôt que pour Athènes et son désordre social, les autres Européens n’en veulent pas. Ce pourquoi l’Europe-puissance (à la française) n’avance pas. Nous sommes le seul pays à avoir un Parlement aussi croupion. L’idéal européen est la fédération, la décentralisation, l’initiative locale chapeautée par des directives générales. Certainement pas la hiérarchie pyramidale autoritaire de ceux qui savent mieux que vous comment vous devez vivre. Ce pourquoi il y a des éoliennes.

La France, l’esprit français, les institutions françaises, sont aux antipodes de l’Europe. Le volontarisme d’État s’y heurte donc aux « résistances » locales. Ah, si « le courant était gratuit » pour les pêcheurs du Tréport empêchés de travailler ! Si les éoliennes partaient de besoins locaux qui susciteraient leur demande ! Si la région décidait pour elle-même, en pratiquant les taxes et les tarifs qui vont à son électorat et à ses besoins ! La politique en France reprendrait ses droits, chacun discuterait, s’opposerait, conviendrait de compromis, et tout se passerait comme il se doit entre adultes responsables. Comme partout ailleurs en Europe.

Mais ce serait remettre en cause le monopole d’EDF, le statut des ingénieurs électriciens, le pantouflage des hauts fonctionnaires à la tête du Machin, la filière nucléaire liée à l’armée, l’omnipotence d’un Président sans contrepouvoirs, et ainsi de suite. Autrement dit changer d’institutions, de sélection scolaire et de façon de voir le monde. Ce pourquoi on ne fait rien, on ne change rien, on laisse dire. Trop fatiguant pour un pays qui vieillit.

Et ça râle, au fond, parce que tous les Français sont contents des choses telles qu’elles sont !

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La hiérarchie des slips

La hiérarchie sociale apparaît à tous les niveaux : ouvrier et patron, employé et cadre, manœuvre et contremaître. Mais j’ignorais que cette hiérarchie sociale put être dans les choses. Sous la ceinture, pour le dire carrément.

Certes, on rencontre couramment des voitures dites ‘luxe’ ou ‘grand luxe’, des bureaux ‘ministres’ ou des fauteuils ‘président’. Mais l’image est extérieure, plus ou moins lointaine. Est beaucoup plus frappante, parce que l’on en porte tous les jours (sauf dans les années 1960) la hiérarchie des slips. Souvenez-vous : eh oui, même à ce niveau, la hiérarchie sociale impose son image ! Des appellations bien typées socialement donnent la taille des slips pour homme. Outre les slips d’enfants, simplement dénommés selon l’âge, se trouve ensuite, par ordre d’ampleur, la taille « page », puis « homme », la taille « demi-patron », « patron » et « grand patron ».

Des indications de tour de poitrine et de tour de ceinture accompagnent, avec un humour totalement inconscient, ces appellations contrôlées. Ainsi l’« homme » n’est-il considéré comme tel qu’à partir d’un tour de poitrine de 90 cm ; en-dessous on n’est que « page ». Le « patron » doit être doté d’un tour de poitrine de 110 et le « grand patron » d’un tour de poitrine minimum de 120 cm ! On se croirait chez les singes qui enflent leurs épaules pour impressionner les jeunes. Quant au tour de ceinture, il passe du maigre chimpanzé au gorille bien nourri, de 75 cm pour le « page » à 110 cm pour le « grand patron ».

Que peut-on tirer de cette observation ? Il apparaît que plus les hommes sont mûrs – larges et gras – plus ils portent des slips amples et plus ils ont une position sociale élevée dans la hiérarchie « naturelle ». Nourriture abondante et oisiveté seraient donc les critères du pouvoir, un grand slip manifestant aussi bien la puissance sexuelle sur les femelles et une meilleure capacité à faire des rejetons. Ce schéma collectif est pertinent en Orient où la richesse d’un individu se mesure à son embonpoint, mais chez nous ? Il serait certainement intéressant de se pencher sur l’origine de ces appellations. Quand les tailleurs ont-ils ainsi désigné les pointures des slips d’homme ? Est-ce au siècle hiérarchique XIXe ?

L’image, en tout cas, décrit l’archétype inconscient de la puissance qui a ses racines dans notre passé primate. Le plus grand, le plus large de poitrine, le plus lourd car le mieux nourri, terrassait plus facilement ses adversaires. Il imposait donc sa loi aux plus jeunes et à ses rivaux plus frêles. Il accaparait les bonnes femelles et leur faisait plus de petits qui deviendraient grands et forts comme lui, le slip bien rempli. Le signe de la puissance serait avant tout la grosseur du sexe mâle, même dans notre société civilisée du XXe siècle !

Peut-être parce que cela semblait en effet ridicule, a-t-on remplacé ces dénominations européennes par des lettres américaines, allant de S à XXL ? Le « small » du S étant réservé aux prime adolescents, passant ensuite au L « large » du très jeune homme, ce qui conforte son ego, au XL de l’homme adulte, le XXL (voire plus), étant réservés aux obèses – sans les stigmatiser.

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La société multiculturelle est une utopie

La chancelière allemande Angela Merkel avoue publiquement que le multikulti ne marche pas, le sociologue de gauche Hugues Lagrange stigmatise dans ‘Le déni des cultures’ l’aveuglement idéologique des politiciens sur les descendants d’immigrés, les élections à mi-mandat aux États-Unis voient surgir des Tea parties populistes qui remettent en cause le melting pot au profit de la salad bowl (la soupe mixée au profit de la salade où chaque ingrédient est bien identifié). Tout cela est le signe que, dans les pays blancs développés, les changements du monde remettent en cause les idées. Les mentalités évoluent, poussées par la base. Pour une fois, les élites sont à la remorque du populaire.

Ce qui était hier tabou pour cause d’universalisme républicain et de repentance coloniale devient sujet autorisé. L’identité nationale n’est plus réservé au Front national, ni même au ministre de l’Immigration du Président Sarkozy. Voici que le très sérieux Centre d’analyse stratégique auprès du Premier Ministre mandate le CERI, le CEPII et Science Po, avec l’aide du quotidien ‘Les Échos’, pour le 20ème Rendez-vous de la mondialisation mercredi 17 novembre. Il est consacré au multiculturalisme. En France, on ne veut pas le savoir. Les principes sont républicains, tous pareils et j’veux voir qu’une tête. La juriste Dominique Schnapper évoque même l’hypocrisie positive des mots qui euphémisent (comme dire ‘issus de la diversité’ plutôt qu’issus d’immigrés’, ‘technicien de surface’ plutôt que ‘balayeur’). Bien peu des intervenants se déclarent d’accord avec cette vision passée et, disons-le, carrément ringarde de la question. Éviter la réalité, ne pas poser les mots précis sur elle, c’est plus que de l’hypocrisie sociale : il s’agit du tabou. Comme si la démocratie est une porcelaine fragile qui se brise au moindre souffle.

Le coût social de cette évasion de vocabulaire est qu’on ne peut pas mettre en place une politique pragmatique, dit Daniel Sabbagh, directeur de recherche au CERI. Il prend l’exemple des États-Unis pour définir les divers degrés de discrimination positive en œuvre. Le multiculturel est une idéologie qui valorise les différences. La discrimination positive est au contraire le concret des droits, à répartir selon les communautés. Elle émerge quand explosent des émeutes raciales : sous Nixon aux États-Unis. Ces discriminations positives peuvent être soft (actions orientées sans viser une population particulière), indirectes (politique de la ville) ou directes (préférences pour une minorité). Il ne s’agit donc pas de multiculture mais de politique sociale. L’arrêt Bakke 1978 de la Cour suprême a considéré les quotas comme inconstitutionnels mais les actions informelles comme légales – si elles ont pour objectif de promouvoir « la diversité des expériences, des perspectives et des idées. » Rien d’ethnique, dans cette diversité, mais la concurrence positive des visions du monde.

Pour Yudhishthir Raj Isar, professeur à l’Université américaine de Paris, l’enjeu est la double appartenance : communauté et société. Le multiculturalisme est un fantasme : il réduit les individus à leur essence d’origine, sans mesurer leur histoire ni envisager leurs désirs. Le régionalisme (on peut être Breton et Français), l’indigénat (les Indiens d’Amérique ou les Afro-Américains, les Beurs, etc.) et les diasporas (juive, arménienne, italienne, chinoise, etc.), montrent dans l’histoire comment le multiculturalisme s’est traduit et adapté aux nations et aux empires. Il faut considérer trois étages : 1/ le fait social qui est le mélange dans la vie courante ; 2/ l’articulation sociale des différences entre cultures via les associations culturelles, les églises, les fêtes ; 3/ le programme politique normatif pour promouvoir la diversité et la juxtaposition ou l’assimilation. Aujourd’hui, seuls le Canada (à causes des Français du Québec) et l’Australie (en raison de l’immigration choisie asiatique), ont mis en place une politique multiculturelle. Aux États-Unis, il s’agit plus de politique sociale que de multiculture, on raisonne droit des genres et des préférences sexuelles, celui des minorités ethniques est sur le même plan. En Inde, Indonésie ou Afrique du sud, les États-nations sont réellement composés de peuples différents avec des langues différentes mais les règles du jeu national sont clairement établies avec un fédéralisme de régions. Il s’agit de définir un socle de valeurs politiques plus que culturelles pour faire cohabiter des peuples différents qui gardent chacun leurs traditions.

Philippe d’Iribarne – basque français européen – directeur de recherches au CNRS, mesure la rigidité du modèle français républicain. Tout paraît cartésien : l’espace public est neutre, les communautés font partie de l’espace privé. Mais quand le privé se mêle concrètement au public dans la rue, les crèches associatives, les écoles, les cités, les quartiers, au travail, à la cantine, à l’hôpital ?… Comment règle-t-on, dans la vie courante et pas dans l’éther des principes, les écarts culturels ? Là, les grandes idées montrent leurs limites abstraites et littéraires. Pierre Bourdieu lui-même, sociologue de gauche, montre page 21 de ‘La misère du monde’, combien le bruit et les odeurs des Maghrébins et Africains d’un grand ensemble peuvent incommoder un vieux couple de militants communistes, pourtant plongés tout petits dans l’internationalisme prolétarien. C’est que l’épiderme est profond ! Le sentiment de ne plus se sentir chez soi, dernier refuge contre les vents du monde, déstabilise. Le projet révolutionnaire français a toujours été de formater les citoyens par la Raison. Mais les individus résistent, tout comme les familles et les communautés. D’où le bricolage social qui remet les grands principes à leur place : en Alsace règne le Concordat, les règlements d’urbanisme tiennent compte du style régional, etc. La société prend sa revanche sur toutes les différences en exigeant savoir-être, connivence et respect de la hiérarchie existante contre les particularismes, mais il s’agit plus du vivre ensemble que d’essence ethnique. Ne pas crier au racisme donc quand on juge incompatible le langage banlieue et un poste de commercial… Qui fait allégeance au groupe est accepté, qu’il soit Noir ou Blanc, diplômé ou non. Les sociétés égalitaires (Chine, Japon, Europe du nord), sont très peu multiculturelles ; les sociétés multiculturelles sont inégalitaires et pratiquent volontiers la ségrégation (empire ottoman, Liban, Inde, États-Unis)…

D’où la remarque de l’anthropologue Jean-Pierre Wargnier, spécialiste des sociétés du nord-Cameroun où coexistent 150 royaumes et 50 langues sur un territoire grand comme la Belgique. La clôture ethnique est un fantasme, le commerce et les échanges ont toujours existé. Mais selon des codes établis. Le multiculturel est né bien avant l’époque moderne, dans la tragédie grecque ‘Les suppliantes’, des femmes africaines demandent à devenir citoyens. Il y a donc deux ordres humains :

  • l’horizontal, fait d’échanges, de communication, de mariage, de commerce et de dons ;
  • le vertical, qui est la filiation, le patrimoine, la transmission de l’identité.

L’idéologie universaliste tend à nier la filiation pour niveler tout le monde sur le même plan. D’où la désorientation mentale, la préférence pour le présent, le zapping et le commerce de tout – puisque rien n’est inaliénable. Quand les différences culturelles et sociales sont niées, ne restent que les différences irréductibles : elles sont biologiques et aboutissent aux génocides du XXe siècle. Il faut s’opposer à l’hypocrisie sociale de Dominique Schapper et promouvoir un universalisme de transmission plutôt qu’un universalisme de communication. Ce qui veut dire réhabiliter l’histoire, les traditions, leur évolution. La résolution de la crise actuelle est à ce prix.

S’il est mon égal en démocratie, l’autre ne saurait être mon semblable, et c’est bien ainsi. Je peux ainsi le reconnaître pour ce qu’il est, l’apprécier, sans qu’il vienne m’imposer ses coutumes ou que je l’oblige aux miennes. Pas d’ouverture aux autres sans identité de soi.

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Bonjour tout le monde !

Welcome to WordPress.com. This is your first post.

Après les déboires persistants du monde.fr, Fugues & fougue disparaît.

Il renaît ici sous le simple nom d’Argoul.

Je reprends tel quel mon tout premier texte blogué, il y a exactement six ans :

Premier blog, premiers pas, premier texte.

La vie me laisse du temps et je veux vous faire partager les rencontres et les joies, les chocs et les tristesses d’un individu particulier qui est moi. J’ai la conviction profonde que tout ce qui est authentiquement ressenti par un être particulier atteint à l’universel.

Nous allons parler de tout, montrer beaucoup. Je suis curieux, attentif et grand voyageur. J’aime l’espace, celui des étendues comme celui de l’esprit ou du coeur. Explorons-le. Le monde est beau et triste; les humains sont la plus grande source de joie et la pire source d’horreurs – nous ne sommes pas des dieux. Hélas.

Retenons ce qui fait vivre.

Je ne conçois pas un blog comme un texte gravé dans le marbre, définitif comme une pierre tombale. Même pas comme un livre. Je ferai des erreurs, je me tromperai, mon expression ne sera pas toujours le reflet exact de ma pensée. Ce pour quoi le blog se doit d’être interactif pour corriger, nuancer, apprécier, compléter. Celui qui pense n’est plus en tour d’ivoire, hors du temps et des hommes. L’écriture devient dialogue, avec ce recul de la main qui fait peser les mots et garde l’écrit moins évanescent que la parole.

Je vais parler de tout, mais à ma manière. Que l’on me dise le reste et surtout la manière des autres.

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